Gabriel Boric Font (Isolément, « Boric » se prononce .), né le à Punta Arenas, est un homme d'État chilien. Il est président de la république du Chili de 2022 à 2026.
Figure du mouvement étudiant de 2011, il est député entre 2014 et 2022. Il remporte au second tour l'élection présidentielle de 2021 en tant que candidat de la coalition Approbation dignité (gauche à extrême gauche) face à José Antonio Kast (extrême droite).
Sa politique comprend notamment des réformes sociales et économiques (revalorisation du salaire minimum, baisse du temps de travail et du chômage, réforme des retraites, gratuité des soins dans le public) ainsi que des mesures de lutte contre l'immigration.
Sous son mandat, après l'échec du référendum constitutionnel de 2022, la gauche est largement défaite aux élections constituantes de 2023. José Antonio Kast lui succède.
Études et premiers engagements Gabriel Boric est né à Punta Arenas en 1986. Il est le fils de Luis Javier Boric Scarpa, issu d'une famille d'origine croate installée au Chili depuis la fin du , ingénieur chimiste et fonctionnaire à l' pendant plus de quatre décennies ; sa mère, María Soledad Font Aguilera, est d'origine catalane. Il a grandi aux côtés de ses deux frères cadets dans une famille sympathisante des partis socialiste et démocrate-chrétien"Notre fils Gabriel" : cette famille des Vosges avait accueilli à Toul le président du Chili, Boric, durant sa scolarité, L'Est Républicain, 10 janvier 2022..
Il effectue des études de droit et s'engage dans le syndicalisme étudiant, tout en militant au sein du mouvement Gauche autonome ().. Pendant une partie de son séjour à l'université, Boric a obtenu un poste d'assistant du professeur José Zalaquett dans le cours sur les droits de l'homme de ce dernier...
Il s'investit particulièrement dans le mouvement étudiant de 2011, qui visait à obtenir la gratuité de l'éducation. Il est dans ce contexte élu à la tête de la Fédération des étudiants de l'université du Chili, succédant à Camila Vallejo.
De 2019 à 2023, il était en couple avec Irina Karamanos, anthropologue et politologue chilienne née le ..
Depuis 2024, il vit en couple avec Paula Carrasco, chimiste environnementale chilienne, ayant travaillé pour le ministère de l'Environnement du Chili. Elle est également basketteuse au club Sportiva Italiana de Valparaíso et a participé aux Jeux panaméricains de 2023 avec l'équipe nationale de basket-ball. Ils accueillent leur fille Violeta le . Carrasco a déjà un fils d'une précédente union.
Parcours politique Député des et districts vignette|redresse|gauche|Portrait officiel du député Gabriel Boric (2017). Ancien syndicaliste étudiant, il est élu député en 2014 pour le parti Convergence sociale, qui rejoint la coalition du Front large lors de sa fondation en 2017. Il a représenté le district de Magallanes et l'Antarctique chilien. Boric consacre son mandat à la défense des droits de l'homme, à la lutte contre les conflits d'intérêts et à la réduction des indemnités parlementaires.
Il soutient les manifestations massives de 2019-2020 et s'engage en faveur de la rédaction d'une nouvelle Constitution destinée à rompre avec l'héritage de la dictature d'Augusto Pinochet. Il contribue à faire adopter un accord avec le gouvernement de Sebastián Piñera visant à mettre un terme au mouvement en échange d’un processus constitutionnel, ce qui lui vaut des difficultés au sein de son propre parti. Il est ainsi très présent au sein d'un mouvement contestataire ancré à gauche et puisant ses origines dans les milieux étudiants, avant son extension déterminante aux questions des inégalités sociales. Il occupe une place de premier plan lors de la campagne pour le référendum d'octobre 2020, qui voit les propositions d'un changement de constitution et de la mise en place d'une Assemblée constituante approuvées à de larges majorité. Les référendums sont alors suivis d'élections constituantes en mai 2021,
Élection présidentielle de 2021
Fort de ses liens avec une partie des membres de l'assemblée constituante et soutenu par le Front large, Gabriel Boric remporte la primaire d'Approbation dignité sur des positions plus modérées que son concurrent Daniel Jadue du Parti communiste, bénéficiant notamment de l'image d'un candidat participant au renouvellement de la classe politique.. Il avait initialement refusé de présenter sa candidature, estimant manquer d'expérience, mais s'y était finalement résolu en l’absence d’une autre candidature au sein du mouvement. Beatriz Sánchez, qui avait représenté le Front large à l'élection présidentielle de 2017, n'avait pas souhaité être à nouveau candidate.
Il est à le plus jeune candidat à une élection présidentielle au Chili.... Bien que ses plus proches collaborateurs soient souvent issus des mouvements sociaux, il reste éloigné des positions de l'extrême gauche et inspire la méfiance tant de la frange la plus contestataire de la gauche chilienne que des marchés financiers.
