vignette|upright|Voguing au Drag on Ball 2018 de Berlin.

La culture LGBT, aussi désignée comme culture homosexuelle, culture gay, culture gaie et lesbienne, culture queer, ainsi qu'en utilisant des sigles étendus tels que culture LGBTQ+, est la culture partagée par les minorités sexuelles et de genre, en particulier les personnes lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres.

Elle désigne à la fois les pratiques culturelles créées par les personnes LGBT dans une optique communautaire, telle que la ball culture ou la littérature lesbienne, mais aussi les productions artistiques qui ne sont pas conçues pour ce public mais y rencontrent une réception particulière. Cette particularité peut se manifester par une réceptivité très forte, par exemple concernant le disco ou le concours eurovision de la chanson, mais prend aussi la forme d'une réappropriation active de productions culturelles par le public LGBT afin d'en enrichir le sens.

Toutes les personnes LGBT ne s'identifient toutefois pas à la culture LGBT ; cela peut être dû à la distance géographique, à l'ignorance de l'existence de la sous-culture, à la peur de la stigmatisation sociale ou à la préférence de ne pas s'identifier aux sous-cultures ou communautés basées sur la sexualité ou le genre.

Définition Périmètre Le concept d' « arts homosexuels » peut être interprété de plusieurs manières..

La plus immédiate est la production d'artistes homo ou bisexuels, tels que Michel-Ange ou Léonard de Vinci ; néanmoins, cette circonscription n'est pas forcément la plus intéressante, car les relations amoureuses et érotiques de ces peintres n'a pas forcément d'influence sur leurs œuvres.

vignette|upright|Les Baigneurs en plein air, Paul Cézanne, 1890, musée de l'Ermitage ; cette peinture est un exemple de la réappropriation d’œuvres a priori hétérosexuelles par un public gay pour en enrichir la signification. La seconde consiste, en lien avec le camp, à la réinterprétation active d’œuvres pas forcément homoérotiques a priori pour leur donner cette nouvelle lecture, comme pour le Sommeil de Gustave Courbet ou Les Baigneurs de Cézanne. Cette réappropriation peut aller jusqu'au travail dérivé, telle que l'art d'Hannah Höch, qui découpe des publicités pour produire une image avec un nouveau sens.

La troisième, enfin, consiste à en limiter le périmètre à la production d'artistes LGBTQI qui traite de manière implicite ou explicite d'homosexualité, de transidentité ou d'intersexuation.

Anne et Marine Rambach, créatrices des éditions gaies et lesbiennes soulignent la spécificité de la culture gaie et lesbienne : ..

Nuances et métonymies Suivant les auteurs et les époques, les appellations « culture LGBT », « culture homosexuelle », « culture gay », « culture gaie et lesbienne » et « culture queer » peuvent soit désigner la même chose, soit être porteuses de nuances.

Ainsi, l'appellation de la marche des fiertés de Paris est longtemps « marche des fiertés gaies et lesbiennes » alors que l'évènement inclut des associations trans telles que l'association du syndrome de Benjamin, et son renommage en « marche des fiertés LGBT » ne correspond pas à un changement de périmètre mais à une explicitation de ce qui était alors implicite. Cette métonymie est aussi à l'œuvre dans l'appellation « littérature lesbienne », qui inclut des autrices bisexuelles et pansexuelles..

Dans l'autre sens, l'usage d'une expression spécifique peut être porteuse d'une nuance : ainsi, l'expression « culture lesbienne » est parfois utilisée par des autrices pour souligner sa spécificité par rapport à une « culture LGBT » : c'est par exemple dans ce sens que l'utilise l'association lesbienne Bagdam.. Anne et Marine Rambach parlent, en contexte français du début du , du choix fondamental que doit effectuer toute lesbienne : s'impliquer dans la « culture lesbienne » et/ou dans la « culture gaie et lesbienne ».. D'une autre manière, « queer » peut être à la fois utilisé comme un synonyme de LGBT, comme l'écrit en 2013 la professeure de cinématographie Barbara Mennel sur « le cinéma queer (ou LGBT) » : .. Pour Joëlle Rouleau, elle-aussi professeure de cinématographie, au contraire, queer est porteur d'un sens spécifique de remise en question des normes, tandis que .

