Le Parti communiste d'Espagne (, abrégé en PCE) est un parti politique espagnol fondé en 1921. Il est le plus important membre de la coalition (IU, Gauche unie). Son organe de jeunesse est l'Union des jeunesses communistes d'Espagne. Le PCE publie les mensuels (« Monde ouvrier ») et (« Notre drapeau »).

Histoire Origines Si le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et son syndicat, l'Union générale des travailleurs (UGT), ont une attitude hésitante par rapport à l'Internationale communiste (IC) créée en , ce n'est pas le cas de la Fédération des Jeunesses socialistesoù milite, notamment, Dolores Ibárruri, qui décide, lors de son congrès, d'appuyer l'IC.

Les partisans de l'IC ne parvenant pas à casser la direction réformiste, la majeure partie de la Fédération des Jeunesses Socialistes décide de fonder, le , le Parti communiste espagnol (Partido Comunista Español), qui publie le journal El Comunista.

Un an plus tard apparaît le Parti communiste ouvrier espagnol (Partido Comunista Obrero Español), fondé par les terceristas qui essayaient encore de convaincre le PSOE de rejoindre la Troisième Internationaleen espagnol : , d'où : terceristas. Lorsque la majorité du congrès du PSOE décide de rejoindre l'Union des partis socialistes pour l'action internationalefondée en février 1921 à Vienne ; cette Internationale est appelée « Deuxième et demie » ou « de Vienne », les terceristas font sécession et, le , créent le PCOE, très influent dans la province de Biscaye et dans les Asturies, où il est rejoint par la quasi-totalité des militants socialistes.

Membres de l'IC, ces deux partis sont amenés à fusionner, lors de l'« acte de fusion » du , dans le cadre du Parti communiste d'Espagne-Section espagnole de l'Internationale communiste (PCE-SEIC). Lors du premier congrès, qui a lieu en à Madrid, Antonio García Quejido est élu Secrétaire-GeneralLe Comité central de 1922 comprend aussi Ramón Lamoneda (Secrétaire de l'Intérieur) ; Virginia González (Secrétaire Féminine); Antonio Malillos (Secrétaire Syndical) et d'autres membres (source : Histoire du PCE, 1960 ; il s'agit d'un livre émanant du PCE lui-même).. Mais le comité central n'est pas élu de façon régulière : l'IC contrôle les désignations afin de tenter d'établir un équilibre entre les tendances les plus révolutionnaires issues de l'ancien PCE et celles, plus modérées, du PCOE. Le second congrès a lieu en , de nouveau à Madrid.

Le PCE sous le régime de Primo de Rivera (1923–1930) Durant ses premières années, le PCE subit la répression du régime dictatorial du général Miguel Primo de Rivera, établi par le coup d'État du . Le Parti communiste est interdit et beaucoup de ses dirigeants sont arrêtés. Le comité exécutif du parti est contraint de se réfugier à Paris. En 1925, José Bullejos devient secrétaire général.

La direction pro-Staline sort victorieuse de différentes luttes intestines et commence à déterminer la ligne politique. La domination des staliniens entraîne l'exclusion de nombreux opposants. La Fédération communiste catalane-baléare (FCCB) fait sécession en 1930. Elle s'associe avec l'Opposition communiste internationale (la tendance de Brandler) et devient en 1931 le pivot du Bloc ouvrier et paysan (BOC, Bloque Obrero y Campesino), dirigé par Joaquín Maurín.

La période de la République (1931-1936) Aussi, le PCE est en état de grande faiblessehttp://etoilerouge.chez-alice.fr/documents3/espagne.html Voir Histoire de la guerre d'Espagne et du Parti Communiste d'Espagne lorsque la Seconde République est proclamée en 1931 (selon Pierre Broué, il compte seulement ).

En 1932, au Congrès tenu à Séville, José Bullejos est réélu secrétaire général, mais il est évincé en septembre ainsi que ses partisans (Gabriel Trilla, Manuel Adame) et remplacé par José Díaz Ramos, ex-syndicaliste anarchiste soutenu par Dolores Ibárruri (connue comme La Pasionaria), Pedro Checa, Antonio Mije, Vicente Uribe et Jesús Hernández.

