Le projet Pegasus est une enquête journalistique collaborative internationale placée sous l'égide du consortium de journalistes de associé à l'expertise informatique de l'ONG Amnesty International. Le projet révèle le que onze États ont espionné des journalistes, opposants politiques, militants des droits de l'homme, chefs d'État… au moyen du logiciel espion Pegasus édité par l'entreprise israélienne NSO Group.
En , la plate-forme collaborative Forbidden Stories reçoit le premier prix Daphne Caruana Galizia pour le journalisme pour son enquête sur Pegasus.
L’enquête a entraîné de multiples enquêtes judiciaires et parlementaires, et des sanctions internationales..
Auteurs de l'enquête Le « Projet Pegasus » est animé par le consortium de journalistes Forbidden Stories ; plus de de dix-sept médias y participent..
Les médias partenaires sont les suivants.. :
Aristegui Noticias (Mexique) Daraj (Liban) Die Zeit (Allemagne) Direkt36 (Hongrie) The Guardian (Royaume-Uni) Haaretz (Israël) Knack (Belgique) Le Monde (France) Le Soir (Belgique) Frontline, sur PBS (États-Unis) Proceso (Mexique) Organized Crime and Corruption Reporting Project Radio France (France) Süddeutsche Zeitung (Allemagne) The Washington Post (États-Unis) (Inde).
Méthode L'enquête se fonde sur l'exploitation d'une liste qui recense de cibles potentielles du logiciel Pegasus présélectionnées par les États clients de l'entreprise israélienne NSO ; plus d'un millier de ces cibles potentielles ont pu être identifiées nommément.... Parmi ces numéros, sont identifiés par le consortium à travers au moins .
L'ONG Amnesty International (dont l'expertise a été auditée par les chercheurs canadiens du Citizen Lab, rattaché à l'université de Toronto) a exploité présents dans cette liste, avec l'accord de leur propriétaire : 37 d'entre eux montrent des traces d'infection ou de tentative d'infection... L'association a mis en ligne le le détail de sa méthodologie dans un article intitulé ...
L'entreprise NSO Group dément que la liste des de téléphone utilisée par les journalistes recense des cibles de Pegasus et affirme que les numéros pourraient être ceux entrés par les utilisateurs d'un service « HLR Lookup ». Néanmoins, les auteurs de l'enquête soulignent que les expertises techniques sur les téléphones ont montré à plusieurs reprises que l'ajout de numéros de téléphone dans la liste était suivi, quelques minutes après, de tentatives d'infection par Pegasus ; il est d'ailleurs plausible, indiquent-ils, que le logiciel espion s'appuie sur un service HLR Lookup...
Pegasus et NSO Group
Pegasus est un logiciel espion pour iOS et Android, s'installant sur les téléphones mobiles, qui a pour but de collecter des informations et de permettre un accès total aux fonctions des appareils touchés et à l'ensemble des données présentes en mémoire. Il est conçu et commercialisé par l'entreprise israélienne NSO Group dès 2013 mais les premières traces de ses intrusions ne sont découvertes qu'en 2016. L'entreprise indique qu'elle ne le vend qu'à des gouvernements, et uniquement après validation interne. Installé à distance sur un appareil, il peut contourner tous les systèmes de sécurité et accéder aux fichiers, messages, photos et mots de passe sur les smartphones. Il peut aussi écouter les appels téléphoniques, et déclencher l'enregistrement audio, la caméra ou la géolocalisation. NSO Group est placé sur liste noire par le département du commerce des États-Unis. Amnesty International, WhatsApp filiale de Facebook, Apple portent plainte contre NSO Group, fabricant du logiciel espion Pegasus.
Pegasus peut être considéré comme une « arme de guerre ». et sa vente nécessite une licence d'exportation du ministère israélien de la Défense. Pour des raisons de sécurité nationale, Israël ne permet donc pas qu'il cible les pays de l’alliance « Five Eyes », qui regroupe États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande..
