Le Borlag (en ) ou Borski ITL était un camp de travail pénitentiaire à l'époque soviétique, installé dans la Gorge de marbre (Мраморное ущелье; Mramornoie ouchtchelie), à une altitude variant de à , dans le massif de Kodar dans le raïon du Kalar, au nord du kraï de Transbaïkalie, en Sibérie. La décision de créer le Borlag a été prise le , par la résolution du conseil des Ministres de l'URSS , sous la mention "Top secret" (en ). Le bureau de Borlag était situé à l'origine dans la ville de Tchita, puis dans le village de Sinelga, près de Tchara dans l'oblast de Tchita. Pour son commandement opérationnel, il relevait directement de la direction générale des camps et colonies de rééducation par le travail (Goulag). Pour la partie industrielle il relevait de la direction des mines d'uranium d'ErmakovЕрмаков С. . Видео, 9 мин. . Toutefois Lavrenti Beria, bras doit de Staline à cette époque, surveillait étroitement la camp dans la mesure où son activité était en rapport étroit avec la mise au point de la puissance nucléaire russe Comme l'existence du camp était secrète la mine était présentée comme une mine de plomb et non d'uranium.

Dans les années 1990, on a donné à la gorge où s'était trouvé le camp, le nom de la Gorge de marbre parce qu'on y trouvait de nombreuses nuances de marbre. Des excursions touristiques y sont aujourd'hui organisées.

Géographie

La gorge se trouve au nord-est du Pic BAM. Elle n'est accessible qu'à pied, en été, depuis les villes les plus proches qui sont et Tchara. Cette dernière est desservie par un aéroport.

La gorge est bordée de deux côtés par des parois rocheuses et sa largeur est d'environ Il n'y a pas de végétation à part un peu d'herbe en été et de la mousse.

Un ancien camp de prisonnier se trouve dans la gorge à une altitude de , environ à au-dessus de la limite des arbres et au-dessus de Tchara. Un atelier est situé plus haut à . Au-dessus du camp se trouvaient 15 à 20 galeries (leur nombre exact est inconnu) situées à des altitudes de à , puis encore de 2250 à . La plupart des emplacements riches en minerais se trouvaient au sud de la gorge. Dans les parties est et ouest il existe des galeries dont on ne sait si elles ont été utilisées ou seulement explorées .

Climat

La gorge de marbre est située dans une région au climat rigoureux avec des températures moyennes pour toute l'année de à et dans les vallées les plus élevées. Durant les nuits d'été, la température descend souvent jusqu'à zéro degré. L'hiver dure dix mois et les températures peuvent alors descendre jusque . À l'époque du Borlag, il y a 70 ans, elles descendaient encore plus bas qu'aujourd'hui Le vent froid soufflait toute l'année dans la gorge. Celle-ci était couverte d'un brouillard épais qui s'élevait parfois à de hauteur . En été les pluies sont fréquentes et abondantes.

Histoire Motif

vignette|La bombe atomique de Nagasaki explose le 9 août 1945. À partir de 1946, des avions soviétiques survolaient la Transbaïkalie à la recherche d'uranium dans le cadre du programme atomique soviétique. Il y avait peu de gisements à cette époque. C'était un besoin stratégique militaire urgent du fait de la possibilité de voir les États-Unis s'attaquer à l'URSS avec des armes telles que celles utilisées lors des bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki durant l'été 1945 . Et il est notoire que dans divers plans de guerre américains des années 1945-1950, cette éventualité était discutée sous divers noms de code tels que (1947), (1948) et (1949). Pas moins de ont été organisées sur le territoire de l'URSS pour trouver de l'uranium en quantité suffisante. Les montagnes de la Transbaïkalie contenaient beaucoup de granite et, à cette époque, c'était la seule roche associée à l'uranium Les pilotes d'avions de reconnaissance recevaient l'ordre de ne pas voler à plus de d'altitude pour maximiser les chances de trouver des traces d'uranium. En , les compteurs Geiger ont constaté une anomalie magnétique à une altitude de près de dans le massif de Kodar.

