vignette|Camée de Pistrucci (env. 1850, par sa fille, Elisa) Benedetto Pistrucci ( - ) est un lapidaire et médailleur italien, surtout connu pour son dessin de Saint Georges et le Dragon pour le monnaie britannique. Pistrucci est aussi chargé par le gouvernement britannique de créer la médaille de Waterloo, projet qu'il met trente ans à terminer.

Né à Rome en 1783, Pistrucci a brièvement étudié avec d'autres artistes avant de partir seul à l'âge de 15 ans. Il s'est fait connaître comme sculpteur de camées et fut parrainé par la royauté. En 1815, il déménagea en Grande-Bretagne, où il vivra la plus grande partie de sa vie. Son talent lui a attiré l'attention des notables dont William Wellesley-Pole, Directeur de la Monnaie. Pole a embauché Pistrucci pour concevoir de nouvelles monnaies, y compris la monnaie nationale qui a été émise en 1817, avec des réactions mitigées. Bien que Pole ait probablement promis à Pistrucci le poste de Chef Graveur, le poste ne pouvait pas être attribuée à un sujet autre que britannique. Pistrucci en ressentit longtemps une rancœur.

Talentueux mais avec un fort tempérament, Pistrucci a refusé de copier et de graver le travail d'autres artistes. Quand, en 1823, George IV exigea qu'un portrait qu'il jugeait peu flatteur de lui sur une pièce de monnaie soit changé contre une nouvelle basée sur l'œuvre de Francis Chantrey, Pistrucci refusa et fut sur le point d'être licencié. La Monnaie ne le licencia pas, de peur que l'argent déjà dépensé pour la médaille de Waterloo ne soit perdu. Pistrucci conserva sa place à la Monnaie jusqu'à la fin de sa vie et termina la médaille de Waterloo en 1849 qui, en raison de sa grande taille, ne pouvait pas être frappé. Après la mort de Pistrucci, le dessin de St George et le Dragon a été rétabli sur le Souverain (pièce de monnaie), il est encore utilisé aujourd'hui.

Enfance et début de carrière (1783–1815) Benedetto Pistrucci est né à Rome le . Il est le second fils de Federico Pistrucci, juge supérieur de la Cour pénale supérieure sous le gouvernement papal, et d'Antonia (née Greco). Son frère aîné Filippo montra des qualités artistiques dès son plus jeune âge alors que Benedetto n'était pas enclin à étudier. Federico Pistrucci voulait que ses enfants suivent ses traces : il les envoya dans des écoles latines. Benedetto commença son éducation à Bologne, où la famille avait des propriétés. Mais, en 1794 la famille Pistrucci a été contrainte de déménager à Rome lorsque les troupes révolutionnaires françaises envahirent l'Italie et les enfants ont été inscrits au Collège romain.

