Daniel Joëssel est un prêtre catholique français, né le à Audincourt, dans le Doubs., au sein d'une famille catholique. Blessé mortellement au combat le , il meurt dix jours plus tard à Ciney, en Belgique..
Biographie Enfance et jeunesse Famille Adrien Joseph Victor Raymond Joëssel épouse Marthe Robert le à Lyon.. De cette union naissent une fille, Andrée, et trois garçons, Pierre, Yves et Daniel en 1908.. Raymond Joëssel, ingénieur civil des Mines, est depuis 1904 le directeur des Forges d'Audincourt. Tout comme son père, Joseph-Émile Joëssel., qui a notamment donné son nom à un sous-marin et à un gouvernail., il est un inventeur. Ainsi, alors qu'il est encore élève à l'école des Mines, et avant même la découverte de Marconi, il élabore un projet de télégraphie sans fil, dont il ne déposera pas le brevet, voulant auparavant terminer ses études. Il travaille également sur la locomotion éolienne des bateaux.. C'est aussi, depuis son enfance, un passionné de Jules Verne. Il joue du violon et il est l'auteur d'un conte, Le Moulin Trébuchet publié sous le nom de Pierre Joël.. Il invente et construit dans le jardin de la maison familiale de nombreux jeux pour ses enfants, dont un véritable petit moulin.
Daniel est baptisé. le en l'église de l'Immaculée Conception d'Audincourt.
Avec son frère Yves, il étudie à la maison sous la conduite d'une institutrice. Les soirées se passent en famille entre la lecture des ouvrages de Jules Verne et la musique, sans oublier la prière commune et quotidienne.
Le , un Jeudi Saint, il reçoit la communion pour la première fois.
Très tôt, Daniel, surnommé « Dani », fait montre d'une ferveur précoce dans la prière.. Cependant il n'est pas sans défauts : sensible à l'extrême, parfois grognon, ayant le souci de son apparence. Cela n'est d'ailleurs pas sans similitudes avec l'enfance de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Mais, comme elle, il se corrige de ses imperfections vers sa dixième année. C'est un enfant heureux, épanoui et souriant, aimant les jeux de plein air, les animaux, le sport et le dépassement de soi.
Paris En , la famille arrive à Paris. Après quelques mois passés dans la capitale, elle s'installe à La Baule où chaque année elle passe des vacances. En elle emménage à Versailles, où Daniel poursuit ses études au collège Saint-Jean de Béthune tenu par les Eudistes. Il s'attache alors particulièrement au père Régent. C'est lui qui le prépare à sa communion solennelle qu'il fait le . Il dit de Daniel : « Il avait un cœur plein de délicatesse, une piété suave, une âme ardente et généreuse. » Dès cette époque, « Dani » confie à sa mère son désir de poursuivre une vocation religieuse.
En ., la famille retourne à Paris où Daniel entre à l'école Notre-Dame de la rue de Madrid (collège Saint-Ignace), dirigée par les Jésuites. Il y reste jusqu'à la fin de ses études. Il est un élève brillant, appliqué, plein d'entrain, d'humeur joyeuse, aimant la compétition, et dont la piété et le désir d'évangélisation s'approfondissent. Avec l'un de ses camarades, Pierre Poisson, qui deviendra jésuite et missionnaire en Chine, il s'engage dans l'Œuvre de la Sainte Enfance et de la Propagation de la Foi..
Il continue à pratiquer toute sorte de sports avec un vif esprit de compétition, notamment la course à pied et le tennis. et conduit, avec une intrépidité et une maîtrise dont il ne se départira jamais, sa première voiture.
En 1926, il obtient un double bac ès lettres et ès sciences.. Il est décidé à entrer chez les bénédictins de Solesmes où il a effectué une retraite en novembre mais sa santé, par moments fragile, ne le lui permet pas encore. En attendant de pouvoir le faire, il prépare une licence de mathématiques qu'il n'achèvera pas.
