La réserve nationale de chasse et de faune sauvage d’Orlu est située dans les Pyrénées Ariégeoises, près d’Ax-les-Thermes, en région Occitanie et couvre un territoire d’environ de haute montagne (entre 950 et 2 765 m d’altitude). Cette réserve, gérée par l’Office français de la biodiversité (OFB), abrite et protège un ensemble d’habitats et d’espèces caractéristiques du massif pyrénéen.

La réserve est également une zone d’études et de recherche scientifique, notamment de la faune sauvage de montagne, et plus particulièrement l’Isard (Rupicapra pyreneica pyreneica) et le Grand tétras (sous-espèce Tetrao urogallus aquitanicus). Avec un partenaire communal, l'Observatoire de la montagne, l'OFB réalise par ailleurs des actions de conservation et d'éducation à l'environnement sur cette réserve.

Histoire Évolution historique de l’occupation du sol de la réserve Au cours du et siècles, la réserve, à l’image d’autres secteurs dans les Pyrénées, a connu de profonds bouleversements de ses paysages, liés à l’intensification de la métallurgie et du charbonnage ainsi qu’une forte augmentation de la pression pastorale. La composition des forêts s’est, au fil du temps, modifiée pour aboutir, au début du siècle à la disparition des résineux d’altitude au profit des hêtraies régulières, associées à de vastes pâturages. Au début du siècle, l’exploitation forestière a quasiment cessé et la pression pastorale a diminué, conduisant à la fermeture progressive des milieux entre 1914 et 1960. Actuellement, à l’étage montagnard, les peuplements sont principalement des futaies régulières de hêtres sur souches vieillies.

Création de la réserve En 1943, un propriétaire particulier, Maurice Burrus, crée une réserve privée de chasse de 3 700 ha. En , cette réserve de chasse passe en Réserve nationale de chasse dite « Réserve de Burrus » d’une superficie de 4 386 ha, par arrêté du Ministère de l’Agriculture. En 1974, le Syndicat Intercommunal forestier et pastoral d’Orlu et d’Orgeix (SIFPOO) rachète les terrains. En , la réserve prend le titre de « Réserve nationale de chasse d’Orlu ». Elle a alors pour but essentiel de protéger le gibier de montagne et plus particulièrement l’Isard et le Grand tétras. En 1996, par un arrêté préfectoral, la réserve passe en « Réserve de Chasse et de Faune sauvage ». En 1998, pour son intérêt patrimonial, elle se constitue, par un arrêté ministériel, en « Réserve nationale de chasse et de faune Sauvage ». Les principales missions de la réserve, déterminées par cet arrêté, sont la protection de la faune sauvage, la recherche scientifique, la production d’animaux à des fins de repeuplement, la formation d’étudiants, scolaires et l’information du public, la formation de chasseurs.

Gestionnaires En 1964, la réserve privée est louée au Conseil supérieur de la chasse, qui devient en 1975 l'Office national de la chasse. En 2002, la gestion de la réserve passe à la délégation régionale Midi-Pyrénées de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), qui devient le l’Office français de la biodiversité

Quelques dates importantes 1958 : Introduction de la Marmottes des Alpes dans la réserve 1984 : Première année du marquage d’Isards 1995 : Premières prospections Grand Tétras 1997 : Première observation d’une aire de nidification du Gypaète barbu sur la réserve 1998 : Premiers indices de colonisation du cerf dans la réserve 1999 : Première observation de l’Ours brun 2001 : Première observation du Loup gris sur la réserve

Contexte géographique Localisation La Réserve nationale de chasse et de faune sauvage d’Orlu est située sur la commune d’Orlu (09110), petit village de 200 habitants, à proximité d’Ax-les-Thermes, en Ariège. Elle est en périphérie directe du Parc naturel régional des Pyrénées catalanes.

