vignette|Prostitution forcée, Aksel Waldemar Johannessen (1915)
La prostitution forcée est la prostitution imposée par un tiers et une variante d'esclavage sexuel. Le terme « prostitution forcée » figure dans les traités internationaux et humanitaires, comme le Statut de Rome, mais l'application de ces conventions est inégale. Le Statut de Rome inclut la prostitution forcée parmi les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre.
Législations relatives à la prostitution forcée La prostitution forcée est illégale dans les coutumes de tous les pays. Elle ne doit pas être confondue avec la prostitution libre, sur laquelle les pays adoptent des législations diverses : certains l'interdisent sous peine de mort, d'autres considèrent qu'elle est légale et reconnue dans la réglementation en tant qu'activité professionnelle.
S'il existe diverses législations sur la prostitution des adultes, la prostitution enfantine est illégale dans pratiquement tous les pays du monde. En 1949, l'Assemblée générale des Nations unies adopte la Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui. Cette convention remplace plusieurs traités précédents, qui portaient sur certains aspects de la prostitution forcée mais aussi sur d'autres éléments relatifs à la prostitution. La Convention de 1949 rend illégales l'embauche et l'incitation à des fins de prostitution ainsi que l'exploitation de bordels. De nombreux États ne ratifient pas le traité car la prostitution y est légale et réglementée en tant qu'activité professionnelle : en Allemagne, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande , en Grèce et en Turquie, entre autres.
Crime contre l'humanité et crime de guerre
Le Statut de Rome inclut la prostitution forcée dans les crimes contre l'humanité () et les crimes de guerre ().
Traite d'êtres humains
Après la première convention internationale sur la traite d'êtres humains, qui s'est tenue à Paris en 1885, une série d'initiatives est lancée pour limiter la commercialisation des femmes à des fins sexuelles. La Société des nations puis l'organisation des Nations unies ont soulevé le problème.
La traite d'êtres humains, en particulier les filles et les femmes, conduit souvent à la prostitution forcée et à l'esclavage sexuel. D'après un rapport de l'Office des Nations unies contre les drogues et le crime, les victimes de cette traite à l'international sont le plus souvent envoyées en Thaïlande, au Japon, en Israël, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie, en Turquie et aux États-Unis. En majorité, ces victimes proviennent de Thaïlande, de Chine, du Nigeria, d'Albanie, de Bulgarie, de Biélorussie, de Moldavie et d'Ukraine. Les victimes de traite sexuelle par Internet sont emmenées puis obligées d'accepter des actes sexuels ou bien elles subissent des viols devant une webcam, diffusés en direct p. 64. p. 43. ; ces vidéos donnent souvent lieu à des transactions financières (monétisation).
En 2010, un rapport de l'Office des Nations unies contre les drogues et le crime estime que, mondialement, 70 % des victimes connues de la traite d'êtres humains sont destinées à l'exploitation sexuelle, 18 % au travail forcé et 3 % à d'autres formes d'exploitation. En , la Commission européenne préliminaire propose les données suivantes : 75 % des victimes du trafic de personnes servent à l'exploitation sexuelle, les 25 % restants sont utilisées pour le travail forcé et d'autres formes d'exploitationThe EU Strategy towards the Eradication of Trafficking in Human Beings, 2012–2016, Commission européenne ..
En raison de la nature souvent clandestine de la prostitution et de différences méthodologiques pour séparer la prostitution forcée de la prostitution libre, il est difficile d'estimer avec précision l'ampleur du phénomène. En 2008, un rapport du département d'État des États-Unis annonce : . En 2014, un rapport de la Commission européenne établit qu'entre 2010 et 2013, dans les -membres de l'Union européenne, sont signalées comme victimes de trafic d'êtres humains, dont 69 % sont victimes d'exploitation sexuelleTrafficking harms 30,000 in EU - most in sex trade, BBC News (17 octobre 2014)..
Néanmoins, d'après en 2004, seule une petite fraction des prostituées est clairement victime de la traite d'êtres humains .
Le Protocole additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants (aussi appelé « protocole de Palerme »), dans le cadre de la Convention de Palerme, décrit la traite d'êtres humains comme "United Nations Convention against Transnational Organized Crime", Annex II, Section I, Article 3 (pg. 42). Retrieved on 21 September 2009.. Sigma Huda, rapporteuse spéciale sur la traite des personnes, remarque qu'. Toutefois, pour Save the Children, le trafic de personnes et la prostitution relèvent de domaines distincts.
Prostitution infantile
La prostitution de mineurs est fondamentalement considérée comme une exploitation non consentie car les enfants sont trop jeunes pour accorder leur consentement légal. Dans la majorité des pays, la prostitution enfantine est illégale, quel que soit l'âge du mineur.
Les États signataires du protocole facultatif sur la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants sont dans l'obligation d'interdire la prostitution des mineurs. Le protocole entre en vigueur le .
En 1999, la Convention concernant l'interdiction et l'action immédiate pour l'élimination des pires formes de travail des enfants de l'Organisation internationale du travail statue que fait partie des . Adopté en 1999, le traité dispose que tout pays qui le ratifie doit éradiquer immédiatement cette pratique.
Aux États-Unis, le considère que toute est une .
Dans de nombreux États, surtout les plus pauvres, la prostitution enfantine demeure un véritable problème et de nombreux touristes visitent ces territoires pour s'adonner au tourisme sexuel impliquant des enfants. La , le Cambodge, l’Inde, le Brésil et le sont des plaques tournantes de l’exploitation sexuelle d'enfants.