Personnes notables ciblées Par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis Les Émirats arabes unis (EAU) sont le deuxième plus grand contributeur (avec le Maroc, et derrière le Mexique) de la liste des cibles potentielles de Pegasus, avec présélectionnés.. Cet intérêt des services de renseignement pour l'espionnage numérique procède des investissements en la matière entrepris par le prince héritier et ministre de la Défense Mohammed ben Zayed. L'Arabie saoudite a elle sélectionné .
Selon les informations de Forbidden Stories, les contrats de NSO avec l'Arabie saoudite et avec Dubaï (l'un des émirats des EAU) ont été rompus par l'entreprise, respectivement au printemps 2021 et à l'hiver 2020.
Selon un nouveau rapport de la Citizen Lab, Ben Hubbard journaliste du The New York Times a été ciblé par Pegasus de NSO Group sur une période de trois ans de au . Cette période correspond à ces travaux sur l'Arabie saoudite et à sa préparation d'un livre sur le prince Saoudien Mohammed ben Salmane. En 2018, il a été ciblé pour la première fois avec un message texte suspect. En 2020 et 2021, son téléphone a de nouveau été piraté deux fois avec des exploits «zéro clic».
Aux Émirats arabes unis Plusieurs personnes gênantes pour le pouvoir ont été présélectionnées pour un éventuel espionnage par Pegasus. Il en est ainsi du militant émirati des droits de l'homme Ahmed Mansour, dont l'infection du téléphone, dès 2012, a été découverte avant le Projet Pegasus, en 2016. La princesse Latifa Al Maktoum, fille de l'émir de Dubaï, autrice d'une tentative contrariée de fuite de l'émirat en 2018, a également vu son téléphone présélectionné par Dubaï, au moment même de sa fuite. Dans le même intervalle de temps, les numéros de plusieurs de ses proches ont été sélectionnés par les EAU, sans qu'il soit possible de vérifier si Pegasus est responsable de la localisation du voilier utilisé pour la cavale de la princesse... La sixième épouse de l'émir de Dubaï, Haya bint al-Hussein, elle aussi en fuite, mais l'année suivante et avec succès (elle gagne le Royaume-Uni), a fait l'objet d'une présélection pour une éventuelle surveillance par Pegasus, de même que plusieurs de ses proches et son avocat britannique..
Au Royaume-Uni Au Royaume-Uni, parmi les numéros ciblés par les EAU : celui du journaliste du Wall Street Journal Bradley Hope, spécialiste du scandale 1MDB, de 2018 à 2019. ; celui du chercheur britannique Matthew Hedges (emprisonné et torturé aux EAU car soupçonné d'espionner pour le compte du MI6), en ; et celui de la membre de la Chambre des lords Pola Uddin. La rédactrice en chef du quotidien américain Financial Times, Roula Khalaf, a également été sélectionnée en 2018, probablement par les EAU..
Les numéros de Gregg Carlstrom, correspondant de The Economist au Moyen-Orient, et du fondateur de la messagerie chiffrée Telegram, le Russe Pavel Dourov, ont été intégrés à la liste des potentielles cibles, probablement par les EAU..
L'Arabie saoudite, outre les personnes ciblées parallèlement aux EAU, est suspectée d'avoir présélectionné en 2019 Rodney Dixon, un avocat britannique spécialiste des droits de l'homme (qui a entre autres défendu Matthew Hedges et l'épouse de Jamal Khashoggi), dont le téléphone porte la trace d'attaques infructueuses par Pegasus..
Au Liban Au Moyen-Orient, le Liban a été particulièrement ciblé par les EAU et l'Arabie saoudite en 2018 et 2019, avec approximativement listés, dans un contexte d'influence croissante du Hezbollah (financé par l'Iran, ennemi des monarchies du Golfe) dans le pays.. Les EAU et l'Arabie ont ainsi présélectionné pour une éventuelle surveillance le Premier ministre du Liban Saad Hariri, qui s'est allié au Hezbollah, dont plusieurs proches ont également été sélectionnés, en 2019, par la monarchie saoudienne. Le président libanais, Michel Aoun, jugé trop proche du Hezbollah, a lui aussi été ciblé par l'Arabie saoudite, de même que son gendre Gibran Bassil (aussi ciblé par les EAU). Ont aussi été présélectionnés des dirigeants du Hezbollah (dont les députés libanais Ali Fayya et Hassan Fadlallah), des partenaires de celui-ci, tels le ministre des Finances Ali Hassan Khalil et le chef de la Sécurité générale , plusieurs journalistes (Ibrahim Al-Amin dAl-Akhbar, Ghassan Ben Jeddo de la chaîne télévisée Al-Mayadin) et jusqu'aux ambassadeurs saoudien et émirati au Liban.