Federico Pistrucci, qui, lorsqu'il était juge, avait poursuivi les partisans de la révolution française, se sentant menacé par l'avancée des troupes françaises vers Rome où se trouvait la famille Pistrucci, déménagea alors à Frosinone. Les deux garçons y suivirent les cours d'une école académique. Filippo eut des résultats scolaires suffisamment satisfaisants pour que son père l'autorisa à travailler avec un peintre nommé Mango. Privé de son frère, Benedetto déprima et fut finalement autorisé à travailler avec Mango. Là, il démontra rapidement son talent artistique. Mango parla à Benedetto de son frère, Giuseppe Mango, graveur de camées à Rome. Avec la paix signée entre le pape et les Français, la famille put y retourner, et Benedetto Pistrucci commença sa formation comme sculpture de camées. Il progressa rapidement et pris aussi des leçons du peintre Stefano Tofanelli. Giuseppe Mango se permit de vendre les sculptures de Pistrucci comme étant les siennes. Réalisant que ses œuvres étaient vendues comme antiquités contrefaites, Pistrucci commença à placer une marque secrète, la lettre grecque λ (lambda) sur ses créations. gauche|vignette|Camée de Pistrucci (1800) Le talent évident de Pistrucci lui attira la jalousie de ses compagnons apprentis et l'un d'entre eux provoqua une querelle avec lui, allant jusqu'à le poignarder dans l'abdomen avant que Pistrucci n'ait pu parer l'attaque. Se reposant à la maison, il apprit à modeler la cire. Federico Pistrucci décida que son fils serait mieux avec un nouvel enseignant et lui a assuré un poste avec Giuseppe Cerbara, mais l'enfant refusa, pensant qu'il aurait à travailler dans de mauvaises conditions. Une place avec le sculpteur de gemmes Nicolo Morelli lui a été assurée et Pistrucci a aussi suivi les cours à l'école d'art scuola del nudo sur la colline du Capitole où, en 1800, il reçut le premier prix de sculpture. Pistrucci sentit que Morelli cherchait à tirer profit de ses compétences tout en le formant assez peu. Il quitta alors son poste à l'âge de 15 ans et travailla dès lors depuis la maison de famille. Il fut en mesure de payer le loyer car, dès le début, il eut d'importants revenus de ses camées.

Parmi les premiers clients de Pistrucci se trouvèrent deux des principaux marchands d'art de Rome, Ignazio Vescovali et Angelo Bonelli, et les trois sœurs de Napoléon, Elisa, Pauline et Caroline. Pistrucci gagna en importance en remportant un concours pour faire un calmée d'Elisa (la grande-duchesse de Toscane), travaillant presque sans arrêt pendant huit jours pour le terminer. La grande-duchesse fut tellement impressionnée par son travail qu'elle lui donna un studio dans son palais. Pistrucci se sentit alors assez en sécurité matérielle pour, en 1802, épouser Barbara Folchi, fille d'un marchand aisé ; ils eurent neuf enfants ensemble. Il continua de travailler à Rome, réalisant des camées et taillant des pierres précieuses jusqu'en 1814. vignette|Camée, 1810 Revenant d'un voyage réussi en Grande-Bretagne en 1814, le marchand Angelo Bonelli proposa que Benedetto Pistrucci le suive pour son voyage suivant en Angleterre, lui assurant que son avenir d'artiste était là-bas. Pistrucci se trouva disposé à y aller et, après avoir fait des provisions pour sa famille, quitta Rome avec Bonelli. Ils s'arrêtèrent d'abord à Pérouse pour que Pistrucci puisse dire adieu à son frère Filippo, mais ils le trouvèrent disposé à les accompagner. À Turin, Filippo Pistrucci se persuada qu'il ne fallait pas faire confiance à Bonelli et en discuta avec son frère. Lorsqu'ils arrivèrent à Paris en , les frères refusèrent d'aller plus loin avec Bonelli et, après avoir proféré des menaces, le marchand finit par partir et les abandonna. Filippo retourna aussi bientôt en Italie mais Benedetto Pistrucci s'aperçut que son nom et son art étaient connus à Paris et se mit au travail. Il était là quand Napoléon revint de l'Île d'Elbe, au début des Cent-Jours. Il travailla, se tenant à l'écart de la guerre et sans en être affecté. Il vit Napoléon dans un jardin et, ayant toujours une boule de cire avec lui, modela tranquillement le portrait de l'empereur ce qui fut le dernier de lui fait en Europe. Après la bataille de Waterloo en , Pistrucci commença ses préparatifs pour se rendre en Grande-Bretagne mais ce n'est que le qu'il y arriva.

