Les réfugiés climatiques, migrants climatiques, réfugiés écologiques ou écoréfugiés sont une catégorie de réfugiés environnementauxSUHRKE Astri, VISENTIN Annamaria (1991) The Environmental Refugee : A New Approach, Ecodecision, Montréal, , September 1991 : 73-74.
Ce sont des personnes ou groupes qui sont forcés de quitter leur lieu de vie temporairement ou de façon permanente à cause d'une rupture environnementale (d'origine naturelle ou humaine) qui a mis en péril leur existence ou sérieusement affecté leurs conditions de vie. Ce sont souvent des agriculteurs, mais aussi parfois des chasseurs-cueilleurs, des pêcheurs ou des éleveursJean Boutrais, « Les éleveurs, une catégorie oubliée de migrants forcés », in Véronique Lassailly-Jacob, Jean-Yves Marchal et André Quesnel Éds, Déplacés et réfugiés ; La mobilité sous contrainte, Paris, IRD, collection Colloques et Séminaires, 1999, p. 161-192..
Terminologie Ce sont les photographes et journalistes du Collectif ARGOS, basé à Paris, qui avaient commencé leurs investigations sur ce sujet en 2002, qui semblent avoir diffusé l'expression « réfugiés climatiques », ou qui l'auraient utilisé en France pour la première fois.
Mais Essam El Hinnawi pour l'ONU avait, dès 1985, utiliséEL-HINNAWI Essam (1985) Environmental Refugees, Nairobi, UNEP, . l'expression « réfugié environnemental (Environmental Refugees) » à propos des populations déplacées à la suite des sécheresses subsahariennes et des dégradations de leurs territoires. Certains auteurs comme Norman Myers, dès les années 1990, parlent d'exode environnemental, à propos des conséquences du changement climatiqueMYERS Norman, KENT J. (1995) Environmental Exodus. « An Emergent Crisis in the Global Arena », Climate Institute, Washington D.C., ..
Éléments de définition L'Organisation internationale des migrations retient la définition suivanteAide-mémoire de l’OIM - Migrations, changements climatiques et environnement, 2009. :
Prospective chiffrée Ce type de prospective est particulièrement délicat, car le nombre des déplacés et réfugiés est actuellement mal connu, et il sera dans le futur proche déterminé par des croisements complexes entre la crise de la biodiversité et la crise climatique dont l'ampleur exacte ne peut être prédite avec exactitude, mais aussi en fonction du contexte géopolitique et par exemple des actions locales préventives d'adaptation au changement climatique. L'estimation du nombre futur de réfugiés écologiques et climatiques doit être utilisée et présentée avec beaucoup de prudence, car pouvant grandement varier selon les scénarios géopolitiques retenus. Le lien entre dégradation environnementale et la décision de migrer est encore mal cernéArticle du journal Le Monde, 14 octobre 2008..
Via de très nombreux indicateurs, suivis par des moyens et modèles de plus en plus fiables et précis, tous les rapports (scientifiques et de consensus) successifs de l'IPBES et (depuis 3 décennies) du GIEC ont systématiquement montré, à chaque mise à jour, une crise environnementale mondiale s'aggravant très significativement, et des objectifs et engagements politiques non tenus de la part des États et grandes multinationales présents aux sommet de Rio et suivants (hormis pour le protocole de Montréal qui semble pouvoir tenir ses promesses et lutter efficacement contre le trou de la couche d'ozone). Tous les experts du sujet et prospectivistes s'accordent sur le fait que ce nombre augmentera probablement beaucoup et peut-être brutalement, et qu'il nécessite une préparation de leur accueil, à échelle mondiale.
Il se pourrait que la plupart des pays soient concernés au sein de leurs frontières, certains en raison de la chaleur, d'autres en raison de risques d'épidémies, ou de la montée de la mer ou d'inondations récurrentes ; que les pays soient riches ou pauvres. L'enjeu d'une intégration rapide des « réfugiés écologiques » grâce à une prise en compte anticipée de leur devenir est un sujet géopolitique (pour la paix dans le monde) et d'éthique environnementale.
