Léglise Notre-Dame-de-Pitié est située dans la commune de Tréguennec, en baie d’Audierne, département du Finistère, canton de Plonéour-Lanvern.
Histoire L'église actuelle fut d’abord la chapelle castrale des seigneurs de Kerguiffinec, fondateurs prééminenciers, qui firent bâtir en 1537 l’actuel édifice à la place d’une chapelle plus ancienne. Dans les premières années du , l’église paroissiale en ruine, située à l’emplacement de la chapelle de saint Alour, est déplacée vers la chapelle « neuve » de Notre-Dame de Pitié des seigneurs de Kerguiffinec.
Extérieur La partie centrale du pignon occidental a été refaite au dans un style classique. Un porche en plein cintre aux jambages marqués par des pilastres s'enfonce par une profonde embrasure dans la base de la tour. Au-dessus, une niche à ailerons avec un double arc en plein cintre et un fronton semi-circulaire ayant en son centre la colombe du Saint Esprit, accueille une vierge à l'enfant.
Une grande croix en bas-relief occupe la partie centrale du fût du clocher jusqu'à son premier niveau. Elle repose sur un Golgotha, sa base portant deux tibias croisés surmontés d'un crâne. Un blason occupe la partie supérieure.
Les rampants sont surmontés de crochets à volutes jusqu'au niveau de la nef.
Après la Révolte des Bonnets Rouges en 1675, le clocher est abattu. C'est en 1864 que, sur le plan de l'architecte diocésain Joseph Bigot, il est restitué dans un style néo-gothique et s'élève à de hauteur. La base massive sans ornements se finit par une corniche à modillons et doucines. Au deuxième niveau, huit baies jumelées avec linteaux à coussinet à l'ouest et à l'est, divisées par un meneau au sud et au nord. Leur base est réunie par une balustrade à mouchettes. La flèche octogonale se compose de quatre gables ajourés de mouchettes et fleuronnés, dont les angles sont ornés de pilastres. La toiture hexagonale est percée d'oculi et les arêtiers sont hérissés de crochets en forme de visages humains.
La façade méridionale est du (1537) dans un style flamboyant composé d'arcs à accolade, de mouchettes et de décors d'entrelacs de branches.
Au début du , le porche et la sacristie sont ajoutés avec des éléments pris aux ruines de l'ancienne église paroissiale. La baie du porche est en plein cintre. Surmontée d'une croix, elle repose sur trois colonnettes dont les chapiteaux sont dissymétriques : l'un à gauche a une corbeille sculptée et l’autre à droite est lisse.
Avant 1810, la façade méridionale présentait simplement deux portes accotées à la façade.
La première au sud, est encadrée de voussures se finissant en accolade. De chaque côté de la porte, deux colonnes dont la partie inférieure est un bossage en pointe de diamant et la partie supérieure torsadée, soutiennent des pilastres à décors de choux frisés. Les voussures sont garnies de branches entrelacées.
vignette|La porte nobiliaire surmontée d'un cartouche. La porte nobiliaire qui s'ouvre directement sur le chœur est en plein cintre. Elle est surmontée d'un arc en accolade aux arêtes décorés de choux frisés se finissant par un fleuron. Elle est encadrée de deux pilastres et gardée par deux lions à l'abondante toison, repliés sur eux-mêmes, à la jonction du bandeau à un mètre quatre-vingt du sol. Ce bandeau, constitué d’entrelacs végétaux, court sur toute la façade méridionale et s'arrête à l'est, au mur du bas-côté. Au-dessus de la porte un cartouche a perdu son inscription.
Entre les deux portes, un contrefort à niche, surmonté d’un écusson, renforce l’arc diaphragme. Il était amorti d’un pinacle dont il ne reste que la base.
Une baie en plein cintre à l’extrémité ouest et deux autres en arc brisé au centre et à l’extrémité est, éclairent la nef sur la façade sud. Elles ont des embrasures sans jambage, ni moulure, se finissant par des trilobes et un remplage de mouchettes.
