Miguel Campins y Aura (Alcoy, province d’Alicante, 1880 – Séville, 1936) est un militaire et pédagogue espagnol. Sous la pression de Queipo de Llano, et bien qu'il ait été proche de Francisco Franco, il est condamné à mort par un conseil de guerre et exécuté le .

Biographie Synthèse Fils d’un militaire promu de simple soldat au rang d’officier pour mérites de guerre, Miguel Campins embrassa à son tour la carrière des armes, fréquenta à l’Académie d’infanterie de Tolède, dont il sortit lieutenant en second au bout de douze mois seulement. Après une carrière dans différentes garnisons en métropole (Catalogne, puis deux ans dans les Canaries) et un cursus à l’école d’état-major, il fut versé en dans le régiment de cavalerie blindée en garnison à Melilla, dans le Maroc espagnol. Engagé dans la campagne du Kert (1911-1913), et ayant bientôt reçu le baptême du feu, il participa aux différentes opérations militaires destinées à répondre aux incessantes attaques des rebelles rifains, et fut cité à de nombreuses reprises dans les rapports militaires comme un officier brillant, capable d’un courage inusuel. Dans les années suivantes, notamment en 1914, sous les ordres du général Silvestre, il prit part à quelques opérations d’envergure et réussit à se distinguer, ce qui lui valut de se voir décerner la croix du Mérite militaire à plusieurs reprises. Sa carrière africaine fut interrompue par un intermède dans la métropole de 1915 à 1921 ; caserné notamment à Oviedo, il s’y lia d’amitié avec Franco et eut une certaine part, aux côtés de celui-ci et de Millán-Astray, dans la création de la Légion étrangère espagnole, en particulier pour les aspects d’organisation.

Le gouvernement espagnol décida début 1919 de parachever la domination coloniale espagnole au Maroc. Le plan du général Silvestre, nommé gouverneur militaire à Melilla, qui consistait à lancer des troupes (mal préparées) au départ de trois points avec l’objectif d’opérer leur jonction, se heurta à l’opposition du chef rebelle Abdelkrim et déboucha, par suite en particulier de la massive désertion de supplétifs, sur le désastre d'Anoual d’, se soldant par plus de dix mille morts espagnols. La ville de Melilla étant à son tour menacée par les rebelles, Campins, alors en poste à Almería, fut dépêché, à la tête d’un bataillon expéditionnaire, pour se porter au secours de la ville menacée, puis pour récupérer, en collaboration avec les troupes de choc sous les ordres de Franco, les positions perdues lors dudit Désastre. Le bataillon accomplit sa mission, et Campins fut reçu en audience par le roi en . Après avoir suivi la formation correspondante, Campins fut déclaré en apte au commandement d’une base aérienne.

Au vu des événements, Primo de Rivera décida de réduire le territoire tenu par l’armée espagnole à une ceinture défensive, ce qui impliquait l’abandon de diverses positions (retiradas), opération délicate que Campins contribua à mener à bonne fin. En 1925, l’idée prit forme de lancer une offensive finale franco-espagnole conjointe contre les rebelles rifains, comportant un débarquement amphibie dans la baie d’El Hoceïma, dont le commandement d’une des colonnes, celle de réserve et d’appui, fut confié au lieutenant-colonel Campins (Franco avait été placé à la tête d’une de colonnes de choc). En hommage à son action, la France lui conféra en 1927 les insignes d’officier de la Légion d'honneur.

Pour renforcer l’unité de l’armée, Primo de Rivera avait résolu de créer une Académie militaire générale, chargée de dispenser une formation de base commune à toutes les armes. Primo de Rivera choisit Franco pour la diriger, qui à son tour désigna Campins comme directeur des études. À ce titre, Campins, privilégiant l’éducation sur l’instruction, s’appliqua à rendre les enseignements éminemment pratiques, de se concentrer sur les aspects concrets, et de se limiter à ce qui est primordial (en ce compris la formation physique) ; sans délaisser les matières scientifiques, y étaient inculquées aussi les valeurs militaires, sous-tendues par une éthique de l’honneur, du sacrifice et de la solidarité, au service de l’intérêt commun supérieur. À l’avènement de la république en 1931, Azaña, nouveau ministre de la Guerre, supprima l’Académie de Saragosse, dont il jugeait l’esprit contraire aux idéaux républicains. Campins s’inclina en militaire discipliné, respectueux de la légalité, qui rejetait, sauf motif impérieux, toute intervention de l’armée dans les affaires d’État, et qui n'avait garde de prendre part aux multiples conspirations militaires de l’époque. En , Campins rejoignit le cadre du Service d’état-major de l’armée. En poste en Catalogne, il joua un rôle efficace dans la répression du coup de force tenté par Companys en .

Enfin promu général de brigade, il fut chargé début du commandement de la place de Grenade. Lors du soulèvement militaire du 18 juillet, Campins — légaliste par principe et ignorant de ce qui se tramait dans les cercles séditieux, dont il s’était toujours tenu éloigné, et n’ayant vraisemblablement pas reçu le fameux télégramme de Franco du appelant à la rébellion — rechigna à décréter l’état de guerre comme le lui enjoignit Queipo de Llano, et ne rallia les insurgés que le , après que le gouvernement de Madrid lui eut donné l’ordre de distribuer les armes au peuple, ce qui valait motif impérieux. Cette hésitation initiale, ainsi que d’autres actions de Campins, interprétées avec malveillance comme signes de duplicité, lui valurent une condamnation à mort devant le conseil de guerre, en procédure accélérée, sentence exécutée le en dépit des démarches insistantes de Franco en faveur de son ami.