Une vocation
Rome Le , il est admis au Séminaire français de Rome où l'un de ses cousins, l'abbé Paul Nau, se trouve déjà. Sur le « Grand livre » des élèves, en date du , il est noté : Dans tous les domaines, la note est : « Très bien ». Il se distingue déjà par sa propension à ne pas se ménager, comme en témoigne une excursion dans la campagne romaine menée tambour battant et qui le laissera épuisé deux jours durant.
Néanmoins il ne reste à Rome qu'un peu plus d'un semestre. Il rentre alors en France et doit prendre du repos.
Solesmes Sa santé semblant le permettre, il entre, le , à l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes. Le , il prend l'habit sous le nom de frère Marie-Daniel. Il peut enfin répondre à son désir de vie contemplative.. Mais il n'y reste pas et le , il quitte l'abbaye bénédictine. Cette expérience conforte en lui la prééminence de la vie intérieure
L'attrait de la vie religieuse ne l'abandonnera jamais comme il le confie dans une lettre en date du : « J'éprouve aussi quelquefois, cette nostalgie de la vie religieuse, mais acceptons la volonté du Bon Dieu, restons où nous sommes, le monde a besoin d'apôtres. »
Service militaire Il entame alors son service militaire à Poitiers puis à Orléans comme élève-officier d'artillerie. C'est pour lui un terrain d'apostolat. Monsieur Porteu, le père d'un des camarades de Daniel qui sera également tué en 1940, témoigne : « Nul doute que l'influence de cette âme d'élite ne s'y soit fait sentir (à l'école d'artillerie). Mon fils qui avait été séduit immédiatement par les brillantes qualités de ce camarade, tranchant sur tous par son intelligence et sa conscience, avait été frappé de plus par son allant remarquable et sa franche gaîté qui mettait de l'entrain partout. »
Il organise même des pèlerinages à l'abbaye bénédictine de Ligugé et jusqu'à Lourdes.
Le séminaire des Carmes Le Séminaire des Carmes est fondé en 1919 par le père Jean Verdier (1864-1940). C'est lui qui en sera le premier supérieur. Le père Jean Pressoir en est le directeur puis, en 1929 il prend la succession du père Jean Verdier qui est nommé cardinal-archevêque de Paris. Il le restera jusqu'en 1936..
Sa santé s'étant affermie, Daniel y entre en 1930. Le Bulletin de l’Institut Catholique permet de suivre son parcours universitaire.
Après avoir obtenu son baccalauréat de théologie. qui se prépare en deux ans., il devient « Auditeur » en théologie.. En 1933, il passe les examens. et obtient un Certificat de Grec Biblique., nécessaire à l’obtention de la licence. L’étape suivante est donc la licence qui demande encore deux années de travail et qu’il obtient en .. Il est alors « Lecteur » en Théologie..
L'un des condisciples de Daniel, Jean Léger, remarque qu'en « toutes circonstances et même au moment des examens, il fait passer le travail après les exercices de piété. » Il cherche une voie pour monter plus directement et plus rapidement vers Dieu. Il cultive sa vie de prière. Plusieurs témoignages s'accordent pour pointer ses longues stations auprès du Saint-Sacrement ou à l'autel de la Vierge Marie, à un point tel qu'il faut souvent le rappeler à la notion de l'heure. Il choisit ses meilleurs amis au sein d'un petit groupe d'étudiants qui, sans se couper du reste des séminaristes, « se fait remarquer par leur piété fervente et par le rayonnement de leur action. » Dans ce groupe, Raoul Dorange a une forte influence sur Daniel Joëssel qui se reproche un trop grand orgueil et recherche le détachement de soi afin de ne s'attacher qu'au Christ et à faire sa volonté en toute chose. Il saisit la moindre occasion d'offrir un sacrifice pour sauver les âmes tout en comprenant de plus en plus que seul Dieu peut tout. « C'est Lui qui me fait prier, aimer ; moi seul ne suis capable que de pécher » dit-il. C'est ainsi qu'il va emprunter la voie de l'abandon total à l'amour de Dieu. Cela ne se fait cependant pas sans combat : « En m'examinant devant vous, Seigneur, je ne trouve pas une fibre de mon être qui ne veuille être à vous ; et pourtant je reste attaché à l'amitié des hommes. » Pour atteindre son idéal de perfection, il s'impose pénitences et mortifications. Et il constate : « On se leurre lorsqu'on supprime le caractère austère de l'Évangile, sous prétexte de le rendre plus accessible au monde. »
