Les psychotropes, dans le sens ancien de drogues, et plus tard dans la signification moderne de médicaments psychiatriques, ont fait l'objet de nombreuses démarches de classification, principalement selon leurs effets et la nature du danger qu'ils présentent.

Les critères d'estimation de la dangerosité des psychotropes sont en 2015 sujets à débat et ne font pas consensus. Selon le docteur Nora Volkow, directrice du National Institute on Drug Abuse, la « distinction entre drogue douce et drogue dure est une fumisterie ».

Le niveau de dangerosité n'est évalué que pour des consommateurs uniques et non globalement pour la collectivité. Les taux d'occupation de chaque produit au sein de la société ne sont pas pris en compte dans les classifications de cet article.

De nos jours on fait la distinction entre les médicaments psychiatriques ou psychotropes et les drogues psychotropes. Les classifications selon les effets rencontrent leurs limites dans le fait que les catégories portent sur les effets et non sur les substances elles-mêmes, or une même substance peut avoir plusieurs effets différents en fonction de son dosage et de ses modalités de consommation et donc peut être rangée dans plusieurs catégories.

Intérêt des classifications Il est très difficile de définir et de comparer des psychotropes et notamment leur dangerosité en raison de la multiplicité des usages, doses, fréquences, modes de consommation, raisons de la consommation (récréative ou médicale par exemple), contexte social, des combinaisons de produits, de l'état de santé du consommateur etc. Les classifications dépendent des caractéristiques comparées. Par exemple l’addiction, la nocivité ou l’impact sur le comportement. L'usage de drogue entraîne une variété de risques (surdosage, dépendance, violence, maladie) dont la pondération est difficile. Par exemple le cannabis est régulièrement présenté comme moins dangereux que l'alcool mais ce point ne fait pas l'unanimité. L'alcool ne contient qu'une seule substance active, l'éthanol, contre plus de 400 pour le cannabis. L'élimination de l'alcool du corps est très rapide alors que le cannabis s'accumule dans les tissus adipeux et peut être libéré plusieurs semaines après la consommation dans la circulation sanguine. Ces particularités biochimiques expliquent pourquoi une consommation occasionnelle et modérée d'alcool est généralement tolérée en Occident, alors qu'il est problématique de faire de même avec le cannabis ou d'autres drogues.

Selon le docteur Nora Volkow, directrice du National Institute on Drug Abuse, la distinction entre drogue dure et drogue douce est factice. Ce qui importe avant tout, c'est le type de rapport que l’individu entretient avec ces stupéfiants et le type de consommation.

Classifications selon les effets

Classification des drogues psychotropes selon Lewin (1924) En 1924, Louis Lewin (un pharmacologue allemand) décrivit et classa les psychotropes, dans leur ancien sens de drogues psychoactives qu'il qualifiait de poison de l'esprit, en cinq groupes en leur donnant des noms latins selon leurs effets. Cette classification était la première qui tenait compte des effets de ces produits :

Euphorica : produits qui calment l'activité psychique en diminuant la perception des sensations : principalement les opiacés, mais aussi la coca et la cocaïne ; Phantastica : produits hallucinogènes d'origine végétale : peyotl, ayahuasca, mescaline, chanvre indien, solanaceaes (datura, jusquiame) ; Inebriantia : produits qui induisent une dépression pouvant aller jusqu'à la perte de conscience à la suite d'une première phase d'excitation : alcool, éther, chloroforme, protoxyde d'azote ; Hypnotica : produits calmants et somnifères : barbituriques, bromures, paraldéhyde, sulfonal, kava ; Excitantia : produits stimulants d'origine végétale qui induisent un état d'excitation sans altérer l'état de conscience : café, thé, khat, tabac, noix de kola, maté, cacao, guarana, noix de bétel.

Cette classification, bien que claire et simple, présente ses limites dans le fait qu'elle ne classe pas les produits psychotropes récents et qu'elle ne tient pas compte du fait que l'effet peut varier selon la dose. Ainsi la cocaïne, utilisée à l'époque comme anesthésiant, est présentée comme un calmant alors que c'est un stimulant.

