Notre-Dame de Walsingham est un titre de la Vierge Marie vénérée tant par les catholiques, des chrétiens orthodoxes, que par certains anglicans. Cette vénération est liée aux apparitions mariales rapportées par , une noble et pieuse dame anglaise, en 1061, dans le village de Walsingham, dans le comté de Norfolk (Angleterre). Lady Richeldis aurait fait construire un bâtiment nommé () à Walsingham, lieu qui est devenu plus tard un sanctuaire et un lieu de pèlerinage.
En transmettant sa tutelle de la Sainte Maison, le descendant de Richeldis laisse des instructions pour la construction d'un prieuré à Walsingham qui est confié aux chanoines réguliers de saint Augustin, entre 1146 et 1174. Celui-ci reçoit de nombreuses visites royales jusqu'à sa destruction au par . Un sanctuaire est reconstruit au par l’Église catholique, à l'occasion d'une renaissance du culte marial en Angleterre, mais également par les autorités anglicanes qui promeuvent elles aussi cette dévotion.
Le Vatican montre différentes marques de reconnaissance envers ce culte (couronnement canonique de la statue, église érigée en basilique mineure, ...). Le nombre de pèlerins augmente régulièrement depuis un siècle à Walsingham. Cette dévotion s'étend également à l'étranger comme aux États-Unis.
Historique Le contexte Au , le village de Little Walsingham était un lieu prospère, situé à mi-chemin entre Norwich (qui est alors la deuxième ville d'Angleterre) et la riche ville de King's Lynn..
Le récit de l'apparition mariale et du début du culte local, est connu à travers des écrits datés du , une ballade anonyme publiée par Richard Pynson, vers 1460 donc largement postérieure à la date des événements relatés. L'étude de l'historien Bill Flint tend à démontrer que ce récit (de l'apparition), rédigé à l'époque de plus grande popularité de cette dévotion et de plus grande prospérité du sanctuaire, aurait été volontairement déplacé à l'époque de l'arrivée de Guillaume le Conquérant et de la conquête normande de l'Angleterre, afin de le rattacher aux premières familles normandes implantées dans la région. En effet, l'historien rattacherait la fondation du lieu de culte à une période antérieure, et à Édith au Col de cygne en particulier, cette dame étant la veuve du dernier roi anglo-saxon, vaincu et tué par les Normands en 1066.. D'après John Leland, il existait bien une chapelle à l'époque du roi Édouard le Confesseur () mais elle n'aurait été que ou restaurée à cette date, et non construite (ce qui serait compatible avec cette hypothèse).
La statue en bois que l'on peut voir, aujourd'hui dans le sanctuaire, a été sculptée à Oberammergau. Cette représentation de la Vierge à l'Enfant a été faite en s'inspirant d'un ancien sceau médiéval du prieuré de WalsinghamUne empreinte de ce sceau se trouve au British Museum. qui représentait la statue vénérée à l'époque dans le sanctuaire..
Contestations et critiques historiques Il y a un désaccord entre spécialistes sur la date de fondation de la première chapelle dédiée à la Vierge Marie à Walsingham.
L'historien J.C. Dickinson soutient que la chapelle a été fondée à l'époque d'Édouard le Confesseur, vers 1053, les premiers actes nommant Richeldis, la mère de Geoffroy de Favraches, comme fondatrice. Dickinson prétend qu'en 1169, Geoffrey a accordé que sa mère avait fondée à Walsingham avec l'intention qu'Edwy fonde un prieuré. Ces dons furent, peu de temps après, confirmés aux chanoines augustins de Walsingham par Robert de Brucurt et Roger, comte de Claire..
Cependant, l'historien Bill Flint (2015) a contesté la date de fondation établie par Dickinson, arguant que le Norfolk Roll de 1161 fait référence à la fondation du prieuré uniquement et non du sanctuaire. Flint soutient la date antérieure de 1061 donnée dans la ballade de Pynson et affirme qu'en cette année, la reine Édith au Col de cygne, dame du manoir, était la .
