thumb|250px|Reconstitution d'un char romain.
Le char est un véhicule attelé à un ou plusieurs animaux et reposant sur des roues, celles-ci assemblées par paire via un essieu, chaque paire solidaire formant un train roulant. Il faut pourtant distinguer en français la voiture antique le plus souvent à deux roues (un train roulant), soit les chars de combat, de course ou de jeux de cirqueConduits par l'aurige, les chars de course portaient, outre leur couleur, des noms spécifiques : le bige, le quadrige., des cérémonies publiques des cités ou de la mythologie gréco-romaineLes chars des dieux mythologiques, aux déplacements magiques, sont nombreux et pas seulement dans la mythologie gréco-romaine. Pour cette dernière, citons celui d'Apollon/Phoebus, de Diane, d'Amphitrite, de Vénus, sans oublier le char de la Fortune, ceux des allégories poétiques diverses (nuit, soleil, lune) ou encore le char de l'État.… des différents types de chars médiévaux ou de l'époque moderne, véhicules le plus souvent à deux trains, plus ou moins sophistiqués, que les mondes paysans et marchands, guerriers et seigneuriaux, miniers ou rouliers, ont employé pour le charroi des matériaux, des diverses matières et des hommes, ou encore pour la fête profane ou le défilé officiel.
L'invention antique du char de guerre constitue un tournant considérable dans l'histoire militaire. Les escadrilles de chars permettaient des offensives foudroyantes, sur la plupart des terrains secs ou humides, sableux, pierreux, terreux, même en milieu lacustre humide. Le bruit et parfois la poussière soulevée en faisaient une arme psychologique. L'attaque rapide en virage serré permettait par exemple à l'archer, placé à côté du conducteur, de décocher ses traits sur l'ennemi et de s'éloigner le plus vite possible du groupe d'armée en marche. Toutefois, l'infanterie antique a trouvé des parades plus ou moins sophistiquées aux attaques massives, en creusant des pièges ou des mines (trous), en érigeant des dispositifs de pieux ou des palissades protectrices, eux-mêmes portés par des chars de transport. Les concaténations, voire les amas en vrac, de lourds chars de transport ont toujours constitué des barrières défensives redoutables jusqu'à l'époque moderne.
Le char de combat ou d'assaut militaire, motorisé, apparu en 1917 et dissimulé sous des appellations banales comme , mot anglais pour « réservoir », est un véhicule automobile blindé à roues ou plus souvent à chenilles, destinées à assurer une mobilité sur tous les terrains (à l'instar du char paysan ou du chariot marchand médiéval traçant sa route), y compris amphibie ou forestier, et surtout une progression, la plus sécurisée possible, au-delà des lignes de front adverses.
thumb|upright=2.0|Un souverain assyrien chassant le lion depuis son char. Étymologie
Char est issu du latin médiéval carrus lui-même emprunt au gaulois carros, le mot étant attesté vers 1170 en ancien français. Le carre désigne en 1080 dans la chanson de Roland une voiture. Le carrus gaulois similaire carrus, soit un chariot à quatre roues selon César, alors que le gaulois carpentum, également adopté en latin désigne l'antique char à deux roues (ainsi que, dans la Rome impériale, une voiture de transport à deux roues et caisse rectangulaire, parfois couverte, supposée d'origine gauloise). Char et charriage sont deux mots de même famille que le verbe français charger, issu du latin d'origine gauloise carricare au sens de « transporter, mener en voiture, amener à la voiture ou au bateau ». La parenté s'impose aussi avec le verbe carguer et le substantif cargo
Un art antique : la charrerie Le char était conçu et fabriqué, amélioré et réparé dans les ateliers du charron. Or, l'archéologie des mondes eurasien et méditerranéen, notamment avec les preuves indirectes des ornières taillées dans les anciennes voies de passage ou carrières, affirme que la charrerie est une activité très ancienneIl est préférable de réserver le terme de charronnerie au monde celte et surtout à l'Europe médiévale. Elle décrit dès ces origines une technique spécialisée du bois et du métal, notamment du fer. Le terme de charrerie correspond mieux aux techniques primitives ou antiques.. La roue à moyeu et à rayons est attestée communément à l'époque du Bronze final, par exemple sur le site suisse de Cortaillod ou isérois de La Côte-Saint-André.
Les deux inventions techniques fondamentales datent respectivement du et de :
d'abord les premières roues, en bois plein ou en planches jointes dans un premier temps. Elles font leur apparition durant le en Europe et au Proche-Orient. La plus ancienne roue en bois connue à ce jour, qui est montée sur un axe pour le transport en chariot, est la roue de Ljubljana Marshes découverte en 2002, enfouie dans un marais près de la capitale Ljubljana en Slovénie.. Elle est datée au radiocarbone de 3340- D'autres roues ou des représentations de roues sont connues en divers lieux durant le en Europe Chris Fowler, Jan Harding, Daniela Hofmann, eds, The Oxford Handbook of Neolithic Europe. OUP Oxford, 2015 Trypillian Civilization in the prehistory of Europe, sur le site trypillia.com, consulté le 17 décembre 2015.. Le « tour de potier », qui est une technique s'apparentant à la roue, était également connu en Mésopotamie au , mais l’apparition de vrais chariots à roue y est plus tardive ;
ensuite, la roue à rayons et à jante, en bois cerclé de bronze, à la fois bien plus légère et plus stable, fait son apparition vers dans la culture de Sintashta dans le sud de l'Oural et se répand rapidement dans toute l'Eurasie et jusqu'en Égypte où elle est introduite sous la domination des Hyksôs durant la seconde période intermédiaire.