Le , le premier député du PCECayetano Bolívar Escribano, qui avait été emprisonné en période électorale, est élu.

Moscou supervise alors le PCE par l'intermédiaire du NKVD et du Komintern. Il envoie, d'une part, Vittorio Codovilla, qui, à Madrid, contrôle le PCE « d'une main de fer » Antonio Elorza, La lógica de Stalin y la Guerra de España, Cahiers de civilisation espagnole contemporaine, 2, 2015, mis en ligne le 2 mars 2015, consulté le 21 juin 2023, doi.org/10.4000/ccec.5420. Codovilla applique dans un premier temps la stratégie de Staline de donner la priorité à la lutte contre la social-démocratie proclamant que la nouvelle Seconde République est soutenue par le monarchisme de droite et les « social-fascistes » (comme les membres du Parti socialiste ouvrier espagnol) sur la gauche et prédisant que l'administration du président Manuel Azaña deviendrait rapidement une « dictature fasciste claire et nette ». Il souligne la nécessité pour les communistes espagnols de créer des comités révolutionnaires et d'établir des soviets afin d'endiguer la contre-révolution. En Catalogne, l'agent actif du KGB et du Komintern, Ernő Gerő, est chargé de superviser dans les coulisses la filiale catalane du PCE, le Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC) David A. J. Reynolds; Some died slowly, hungarianreview.com, 12 décembre 2022Antonio Liz, Espagne 1936-Hongrie 1956. Nom : Ernő Gerő, profession : contre-révolutionnaire, courrierdeuropecentrale.fr, 20 mai 2017.

En 1934, le Parti communiste participe aux côtés des socialistes à la préparation de la grève des Asturies, qui débouche sur une insurrection populaire contre le gouvernement conservateur. Il assume des responsabilités importantes et les communistes interviennent surtout à la fin du soulèvement, après la défection des dirigeants anarchistes, pour prendre en main la défense, dans une situation désespérée. Le PCE acquiert une popularité nouvelle : ses effectifs passent de 3 000 adhérents en 1934 à 50 000 en 1936.

Le PCE et la guerre civile espagnole (1936-1939) Le PCE est resté un parti modeste durant les premières années de la République, mais il prend de l'importance après la victoire du Front populaire (dont les communistes font partie) en et l'éclatement de la guerre civile espagnole en juillet. Jusque là, le PCE n’a jamais eu une influence de masse dans la classe ouvrière espagnole car celle-ci était encadrée majoritairement par le mouvement socialiste et par le mouvement anarcho-syndicaliste.

Très discipliné, le PCE va être un acteur majeur de la guerre civile. En seulement cinq mois de guerre, il passe de à . À partir du , sous les gouvernements de Francisco Largo Caballero puis de Juan Negrín, il détient deux postes ministériels : celui de l'Agriculture (Vicente Uribe) et celui de l'Instruction publique (Jesus Hernández).

Il se fixe pour seul objectif de gagner la guerre, cherchant l'appui des classes moyennes et abandonnant toute idée de révolution à court terme. « Il ne s'agit pas maintenant d'instaurer la dictature du prolétariat, il ne s'agit pas de socialisme, mais uniquement de la lutte de la démocratie contre le fascisme », déclare José Díaz au début de la guerre. Il défend ainsi la propriété privée face aux tentatives de collectivisation.

Il fonde une branche espagnole du Secours rouge international qui soutient la cause républicaine.

En 1936, étant donné la situation politique particulière de la Catalogne, le Partit Comunista de Catalunya (branche catalane du PCE) fusionne avec les autres mouvements socialistes catalans et forme le Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC). Depuis lors, le PCE n'est plus présent en tant que tel en Catalogne, mais il contrôle étroitement le nouveau parti « unitaire », qui fait partie de l'Internationale communiste. La création du PSUC renforce les positions communistes en Catalogne, région dans laquelle la gauche est dominée par les anarchistes de la CNT et par les marxistes dissidents du POUM.