Apparition mariale thumb|Un vitrail représentant Notre-Dame de Walsingham. Église épiscopale de tous les Saints, Jensen Beach (États-Unis). Selon la traditionCe récit connu par une tradition ancienne n'a fait l'objet d'aucune confirmation historique, ou d'enquête canonique de la part des autorités religieuses. Il n'est connu et reconnu que comme ., lors d'une apparition mariale à Lady Richeldis, la Bienheureuse Vierge Marie montra à la voyante, au cours d'une extase mystique, la maison où vivait autrefois la Sainte Famille et dans laquelle l'Annonciation de l'Archange Gabriel avait eu lieuLa tradition rapporte (suivant les versions) que la voyante aurait bénéficié de trois apparitions mariales.. Madame Richeldis se serait vu confier la tâche de construire une réplique de cette maison dans son village, en Angleterre. Le bâtiment s'est ainsi fait connaitre sous le nom de (Sainte Maison). Le village de Walsingham a alors pris le nom populaire de Du fait que le village était abriter une copie de la maison de Nazareth en son sein..
Toujours selon la légende : . Si l'historicité de ce récit ne peut être démontrée, les plus anciens écrits historiques relatent la transmission par Geoffrey de Faverches de sa tutelle sur , avec des instructions pour la construction d'un prieuré à Walsingham. Ce prieuré abrite alors une simple structure en bois (la ). Les récits relatent également la présence de deux sources et pour lesquelles, des pèlerins ont rapporté des après avoir bu de leur eau.
Ce sanctuaire avait pour vocation d'amener les pèlerins à méditer sur l'Incarnation du Verbe de Dieu et le mystère de l'Annonciation..
Le prieuré passe aux soins des chanoines réguliers de saint Augustin à une date incertaine, située entre 1146 et 1174. C'est ce prieuré qui devient le centre du pèlerinage à Walsingham. Les moines vont ensuite intégrer la dans une construction en pierre pour la protéger des éléments.
Grandeur et décadence du pèlerinage thumb|Ancien sceau du prieuré médiéval, avec le texte de l'Annonciation entourant .
Le sanctuaire de Walsingham est un lieu de pèlerinage important à l'époque médiévale. Alors qu'en raison des guerres et des bouleversements politiques, les voyages à Rome et à Saint-Jacques-de-Compostelle devenaient fastidieux et difficiles, la présence d'un sanctuaire sur le sol anglais facilitait par sa proximité et sa sécurité les démarches de dévotion des fidèles..
La chapelle, enfermée dans l'enceinte du prieuré, voit un flot continu de pèlerins se diriger vers elle. Les offrandes des pèlerins enrichissent rapidement le prieuré, produisant un revenu considérable pendant les quatre siècles de son existence. Ainsi la chapelle (et les moines qui la desservent) se voit attribuer des terres, des dîmes et des fermages. Roger Ascham, après une visite au déclara : .
Les rois d'Angleterre s'y rendent régulièrement (Henri III, Édouard en 1280 et 1296, Édouard II en 1315, etc.).. En plus des membres de la famille royale, de nombreux nobles, évêques ou officiers font le pèlerinage, pour répondre à des vœux, ou en remerciement pour des miracles ou des victoires militaires. Chaque pèlerinage est l'occasion d'offrandes importantes au sanctuaire.
Les visites épiscopales de la fin du et du début du montrent que le prieuré de Walsingham, probablement corrompu par les richesses que les pèlerins offraient au sanctuaire, était la maison religieuse la plus désordonnée et la plus amorale de tout le diocèse. L'évêque du lieu mène un combat acharné pour réformer les mœurs de son clergé, et en 1526, les récits des visites épiscopales semblent rapporter que l'ordre avait été globalement rétabli dans le prieuré.