Géologie L’ensemble de la Réserve se situe sur la partie nord de la zone primaire axiale des Pyrénées. Trois types de terrains sont présents :

Des roches métamorphiques : les plus fréquemment rencontrées sont des granites, des schistes, des micaschistes, des gneiss et des migmatites. Des roches primaires sédentaires non métamorphisées. Une bande centrale composée de calcaires traverse la réserve d’Est en Ouest (du lac de Naguilhes jusqu’au col de Terrès), c’est la faille calcaire de Mérens : elle est constituée essentiellement de calcaires cipolins de l’Ordovicien (de 500 à 435 millions d’années), du Silurien (de 435 à 410 millions d’années), et du Dévonien (de 410 à 360 millions d’années). Des roches volcaniques : elles sont surtout présentes dans la partie nord-ouest de la réserve, au nord de Paraou, sous forme de diorites et de gabbros.

Sur le plan minéralogique, on peut trouver du fer oxydé à Mourtès, Gaudu, Pinet et du fer magnétique au pic des Lauses. Par ailleurs, il existe de nombreux filons de quartz fortement aurifères : celui de Baxouillade fût exploité depuis l’époque romaine et quelques vestiges subsistent encore sur le terrain.

Relief La réserve présente un relief marqué. Elle est composée d’une grande vallée centrale encaissée, la vallée de l’Oriège, dans laquelle débouchent plusieurs vallons suspendus escarpés. La morphologie actuelle du paysage résulte de l’action ancienne de la dernière période glaciaire (Würm, - 18 000 ans) : cette vallée étant d’abord occupée, à l’époque, par le glacier de l’Oriège, modeste affluent du grand glacier de l’Ariège. A cela s’ajoute une forte influence du réseau hydrologique.

Hydrologie de surface Le paysage de la réserve est fortement modelé par le réseau hydrologie. La réserve correspond à la partie amont de la vallée de l’Oriège, qui prend sa source au lieu-dit de la Fontaine de l’étang Faury à 2 450 mètres d’altitude. Ce petit ruisseau alimente ensuite l’étang de Faury (2 290 m) puis disparaît dans des éboulis granitiques avant de se jeter dans les étangs d’En Beys (1 950m). Après avoir reçue de multiples petits torrents descendant de Mourtès et de Baxouillade, l’Oriège débouche ensuite aux Forges d’Orlu (912 m) avant de rejoindre l’Ariège au niveau d’Ax-les-Thermes.

Hydrologie souterraine Il existe peu de données sur l’hydrographie souterraine de la réserve.

D’après la Directive Cadre sur l’Eau, les masses d’eaux souterraines (MESO) sont définies par des limites stables et durables, liées à la géologie et l’hydrogéologie. Une masse d'eau souterraine est un volume distinct d'eau souterraine à l'intérieur d'un ou de plusieurs aquifères.

La réserve est sur une masse d’eau souterraine composite propre aux zones de montagne.

Ouvrages hydrauliques sur la réserve vignette|Le Ruisseau d'Eychouzé se déverse dans l'Étang de Naguilles, en bordure de la réserve. Au loin : le barrage. Du fait des pentes abruptes et des fortes quantités d’eau, EDF a réalisé au sein même de la réserve de nombreux aménagements hydroélectriques (2 prises d’eau, 2 barrages, 3 conduites) afin de produire et de distribuer d’importantes quantités d’électricité. Les prises d’eau de Mourtès, de la Coumette et le barrage d’En Beys se situent intégralement dans la zone de la réserve, le barrage de Naguilles, quant à lui, est seulement limitrophe. Ces aménagements hydroélectriques impliquent l’existence de débits réservés pour le réseau hydrographique de la Réserve d’Orlu, permettant de garantir les conditions nécessaires à la continuité écologique.

Climat La réserve est soumise à un climat montagnard à influence océanique sur sa partie basse. En effet, l’orientation Nord-Ouest/Sud-Est de la vallée de l’Oriège favorise la pénétration des vents humides venant de l’Atlantique. Plus en amont, la vallée change d’orientation (Nord-Est/Sud-Ouest) et le climat devient un « climat océanique d’abris » qui se traduit par une relative sécheresse, des précipitations de saison froid moins abondantes et un régime thermique légèrement plus contrasté. Située à la frontière des Pyrénées-Orientales, la réserve est aussi plus arrosée que les chaînons montagneux situés plus à l’est, qui subissent une influence méditerranéenne.