Vers la célébrité (1815-1819) vignette|Revers du Souverain de 1817 À son arrivée à Douvres, Pistrucci eut des difficultés aux douanes, peut-être causées par la malveillance de Bonelli. Dès qu'il le put, il se rendit à Londres. Il avait des lettres de présentation auprès de plusieurs personnes et Charles Konig, conservateur des minéraux au British Museum, se révéla être un ami fidèle. Grâce à Konig, Pistrucci rencontra le célèbre naturaliste, Sir Joseph Banks, qui chargea l'artiste de faire son portrait. Alors que Banks était assis pour Pistrucci, le spécialiste Richard Payne Knight vint, désireux de montrer à Sir Joseph un fragment de camée qu'il avait acheté et qu'il pensait daté de la Grèce antique. Après que Banks en eut fait l'éloge, Pistrucci, en l'examinant, l'identifia comme étant son propre travail et le prouva en montrant la marque secrète qu'il avait placée dessus. Cet incident, qui aurait pu vexer Banks et Knight, lui permit d'asseoir la bonne réputation de Pistrucci à Londres.

Pistrucci fut présenté à Lord George Spencer et son épouse Lady Spencer, par Banks. Lady Spencer montra à Pistrucci un modèle de Saint Georges et le Dragon de Nathaniel Marchant et lui demanda de le reproduire dans le style grec dans le cadre des décorations de son mari comme chevalier de la Jarretière. Benedetto Pistrucci avait déjà pensé à une telle œuvre et il produit le camée. Comme modèle pour le saint il prit un serveur italien de l'hôtel Brunet à Leicester Square, où il avait séjourné après être venu à Londres.

Sir Joseph chargea Pistrucci de créer un camée du roi George III. Comme le roi était atteint de porphyrie, Pistrucci modela le portrait à partir d'une pièce de trois shillings de Marchant et le coupa en jaspe rouge pour un montant de 50 guinées. Banks montra le camée à William Wellesley-Pole, frère aîné du duc de Wellington et Directeur de la Monnaie. Ce dernier fut très impressionné par la qualité du travail. À cette époque, la Monnaie royale se préparait à émettre de nouvelles pièces en or et en argent dans le cadre de la réforme monétaire de 1816 (Great Recoinage de 1816) et, en juin de la même année, Pole décida d'embaucher Pistrucci pour fabriquer des modèles en pierre pour la nouvelle monnaie qui pourrait être convertie en matrices d'acier par les graveurs de la Monnaie.

Le directeur de la Monnaie, Wellesley-Pole, lui demanda de créer trois portraits du roi de différentes tailles. Seuls deux ont été utilisés, un pour l'avers de la demi-couronne et l'autre pour le shilling et six pence. Les deux portraits ont été adaptés par Thomas Wyon, de la Monnaie, il les a alors gravés dans l'acier. Le portrait présent sur la demi-couronne de 1816 fut rapidement surnommé la "tête de taureau" du roi, elle était détesté de la population. Il fut remplacé par un autre en 1817. La critique exaspéra Pistrucci et l'Italien reprocha à Wyon d'avoir gâché son œuvre. Il commença alors à apprendre à graver dans l'acier lui-même.

Pistrucci termina le travail de Lady Spencer sur Saint Georges et le dragon en style grec. Selon plusieurs témoignages, cela l'inspira pour les pièces de monnaie anglaises. Pistrucci suggéra à Pole que le saint parton de l'Angleterre, Saint Georges pourrait être un sujet approprié pour le souverain, une nouvelle pièce d'or, équivalent à une livre, qui devait être frappée. Jusqu'au début du , les pièces d'or étaient frappées pour la circulation courante, plutôt que comme pièces d'investissement. Kevin Clancy, directeur du musée royal de la Monnaie, dans son volume sur l'histoire de la pièce de monnaie appelée le Souverain, avait des doutes sur le fait que la commission Spencer soit vraiment à l'origine de l'inspiration du dessin de Saint Georges et le Dragon que cette pièce a longtemps représenté et que l'idée ne soit même pas venue de Pistrucci. Clancy a fait valoir que de tels motifs étaient courants à l'époque et que l'histoire provenait de Pistrucci, qu'il considérait comme témoin peu fiable de son propre passé.