En Irak et au Yémen Les EAU ont sélectionné le Premier ministre du Yémen Ahmed ben Dagher (de 2016 à 2019) et le président de la République d'Irak, Barham Salih....
Barham Salih (Irak) a aussi été sélectionné, en parallèle des EAU, par l'Arabie saoudite, qui a par ailleurs listé comme cible potentielle Moustafa Madbouli, le Premier ministre d'Égypte..
L'Iran, lui, ne compte aucune cible potentielle de Pegasus, en dépit du fait que ses adversaires sont clients de NSO, relève le média libanais Daraj, qui y voit la volonté d'Israël de conserver le monopole de la surveillance de la république islamique...
Par l'Azerbaïdjan En Azerbaïdjan, la journaliste Khadija Ismayilova est espionnée pendant par le régime grâce à Pegasus., tandis qu'une vingtaine d'autres journalistes figurent parmi les cibles présélectionnées..
Par le Kazakhstan En 2017 et 2018, Bakytjan Saguintaïev, alors Premier ministre du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, qui succédera en 2019 à Noursoultan Nazarbaïev à la tête du pays, et Askar Mamine, devenu entretemps futur Premier ministre, sont listés comme cibles potentielles de Pegasus, probablement par le régime kazakh lui-même.
Par le Maroc Le Maroc, indiquent les auteurs du projet Pegasus, est le second État ayant présélectionné le plus de numéros pour une éventuelle surveillance .. Selon Le Monde, au vu des personnes ciblées, deux services de renseignement distincts sont susceptibles d'avoir utilisé Pegasus : d'une part la Direction générale des études et de la documentation (DGED), le service chargé du renseignement extérieur ; d'autre part la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), le service chargé de la surveillance intérieure, dirigé par le puissant Abdellatif Hammouchi, .....
Les plaintes du Maroc contre les médias qui ont dénoncé cet usage de Pégasus par le Maroc ont été jugées irrecevables par la justice française et les médias ont dénoncé une « procédure baillon ». De son côté, l'Espagne a débouté le Maroc dans sa plainte contre un journaliste et l'a condamné à payer les frais de justice du journaliste.
En France En 2019, le Maroc a sélectionné le numéro du président de la République française, Emmanuel Macron, ainsi que les numéros du Premier ministre d’alors, Édouard Philippe, de quatorze autres membres du Gouvernement, ainsi que de certains proches (l'épouse du Premier ministre, son assistante ou encore son conseiller Gilles Boyer) pour un éventuel espionnage de leurs smartphones avec le logiciel Pegasus... Le numéro d'Emmanuel Macron est celui qu'il utilise depuis la campagne de 2017, le système sécurisé Teorem étant dans la pratique réservé aux communications secret défense. Le téléphone de François de Rugy, alors du Gouvernement, expertisé par Amnesty International, montre quant à lui trois tentatives infructueuses d'intrusion.. Alexandre Benalla, alors chargé de la sécurité du président, fait également partie des personnalités ciblées .
D'autres personnes sont ciblées en raison de de l'État marocain pour la question du Sahara occidental (dont il ne reconnaît pas l'indépendance), relate Le Monde. Ainsi, le maire de la ville d'Ivry, Philippe Bouyssou, a été la cible d'une tentative d'infection par Pegasus le , une semaine après l'intrusion de militants du maintien du Sahara occidental au sein du royaume lors d'un vote par le conseil municipal d'une subvention aux enfants sahraouis.. Les téléphones de Claude Mangin, l'épouse du militant sahraoui Naâma Asfari , ainsi que celui de son avocat, Joseph Breham, ont également été infectés à plusieurs reprises par le Maroc...