Histoire De nombreuses personnalités historiques ont intégré la culture LGBT, notamment redécouvertes dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, comme la fondatrice du Eve's Hangout de New York, Eva Kotchever..

Les résistantes (Andrée Jacob., Yvonne Ziegler, Suzanne Leclézio, Marie-Thérèse Auffray.) et les résistants (Pierre Herbart, Roger Stéphane) sont aujourd'hui reconnus dans l'histoire contemporaine.

Il en est de même pour les combattants de la guerre d'Espagne, comme Rafael Rodríguez Rapún, compagnon du poète Federico García Lorca., ou le militaire américain William Aalto..

Les artistes résistantes Claude Cahun et Marcel Moore sont aujourd'hui honorées., ainsi que le scientifique Alan Turing, héros de la Seconde Guerre mondiale..

Productions culturelles

Littérature

vignette|upright|Présentoire lié à la littérature LGBT à la bibliothèque municipale de Dorotea, Suède, en 2020 La littérature LGBT existe à la fois comme catégorie en tant que telle, mais aussi comme somme de littératures aux contours distincts : la littérature lesbienne, la littérature gay, la littérature bisexuelle, et la littérature trans.

Une constante de la littérature LGBT, en particulier en contexte de répression sociale, est l'utilisation de messages cachés afin de présenter l'homosexualité comme une interprétation possible mais non univoque du récit.

Si une grande partie de la littérature LGBT est publiée dans des canaux de diffusion généralistes, des institutions spécifiquement LGBT (maisons d'éditions, festivals, librairies) assure une grande partie de sa production et de sa commercialisation, en particulier quand elle s'inscrit profondément dans la culture LGBT.

Musique

La musique LGBT regroupe diverses tendances. La plus évidente est la production musicale d'artistes LGBT parlant de sujets liés à la communauté : l'un des premiers exemples est le titre Glad to be gay de Tom Robinson. la seconde correspond à la création de titres de soutiens aux luttes LGBT par des artistes cis et hétérosexuels, tels que La Différence de Lara Fabian ou Mujer contra Mujer de Mecano. La troisième en la réappropriation de chansons aux paroles conçues à l'origine pour un public hétérosexuel par le public gay, dont le travail d'interprétation en enrichit le sens, comme pour Gimme! Gimme! Gimme! (A Man After Midnight) d'Abba.

Arts du spectacle Théâtre vignette|William Powell Frith, scène de La Nuit des rois, peinture du conservée à la Walker Art Gallery.

Dès le apparaît dans le théâtre occidental, une culture d'acteurs et d'actrices se travestissant pour jouer des personnages de l'autre sexe ; cela, en particulier en Angleterre en raison de l'interdiction de la profession d'acteur aux femmes ou en Espagne où, à l'inverse, de nombreuses actrices se travestissent en hommes.. Plusieurs auteurs, tels que le bisexuel William Shakespeare, jouent de l'ambiguïté de ce travestissement, où le public peut voir un personnage féminin interagir avec un personnage masculin, ou deux hommes, dont l'un travesti, interagir entre eux.

En 1960 aux États-Unis apparaît le terme « théâtre homosexuel », pour désigner de manière péjorative le théâtre de Broadway et plus particulièrement les productions de Tennessee Williams et d'Edward Albee ; en effet, la presse n'accepte alors que la représentation de personnages homosexuels malheureux et stéréotypés. En parallèle de cette critique naît le théâtre gay et lesbien pensé comme tel, avec en 1958 la création du entièrement consacré à ce genre et ensuite rejoint par le Théâtre Rhinoceros de San Francisco et le Women's Own World de New York. Un développement parallèle a lieu en France, avec la première en 1949 de Haute Surveillance de Jean Genet.