Enquête préliminaire

Un mois plus tard, des prisonniers du Goulag et des géologues sont emmenés à l'emplacement très éloigné où se trouvait la Gorge de marbre. Les prisonniers sont mis au travail pour construire une route provisoire à partir de Chara jusqu'à la gorge (avec un pont pour traverser la rivière Sredny Sakoukan), tandis que les géologues, sous la direction de Fiodor Tisjtsenko font des recherches sur le minerai. En octobre, un premier échantillon est transporté à Chara située à 35 kilomètres de la gorge puis envoyée à Moscou , l'opération étant sous la surveillance de Lavrenti Beria. Selon l'analyse des échantillons, les résultats étaient prometteurs : il semblait que ces mines de la Gorge de marbre contenaient des veines aussi riches que celles des mines d'uranium de Tchécoslovaquie et de Saxe (Land) (contenant 30-50% de pechblende). En novembre et décembre, une base géologique est construite près de la gorge et les recherches se poursuivent. En , un rapport détaillé de est remis à Staline qui détaille les besoins matériels en hommes, vestes, bottes, nécessaires pour travailler dans la mine et extraire du minerai. C'était le premier gisement d'uranium qui allait être exploité. vignette|Pechblende de Tchécoslovaquie Préliminaire

Différentes directions d'approvisionnement ont été choisies par les autorités : depuis le sud de la rivière Vitim via (en Bouriatie) vers la ville de Tchita, où il était possible d'utiliser la ligne de chemin de fer du Transsibérien. depuis le nord par la Route maritime du nord, le fleuve Léna et son principal affluent le Vitim. depuis l'aéroport de Chara, construit en 1947 pour desservir le camp.

Sur le Vitim a été créé le village de au nord du kraï de Transbaïkalie pour servir de base d'approvisionnement la plus appropriée. L'administration a également utilisé des bâtiments qui avaient été construits par une expédition chargée, durant la seconde Guerre mondiale, de la construction de la partie orientale de la ligne ferroviaire Magistrale Baïkal-Amour. L'ordre a été donné de construire une route de de long depuis Neljaty jusq'au village de Sinelga près de Chara, puis de là au camp de Borlag. Des bases de ravitaillement étaient installées le long du parcours de près de que les camions pouvaient parcourir en trois jours .

Après la découverte d'uranium dans la rivière , une autre route a été construite qui passait de à Chara. Elle permettait de ramener la distance de à pour arriver au camp Borlag.

Réalisation thumb|Chevaux mongols Pour réaliser le Borlag en 1949, , , , furent nécessaires et ont été amenés sur les lieux Le Gorlag du Dalstroï ordonna le aux prisonniers de commencer à construire des casernes des gardes en bois, de construire une route à la main, pour que les camions puissent accéder à proximité de la gorge et à extraire du minerai à la pioche. Plus tard (ЗИС-151) supplémentaires ont été livrés.thumb|camion (ЗИС-151) ZIS-151

La route, d'une longueur d'environ , menant au camp depuis Chara, s'est avérée extrêmement difficile à construire en raison de la présence de nombreux ruisseaux perpendiculaires à la route et des montées abruptes sur les pentes de la montagne qui ont nécessité la réalisation de virages en lacets. Les conditions météorologiques nécessitaient un entretien constant de la route construite. Les camions devaient être équipés de chaînes à neige sur les pneus, pour pouvoir monter jusqu'au camp. Le matériel lourd était amené par un ascenseur provisoire qui le traînait au sol sur les parties les plus raides de la route. La réalisation de la route, des camps, des galeries des mines a nécessité l'utilisation de dizaines de milliers de mètres cubes de bois. Ce bois a été coupé dans les vallées environnantes, ce qui a dégarni les zones forestières. Cela a entraîné l'érosion précoce des sols et des routes du fait de l'écoulement accéléré des eaux de ruissellement et des inondations qui s'ensuivirent . Après la fermeture du camp la nature a repris rapidement ses droits

