L'hôtel de Madame Élisabeth, ultérieurement appelé hôtel Guérin, est une ancienne demeure du , détruite à la fin du , située à Fontainebleau, en France.

La première appellation fait référence aux aspirations d'Élisabeth de France dite « Madame Élisabeth », sœur du roi Louis XVI, d'habiter en ces lieux, mais toutefois cela n'a pas été le cas puisqu'elle fut décapitée à la Révolution. Cette propriété a appartenu à une série de personnages fortunés et de notoriétés de la ville. Le domaine comprenant l'hôtel est, de fait, le plus vaste de la ville, toutes époques confondues, après celui du château de Fontainebleau.

De nos jours, ces terrains ont évolué en un quartier résidentiel pittoresque, parfois dénommé « quartier des Présidents-de-la-République » en référence à ses odonymes.

Situation La propriété était située au nord-ouest de la ville de Fontainebleau, elle-même au sud-ouest du département de Seine-et-Marne. Elle s'étendait de la rue Saint-Merry jusqu'à la lisière de la forêt et occupait les rues Carnot et Casimir-Périer qui ont été établies sur ses terrains.

Histoire

Séjours et désirs d'Élisabeth de France

vignette|gauche|Portait de Madame Élisabeth de France par Élisabeth Vigée Le Brun

En 1886, Marie Célestine Amélie d'Armaillé, dite la comtesse d'Armaillé, publie la biographie d'Élisabeth de France dite « Madame Élisabeth », sœur du roi Louis XVI, dans son ouvrage intitulé Madame Élisabeth, soeur de Louis XVI. Elle y détaille notamment le rapport qu'a entretenu la princesse avec Fontainebleau.

Ainsi, il est précisé que durant son enfance, sous le règne du roi Louis XV son grand-père, Élisabeth accompagnait la cour durant les voyages dans les résidences royales, notamment dans celles de Compiègne et de Fontainebleau. Toutefois, ces voyages n'étaient plus que jugés comme des . Au contraire, les petites princesses, dont Élisabeth, les trouvaient . Fontainebleau devient pour elles un , où elle apprécie de parcourir la forêt, ses déserts et ses rochers. Louis Guillaume Le Monnier, médecin des Enfants de France, les accompagne dans leurs excursions et leur apprend un peu de botanique. Augustin Dassy Darpagean (ou Danglejean), dit le docteur Dassy, les rejoint à son tour pour leur faire découvrir les endroits regorgeants de plantes rares. Tous deux sont fortement appréciés des « Enfants royales », qui y trouvent également une satisfaction d'échapper aux .

Ainsi, la biographe précise plus loin dans son ouvrage, que Madame Élisabeth a conservé un à Versailles. À partir de 1787, déjà en retraite dans le domaine de Montreuil, à Versailles, mais sans toutefois l'abandonner complètement, elle désire posséder une maison à Fontainebleau, près de la forêt, ville où la population témoigne un certain attachement à la famille royale. Dassy, médecin de la cour, s'occupe secrètement de cette acquisition. Ce serait donc en 1780 que l'habitation est choisie et les travaux avancés. Madame Élisabeth dessine alors les sujets de la corniche et commande ceux des boiseries du salon. Une allée de tilleuls, semblable à celle de Montreuil, est implantée dans le parc et conduit à une grille à partir de laquelle s'ouvre un horizon de verdure. Un cartouche sous forme d'un écusson du royaume de France est déjà présent sur les pierres du puits du jardin. L'épuisement de la source des recettes précédant la Révolution ne permet pas la concrétisation du projet, ce qui contraint Madame Élisabeth de l'abandonner entièrement et de céder la propriété à Dassy. La comtesse d'Armaillé conclut alors son récit en ces termes : .

En 1892, dans ses recherches historiques sur Fontainebleau parues dans le journal local L'Abeille de Fontainebleau, Ernest Bourges précise toutefois que la source de ces renseignements lui est inconnu et que ce récit semble plutôt relever d'une légende. Il précise en outre, qu'à cette date, le .