Une sacristie a été ajoutée à la même époque que le porche et masque en partie une ouverture flamboyante composée de deux pilastres torsadés surmontés de pinacles et d’un gable (dans leur partie inférieure ils sont à bossage en pointe de diamant comme pour la porte sud). Elle laisse entrevoir un fleuron qui devait couronner un arc en accolade.
À l’est, le chevet plat est percé au centre d’une verrière à cinq lancettes en plein cintre et dans le collatéral d’une fenêtre au remplage composé d’une mouchette avec deux écoinçons et deux lancettes en plein cintre.
Les rampants des pignons, ornementées de crochets et d’un fleuron sommital, se finissent par des crossettes sculptées de lions couchés.
Au nord, la façade est percée de trois fenêtres, murées à une époque leurs remplages ont été refaits lors de la restauration de 2008 par des lancettes en plein cintre surmontées d’une mouchette.
Deux petites baies à l‘extrémité ouest ouvrent sur l’ancienne sacristie.
Une forte moulure court sur le soubassement du mur sur les trois quarts de la longueur.
Un contrefort ponctue la façade au niveau de l’arc diaphragme en pendant de celui de la façade sud.
Intérieur C’est une église de plan rectangulaire à bas-côté unique, de quatre travées et au chevet plat.
La voute lambrissée repose sur de courtes piles hexagonales dans lesquelles viennent se fondre les arcs à pénétration des quatre arcades aux arcs brisés moulurés de tores et de cavets. Deux arcs diaphragmes séparent pour l'un la nef du chœur et pour l'autre la chapelle seigneuriale du bas-côté.
Dans la partie ouest de la nef, au-dessus de la porte, sont visibles les traces d’appui d’un plancher d’une ancienne tribune. Une porte murée, cachée derrière le retable de saint Sébastien, y donnait accès par l’escalier du clocher.
Une sacristie devait exister dans la partie ouest au fond du collatéral jusqu’à la construction de la nouvelle au début du . Une fenêtre romane l’éclairait au nord.
Des traces d’implantation d’un ancien jubé sont visibles dans la pile de l’arc diaphragme de la nef. C’était une clôture en forme de tribune qui séparait le chœur de la nef jusqu’au concile de Trente au , où une chaire à prêcher a remplacé ce jubé.
Les vestiges d’un important décor peint sont encore visibles. Ce sont des motifs de fleurs ou des frises géométriques qui ornent encore les voussures et le mur de l’arc diaphragme.
Au-dessus de la porte du presbytère, dans l’ancienne baie murée, sont scellés une dizaine de vases acoustiques, agissant comme des correcteurs sonores.
Sablières La voûte est constituée d’une charpente à chevrons formant ferme et d’un lambris de recouvrement, ponctuée de nervures et de culots en pendentif sur trois rangées correspondant aux retombées des poinçons et des jambettes de la charpente. La voûte est peinte en bleu et ponctuée d’étoiles à six branches évoquant la voûte céleste.
Dans le chœur les culots ainsi que les sablières sont sculptés d’animaux et de végétaux, d’anges et de banderoles empruntant à la mer son vocabulaire formel fantastique.
Jusqu’au , la réserve d’hosties était suspendue dans une pyxide au-dessus de l'autel montée à l’aide d’une poulie, encore visible sur le quatrième culot de la voûte.
Des gueules de monstres, appelés engoulants, avalent les entraits. Ils ont été reconstitués lors de la rénovation de 2008. L’un des entraits porte deux scènes sculptées par le charpentier restaurateur. Elle représente un homme, se tenant la tête, happé par l’engoulant dont une dent lui découvre le derrière. En face, deux félins se poursuivant s’élancent vers la gueule du monstre en courant sur sa langue.
Mobilier NB: Les nombres entre parenthèses font référence à l'image "Position du mobilier dans l'église".
Fonts baptismaux C’est une double cuve en granit (1), du , sculptée en haut-relief d’un Christ baptisé par saint Jean-Baptiste.
Sculptures alt=Situation du mobilier dans l'église|vignette|Position du mobilier dans l'église. La plupart des sculptures pourraient provenir de l’ancienne église paroissiale de Saint-Alour.
