Marie Denizard, née le à Pontru (Aisne) et morte le à Leyme (Lot), est une militante féministe française. Elle est la première Française à s'être déclarée candidate à une élection présidentielle, à l'occasion du scrutin du 17 janvier 1913.
Placée sous surveillance policière, elle est par la suite internée pendant , jusqu'à sa mort en hôpital psychiatrique pour « délire chronique de revendications politico-sociales » et délire de persécution.
Biographie
Avant 1913
Née le à PontruArchives départementales de l'Aisne, état civil de Pontru, registre de l'année 1872, acte (vues 180-181 sur 433)., Marie Eugénie Gabriel Denizard est la fille de Marie-Sophie-Julie Lesourd, couturière, et de Charles-Joseph Denizard, dentiste. La famille Denizard est originaire du pays du Vermandois, dans les environs de Saint-Quentin (Aisne). Marie est la sœur du dessinateur Orens Denizard.
Elle étudie au lycée de jeunes filles d'Amiens, l'actuel lycée Madeleine-MichelisTextes et documents sur la Somme, (Le vote des femmes, 1910-1945), septembre 1994.. Au début des années 1910, après avoir habité quelque temps à PontruLe Guetteur de Saint-Quentin et de l'Aisne, 13 avril 1910, ., elle réside à Amiens, au 6 bis de la rue Saint-Martin, avec sa mère, qui exerce la profession de culottière, et deux sœurs cadettes, Hélène (née en 1885) et Madeleine (née en 1887)Archives départementales de la Somme, recensement de la population, Amiens sud-ouest, 1911 (vue 509 sur 586). Ce recensement contient apparemment quelques erreurs sur les prénoms et dates de naissances des quatre femmes..
Investie dans la cause féministe depuis les dernières années du Fernand Hauser, « Une candidate à la présidence », Le Journal, 4 janvier 1913, ., Marie Denizard aurait collaboré avant 1910 à La Fronde de Marguerite DurandJournal de la ville de Saint-Quentin et de l’arrondissement, 30 mars 1910, .. Elle aurait également contribué au rapport du député Paul Dussaussoy en faveur du droit de vote des femmes.
Elle appartient aussi à une ligue de tempérance amiénoise nommée l’Étoile bleue.
Lors des élections législatives de 1910, elle annonce sa candidature dans la première circonscription d'Amiens. Outre la revendication de droits civiques pour les femmes, elle s'engage contre les ravages de l'alcoolisme dans la classe ouvrière et contre les abandons d'enfants. Elle est inéligible en tant que femme, et les bulletins à son nom ne sont pas comptés parmi les suffrages exprimés.
La même année, elle rédige un vœu en faveur de l'électorat et de l'éligibilité des femmes que Louis-Lucien Klotz, député et conseiller général radical du canton de Rosières-en-Santerre, accepte de soumettre au conseil général de la Somme, qui l'adopte à l'unanimité le . Elle commente et justifie ce texte dans un article publié par Le Chambard d'AmiensMarie Denizard, « L'éligibilité des femmes devant le conseil général de la Somme », Le Journal des femmes, octobre 1910, s.p. (consultable en ligne sur Gallica)..
Peu de temps après, elle publie La Femme et la loi salique, premier fascicule d'une série d'études dédiée aux femmes de Picardie et consacrée aux droits des femmes avant 1789La Française, 11 janvier 1913, ..
En , considérant que les femmes, privées de tout droit politique, « n'ont pas à subir les lois ni payer les impôts qu'elles n'ont pas consentis », elle adresse une lettre au préfet de la Somme afin de demander d'être déchargée « de toute taxe et contribution à titre personnel ». En effet, selon elle, les Françaises ne doivent pas « être imposées à titre personnel, ni directement ni indirectement, un devoir devant toujours avoir pour corollaire immédiat l'exercice d'un droit »Le Guetteur de Saint-Quentin et de l'Aisne, 22 mars 1911, ..
En , elle rédige un article fondé sur des recherches personnelles et dans lequel elle avance l'hypothèse des origines picardes de Jean-Baptiste LullyMarie Denizard, « La famille française de Lully », Revue musicale S.I.M., 15 mai 1912, -14 (consultable en ligne sur Gallica).. Le caractère fantaisiste de cette théorie est notamment démontré par Julien Tiersot dans Le MénestrelLe Ménestrel, 22 juin 1912, -194 (consultable en ligne sur Gallica)..
Candidature à la présidence de la République (1913)
Dans Le Journal du , le journaliste Fernand Hauser écrit : « Les féministes ont prétendu parfois que le Congrès peut élire une femme ; c'est une erreur. Le texte constitutionnel dit expressément : « Le président de la République » au masculin ; il ne saurait donc y avoir de doute. Toutefois, l'assemblée, étant souveraine, aurait le droit de satisfaire aux vœux des femmes politiciennes ; mais qu'une de celles-ci pose sa candidature, pour voir… »Fernand Hauser, « Comment on élit le président de la République », Le Journal, 26 décembre 1912, ..
Marie Denizard décide de relever le défi et l'annonce à Hauser, qui l'interviewe et publie sa photographie en une du Journal du suivant. Denizard y rappelle qu'il y a déjà eu des femmes cheffes d’État, en citant les exemples historiques des régentes du royaume de France, de la Grande Catherine et de la reine Victoria, ainsi que les exemples contemporains de la reine Wilhelmine des Pays-Bas et de la grande-duchesse de Luxembourg. Elle déclare à Hauser : « Ma candidature n'est pas si fantaisiste qu'on pourrait le croire. Elle signifie que la femme a le droit de prendre sa part du gouvernement, puisqu'elle paie sa part des impôts : pourquoi les veuves, les célibataires, les divorcées ne voteraient-elles pas ? Pourquoi ne seraient-elles pas éligibles ? Pourquoi les femmes mariées n'auraient-elles pas le droit de remplacer leur mari dans ses droits civiques, autorisées par lui, lorsqu'il est défaillant, malade ou absent ? ».