En 1993, juste après le 1er sommet de la Terre, l'Anglais Norman Myers calculait qu'à eux seuls, deux facteurs qui sont la montée du niveau marin (cf. ennoiement de terres, deltas et îles habitables et productives) associée aux effets du réchauffement climatique sur la production alimentaire, réchauffement tel que le prévoyait le GIEC à l'époque, provoqueraient la migration de près de 150 millions de personnes entre 1993 et 2050.
En 2002, Julienne Bétaille estimait que pour l'année 1998, plus de 25 millions de personnes ont quitté leurs habitations, leurs régions ou leurs pays pour fuir une dégradation « écologique ».
En 2018, l'ONU, le PNUE prévoit 250 millions de réfugiés climatiques dans le monde en 2050 et appelle à une gouvernance mondiale et solidaire.. D’ici le même horizon temporel (2050) Christian Aid estime qu'au moins un milliard de personnes devraient migrer de par le monde, dont plus de la moitié pour s'adapter au réchauffement climatique ou en fuir certaines conséquences. - migreraient pour des raisons énergétiques, - à cause de conflits et atteintes aux droits de l’Homme (pouvant être exacerbés par la déforestation, le manque d'eau et la perte continue de terres arables). - de personnes migreraient à cause de phénomènes directement induits par le dérèglement climatique (inondations, sécheresses, pénuries d'eau et d'aliments, maladies émergentes…).
En 2017, la fondation Environmental Justice (EJF) estime qu'en moins de 15 ans, de 2017 à 2030, le nombre de réfugiés climatiques atteindra plusieurs dizaines de millions, ce qui risque de provoquer une crise migratoire encore plus aiguë que la crise migratoire actuelle en Europe. Ces migrations environnementales risquent d'accroître les tensions et les conflits si elles ne sont pas anticipées et préparées avec attention.
L'UNRIC estime pour sa part qu'avant 2100, le nombre des réfugiés climatiques pourrait être porté à .
Freins Faute de cadre légal international ad hoc, et faute de budget et de gouvernance dédiés, internationale, et nationale bien souvent, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) est démuni, et les volontés de certaines pays ou régions pourraient être interprétées comme des ingérences écologiques, à ce jour très contraintes par le droitBachelet Michel (1995), L'ingérence écologique, éd. Frison-Roche, 304 p.Bettati Mario (1996), Le droit d'ingérence, mutation de l'ordre international, éd. Odile Jacob, 384 p..
Les causes Les causes principales et « classiques » du phénomène sont notamment la désertification, la déforestation, la salinisation, l'érosion, l'aridification, une catastrophe naturelle, ou divers problèmes de toxicité du sol, de l'air ou de l'eau (par salinisation notamment) qui conduisent à la disparition de ressources vitales (eau, aliments) et d'épidémies et/ou de famines.