Son carnet de notes témoigne de ce combat : « Seigneur, secourez-moi de votre bras divin ! Si je vous quittais, ô mon Jésus, quelle horrible chose ! Ne permettez pas, ô Jésus, qu'un pareil malheur arrive !... Jésus, Jésus, venez à mon secours !... » et encore « Vous regarder toujours avant d'agir et en agissant ! Ainsi, j'agirais toujours pour vous... »
Et enfin, « le sacrifice complet du cœur » est atteint : « Que vous êtes bon, mon Dieu, de m'éclairer ainsi et de me montrer combien j'étais attaché à la créature ! Merci, je crois que la séparation est faite ; vous restez mon seul ami, et cela pour votre plus grande gloire... Je suis heureux de vous prouver mon amour en vous donnant tout sans arrière-pensée et avec joie... »
Ordinations Après la tonsure reçue le dans la chapelle des Carmes et le sous-diaconat le ., c'est l'ordination diaconale le .
Deux jours plus tard, il prononce sa première homélie à l'occasion du mariage de son frère Yves avec Agnès Allard dans l'église de la Madeleine, à Lille. C'est une homélie dans laquelle « la joie » et « l'espérance », une des trois vertus théologales, prédominent. et dans laquelle il insiste sur la nécessité de mettre sa confiance en Dieu, de s'appuyer sur Lui et de compter sur Lui en toutes circonstances, heureuses ou malheureuses. Tout offrir à Dieu et tout attendre de Lui, se faire tout petit afin que Lui grandisse, voilà ce qu'il s'efforce de vivre et de proposer aux autres. Il cherche à « monter » et à faire « monter » .
À la veille de recevoir le sacrement de l'Ordre, le père Pressoir en témoigne : « Il n'a cessé de monter vers le sacerdoce. »
Il est ordonné prêtre le , un Samedi saint. Il a . Sa mère, alitée, ne peut être présente à sa première messe. Mais le lendemain, Daniel obtient l'autorisation de célébrer la messe dans la chambre de la malade. Quelques jours plus tard, comme le veut la tradition, il célèbre la messe dans la chapelle Saint-Joseph des Carmes en présence de tout le séminaire. Dès ce moment, et cela se vérifiera tout au long de son ministère, les participants à « sa » messe sont frappés par son attitude lorsqu'il célèbre. Sa ferveur est toute particulière : il ne se contente pas de célébrer la messe, il la vit.. Un témoin d'une de ses toutes premières messes explique : « Daniel la célébra sans précipitation, mais aussi sans lenteur. À sa parole, à son visage, on le sentait pénétré du sentiment de la présence de Dieu. »
Premières expériences pastorales : Montmartre et Montesson Il poursuit ses études encore une année à l'Institut Catholique de Paris pour l'obtention éventuelle d'un Doctorat en théologie. Mais en parallèle il célèbre quotidiennement la messe pour les Dominicaines garde-malades de Montmartre, à l'exception du dimanche où il est prêtre-auxiliaire au lieu-dit La Borde, sur le territoire de Montesson.
Chaque jour, après la messe célébrée dans l'oratoire des Dominicaines, le jeune prêtre prend le petit déjeuner au parloir où la supérieure, Mère Marie Ceslas, lui tient souvent compagnie. En vue d'écrire son ouvrage sur l'abbé Joëssel, François Veuillot a cherché à recueillir les témoignages de ceux qui l'ont connu. Il a donc contacté mère Marie Ceslas. Ce qu'elle retient surtout de l'abbé Daniel c'est « sa » messe et son sourire. Elle confie : « C'est une des grandes grâces de ma vie, que d'avoir eu, pendant près d'une année, cette messe, chaque matin, dite avec une telle ferveur, un tel recueillement, un recueillement intense et qui prenait. »