Encadrant la porte ouest, placés là au dans des niches à colonne corinthiennes en faux marbre et à chapiteaux dorés, aux fûts décorés de guirlandes de fleurs et de pampres, se tiennent de part et d’autre saint Sébastien (3) à droite et saint Jean-Baptiste (2) à gauche.
Saint Sébastien (3) est dénudé, laissant bien apparaître les flèches enfoncées dans son corps, mais son visage reste serein montrant le miracle en train de se produire. Il est l’un des saints les plus honorés en Bretagne, car c’est un intercesseur que l’on invoque pour se préserver d’un péril ou d’une maladie. Il fut ainsi celui qui pouvait protéger du fléau de la peste, car on espérait que les flèches divines qui frappaient les populations de la Mort Noire seraient inoffensives comme les flèches de son supplice.
Sainte Marguerite (4). Sous les pieds de la sainte se love le dragon d’où elle est sortie saine et sauve après avoir été avalée. Sur le livre qu’elle tient dans la main gauche est marqué son nom et dans la main droite elle tient la palme du martyre. Elle est couronnée, son nom Margaritae signifiant en latin couronne de perles. C’est aussi la couronne de sainteté. Elle est posée sur une console représentant un visage grotesque tirant la langue.
Saint Yves (1253-1347) patron des avocats (5), des magistrats et avocat des pauvres, est le patron secondaire de la Bretagne après sainte Anne. On le voit ici portant la robe blanche à larges manches de magistrat ecclésiastique, recouvrant la robe talaire et le camail sans capuchon descendant sur les épaules. Il tient un parchemin dans sa main gauche, insigne de sa charge d’official du diocèse de Tréguier. Il est debout entre deux plaideurs rendant la justice en tant qu’avocat. À sa gauche, le riche, dont le rang social est marqué par le parchemin, la bourse et l’épée, tend une pièce d’or à saint Yves pour essayer en vain de le corrompre. Le pauvre, en guenilles, se tient humblement de l’autre côté, la double besace sur l’épaule et le chapeau respectueusement tenu à la main peut-être en signe de reconnaissance du jugement en sa faveur. Le groupe est supposé daté du d’après René Couffon, ou de la fin du d’après la Plateforme ouverte du patrimoine. Il ne peut être antérieur à la toute fin du où il apparaît dans l’art religieux breton.
Le groupe de trois personnages (6), composé d’un jeune homme glabre et de deux femmes, pourrait être d’après Christiane Prigent, le fragment d’une mise au tombeau comme il y en eut de nombreuses en Bretagne à cette époque. Auquel cas, ces figures seraient celles de Jean, de la Vierge et de l’une des trois Maries : peut-être Marie de Magdala, Marie-Salomé ou Marie Jacobé. Christiane Prigent date le groupe du car on y observe « la rencontre de deux siècles : le avec son génie douloureux, le avec sa grâce spiritualisée ». Le groupe a été restauré en 1995 par Gilbert Le Goël, où le socle portant l’inscription « LAZARE, MARIE & MARTHE » ajouté lors de la translation de la sculpture dans la nouvelle église, a été retiré.
Vierge de pitié, placée sur un autel secondaire au pied du même pilier, sculpture de la fin du (7). Contrairement à l’iconographie conventionnelle, apparue au en Allemagne du Sud, le Christ, encore couronné d’épine, est dressé presque à la verticale sur les genoux de Marie au visage juvénile et calme. De la main droite, celle-ci le soutient sous son bras alors que la gauche est agrippée au périzonium. Le bras droit du Christ est pendant et sa jambe droite forme une grande diagonale avec son corps, alors que la gauche repose sur un genou de Marie, donnant au groupe une tension où se mêlent abandon et retenue. Le pied gauche du Christ s’appuie sur un crâne, rappelant la signification de Golgotha, la « Montagne du crâne », celui d’Adam enterré en ce lieu et dont le sacrifice du Christ rachète la faute. La diagonale du corps du Christ associée au crâne établit une relation entre le terrestre et le divin.