Des causes plus récentes et qui selon l'ONU et le GIEC (son Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) devraient s'aggraver sont les conséquences directes et indirectes des modifications climatiques, avec en particulier : le réchauffement de la planète, qui rend certaines zones incultivables et invivables ; une montée de l'océan, qui devrait se prolonger durant les décennies et les siècles à venir. Or, sur les qui, en 2015, comptent plus de d'habitants, 16 sont littoralesBientôt, des millions de réfugiés chassés par l'océan, Lemonde.fr 2005/12/17. À titre d'exemple la submersion d’archipels menace des millions de gens, parfois dans des régions très isolées comme les îles Tuvalu où , actuellement menacées par l'élévation du niveau marin, ou encore des populations inuit et amérindiennes d'Alaska ( menacées par le recul des glaces et par le recul du trait de côte induit par la fonte du pergélisol et par la montée chaque année croissante du plus haut niveau des marées). l'érosion et/ou la désertification et/ou salinisation des sols. L'érosion est constatée dans de nombreux pays d'Europe dont en France, et elle menace particulièrement les marges de l'Europe, dont la Turquie concernée par de sols cultivables dégradés par l'érosion et le manque d'eau. En Égypte, environ 50 % des terres arables irriguées sont déjà touchées par la salinisation. L'avancée de déserts (ex : le désert de Gobi en Chine s'agrandit de par an) des catastrophes naturelles telles que cyclones, typhons, ouragans, ondes de tempête, tsunamis, accidents industriels majeurs, etc.). Les inondations majeures et récurrentes, comme au Bangladesh ou dans le delta du Nil rendent difficile la survie dans certains territoires. Les ruptures de digues seront probablement de plus en plus fréquentes ; l'assèchement de lacs ou même de mers intérieurs (ex : mer d'Aral). la surexploitation des ressources halieutiques (surpêche, exacerbée par la pêche illégale et la pêche industrielle) et aggravée par l'acidification des océans, et le développement de zones marines mortes la déforestation, les maladies d'arbres et les incendies de forêt récurrents : en zone tropicale le rapide recul des forêts induit par la déforestation et localement par des incendies de forêt (naturels ou allumés par l'homme avant qu'il en ait perdu la maîtrise), est une source supplémentaire d'exode vers les villes, et de réfugiés parmi les populations autochtones, dont une partie sont déjà issues de groupes qui s'y étaient réfugiés (descendants d'anciens esclaves par exemple en Amazonie). causes géopolitiques : l'humanité de plus en plus nombreuse a besoin de mines, de carrières, d'eau, de sols cultivables, de barrages ; elle développe ses villes et étend la périurbanisation, crée des cultures d'agrocarburants ou de biomasse-énergie (dont à méthaniser), telles que canne à sucre, betterave, colza, huile de palme... Ces activités nécessitent beaucoup d'espace et se font souvent au détriment de peuples autochtones ou résidents, de milieux naturels et/ou de terres arables qui produisaient des cultures alimentaires ou supportaient des élevages. Les personnes chassées de leurs terres, par des moyens légaux ou non, viennent gonfler le flux de réfugiés. Le réchauffement est aussi cause de guerres civiles, militaires ou religieuses, qui se font toujours au détriment des populations civiles, souvent chassées de chez elles.
État des lieux et éléments statistiques Nombre de réfugiés climatiques En 2005, l'ONU évalueRapport de l'Institut pour la sécurité environnementale et humaine (ISEH, Université des Nations unies, Bonn), 11 octobre 2005 à 50 millions le nombre d’habitants qui pourraient être contraints de quitter leur lieu de vie en raison des conséquences du changement climatique.
En 2007, un rapportRapport de , intitulé « Marée humaine : la véritable crise migratoire », relayé par des communiqués de l'agence Reuters et un article du Nouvel Observateur. de prospective produit par l'organisation humanitaire britannique estime que de personnes avaient déjà dû quitter leur foyer à la suite de conflits, de catastrophes naturelles et de grands projets de développement (mines, barrages, périurbanisation, cultures d'agrocarburants).
En 2008 Janos BogardiJanos Bogardi est Directeur de l'Institut pour l'environnement et la sécurité humaine de l'université des Nations unies (ISEH), Bonn, Allemagne ; et coauteur de l'étude déjà citée de l'ISEH. estime à 25 millions le seul nombre des réfugiés climatiques sans statuts (chiffre repris par la députée européenne et présidente de la sous-commission des droits de l'Homme du Parlement européen, Hélène Flautre)Site de la députée européenne Hélène Flautre., le nombre d'écoréfugiés est en augmentation constante.
En 2015, The Internal Displacement Monitoring Centre (IDMC), estime à 18,9 millions le nombre de déplacées sous le coup de phénomènes climatiques extrêmes.