Histoire Esclavage et prostitution
Prostitution rituelle
Guerre de Canudos au Brésil La guerre de Canudos (1895-1898) est un conflit inégal entre l'État du Brésil et environ d'une communauté rebelle appelée Canudos, au Nord-Est du Bahia. Cette guerre civile est la plus meurtrière de l'histoire brésilienne et elle s’achève sur des atrocités collectives. Après plusieurs tentatives infructueuses de répression militaire, la révolte est brutalement écrasée en , avec l'arrivée d'une vaste armée brésilienne qui investit le village et tue pratiquement tous ses habitants. Les hommes sont découpés devant leurs épouses et leurs enfants. Quelques-unes des survivantes sont réduites en esclavage et envoyées dans des bordels au Salvador.
Allemagne nazie
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Troisième Reich ouvre des bordels militaires allemands dans une grande partie de l'Europe occupée au bénéfice des soldats de la Wehrmacht et de la Schutzstaffel. Dans l'ensemble, ces bordels étaient neufs mais, à l'Ouest, certains remplaçaient des lupanars précédents ou d'autres bâtiments. Jusqu'en 1942, l'Europe occupée compte près de 500 bordels militairesHelge Sander, Barbara Johr (Hrsg.), Befreier und Befreite - Krieg - Vergewaltigung - Kinder, Frankfurt a.M. 2005. Ces bordels, souvent des hôtels confisqués puis dirigés par la Wehrmacht, étaient destinés aux soldats en voyage et à ceux qui revenaient du front.
D'après les archives, au moins ont été forcées de se prostituer pendant que l'Allemagne occupait leur pays, dont les prisonnières des camps de concentration . En Europe de l'Est, ces femmes étaient souvent enlevées dans les rues des villes occupées au cours de rafles. Les nazis avaient établi des bordels dans les camps de concentration (Lagerbordell) afin d'encourager les prisonniers à collaborer, même si la plupart des usagers étaient des Kapos, des « prisonniers-fonctionnaires » de droit commun ; en effet, les détenus ordinaires, démunis et épuisés, étaient trop fragilisés pour s'y rendre et ils se méfiaient des stratagèmes des SS. Finalement, les bordels des camps n'ont conduit à aucune hausse détectable de productivité chez les prisonniers ; en revanche, ils ont favorisé l'émergence d'un marché aux coupons entre les plus favorisés des camps"Camp Brothel". Wollheim Memorial. Accessed 30 June 2011.. Les femmes obligées de rester dans ces bordels venaient principalement du camp de Ravensbrück, sauf à Auschwitz qui exploitait ses propres prisonnières.
Femmes de réconfort
thumb|Image prise à Rangoon, en Birmanie, le 8 août 1945. Une jeune Chinoise issue des « bataillons de réconfort » de l’armée impériale japonaise s’entretient avec un officier des forces alliées. Le terme « femmes de réconfort » est une périphrase pour désigner les femmes officiant dans les bordels militaires et, en particulier, dans ceux de l'empire du Japon au cours de la Seconde Guerre mondiale.. D'après les estimations, environ sont concernées, avec des fourchettes allant de pour certains experts japonais jusqu'à pour certains experts chinois - le débat sur le nombre de victimes est toujours en cours. Des historiens et des chercheurs pensent que la majorité des femmes étaient issues de Corée, de Chine, du Japon et des Philippines, toutefois des citoyennes de Thaïlande, du Vietnam, de Malaisie, de Taïwan, d'Indonésie, du Timor Oriental étaient présentes dans les « stations de réconfort ». Ces stations se trouvaient au Japon, en Chine, aux Philippines, en Indonésie (alors britannique), en Thaïlande, en Birmanie, en Nouvelle Guinée, à Hong Kong, à Macao et en Indochine française...
Dans les pays occupés par l'armée japonaise, il y a des signalement de jeunes femmes enlevées à leur domicile. Il arrivait aussi qu'elles soient recrutées via une proposition de travailler dans l'armée.. Les soldats japonais enrôlaient des femmes de force.
Situation mondiale
Continent américain thumb|upright| Le gangster Charles « Lucky » Luciano condamné pour prostitution forcée et proxénétisme aux États-Unis en 1936.
Aux États-Unis en 2002, le département d’État a repris une estimation précédente de la CIA : chaque année, environ et enfants sont amenés sur le territoire américain contre leur volonté à des fins d’exploitation sexuelle. Outre les victimes de traite internationale, des ressortissants américains sont aussi forcés de se prostituer. D’après le National Center for Missing & Exploited Children, entre .
Moyen-Orient Les femmes victimes de traite en Europe de l’Est sont convoyées vers plusieurs pays du Moyen-Orient, dont la Turquie et les Émirats arabes unis. Jusqu’en 2004, Israël était l’une des destinations du trafic de personnes à des fins d’exploitation sexuelle. De nombreuses femmes irakiennes qui ont fui la guerre se sont tournées vers la prostitution et d’autres ont été victimes de trafiquants qui les ont envoyées en Syrie, en Jordanie, en Égypte, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Turquie et en Iran. La Syrie à elle seule compte environ (souvent veuves) et filles réfugiées devenues prostituées. Les faibles tarifs demandés par les prostituées irakiennes ont contribué à orienter les flux d'agresseurs sexuels vers la Syrie, et en faire une destination de tourisme sexuel - avant la guerre civile. Les délinquants paient plus cher un rapport avec de jeunes femmes vierges.
Europe En Europe, depuis la chute du Rideau de fer, certains pays de l’ex-bloc soviétique sont des plaques tournantes du trafic de femmes et d’enfants : Albanie, Moldavie, Bulgarie, Russie, Biélorussie et Ukraine. Des jeunes filles et jeunes femmes reçoivent de prétendues proposition de travail et d’argent, puis elles sont réduites en esclavage sexuel.