thumb|Ruines de l'église du Prieuré de Walsingham. La aurait été située dessous. Au moment de sa destruction en 1538 sous le règne d'Henri VIII, le sanctuaire était devenu l'un des plus grands centres religieux d'Angleterre (avec Glastonbury et Canterbury) et d'Europe. La suppression des monastères faisait partie du projet de la Réforme anglaise. En 1530, le prieur de Walsingham, Richard Vowell, signe l'acceptation de la suprématie du roi (sur les religieux). Les actions de Cromwell étaient motivées par des considérations politiques.. Si le prieur était manifestement docileUne source rapporte que le prieur rendit, lors de sa visite . Voir la Catholic Encyclopedia., toute la communauté n'était pas du même avis. En 1537, deux choristes laïcs organisèrent ., destiné à résister à ce qu'ils craignaient qu'il n'arrive à leur fondation : sa fermeture. À la suite de cela, onze hommes ont été exécutés. Le sous-prieur, Nicholas Milcham, a été accusé de conspiration pour s'être rebellé contre la suppression des petits monastères et, sur la base de faibles preuves, a été reconnu coupable de haute trahison et pendu à l'extérieur des murs du prieuré.
La suppression du prieuré de Walsingham est intervenue à la fin de 1538, avec l'accord du dernier prieur, Richard Vowell, et sous la supervision de Sir , un propriétaire foncier local. L'emplacement du prieuré avec le cimetière et les jardins a été accordé par la Couronne à Thomas Sydney. Il n'en restait que la guérite, l'arc du chœur et quelques dépendances.
Si les bâtiments du prieuré furent pillés et en grande partie détruits, son souvenir fut moins facile à éradiquer. Sir Roger écrivit à Cromwell en 1564 qu'une femme de la ville voisine de Wells (maintenant appelée Wells-next-the-Sea) avait déclaré qu'un miracle avait été accompli par la statue après qu'elle eut été emportée à Londres. En riposte, il a fait promener la femme le jour du marché, attachée sur une charrette avec un écriteau sur la tête : , en s'arrangeant pour que la vieille femme soit maltraitée par les villageois. Mais il a conclu son courrier .
Destin de la statue Après le pillage et la destruction du sanctuaire, John Hussey écrit à Lord Lisle en 1538 : . La statue aurait été brûlée avec des images d'autres sanctuaires à un moment donné, publiquement, à Londres. Deux chroniqueurs, Hall et Speed, suggèrent que l'incendie final aurait eu lieu en septembre.
Bien que Hussey ait prétendu avoir été témoin du déplacement de la statue de Notre-Dame de Walsingham à Londres, il n'existe aucun témoignage oculaire de sa destruction. Bien qu'il y ait des allégations selon lesquelles la statue aurait été détruite, celles-ci ne s'accordent ni sur le lieu, ni sur la date de la destruction. Qui plus est, aucun témoin oculaire n'a rapporté avoir directement assisté à sa destruction. Il y a eu des suggestions persistantes selon lesquelles la statue pourrait en fait avoir été sauvée et cachée par des fidèlesIl existe d'autres exemples de statues ou images pieuses destinées à la destruction par le pouvoir politique, et qui ont été sauvées et cachées durant des siècles par des fidèles étant restés secrètement catholiques..
Le , une statue médiévale de Vierge à l'Enfant, nommée la , a été achetée par le Victoria and Albert Museum. Dès 1931, le principal ecclésiastique a suggéré que la Madone de Langham pourrait être la statue originale de Walsingham. Les parties restantes (elle est incomplète)Voir l'article sur The Living Church (lire en ligne) qui présente les deux photos cote à cote. ont une ressemblance frappante avec la représentation de la statue sur le sceau médiéval du prieuré de Walsingham. En 2019, les historiens de l'art anglais Michael Rear et Francis Young, après avoir étudié la provenance, la forme et les dommages causés à la Madone de Langham, ont publié leurs conclusions (initialement par le biais du Catholic Herald) selon lesquelles, il s'agit bien pour eux de la statue originale de Notre-Dame de Walsingham...
Renaissance moderne Après près de quatre cents ans d'interruption, le a vu le rétablissement du pèlerinage à Walsingham comme un élément régulier de la vie chrétienne dans les îles Britanniques et au-delà. Dans la ville de Walsingham, il y a aujourd'hui un grand sanctuaire catholique et un autre anglican, ainsi qu'un plus petit orthodoxe.
Chapelle Slipper
thumb|left|Statue de Notre-Dame de Walsingham, dans la chapelle Slipper.