Commencée en hiver, la mine était prête pour l'extraction après 4 mois de travaux, au printemps 1949. Au cours de l'été, ont été installés un poste électrique et une usine de minéralurgie pour traiter le minerai à la rivière Sredny Sakoukan. C'est un générateur électrique mu par un moteur Diesel qui a d'abord été utilisé. Puis, une mini centrale hydroélectrique à partir du mois de juin. L'usine de traitement du minerai était installée à l'entrée de la gorge. Plus tard d'autres usines ont été installées dans les autres emplacements du camp et une sous-centrale électrique a été construite reliée aux mines par des câbles à haute tension.

Le camp

Structure du camp L'administration du camp avait au début son siège dans la ville de Tchita, mais à partir de 1950, elle a travaillé au village de Sinelga plus au sud-ouest de la zone des dunes de Chara Sands et beaucoup plus près de Borlag. L'organisation du camp était de conception militaire. Elle était contrôlée par le ministère de l'intérieur de l'Union soviétique, mais en fait c'était l'armée qui dirigeait les opérations. Le premier commandant du camp était le redouté colonel S.F. Maltsev, qui prenait toutes les décisions. Lesquelles avaient force de loi aussi bien vis-à-vis des civils que des prisonniers et des gardiens.

L'administration du camp comprenait dix départements (lagpoenkty): thumb|Résultats d'engelures du pied (1945 , moulage pédagogique)

1 # La Gora (montagne) dans la Gorge de marbre. C'est là qu'a eu lieu la majeure partie de l'extraction du minerai. Les prisonniers de cette gorge dormaient dans un camp de de large sur de long, à côté de la caserne en bois des gardiens et du personnel civil (géologues, alpinistes, contremaîtres et personnel médical). D'abord ils ont été logés dans des tentes, puis dans des baraquements en bois, dans lequel on pouvait entasser en tout à et dans laquelle la température descendait sous zéro degré en hiver. Comme il y avait souvent plus de en même temps par baraquement, les prisonniers survivaient grâce à la chaleur corporelle de chacun. Mais les plus faibles mouraient aussi du fait des gelures de membres ou de l'humidité permanente. Aux quatre coins s'élevaient des tours de guet. Toute la nuit des projecteurs éclairaient le camp. À l'entrée de la gorge 6 tours de guet étaient érigées, ainsi qu'un poste de contrôle. Le camp était clôturé par des barrières à haute tension et une barrière de barbelés Dans la seconde moitié de l'année 1950, sont parvenus à s'échapper et c'est sans doute pour cela que ces six tours ont été construites. Le personnel civil et de sécurité vivait dans un camp voisin composé de quatre douzaines de bâtiments, parmi lesquels une boulangerie, un lavoir, une scierie, un bain, une scierie, un garage, des bâtiments résidentiels et des entrepôts .

2 # Les Clés du marbre (en ) : dans la vallée en contrebas il existait deux camps de soutien pour le stockage du minerai, la production d'électricité, l'entretien des routes et des camions. Environ y travaillaient sous un régime pénal moins sévère. Le traitement du minerai à l'entrée de la gorge bénéficiait du plus grand emplacement du camp et était le seul à être réalisé sur des fondations en béton. Le minerai était probablement nettoyé par concassage et broyage puis soumis à une lixiviation dans de l'acide sulfurique pour obtenir un concentré susceptible d'être enrichi au complexe nucléaire Maïak. Le processus nécessitait beaucoup d'eau, ce qui rendait logique l'emplacement près de la rivière. Une centaine de prisonniers au moins était en activité dans ce camp, probablement par rotation avec les autres camps. Ce travail de traitement du minerai était le plus dangereux en raison de la radioactivité constante, de la poussière et des fumées acides et comparable à la dangerosité de celui de la mine de Boutougytchag dans la région de la Kolyma . thumb|Entrée de galerie de la mine de Boutougytchag dans la Kolyma