Ascendances et jeunes années Miguel Campins Aura avait pour père le lieutenant d’infanterie Miguel Campins Cort, qui était entré dans l’armée en 1868 comme soldat volontaire (« sans solde ») et qui, gravissant les échelons à la faveur d’une série d’avancements pour mérites de guerre à Cuba, s’était hissé des grades les plus bas jusqu’au statut d’officier. Il avait été grièvement blessé lors d’une des multiples opérations militaires auxquelles il avait participé et détenait de nombreuses décorations. Se trouvant fortuitement à Alcoy, dans le Levant, où, à l’issue de longues années de campagne à Cuba, lui avait été assigné un poste après sa dernière promotion, il fit la rencontre de Juana Concepción Aura Calvo, qui devint son épouse en 1879 et donna naissance l’année suivante à son premier enfant Miguel.. En 1883, le couple élut domicile à Valence, où le lieutenant restera jusqu’en 1886 et où allaient sévir, pendant que le ménage y résidait, plusieurs crises économiques, provoquées ou aggravées par les guerres civiles et coloniales, auxquelles s’ajouta en 1885 la dernière épidémie de choléra du siècle en Espagne. Cette épidémie causa, comme les précédentes, des milliers de victimes, et si elle se propagea sur la quasi-totalité du territoire national, frappa plus particulièrement la région du Levant et son chef-lieu Valence. Concepción Aura contracta la maladie et succomba en juillet, et peu après périt aussi son fils César.. Le lieutenant Campins eut la charge de la ligne de surveillance sanitaire (cordon sanitaire) établie par les autorités entre différents villages de la province..

L’année suivante, le père, survivant avec son fils Miguel de la tragédie sanitaire, sollicita, en dépit de l’opposition de sa parentèle, une réaffectation à Cuba. Il fut alors versé dans le service d’inspection de l’Infanterie et Milices à La Havane, où il servit jusqu’en 1891 dans des tâches purement administratives.. En 1891, le lieutenant Campins sollicita et obtint un congé de quatre mois pour retourner en Espagne avec son fils, dans le but de laisser celui-ci en pension dans la métropole.. Le fils Miguel, alors âgé de , et commençant à montrer quelques signes d’une vocation militaire, fut recueilli par son oncle maternel, qui à titre de tuteur s’occupa des études de l’enfant. Celui-ci fut placé en internat dans un collège d’orphelins à Madrid, où il restera jusqu’en 1896. Le père pour sa part retourna à Cuba pour y poursuivre sa carrière militaire et prendre part à différentes campagnes. Promu entre-temps au grade de lieutenant-colonel et ayant convolé en secondes noces, il s’en revint définitivement en Espagne en 1898 et fixa sa résidence à Barcelone..

Formation militaire En , le jeune Campins, âgé alors de , fut inscrit au Collège préparatoire militaire de Trujillo, en Estrémadure, pour y achever ses études secondaires et se préparer aux épreuves d’entrée de l’Académie d’infanterie de Tolède.. Le cursus dans cette nouvelle académie s’étendait sur trois années, et les candidats à l’entrée devaient être reçus à un examen préalable, en plus d’être titulaire d’un baccalauréat en arts ou d’un certificat équivalent.. Miguel Campins, alors âgé de , remplissait ces conditions et réussit les épreuves d’arithmétique, d’algèbre (jusqu’aux équations du second degré), de géométrie plane et dans l’espace, de trigonométrie rectiligne, de traduction à partir du français, et de dessin, obtenant d’excellentes notes, aucune en dessous de la mention bien (« notable »)..

En raison du besoin croissant d’officiers subalternes qu’avait l’infanterie espagnole, en particulier à partir de 1895, quand les États-Unis manifestaient des visées sur Cuba, le plan d’études tel qu’élaboré en 1893 ne put pas être mis en œuvre. Ainsi, la durée des études baissa progressivement pour les élèves entrés à l’Académie dans les années suivant 1893, jusqu’au point où, en accord avec les dispositions de l’Ordre royal du , les élèves, dont Campins inscrit en , terminaient leur préparation académique en un cursus réduit à douze mois (« curso abreviado »). Un an et vingt-cinq jours plus tard, Campins fut nommé lieutenant en second d’infanterie (en l'absence de son père, alors stationné à Cuba), puis incorporé au régiment d’infanterie d’Asie , cantonné à Figueras..

À Figueras, il connut la tranquillité de la vie de garnison, caractérisée par de fréquents déplacements et par des services à différents endroits en Catalogne.. Outre la fonction de porte-drapeau, il remplit aussi celle d’enseignant à l’école des élèves-aspirants, qu’il allait exercer jusqu’à son départ de Catalogne.. En , son unité se transporta à la place militaire de Reus, pour affronter la grève générale révolutionnaire qui depuis le début de cette année avait éclaté dans quelques villes catalanes. La grève lancée en janvier par les métallurgistes barcelonais, qui réclamaient une réduction de leur journée de travail, tourna le mois suivant à la grève générale, qui s’étendit à Sabadell, Terrassa, Sants, Tarragone et Reus. Le capitaine-général décréta l’état de guerre et l’armée intervint contre les grévistes, dirigés par des organisations à tendance anarchiste.. L’on ne sait rien sur ce qui se passa pendant le bref séjour (huit jours) de Campins à Reus..

Promu par effet d’ancienneté au grade de lieutenant en premier en 1903, il fut muté en novembre de la même année à Barcelone avec son bataillon. Il effectua quelques manœuvres à Berga, aux mois d’avril, mai et , lors desquelles il remplit sa mission avec professionnalisme et eut à accomplir quelques tâches difficiles, ce qui lui valut la croix de classe de l'ordre du Mérite militaire..