Un autre succès du PCE est, le , la fusion de son mouvement de jeunesse, dirigé par Fernando Claudín, avec celui du PSOE, dans le cadre de la JSU (Jeunesse socialiste unifiée, Juventud Socialista Unificada), dont le chef est Santiago Carrillo, précédemment membre du PSOE.

Le PCE est aussi très présent dans l'armée républicaine, avec un certain nombre d'officiers de haut rang (Antonio Cordón, un officier de formation classique, qui est sous-secrétaire à la Guerre dans le gouvernement Negrín, Enrique Líster, Juan Modesto, Valentín González (El Campesino), Manuel Tagüeña, Gustavo Durán, etc.) et de commissaires politiques. À partir de fin , Ernő Gerő prend ainsi en charge le PSUC. Un rôle important est joué au début de la guerre par le Cinquième Régiment et par les Brigades internationales, pour une bonne part sous contrôle communiste. L'action de propagande menée par Dolores Ibárruri est un autre facteur de la notoriété du PCE.

Au cours des mois, le conflit avec la CNT et le POUM, qui ont donc de fortes positions en Catalogne et qui tiennent une bonne partie du front d'Aragon, avec leurs milices et colonnes autonomes s'envenime. Alors que les Brigades internationales imposent la conformité politique au sein de ces forces contrôlées par le Komintern, les mandataires et les représentants du pouvoir communiste soviétique en Espagne profitent de l'occasion pour réprimer brutalement toutes les voix extérieures de la gauche révolutionnaire qui ne suivent pas la ligne de Moscou. Ces autres communistes souvent étiquetés trotskistes, la propagande soviétique transformant tous les communistes non-Komintern (ou ceux qui sont simplement tombés en disgrâce auprès de Staline) en membres d'une cinquième colonne idéologiquement uniforme et organisée, quasi fasciste. Une première crise a lieu lors des événements de mai 1937 à Barcelone, qui se terminent par la répression brutale de la révolte des anarchistes et des militants du POUM par les forces du gouvernement républicain assistées par les militants du PSUC. Le PCE cautionne aussi l'action d'une police parallèle sous contrôle des services soviétiques, responsable de l'enlèvement et de l'assassinat de plusieurs militants révolutionnaires anti-staliniens dont Andreu Nin. Par la suite, les communistes participent à l'intégration contrainte des milices dans l'armée républicaineNombre de ces événements sont évoqués, notamment, dans le film de Ken Loach, Land and Freedom ; curieusement, le militant communiste qui supervise la mise au pas de la milice à la fin du film est un Américain.. Le PCE aide ainsi le gouvernement républicain à se débarrasser des éléments les plus à gauche.

À la fin de la guerre, le PCE atteint , la JSU , le PSUC : cela est en partie lié au fait que dans la zone républicaine, il était nécessaire d'appartenir à une organisation ; d'autre part, compte tenu de ses positions « anti-révolutionnaires », le PCE a pu attirer des membres des classes moyennes, notamment de nombreux cadres de l'armée. Un exemple spectaculaire est celui du général d'aviation Ignacio Hidalgo de Cisneros (dont l'attitude explique en partie le fait que l'aviation espagnole soit dans l'ensemble restée légaliste en 1936), issu d'une famille catholique et carliste.

La fin de la guerre Après l'échec de l'offensive sur l'Ebre (), les chances d'une victoire républicaine sont anéanties ; le camp républicain subit alors une scission entre le gouvernement Negrín appuyé sur le PC, qui veut aller jusqu'au bout (dans l'espoir, en ce qui concerne Negrín du déclenchement d'un conflit plus général, qui mettrait fin à l'isolement de l'Espagne républicaine) et un certain nombre de militaires républicains (Miaja, Casado…), appuyés sur quelques dirigeants socialistes (Julián Besteiro, Wenceslao Carrillo) et un anarchiste (Cipriano Mera), qui veulent engager des négociations d'armistice avec Franco et mettre fin à ce qu'ils estiment être l'emprise soviéto-communiste sur la République.