Le transport à roues proprement dit apparaît dans les steppes eurasiennes à l'époque de l'Âge du bronze précoce de la culture Yamna et de la culture Novotitorovskaya (environ 3600 à ), une culture locale de la région du Kouban qui s'est développée à partir de la culture de Yamna. Les sépultures de la culture Yamna sont les plus anciennes de la steppe, accompagnées soit de wagons à quatre roues complets ou de leurs roues. Les wagons et les roues étaient construits en planches lourdes, il est donc admis qu'ils étaient tirés par des bovins et utilisés comme moyen de transport et comme maisons mobiles..
Dans les steppes eurasiennes, à l'Âge du bronze, apparaît également le véloce char de combat à deux roues et timon, ce timon solidaire de la caisse, terminé par un joug prenant appui sur les épaules de deux équidés attelés. Il est évident que le lieu ou les lieux d'invention se caractérisent par une certaine densité humaine et un niveau modèle de développement culturel. Le Proche-Orient de l'âge du Bronze, en particulier la Mésopotamie et ses voisinages autrefois verts, s'impose à la majorité des chercheurs. Le timon, à l'instar des brancards, est la pièce qui assure la direction et l'arrêt du véhicule.. L'invention de la charrette à deux roues, pas nécessairement tractée par un âne ou un cheval, mais aussi par une paire de bovidés est concomitante. Il existe enfin très rapidement une gamme de chars de transport, véhicules plus lents, souvent à grande charge utile, à vocation agricole (par exemple, rentrer les récoltes), sylvicole (bois de feu ou construction), minière ou marchande (sel, produits de base pondéreux dont l'étain, le cuivre, les autres minerais, les diverses pierres taillées, les briques…), qui complète la panoplie existante des traîneaux, pour charrier, en dehors des espaces portuaires ou de flottage, les ressources nécessaires aux villages et villes fortifiées.
À la fin de l'Antiquité, ce type de charrerie, plus ou moins amélioré, est attesté de l'Extrême-Orient chinois aux pourtours de la Méditerranée jusqu'au Sahara. Une autre tradition de charrerie consiste en celle du chariot à quatre roues et à timon mobile et solidaire du train-avant, plus ou moins pivotant, pour que le chariot puisse tourner plus ou moins facilement : née à la même première période, cette tradition se développe dans la bande des steppes eurasiennes pour atteindre à la fin de l'âge du Bronze l'Europe occidentale, voire ses confins nordiques et occidentaux, au début de l'âge du fer (1000 à ) est grosso modo en accord avec Leroy-Gourhan. C'est cette tradition que les sites alpins ou jurassiens cités ci-dessus révèlent. La traction bovine de ce chariot à quatre roues requiert une traction au col, le joug sur la nuque étant assujetti au front et à la base des cornes.. L'art des charrons d'Europe occidentale
Les modèles réduits des chars mis au jour en Europe occidentale, sont fabriqués en diverses matières, notamment en alliages métalliques avec des revêtements de bois, et ont probablement des significations religieuses, à l'instar des rouelles ou des roues enflammées mises en mouvement préservées dans les rituels issus des cultes solairesLes roues flamboyantes sont encore connues sur le terrain au par l'ethnographie française, du Poitou à l'Alsace. Citons en Moselle lorraine le rapport du sous-préfet de Thionville, invité en 1822 aux réjouissances populaires de la saint Jean sur la colline à Basse-Contz.. Le char de Haßloch au Palatinat possède des roues à cinq rayons. À la fin du premier âge du fer, il n'est pas rare de les retrouver dans les tertres funéraires, par exemple le char d'Ohnenheim.
Les techniques ont mué rapidement avec les siècles : les chars rituels ou d'apparat, les chars de transports funéraires ou de cérémonies d'ouverture de circulation sont des rappels complexes d'état antérieur. Par exemple, le char de guerre, employé par les peuplades belges, tant orientales qu'occidentales, renommées par leurs charrons (carpentarii) au , n'a plus aucune fonction militaire au , alors qu'il est encore pérennisé par des cérémonies publiques à vocation religieuse ou mémorielle (monument d'Igel des Trévires).
L'art de la charronnerie européenne reposerait sur une maîtrise technique celte, maintenue et largement divulguée à l'époque gallo-romaine, des modèles utilitaires. Le musée antique de Cologne, le musée archéologique de la ville de Strasbourg… en dévoilent quelques aspects. Le monde médiéval en est l'héritier, non sans en accroître la maîtrise technique culminant du dans une course à l'adaptation à des fonctions spécifiques. Il faut mettre à part le rituel de transport du roi sacré mérovingien, par un lourd et gigantesque chariot à roues pleines, tiré par une douzaine de bœufs. Il s'agit plus du prestige régalien sacré du lent et rituel « char de l'État », qu'une manifestation d'efficacité technique de l'époque. Les roues en bois plein sont attestées dans plusieurs cultures, que ce soit sur le char de la civilisation de l'Indus à Harappa ou Mohenjo-Daro en ou sur l'ancien chariot-traîneau des paysans gallois ou irlandais, encore utilisé début , avec ses petites roues faites de trois planches, inférieures à . Le premier char offrait le meilleur compromis entre résistance de la roue et techniques simples d'époque; le second possède une roue résistante, profilée avec de l'écuanteur, comme si elle avait des rayons, mais sans les inconvénients de faiblesse, le chariot apte au charriage rustique de lourdes charges. thumb|Gravure typique du Bohuslän : à droite un chariot, à gauche un géant (le premier charron ?).