Candidat d'un passage à un système d'État-providence, Gabriel Boric propose de revenir sur la privatisation des services publics qui avait caractérisé la dictature de Pinochet. Il prend ainsi position contre le système de retraites et de santé en vigueur, ceux-ci étant depuis cette époque intégralement confiés au secteur privé. Le candidat se prononce pour l'introduction d’impôts progressifs pour les plus riches, une retraite minimum de via une augmentation des cotisations mensuelles de 10 % à 18 % du salaire avec une plus grande part prise en charge par l'employeur, l'augmentation du salaire minimum et la réduction de la semaine de travail à . Il n'évoque aucune nationalisation, dans un pays où l'essentiel de l'économie est entre les mains de multinationales et de la haute bourgeoisie. Son programme prévoit l'augmentation des dépenses sociales, notamment afin de créer une assurance maladie universelle et de lancer un plan national de santé mentale, ainsi que la réforme des forces de police, dont la conduite a été controversée pendant la répression des manifestations de 2019, et des investissements dans la lutte contre le réchauffement climatique. Promettant également de lutter contre le réchauffement climatique, il se déclare favorable à la légalisation de l'avortement et à l'avancée des droits LGBT.. En réaction au conflit mapuche, il prône la levée de l'État d'urgence et l'expulsion des entreprises transnationales présentes dans la régionÉlections au Chili: Fabiola Campillai, une candidate en lutte pour des réformes sociales.
Lors du second tour organisé le , Gabriel Boric est élu président de la République avec 55,8 % des voix, dans un contexte de participation record (55 %) pour une élection présidentielle au Chili. La hausse de la participation des classes populaires et des jeunes semble avoir permis à Gabriel Boric de déjouer les sondages, qui le donnaient au coude-à-coude avec Kast. De fait, il a reçu un soutien substantiel sur les réseaux sociaux, à l'instar d'un post devenu viral de l'artiste La Mirona.
Âgé de au moment de son élection, il est le plus jeune président élu de l'histoire du pays, ainsi que le candidat ayant obtenu le plus grand nombre de voix au second tour d'une élection présidentielle. La bourse de Santiago ouvre le lendemain du scrutin sur une baisse de 6,83 %, les marchés financiers étant effrayés par la victoire de la gauche.
Président de la République
Investiture et débuts vignette|Gabriel Boric, président élu, rencontre le président sortant Sebastián Piñera au palais présidentiel de La Moneda. Gabriel Boric est investi président de la république du Chili le , succédant ainsi au président sortant Sebastián Piñera . Âgé de 36 ans, il est la personne la plus jeune à occuper cette fonction. Le nouveau président n'a pas les mains libres, faute de majorité au Congrès. La droite conserve la moitié du Sénat et la Chambre des députés est scindée à parts égales entre le centre et la gauche d'une part et la droite et l'extrême-droite d'autre part. Son programme social se heurte à l’hostilité des médias chiliens, très majoritairement conservateurs, et aux difficultés économiques que prévoit le Fonds monétaire international pour le Chili pour les années à venir. Gabriel Boric est accompagné par un gouvernement composé de 24 ministres, dont 14 femmes.
Le suivant, le président Boric, la ministre des Affaires étrangères, Antonia Urrejola, et celle de l'Environnement, Maisa Rojas, signent l'accord d'Escazú, à l'élaboration duquel le Chili a participé activement en 2014 mais que l'ancien président Piñera avait refusé de signer.
Premières difficultés du gouvernement Le gouvernement Boric connait dès ses débuts des déconvenues, échouant à faire approuver par le Parlement une réforme visant à retirer des fonds de pension privés pour promouvoir des politiques sociales en direction des familles défavorisées, et devant affronter un taux annuel d'inflation de plus de 10 % et une croissance en berne. Il ne parvient pas non plus à un compromis avec la droite sur l'amnistie des centaines de personnes encore emprisonnées à la suite des manifestations de 2019, laquelle était très attendue par une partie de sa base électorale.
Les premières semaines de sa présidence sont marquées par des troubles alors que l'approbation de son action est en chute libre parmi la population, tombant à 24 % d'opinions favorables en seulement quelques semaines. Cet effondrement soudain aurait pour causes l’inexpérience et les erreurs de communication des nouveaux ministres, l'hostilité virulente des grands médias chiliens à l'égard du gouvernement, ou encore la lenteur des réformes. « Le gouvernement ne dispose pas d’une majorité stable à la Chambre des députés et il n’a pas la majorité au Sénat, souligne le politiste Fernando Rosenblatt. Il doit négocier avec chaque élu, au comportement parfois volatil. C’est une situation à laquelle il fait face depuis son arrivée au pouvoir. » Marco Enríquez-Ominami, figure de la gauche chilienne, lui reproche « son pari de ne pas aller à la confrontation avec la droite, de ne pas faire bouger les lignes. Il n'y a aucune réforme importante. Vu les divisions du pays et les problèmes qu'il traverse, c'est une grosse erreur. »
Politique économique et sociale Il met sur pied en avril un plan de relance de l’économie s'élevant à 3,7 milliards de dollars ; 36 % du budget est dévolu à une aide sociale aux foyers, plus d’un quart à soutenir les petites et moyennes entreprises, et le reste à la création d’emplois. Le président chilien annonce également le gel du prix des transports publics pendant un an et une augmentation de 15 % de la bourse alimentaire dans l’enseignement supérieur, dont bénéficieront 620 000 étudiants.
Lors de son premier compte-rendu public du , Boric présente devant le Parlement les principaux axes de l'action de son gouvernement Cuenta Pública 2022. Il annonce notamment comme projets la mise en place d'un système public de pensions de retraite, d'un fonds de santé universel ainsi que le redéploiement du réseau de chemin de fer.
En , le salaire minimum est augmenté de pesos (412 dollars) à pesos (470 dollars) pour faire face à l'inflation. La gratuité du système de santé public est instaurée à partir de .
Début , il fait adopter une réforme réduisant la durée de la semaine de travail de 45 à 40 heures.