Classification des agents psychotropes selon Delay et Deniker (1957) En 1957, Jean Delay (un psychiatre français) a élaboré avec son assistant Pierre Deniker une classification des substances psychotropes qui sera validée par le congrès mondial de psychiatrie en 1961. Cette classification distingue les substances psychotropes en fonction de leur activité sur le système nerveux central (SNC) :

Les psycholeptiques ou sédatifs psychiques, ralentissant l'activité du système nerveux, comprennent : les nooleptiques tels que les hypnotiques (barbituriques) ; les thymoleptiques tels que les neuroleptiques ; les régulateurs de l'humeur tels que les sels de lithium ; les psycholeptiques divers tels que les tranquillisants (anxiolytiques), les sédatifs classiques (benzodiazépines) et les antiépileptiques ; Les psychoanaleptiques ou excitants psychiques, accélérant l'activité du système nerveux, comprennent : les nooanaleptiques tels que les stimulants de la vigilance (amphétamines) ; les thymoanaleptiques antidépresseurs tels que les stimulants de l'humeur (antidépresseurs) ; les stimulants divers tels que le khat et la caféine ; Les psychodysleptiques ou perturbateurs psychiques, perturbant l'activité du système nerveux, comprennent la plupart des drogues: les hallucinogènes (mescaline, peyotl, kétamine, phencyclidine, LSD) ; les stupéfiants (morphine, héroïne, opium) ; l'alcool et les conduites addictives (jeu pathologique…)

Classification selon Pelicier et Thuillier (1991) En 1991, Yves Pélicier (un médecin français) et Guy Thuillier (un psychiatre et pharmacologue français) reprennent la classification selon Delay et Deniker pour la moderniser :

les dépresseurs du système nerveux central : ils ralentissent le fonctionnement du système nerveux, provoquent souvent une dépendance physique et peuvent avoir, à forte dose, des conséquences graves (dépression respiratoire). Cette classe inclut notamment l'alcool, les hypnotiques (barbituriques), les tranquillisants (benzodiazépines), les neuroleptiques et les analgésiques (opiacés, morphine, héroïne…) ; les stimulants : ils stimulent le fonctionnement du système nerveux, provoquent souvent une dépendance et peuvent provoquer, à long terme, la paranoïa ou des dépressions graves. Cette classe inclut notamment les stimulants mineurs (café, tabac), les stimulants majeurs (amphétamines, anorexigènes, cocaïne, ecstasy), les stimulants de l'humeur et les antidépresseurs ; les hallucinogènes ou perturbateurs : ils perturbent le fonctionnement du système nerveux et la perception de la réalité et peuvent, à long terme, modifier durablement la personnalité du consommateur (syndrome post hallucinatoire persistant). Cette classe inclut notamment le chanvre indien, les solvants (éther, colles), les anesthésiques volatils, le LSD, la mescaline, la psilocybine, la kétamine

Classification selon Peters (1991) En 1991, G. Peters (un professeur des universités suisse) établit une classification des psychotropes : Les psychostimulants, qui accélèrent le fonctionnement du système nerveux ; les psychédéliques, qui perturbent le fonctionnement du système nerveux ; les psychosédatifs, qui ralentissent le fonctionnement du système nerveux ; les dépresseurs, qui ralentissent le fonctionnement du système nerveux après une phase d'excitation.

Vue d'ensemble Le diagramme de l'ingénieur américain Derek Snider :

Classifications selon le danger

Ces classifications ont surtout une portée juridique.