Les données météorologiques disponibles sur la période 1984-2011 concernant Ascou, montrent des précipitations régulières avec une sècheresse estivale peu marquée.

La température annuelle est de 8 °C sur les secteurs bas de la réserve et elle devient négative au-dessus de 2500 mètres d'altitude. Les précipitations connaissent peu de fluctuations durant l'année (moyenne de 1200 mm/an). Cependant, la pluviométrie est plus forte en altitude et peut atteindre 2500 mm/an sur les secteurs de plus de 2000 mètres. La présence régulière du brouillard à l’étage montagnard entraine une hygrométrie plus élevée à cette altitude. L’enneigement sur la réserve est très variable d’une année sur l’autre mais peut aller jusqu’à 6 mois.

Risques naturels Sur la réserve, les risques naturels sont caractéristiques des zones de haute-montagne.

Les couloirs d’avalanches : nombreux, ils découpent la plupart des reliefs sur l’ensemble du territoire de la réserve. Les risques sont maximums au cœur de l’hiver (avalanches de poudre) ainsi qu’au printemps lorsque la neige perd de sa cohésion (avalanches de fonte ou avalanches de plaque).

Le risque de crues torrentielles : il existe sur le Rec de Terrès, le Rec de l’Orri Vieil et le Rec de Brasseil. Ces risques sont principalement importants aux mois de mars et d’avril lorsque la fonte des neiges vient grossir les torrents de la réserve.

Des chutes de blocs et des glissements de terrain : plus ou moins importants, ils peuvent se produire tout au long de l’année et en tout point de la réserve.

Patrimoine naturel Habitats et paysages La diversité climatique, géologique et morphologique de la réserve, couplée à l’utilisation par l’homme du territoire, induit une grande variété de paysages.

Façonnés par l’élevage et l’exploitation forestière, ces paysages sont de nos jours soumis au phénomène de déprise agricole.

Quatre grands types de paysages peuvent être identifiés sur la réserve (ONF, 2010). Le fond de la vallée : anciennes prairies de fauche maintenant abandonnées, se fermant progressivement. L’étage montagnard (entre 800 et 1 500-1 600 m d’altitude) : composé de forêts où la hêtraie pure est très présente, car favorisée par le type d’exploitation forestière du . En limite supérieure, la hêtraie est graduellement remplacée par le bouleau puis par les landes (Callune, Genet, Myrtille). L’étage subalpin (entre 1 600 m et 2 300 m d’altitude) : étage des estives où depuis plusieurs siècles, le bétail (essentiellement ovins) pâture environ 4 mois en saison estivale. Cet espace est composé de pelouses évoluant parfois vers des landes selon la pression pastorale exercée et les conditions abiotiques (exposition, nature du sol). L’étage alpin (au-delà de 2 300 m d’altitude) : formé de falaises, d’éboulis et de pelouses à végétation discontinue sur les crêtes exposées au vent

Une cartographie des habitats réalisée en 2003 a permis de définir la répartition des grands ensembles physionomiques sur la réserve : pelouses et landes (45 % de la surface de la réserve), falaises et éboulis (30 %), forêts (24 %), zones humides (0.7%). Une carte de la végétation a été réalisée en 2018, la méthode utilisée pour caractériser les groupements d'habitats découle de la nomenclature Natura 2000 et de la typologie phytosociologique.

Sur la réserve, 37 habitats d’intérêts communautaires dont 11 prioritaires (Pin à crochet, pelouse à Nard…) sont présents.

Faune vignette|Ascalaphe souffré Fondée à l’origine pour la protection du gibier de montagne, principalement pour l’Isard (Rupicapra pyrenaica pyrenaica) et le Grand tétras (Tetrao urogallus aquitanicus), la RNCFS d’Orlu abrite de nombreuses autres espèces animales caractéristiques des milieux montagnards.