Dans les années 1980 et 1990, met en scène des relations lesbiennes butch/fem où l'imagerie criminelle sert à représenter la répression pesant sur les représentations LGBT. D'autres artistes poursuivent cette expérience du théâtre total, tels que Ron Athey et , dont l'œuvre à tous les deux est marquée par la pandémie de SIDA.

Opéra vignette|upright|La cantatrice Maria Callas en 1976 ; les divas de l'opéra sont parmi les premières icônes gaies. Le milieu de l'opéra est associé aux hommes homosexuels, que ce soit dans les faits mais aussi dans la représentation que s'en font les hétérosexuels ; pour le musicologue Philippe Olivier, cette association prend sa source dans l'emploi de chanteurs castrats, dont le timbre de voix a ensuite été associé à celui de l'homosexualité..

L'appréciation du public homosexuel au début du se porte sur les divas de l'opéra : Maria Callas, Joan Sutherland, Montserrat Caballé, Kathleen Ferrier, Elisabeth Schwarzkopf, Teresa Berganza, Renée Fleming ou Cecilia Bartoli ; celles-ci sont autant appréciées pour leurs gens que leurs tenues et leurs gestuelles, tant à la ville que sur scène.

L'opéra est un lieu de valorisation de l'hédonisme, valorisé dans la culture gay : on va au spectacle car il nous procure du plaisir. Il est aussi un lieu de travestissement, tels que Chérubin dans Les Noces de Figaro ou Octavian du Chevalier à la rose, mais aussi de représentation de l'expérience homosexuelle, soit de manière détournée où les passions, sentimentalités esthétiques et douleurs de personnages féminins font écho au ressenti des hommes gays du public, soit de manière directe : Eugène Onéguine, Peter Grimes, Billy Budd, Mort à Venise ou Acquittement pour Médée de Rolf Liebermann.

Enfin, il est un lieu de sociabilité gay ; soit, dans sa fréquentation, plutôt pour les classes bourgeoises, soit, dans l'écoute de musique ou le visionnage de vidéo chez soi, seul ou groupe, comme une manière de se détacher de son milieu par les pratiques culturelles en écho à la séparation de la famille hétérosexuelle pour la personne queer.

Danse vignette|Vaslav Nijisnky dans Le Spectre de la Rose, 1911.

Au cours des , la perte de prestige de la danse dans la culture occidentale s'accompagne d'une association croissante entre celle-ci et l'homosexualité ; cette association est alimentée par des éléments réels, tels que des rapports de police ou des mémoires de l'époque, mais aussi par l'activité de danseurs, qui peuvent, comme Auguste Vestris, rechercher des amants parmi les danseurs plus jeunes ou au contraire chercher des soutiens financiers parmi les spectateurs plus âgés qui cherchent activement des relations avec les danseurs, comme c'est en particulier le cas à l'École impériale de ballet de Russie. Ainsi, Vaslav Nijinski entretient une relation avec le prince Lvov, puis avec Diaghilev.. Le style de Nijinski, très androgyne, obtient un succès fulgurant et fige pendant longtemps l'image du danseur dans l'Occident.

Le thème de l'homosexualité n'est jamais explicité dans les ballets du début du , mais est tout de même suggéré : c'est en partie le cas dans Les Biches, le Train bleu ou la Légende de Joseph.

Le Chant du compagnon errant de Maurice Béjart est l'un des premiers ballets à représenter une histoire d'amour entre hommes ; parmi les autres précurceurs, on peut citer Alvin Ailey, Bill T. Jones, Dominique Bagouet ou Karine Saporta.

Dans la fin des années 1980 se structure le voguing, une danse surtout présente dans la scène ball, essentiellement pratiqué par des femmes trans et des hommes homosexuels afro-américains parodiant les normes de genre, en particulier celles associées à l'industrie de la mode..

Cabaret vignette|upright|Soa de Muse, drag queen finaliste de Drag race France et artiste de cabaret, notamment Madame Arthur.