L'éducation pour la justice est une matière scolaire promue par l'UNESCO, visant à prévenir la criminalité et à promouvoir une culture de la légalité. L'enseignement doit se faire à l’aide d’outils et d’activités éducatifs conçus pour les niveaux primaire, secondaire et supérieur. Ces outils et activités visent à inculquer aux enfants la défense l’état de droit et à les pousser à s'engager pour celui-ci dans la vie de leur communauté et leur future profession. Les outils éducatifs visent à transmettre certaines normes socioculturelles.
Objectifs L'éducation pour la justice promeut une idéologie en faveur de la paix, de la justice, des droits humains et des libertés fondamentales afin d'améliorer la stabilité et le bien-être des sociétés. Selon l'UNESCO, l’adoption de cadres réglementaires par les états pour lutter contre la corruption, la violence et la criminalité sont insuffisantes. Aussi, la justice pénale, qui a un "rôle clé" à jouer, doit être complétée par une éducation qui s’efforce de promouvoir l’état de droit et une culture de la légalité. L'objectif est de préparer les générations futures à exiger des institutions qu’elles répondent aux principes inculqués dans cette matière de justice et de droits humains.
L'éducation pour la justice promeut et soutient le principe de l’état de droit en encourageant les apprenants à valoriser et appliquer les principes de l’état de droit dans leur vie de tous les jours ainsi qu'en transmettant aux apprenants les connaissances, valeurs, attitudes et comportements dont ils ont besoin pour contribuer à la consolidation et au rétablissement continus de l’état de droit dans l’ensemble de la société.
La culture de la légalité, est une culture dans laquelle l’état de droit est respecté et promu.
Programmes
Enseignements élémentaires Certaines connaissances, valeurs, attitudes et comportements sont considérés comme particulièrement pertinents pour donner aux apprenants les moyens de défendre l’état de droit et de participer au constant développement d’une culture de la légalité au sein de leur communauté.
Connaissances clés Les apprenants doivent apprendre à connaître et à comprendre les concepts d’état de droit et de culture de la légalité, à être capables de les juger d’un œil critique et à reconnaître leurs manifestations quotidiennes dans différents contextes sociaux et dans le cadre des institutions, des lois, des procédures et des mécanismes établis. En retour, l’état de droit exige des apprenants qu’ils jugent leur environnement avec discernement, en se basant sur les normes établies et les données factuelles. L’esprit critique et la capacité d’analyse sont essentiels et doivent être enseignés pour que l’éducation puisse promouvoir l’état de droit. La compréhension et l’appréciation des rapports existant entre les problèmes mondiaux et locaux sont une partie intégrante du processus d’apprentissage. Les violations de l’état de droit ont en effet de profondes répercussions au niveau individuel, collectif, national et mondial, qui touchent des pays et des peuples différents de manière souvent interconnectée. Dans le même temps, il est important de ne pas sous-estimer la place occupée par une culture de la légalité dans les réalités nationales et locales. C’est pourquoi les enseignants et les élèves doivent aussi comprendre leurs droits et leurs devoirs et identifier les comportements qui, chaque jour, favorisent l’exercice de la démocratie et l’état de droit. Cette compréhension dépendra bien entendu de chaque contexte particulier. Les principaux domaines de la connaissance que les apprenants devront aborder pour comprendre les concepts d’état de droit et de culture de la légalité sont les suivants :
Définition de la bonne citoyenneté, représentation des voix des individus dans les institutions officielles, droits et devoirs des citoyens ; Système judiciaire ; Droits humains ; Prévention des conflits et construction de la paix ; Expressions mondiales, nationales et locales de l’état de droit et d’une culture de la légalité ; Valeurs démocratiques, telles que la transparence, la responsabilité et l’inclusivité ; Expressions locales et visibles d’une culture de la légalité grâce au pluralisme et à l’égalitarisme ; Causes et conséquences/impacts de la criminalité sur la famille, la communauté, la société et la sûreté ; Prise de décisions responsable et éthique.
Attitudes et valeurs clés Les attitudes et les valeurs s’acquièrent dans des environnements variés, comme la famille et l’école, et au gré des expériences de l’individu dans de plus larges contextes sociaux et culturels (autrement dit, dans le cadre de son apprentissage socio-émotionnel). L’acquisition d’attitudes et de valeurs positives est un élément fondamental du développement complet et sain des apprenants à tous les âges. Elles aident aussi les apprenants à prendre des décisions responsables (comportement proactif ) et à faire preuve de résilience devant des situations dangereuses ou menaçantes (comportement réactif ). Essentiel est notamment le sentiment d’efficacité personnelle, c’est-à-dire le sentiment qu’a l’individu de sa capacité à relever un défi, à réaliser une tâche ou à atteindre un objectif précis. Couplé à une forte motivation, le sentiment d’efficacité personnelle fournit les conditions de la résilience, elle-même indispensable à la promotion d’une culture de la légalité et l’état de droit. On sait que les pratiques scolaires qui amènent les apprenants à se sentir capables d’aborder les questions les concernant eux-mêmes, leurs camarades et leurs familles, favorisent aussi l’engagement civique, qui est indispensable à l’entretien durable d’une culture de la légalité. Lorsque les apprenants s’investissent dans l’apprentissage par des efforts personnels, ils endossent des responsabilités individuelles et collectives qui favorisent leur maturité civique. D’autres produits de l’apprentissage socio-émotionnel sont importants pour l’état de droit. Les apprenants peuvent apprendre à valoriser l’égalité, l’équité, le respect mutuel et l’intégrité. Ils peuvent aussi s’efforcer d’acquérir des attitudes, des valeurs et des capacités telles que :
un sentiment d’appartenance à une collectivité ; une identité personnelle et une image de soi positives ; une conscience sociale (empathie, inclusion) ; des compétences relationnelles (communication, coopération et résolution de conflits) ; un sentiment de confiance en soi ; une capacité de résilience (s’agissant notamment de personnes exposées à la victimisation ou risquant de tomber dans la délinquance) ; une conscience de ses actes ; un souci des autres et une aptitude à la compassion ; une conscience de soi ; une capacité à s’autogérer ; une capacité à s’autoréguler.