Acquisition des terrains et construction

Ernest Bourges, toujours dans ses recherches sur Fontainebleau, décrit ces acquisitions plus précisément : le , le docteur Dassy achète un terrain de deux arpents à , veuve de Claude Lardy, « porteur de chaises » du Roi. Elle tenait ce terrain de Marie Raffard, veuve de Dorchemer de la Tour. La propriété s'étend le , à la suite de la vente par François Lebaigue, ancien contrôleur des rentes de l’hôtel de ville de Paris, et sa femme, Jeanne-Élisabeth Dubois de Fréminet, d'un grand terrain voisin, sur lequel se trouve un chantier. Ce terrain provient aussi de la succession Dorchemer de la Tour.

En 1788, le docteur Dassy fait construire les corps de bâtiment qui composent l’hôtel et ses dépendances. Puis, il l’agrandit successivement de tous les terrains qu’il peut acheter autour. Parmi les vendeurs, on trouve : François Labbé, marchand de bois à Paris ; Laurent Laureau, « cocher des carrosses du Roi allant de Fontainebleau à Paris » ; Jean Bourdin, ancien chef des bureaux du ministre d’État Henri Bertin ; Louvet, entrepreneur de plantations à Fontainebleau. Ainsi, la propriété se construit notamment sur d'anciens chantiers de bois.

On retrouve bien cette résidence dans le cadastre royal de la Seigneurie de Fontainebleau daté de 1789, sur le plan de la rue des Buttes — de nos jours, rue Saint-Merry —, avec l'habitation, le jardin et une allée bordée d'arbres jusqu'à la forêt.

Propriétaires successifs Dassy meurt le , à l'âge de . La propriété passe à Charlotte-Catherine Regnaudin, sa veuve. Puis ses héritiers la vendent le , à Gervais Rochereau, ancien procureur au parlement (cour de justice d'appel sous l'Ancien Régime) et avocat à la cour de France, qui s'est retiré à Fontainebleau. Après quelques années de possession, ce dernier la cède à un dénommé de Charpin-Feugerolles et à une dénommée de Perthuis, son épouse. Ce couple conserve la propriété pendant assez longtemps et l’augmente d’un terrain acheté à Trabé-Fessard, marchand de bois.

De Charpin-Feugerolles, devenue veuve, et son fils vendent la propriété le , à Denis-Alexandre Guérin, ancien pharmacien à Paris. Déjà quelques jours avant cette vente, ce dernier acquit des époux Mierre un vaste terrain, au niveau de la rue de France et de la route du Bornage, qui longeait la propriété. Il s'agit d'un homme fortuné, qui devient maire de Fontainebleau de 1843 à 1852 puis de 1858 à 1871 ; en son honneur, on baptise également la rue Guérin sur laquelle donnait une des issues de cette propriété.

Développement sous Denis Guérin Une fois acquise par Denis Guérin, la propriété s’agrandit encore considérablement. Il ajoute à ce terrain, déjà assez vaste, deux acquisitions à la famille Trabé, une autre à , et diverses parcelles achetées à des voisins. La propriété acquiert ainsi son étendue maximale de .

Guérin entretient une relation passionnelle avec son hôtel et consacre des sommes considérables à son amélioration et à son entretien. Ainsi, les bâtiments changent d’aspect. À la façade postérieure, est ajoutée une vaste galerie qui a été, jusqu’en 1870, témoin de fêtes et de nombreuses réceptions, comme toute la propriété de manière générale.

En ce qui concerne les espaces verts, il crée le jardin d’hiver où s'accumulent les plantes les plus rares des tropiques et fait vallonner les autres jardins qui deviennent un parc à l'anglaise. Cela signe également la disparition de l’allée de tilleuls, plantée à l’intention de Madame Élisabeth. Aussi, la grille sur la forêt est remplacée par un ha-ha (autrement dit saut de loup) qui permet l'ouverture de plus larges horizons de verdure. Cette ancienne grille est alors déplacée à l’entrée de la maison au de la rue Saint-Honoré.