Cette candidature de témoignage n'est pas prise aux sérieux par la plupart des journalistes. Le moins bienveillant d'entre eux est l'éditorialiste Jean Ernest-Charles, qui considère que la « candidature puérile et ostentatoire de Denizard » n'est qu'une « compromettante pitrerie » et compare la jeune femme aux suffragettes britanniques, dont il attribue les « excentricités de malades » à une « hystérie » causée « par un trop long célibat »Jean Ernest-Charles, « Parmi les hommes », Gil Blas, 6 janvier 1913, .. De manière plus surprenante, cette réprobation se manifeste également dans le camp des féministes : Marguerite Durand juge que la candidature de Marie Denizard n'est qu'une « fâcheuse plaisanterie » préjudiciable à la crédibilité du mouvement féministeMarguerite Durand, « Geste fâcheux », Les Nouvelles, 6 janvier 1913, .. Bien qu'elle ne lui accorde pas beaucoup d'attention, La Française de Jane Misme se montre plus compréhensive devant cette « simple manifestation de principe », qui « a atteint son but de propagande », et souligne que la candidate est « une féministe zélée et sérieuse »La Française, 11 janvier 1913, ..
Marie Denizard fait même imprimer des bulletins de vote à son nom et rédige une profession de foi qu'elle adresse aux parlementairesFernand Hauser, « Autour du Congrès », Le Journal, 13 janvier 1913, -2..
En , Marie Denizard écrit un article pour Le Combat féministe d'Arria LyMarie Denizard, « La femme française et le service militaire devant l'histoire », Le Combat féministe, janvier 1913, -4..
Après 1913
En 1914, Marie Denizard collabore au Cri des femmes, un hebdomadaire dont elle dirige l'édition de la SommeLe Progrès de la Somme, 16 juin 1914, .. Elle entre cependant bientôt en conflit avec le commanditaire du journal, le juge Bonjean, qui refuse de lui accorder une rétributionRené Brochon, « Le couple Briand-Bonjean », Les Hommes du jour, 4 juillet 1914, s.p. (consultable en ligne sur Gallica)..
Elle semble alors vivre dans la précarité, car elle ne paye plus le loyer du logement qu'elle occupe dans la rue Lavalard, à Amiens. Le , elle est arrêtée après avoir proféré des propos menaçants à l'encontre de l'huissier envoyé par son propriétaireLe Progrès de la Somme, 8 mai 1914, .. Incarcérée pendant une quinzaine de jours, elle est inculpée d'outrages et de menaces de mortLe Progrès de la Somme, 28 mai 1914, .. Dans La Française, la journaliste Alice Berthet appelle à la solidarité envers l'ancienne candidate à la présidentielleLa Française, 30 mai 1914, .. La Ligue de défense des femmes lui procure un avocat parisien, M Lenoble. Finalement, le tribunal se montre indulgent et ne la condamne qu'à d'amende, avec sursis, pour outrageLe Progrès de la Somme, 18 juin 1914, ..
Enquête de la Sûreté générale En 1914 toujours, elle est évacuée à Bordeaux, puis placée sous surveillance de la Direction de la Sûreté générale soupçonnée de distribuer des intitulés J'accuse, On nous ment et On nous trompe. Le dossier de la Sûreté générale révèle que Marie Denizard est étroitement surveillée. L'enquête indique assez rapidement qu'elle n'est pas l'autrice des pamphlets, pourtant l'enquête sur ses agissements se poursuit. En effet, selon le dossier, Marie Denizard donne , elle est dépeinte comme une . Elle se dirait . Marie Denizard lutte depuis plusieurs années contre les inégalités entre les hommes et les femmes, elle est à bout de ressources et développe une animosité envers le gouvernement français et ses représentants. Le rapport du commissaire témoigne . En effet, un an plus tôt, Marie Denizard écrivait à Arria Ly que . Le Commissaire spécial écrit le que Marie Denizard . Cette surveillance se poursuit après la guerre et son retour à Paris..
Par la suite, Marie Denizard fait beaucoup moins parler d'elle. Elle peine à faire imprimer son livre Féminisme, Amour, Vertu dont aucun exemplaire n'a été retrouvé aujourd'hui. En , elle adresse au Sénat une pétition dans laquelle elle affirme être victime d'abus de pouvoirJournal officiel de la République française, 2 mars 1923, (consultable en ligne sur Gallica).. Un rapport de police de fait état de la colère qu'elle adresse à monsieur Clémenceau, monsieur Mandel ou encore monsieur Poincaré à ce propos. Elle a fait imprimer plusieurs lettres recommandées qu'elle a adressées à divers politiciens entre 1922 et 1923. Elle les accuse de détournements, de virements frauduleux et de vouloir la frapper de mort civile afin de consigner ses biens. Elle ne mentionne pas l'origine des informations de cette possible conspiration contre sa personne. Marie Denizard sollicite ces personnalités politiques à plusieurs reprises. Il est difficile de savoir aujourd'hui si les accusations émises par Marie Denizard sont sérieuses ou si elle cherche à justifier sa détresse financière. Il est possible que Marie Denizard soit épuisée après avoir consacré sa vie au féminisme, ne percevoir aucune évolution, se trouver sous le poids des injonctions et des difficultés qu'elle a pu rencontrer dans sa vie ou après avoir fait face au harcèlement médiatique. Toutefois, les accusations qu'elle tient à l'encontre des politiciens dérangent.
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