vignette|alt=Première page en noir et blanc d'un imprimé avec le titre en écriture gothique, Les quatre fils Aymon, et une gravure les représentant|Page de titre d'une édition de L'Histoire des quatre fils Aymon (version attribuée à Huon de Villeneuve), 1497.
La Chanson des quatre fils Aymon, également intitulée Chanson de Renaud de Montauban en référence à son personnage principal, est à l'origine une chanson de geste issue du cycle carolingien. Jouée à la cour des seigneurs par les trouvères et les jongleurs, elle est transcrite dans la littérature médiévale à partir du . Cette histoire aux thèmes chevaleresques tient son nom de quatre preux nommés Aalard, Renaud, Richard et Guichard, fils du comte Aymon de Dordone. Renaud de Montauban en est le protagoniste, avec l'enchanteur et voleur Maugis, et le cheval-fée Bayard. Le récit raconte le conflit qui oppose les fils Aymon, vassaux de l'empereur Charlemagne, à ce dernier. Renaud tue Bertolai, neveu favori de Charlemagne, lors d'une partie d'échecs. L'empereur fait raser en représailles la forteresse des fils Aymon, Montessor, en Ardenne. Il les poursuit en Gascogne, où ils sont devenus maîtres de la forteresse de Montauban. Les fils Aymon restent loyaux, tandis que leur adversaire use souvent de traîtrise. Il leur tend un piège en les envoyant affronter, désarmés, plusieurs armées durant la bataille de Vaucouleurs. Roland et les douze Pairs de Charlemagne finissent par convaincre leur empereur de négocier la paix avec les fils Aymon. Charlemagne exige toutefois la remise du cheval Bayard et la réalisation d'un pèlerinage à Jérusalem par Renaud. Jeté dans la Meuse, le cheval parvient à s'enfuir dans la forêt ardennaise. La Chanson s'achève sur le martyre de Renaud, assassiné pendant la construction de la cathédrale de Cologne et sanctifié après sa mort.
Ce récit légendaire trouve quelques racines historiques dans l'époque mérovingienne. L'histoire des fils Aymon connaît une très vaste diffusion dans de nombreux pays d'Europe, notamment en Belgique, en Italie, en Allemagne et dans les Flandres, grâce à l'invention de l'imprimerie. L'apogée va de la Renaissance au , avec de multiples adaptations, en vers et en prose, dans la littérature de colportage, au théâtre, ou lors de fêtes et de carnavals. De nombreuses localités revendiquent des toponymes issus des personnages de cette chanson, des reliques des quatre frères, la filiation de seigneurs avec ces derniers, ou encore la possession de forteresses des fils Aymon. Ces personnages ont leurs effigies parmi les géants du Nord dès le . L'histoire des Quatre Fils Aymon se fait plus discrète depuis le , mais de nombreuses traditions perdurent, en particulier dans les Ardennes françaises et en Belgique.
Résumé
Quelle que soit la version de l'histoire des quatre fils Aymon, les protagonistes sont, comme le titre l'indique, quatre frères : Renaud (ou Renaut, Regnaut), Aalard (ou Alard, Allard), Guichard et Richard (ou Richardet). Fils du duc Aymon, ils s'opposent au roi Charlemagne et vivent de nombreuses aventures, avec des revers de fortune. Rejetés par leur père, ils reçoivent l'aide de leur cousin, l'enchanteur Maugis, et du cheval-fée Bayard. Bien que la représentation du cheval portant les quatre fils en même temps soit très connue, et indissociable de ce récit, elle provient de l'influence de l'iconographie sur les versions postérieures du texte153-170.
Micheline de Combarieu du Grès et Jean Subrenat ne comptent pas certaines branches, comme le Maugis d'Aigremont, parmi l'histoire des fils AymonVoir l'introduction et la table des matières. Ferdinand Castets distingue quant à lui L'Histoire des Fils Aymon ou Renaus de Montauban proprement dite, et inclut d'autres textes (le Maugis d'Aigremont, le Vivien de Monbrane et La Mort de Maugis) dans un ensemble plus large, qu'il nomme le « Cycle des Fils Aymon ».