Comportements clés L’apprentissage de l’éducation à la citoyenneté mondiale relatif aux comportements favorise la promotion de l’état de droit, notamment en enseignant à agir de manière efficace et responsable au niveau local, national et mondial en faveur d’un monde plus paisible et plus durable, et en suscitant la motivation et la volonté de prendre les mesures nécessaires.
Dans le cadre des efforts pour promouvoir l’état de droit, l’apprentissage peut être plus particulièrement axé sur l’acquisition des comportements suivants :
participation active aux structures et processus démocratiques (à l’école et en dehors) ; pratiques participatives et démocratiques dans les prises de décisions collectives ; suivi des institutions et processus de l’état de droit (à l’école et en dehors) ; actions destinées à promouvoir les améliorations en matière d’état de droit/culture de la légalité (aux différents niveaux de la société).
Il existe aussi une série de comportements dits « prosociaux » qui fonctionnent comme facteurs protecteurs, profitant aux autres ou à la société dans son ensemble et favorisant le bien-être des apprenants et leur sentiment d’appartenance communautaire. Ces comportements prosociaux peuvent être :
des actions de soutien et de solidarité envers les victimes de violence et d’actes criminels ; le respect des infrastructures scolaires ; la participation aux actions de la communauté scolaire.
Répondre aux problèmes réels et aux dilemmes Les stratégies éducatives et les pédagogies visant à encourager des comportements positifs doivent aussi prendre en compte les vulnérabilités et les interrogations réelles des apprenants.
Répondre aux vulnérabilités individuelles des apprenants Pour apporter une réponse aux vulnérabilités individuelles des apprenants, il faut d’abord identifier deux types de facteurs :
Les facteurs de risque : les facteurs augmentant la probabilité qu’un jeune subisse un dommage, tombe dans la délinquance ou devienne violent. Sans être nécessairement la cause directe d’un comportement délictueux, ils placent l’apprenant en situation de vulnérabilité face à ce type de comportement. Les facteurs de risque peuvent être atténués par des facteurs protecteurs. Les facteurs protecteurs : les facteurs encourageant le développement positif et le bien-être des enfants. Les facteurs protecteurs protègent les jeunes contre le risque de subir un dommage, de tomber dans la délinquance ou de devenir violent. Bien qu’il y ait eu moins de recherches sur les facteurs protecteurs que sur les facteurs de risque, ils sont tout aussi importants pour l’élaboration de programmes efficaces de prévention par l’éducation et, plus généralement, favorisent le développement socio-émotionnel, physique et intellectuel des apprenants. Les facteurs protecteurs favorisent aussi l’inclusion sociale, l’engagement civique, la capacité d’agir et l’interconnexion.
Les facteurs de risque et les facteurs protecteurs peuvent être trouvés au niveau de l’individu, de la famille, des pairs et de la société. Plus un contexte d’apprentissage atténue les facteurs de risque et alimente les facteurs protecteurs, plus il a de chances de réussir à améliorer le bien-être des individus et, par conséquent, de renforcer leur résilience face à la criminalité et à la violence. Dans la mesure où les adultes des deux sexes, qu’il s’agisse des parents, des éducateurs ou du personnel scolaire, peuvent avoir une perception différente du degré d’exposition des élèves aux risques et de leur capacité à y faire face, les apprenants doivent être considérés et traités comme des acteurs informés et investis. Cela non seulement augmente les chances de bien comprendre leurs besoins d’apprentissage, mais renforce aussi leur sens de l’autonomie et leur capacité à prendre des décisions.
Les processus d’évaluation devraient aussi adopter une approche positive concernant les aptitudes des apprenants et se concentrer sur « ce qui va bien » – sur les forces et les atouts des apprenants – au lieu de ne regarder que « ce qui va mal ». À partir de là, il devient possible d’identifier les bonnes réponses éducatives.
Distinguer trois types d’efforts de prévention peut également aider à concevoir des interventions pertinentes et efficaces :
Les efforts de prévention primaire visent tous les apprenants, qu’ils soient ou non en situation de vulnérabilité. La prévention primaire vise essentiellement à renforcer les communautés et les individus, à assurer leur bien-être et à resserrer leurs liens familiaux et communautairesGoldston (1986) indique que le terme de « prévention primaire » a été créé à la fin des années 1940 par Hugh R. Leavell, de l’École de santé publique de Harvard, et E. Gurney Clark, de l’École de santé publique de Columbia..