La croix de Toulouse, située en pleine forêt, est détruite à la Révolution, laissant toutefois quelques vestiges. Un de ceux-ci — le piédestal en marbre rouge veiné de blanc — est acquis par Guérin. Il en fait faire deux socles sur lesquels sont placés dans le parc une statue et un vase. Il s'agit du seul souvenir subsistant des quatre colonnes qui ornaient autrefois la « Belle Cheminée » dans la salle du même nom du château de Fontainebleau.

Extinction de la lignée des Guérin vignette|Plaques funéraires des Guérin à l'intérieur du mausolée familial, au cimetière de Fontainebleau

Denis Guérin meurt le , à l'âge de . La propriété passe à son neveu, Alexandre Guérin, dont la vie est ponctuée à d'activités de bienfaisance et de fonctions municipales. Toutefois, ce dernier est frappé d'une le et meurt d'une autre attaque deux semaines et demi plus tard, le , à l'âge de .

Vente de la propriété

À la suite du décès du dernier propriétaire, on décide la vente de l'hôtel et du domaine. Le , il est mis en adjudication, en l'étude de , avec une mise à prix de . Mais malgré de nombreuses visites effectuées à l'hôtel et plusieurs tentatives d'adjudication, personne ne se porte acquéreur. Alors, devant l'insuccès de la vente en un seul bloc, un collectif de dix propriétaires, des entrepreneurs et des négociants de la ville, se réunit pour acquérir la propriété. Elle est finalement rachetée en pour le prix de .

Après une sérieuse étude du terrain, le groupe décide un morcellement en grandes fractions de celui-ci et ce de manière à épargner les grands arbres qui s'y trouvent. On prévoit de détruire l'hôtel, de lotir les terrains et de voir l'apparition d'un nouveau quartier, qui s'inscrit dans le quartier plus large de la Sous-Préfecture, du nom du bâtiment qui accueille alors cette institution, construit sous le mandat de Denis Guérin, sur la place Decamps, tout juste à côté du domaine (cet hôtel de la sous-préfecture disparaît dans les années 1960, sur l'emplacement actuel de la résidence François-).

Nouveau quartier

Rue Carnot vignette|125px|Portait de Sadi Carnot

Comme prévu, on prépare une nouvelle rue et on souhaite la baptiser en hommage au président de la République de l'époque : Sadi Carnot. Les propriétaires décident alors de déléguer l'un des leurs auprès du Président pour lui demander l'autorisation de donner son nom à la voie. Ce dernier, qui, par ailleurs, porte un intérêt à la ville et y séjourne fréquemment, accueille respectueusement le délégué et donne son accord avec empressement ; ainsi le nom « rue Carnot » est établi.

À la fin de l'année 1893, l'hôtel est presque entièrement rasé : ne restent alors que quelques mètres de murs. Une fois la démolition terminée, on trace une rue, large de et longue de , passant par l'emplacement de l'hôtel et dont le tracé est calqué sur celui de l'allé privée qui y conduisait, ainsi que sur celui de l'avenue de tilleuls de l'autre côté de l'édifice, qui débouchait sur le chemin de BornageNommé ainsi en référence aux bornes historiques marquant la limite du domaine royal de la forêt. Cette section comptait trois bornes, aujourd'hui disparue. (Voir carte du bornage établi par l'Association des Amis de la forêt de Fontainebleau) . Cette nouvelle voie relie ainsi la rue Saint-Merry à la forêt, et se prolonge dans celle-ci jusqu'au mont Pierreux, croisant le boulevard Circulaire — de nos jours, boulevard du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny. Ensevelie lors de l'édification du grand ensemble du Village de la Faisanderie dans les années 1950, quelques traces de la partie située entre le boulevard et la rue de la Faisanderie subsistent toutefois encore.

Rue Casimir-Périer vignette|125px|Portait de Jean Casimir-Perier

Le président Sadi Carnot est assassiné à Lyon le , ce qui entraîne l'élection de Jean Casimir-Perier à la présidence de la République, le .