Chanson des quatre fils Aymon ou Chanson de Renaut de Montauban upright|vignette|alt=gravure |Beuves d'Aigremont combattant les armées de Charlemagne dans l’Histoire des Quatre Fils Aymon illustrée par Eugène Grasset, 1883, . Conçue dès l'origine comme un récit légendaire16, la chanson des quatre fils Aymon compte onze épisodes d'après Micheline de Combarieu du Grès et Jean Subrenat Préface, et dix selon Ferdinand Castets. Il distingue trois grands épisodes : la partie ardennaise, la partie gasconne, et le Renaut de Montauban.
Sauf mention contraire, ce résumé de la Chanson des quatre fils Aymon est basé sur le manuscrit La Vallière, compilé par Ferdinand Castets en 1909 et traduit en français moderne par Micheline de Combarieu du Grès et Jean Subrenat en 1983.
Beuves d'Aigremont
Le duc d'Ardenne Beuves d'Aigremont (ou Aygremont, selon la graphie la plus ancienne), invité avec les autres vassaux à la cour du roi Charlemagne, refuse de s'y rendre et fait tuer les messagers chargés de lui rappeler son devoir, y compris le propre fils de Charlemagne, Lohier. Le roi, désireux de venger son fils, lui déclare la guerre pour insubordination. Il rassemble son armée et engage le combat, mais l'issue du conflit est indécise. Charlemagne accepte de pardonner à Beuves et ses trois frères qui lui viennent en aide (parmi lesquels le duc Aymon de Dordone, ou Dordonne) s'ils acceptent leurs devoirs de vassaux. Une famille de traîtres partisans de Charlemagne (Ganelon, Fouques de Morillon et Grifon d'Autefeuille) fait toutefois tuer le duc d'Aigremont par traîtrise, acte pour lequel Charlemagne les remercie. La paix finit par se rétablir entre Charlemagne et la famille Aymon mais Maugis, le fils de Beuves, nourrit un fort ressentiment contre le roi des Francs814-19.
La cour de Charlemagne et la fuite en Ardenne upright=1.4|vignette|alt=Gravure en deux parties et en noir et blanc|Renaud se dispute avec Bertolai (à gauche) et les quatre frères fuient la cour de Charlemagne (à droite). Gravure extraite d'un incunable lyonnais, v. 1485. Le duc Aymon présente ses quatre fils Aalard, Renaud, Richard et Guichard à la cour de son suzerain Charlemagne, à Paris, un jour de Pentecôte. Le roi annonce qu'il les armera chevaliers à Noël45-46. Toutefois, Charlemagne adoube Renaud pendant la fête et ordonne qu'on lui remette une monture merveilleuse, le cheval-fée Bayard47-48 (dans la majorité des manuscrits, Bayard est donné à Renaud par Charlemagne lors de son adoubement, deux versions en font un don de la fée Oriande à Renaud166). Les trois autres frères sont armés de même, et Renaud remporte la quintaine. Mais le lendemain, Renaud dispute une partie d'échecs avec Bertolai, le neveu favori de Charlemagne, qui est mauvais joueur. Bertolai frappe Renaud au sang49-50. Ce dernier demande justice et réparation à son roi, en lui rappelant à l'occasion sa responsabilité dans la mort de Beuves. Charlemagne refuse de l'écouter et Renaud, sous le coup de la colère, s'empare de l'échiquier pour le lancer à la tête de Bertolai, qui en meurt sur le coup. Les quatre frères s'enfuient, poursuivis par l'armée de Charlemagne, et se réfugient en Ardenne, leur pays natal51.