Classification de l'OMS (1971) En 1971, l'OMS établit une classification des substances psychotropes en évaluant leur danger selon trois critères : dépendance psychique, dépendance physique et tolérance (accoutumance). Cette classification est cependant imprécise dans ses évaluations et la liste des psychotropes pris en compte est incomplète, le tabac ou les tranquillisants n'y sont pas pris en compte (Remarque : le cannabis en 1971 avait des taux de THC beaucoup plus faibles qu'en 2020) :

+ Dangerosité des drogues selon l'OMS (1971) Drogue Dépendance physique Dépendance psychique ToléranceAlcoolmoyenne à marquéemoyenne à marquéecertaineOpiacésmarquéemodérée à moyennemarquéeCocaïneaucunemodérée à marquéeaucuneBarbituriquesmoyenne à marquéemoyenne à marquéesubstantielleAmphétaminesminimemoyenne à marquéeaucuneKhatminimemoyenne à modéréeminimeSolvants, inhalantsminimemoyenne à modéréepossible avec certains produitsHallucinogènes (LSD)aucunemoyenne à modéréepeut-être marquée avec certains produits (Kétamine)Cannabisminimemoyenne à modéréepossible à fortes doses

Classification du rapport Pelletier (1978) En 1978, Monique Pelletier (une avocate française) reprend la classification de l'OMS et l'applique à l'ensemble des psychotropes juridiquement réglementés dans son rapport de la mission d'études sur l'ensemble des problèmes de la drogue. Les évaluations sont plus claires et s'échelonnent de 0 à 4. La tolérance de la cocaïne et des amphétamines passent de « aucune » à « très forte ». + rapport Pelletier (1978) Substance Dépendance psychique Dépendance physique ToléranceStupéfiantsOpiacésOpium444Morphine444Héroïne444Morphino-mimétiquespéthidine (Dolosal)444dextromoramide (Palfium)444dextrométhorphane (Romilar)444StimulantsCoca 302Cocaïne 404HallucinogènesLSD100Mescaline 100Psilocybine 100Haschisch 200Cannabis 100Médicaments détournésStimulantsAmphétamines 414Méthamphétamines414STP 414Hypnotiques et tranquillisantsBarbituriques343Non barbituriques223Tranquillisants413Analgésiques non opiacés Pethacétine 402Amidopyrine402Autres substancesAlcool 333Tabac 202Solvants volatils 314 Légende : 0 = nulle ; 1 = faible ; 2 = moyenne ; 3 = forte ; 4 = très forte

Code de la santé publique français (1990)

Largement inspiré des conventions internationales de 1961, 1971 et 1988 sur le contrôle des stupéfiants, le code de la santé publique français classe les psychotropes en quatre catégories (dont les deux premières, stupéfiant et psychotrope, furent établies par l'arrêté du ) en fonction de leur toxicité et de leur dangerosité : Les substances stupéfiantes. Cette catégorie inclut les produits considérés comme les plus toxiques. Leur production, leur distribution et leur usage sont étroitement réglementés, voire interdits pour certains (héroïne). Cette catégorie liste plus de 170 plantes et substances parmi lesquelles : Les stupéfiants de la convention de 1961 : coca, opium, cannabis et leurs dérivés (morphine, héroïne, méthadone, cocaïne, haschisch…) certains psychotropes de la convention de 1971 : des hallucinogènes, les amphétamines, le MDMA… des nouvelles drogues de synthèse comme la kétamine ; le khat, l'acide lysergique. les substances psychotropes. Cette catégorie correspond aux substances listées par la convention de 1971 mais qui ne sont pas listées comme stupéfiant. Cette catégorie liste notamment des médicaments comme des antidépresseurs, des benzodiazépines, des barbituriques, des tranquillisants, des hypnotiques, etc. les médicaments inscrits sur les listes I et II, définis par l'article L.5132-6 du Code de la santé publique français. Ils ne sont délivrables que sur ordonnance "non renouvelable" (Liste I) ou renouvelable (liste II) ; les substances dangereuses. Cette catégorie concerne les substances destinées à l'industrie, l'agriculture et au commerce et classées par les ministères concernés en huit sous-catégories (très toxique, toxique, corrosif, irritant, cancérogène, tératogène, mutagène). Cette catégorie liste notamment l'éther, ou les acides, etc.