thumb|gauche|alt=Enluminure pleine page extraite d'un manuscrit |L'arrivée des quatre fils Aymon accueillis à Dordone, montés sur le cheval Bayard, après leur exil dans la forêt. Miniature de Loyset Liédet, extraite d'un manuscrit de Montauban en prose, . Arsenal 5073 f.88v. Tous les quatre sont chassés de la forteresse de Dordone appartenant à leur père. Ils bâtissent leur propre château, Montessor, sur un éperon rocheux au-dessus de la Meuse52 (dans d'autres versions, c'est leur cousin l'enchanteur Maugis qui l'érige, grâce à sa magie). Après sept ans, Charlemagne retrouve leur trace et entreprend le siège du château de Montessor. En chemin, il met en garde son armée contre les fées du défilé des Espaux. Renaud stoppe l'avancée de l'armée de Charlemagne en tuant le comte Rénier53-54. Le château finit cependant par tomber à cause du traître Hervé, qui profite de l'hospitalité des fils Aymon pour en ouvrir la herse durant la nuit55-56. Les quatre frères parviennent à repousser l'assaut et à vaincre les troupes d'Hervé, mais leur château est détruit, avec toutes leurs réserves de nourriture57-60. Ils s'enfoncent dans la forêt d'Ardenne avec le reste de leur armée et croisent leur père, le duc Aymon, qui les défie en duel pour rester fidèle à Charlemagne61-66. Le cheval d'Alard est tué. Renaud prend son frère sur Bayard, qui adapte sa taille au nombre de ses cavaliers67. Les fils Aymon perdent leurs derniers hommes dans la bataille et se replient dans la forêt68-69.
Ils se cachent plusieurs mois, contraints à vivre de rapines et en pillant les alentours70-73. À demi-morts de faim et méconnaissables, ils rentrent chez leur mère au château de Dordone74Henri Lemaître et André Lagarde, La littérature française : du Moyen Âge à l'âge baroque, Bibliothèque des connaissances essentielles, 1 de La littérature française, Bordas, 1970, ., et s'expliquent avec leur père à son retour75-80. Ils se font remettre des armes neuves, de l'or et de l'argent. Leur cousin l'enchanteur Maugis les rejoint à cette occasion, et leur conseille de se mettre au service du roi Yon de Gascogne81-83.
Création de Montauban vignette|alt=Gravure sur bois, avec des couleurs assez vives, représentant des personnes construisant un château|Construction de la forteresse de Montauban d'après une image d'Épinal, estampe de François Georgin en 1830. Remis de leur séjour dans la forêt et armés, les quatre frères se présentent au roi Yon qui accepte volontiers leur aide : ses terres sont assiégées par le sarrasin Bège. Les fils Aymon le mettent en déroute à Bordeaux et l'emprisonnent. Pour les remercier, Yon leur permet d'ériger un château83-85, qu'il nomme Montauban86 « parce qu'il est construit sur une montagne de marbre »89Pour Castets, le nom « Montauban » provient en réalité de « la montagne des aubains », soit des étrangers de divers pays qui viendront s'y installer, voir .. Le roi Yon offre à Renaud la main de sa sœur Aélis87-89. Désormais, Renaud s'appelle Renaud de Montauban. Charlemagne découvre la forteresse au retour d'un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle90, et menace de ravager les terres du roi Yon si les fils Aymon ne lui sont pas livrés91-93.
Yon refuse, mais Charlemagne reçoit de l'aide en la présence de RolandRoland est le héros de la chanson homonyme, considéré comme le « meilleur chevalier du monde » avec Renaud., qu'il adoube. Roland fait de Renaud son ennemi personnel94-95. Ce dernier retourne à Paris pour narguer Charlemagne, qui est à la recherche d'un cheval capable de rivaliser avec Bayard, afin de l'offrir à Roland. Grâce à l'aide de l'enchanteur Maugis, qui déguise Bayard, il participe à une course près de Montmartre, au bord de la Seine, et la gagne.. Il dépouille Charlemagne de sa couronne, trophée du vainqueur931-932124 ().
Trahison du roi Yon et arrivée de Charlemagne en Gascogne Charlemagne fait convoquer ses barons pour donner l'assaut sur Montauban. Il désire plus que tout tuer Maugis96 et rassemble 97-100, mais la forteresse est imprenable101-104. Il recourt à la ruse, en persuadant le roi Yon et ses barons de trahir les fils Aymon105. Yon convainc les quatre frères de se rendre désarmés, vêtus de rouge (pour être reconnaissables) et montés sur des mules jusqu'à la plaine de Vaucouleurs, en leur disant que Charlemagne y viendra pour négocier la paix. Le lieu est en réalité parfait pour une embuscade106-123.
Bataille de Vaucouleurs, enlèvement de Charlemagne et départ de Maugis