Moira Ivana Millán, née en , est une weychafe, militante mapuche argentine. Écrivaine et féministe antipatriarcale engagée, elle lutte pour la récupération des terres appartenant aux peuples autochtones, ainsi que pour la reconnaissance des exactions commises à leur encontre et la promotion d’un modèle de société alternative, le .
Biographie Moira Ivana Millán naît en , à El Maitén, dans la Province du Chubut, en Patagonie argentine, où elle grandit aux côtés de cinq frères, dans une famille Mapuche et Tehuelche.
En , sous la dictature militaire, son père Luis Millán, cheminot, et sa mère, employée de maison, s'installent avec toute la famille à Bahía Blanca, un village de la Province de Buenos Aires, dans une , un bidonville principalement habité par des membres de la communauté mapuche. Sous couvert d'une éducation évangélique, ses parents tentent d'occulter l'origine autochtone de la famille, dans le but de s’intégrer à la culture minière et citadine de la ville, ce qui fait de Moira Millán la cible de discriminations racistes et misogynes. Elle subit une double forme de racisme, celui d'une société qui rejette celles et ceux qui sont appelés « les Indiens » et celui d'une école qui glorifie les militaires en tant que héros vainqueurs de la nation mapuche, durant la campagne controversée appelée Conquête du désert, menée par l'armée argentine, entre 1879 et 1881, lors de laquelle les survivants ont été réduits en esclavage. Dans un entretien, sa fille Violeta affirme que .
Dès l'âge de douze ans, Moira Millán travaille comme femme de ménage et un ses employeurs la harcèle sexuellement. Elle s'installe ensuite au Brésil, où elle adhère à la et au , alors dirigé par Luiz Inacio Lula da Silva. En , à dix-huit ans, elle se détourne de l’Église Évangélique auprès de laquelle elle a effectué ses études et entreprend de retrouver ses racines, en retournant en Argentine, sur les terres ancestrales de son père, dans la région d'Ingeniero Jacobacci, qui se trouve dans la Province du Rio Negro. Elle y retrouve des membres de sa famille, qui habitent au sein d’une communauté autochtone et redécouvre son identité, ainsi que la richesse de la culture mapuche. Elle décide de .
En , elle et son frère Mauro créent l’, qui œuvre pour la revendication de la récupération de territoires accaparés par l’État et les multinationales (Benetton, Meridian Gold et d’autres) dans la région du sud de Chubut. Quatre ans plus tard, en , cette organisation dénonce la disparition du travailleur rural Eduardo Cañulef, employé de la résidence du Groupe Benetton.
Le , âgée de 29 ans, mère de trois jeunes enfants et accompagnée de sa famille, d’amis, et de militants, elle s'installe sur un territoire ancestral mapuche de cent-cinquante hectares, sur les rives de la rivière Palena, et fondent à Chubut la communauté Pïllan Mahuizaelle. Elle vit ensuite une longue période seule avec ses filles, durant laquelle elle subit du harcèlement et des menaces, dans un contexte de pauvreté, sans lumière, sans gaz ni eau courante. Après des années d'affrontements, la communauté réussit enfin à s'établir et récupérer cent cinquante hectares de ce territoire mapuche, le Lof de Pillan Mahuiza (la montagne sacrée, en langue Mapudungun), dans la cordillère andine, à la frontière avec le Chili, là où passe le fleuve Carreleufú/Palena. Ce cours d'eau est ensuite menacé par la construction d’un barrage destiné à submerger complètement leurs terres et la communauté s'oppose durant plusieurs années au projet, qui est finalement abandonné. Puis, en , une société extractiviste convoite ces mêmes territoires pour en exploiter les minerais, ce qui conduit à la création, par la population, du mouvement No a la Mina, et ce bien qu’Esquel soit une des villes les plus pauvres d’Argentine et que l’entreprise promette de la création de nombreux emplois. Le mouvement réussit également à stopper ce projet.
Elle vit en Argentine, à une centaine de kilomètres au sud d'Esquel.
Activité d'écrivaine En 2019, Moira Millán publie un roman intitulé El tren del olvido, dans lequel elle dépeint une histoire fictive des communautés autochtones de Patagonie et de l'expansion des lignes de chemin de fer au cours des premières décennies du XXe siècle.
Activisme Militante pour les droits du peuple mapuche, Moira Millán est (guerrière) et écrivaine. En vertu du droit reconnu par l'amendement apporté en à la Constitution de l'Argentine, elle lutte pour la récupération des terres appartenant aux peuples autochtones, dont, notamment, celles occupées par le Groupe Benetton. Elle souhaite que l’État argentin reconnaisse les exactions commises à l’encontre des communautés natives au cours de l’histoire et, forte de son expérience du mépris, de la discrimination et du déni, subis dans les sociétés post-coloniales, par les peuples natifs, elle diffuse un discours critique, le , aussi appelé , en langue Quechua, proposé en tant qu'alternative au modèle de société globalisé, capitaliste et occidentalisé. Ce concept, né dans les années , s'inspire des valeurs et traditions ancestrales des communautés autochtones et s'inscrit dans un projet moderne de résistance face à un État qui les exproprie de leurs terres afin d'en exploiter les ressources et favoriser la croissance économique, ce qui entraîne l’exode rural, le déplacement forcé vers les villes et des emplois exténuants et dégradants. A la fois philosophie et projet politique, la théorie systémique du pense l’être humain en tant qu'habitant de la nature et non comme son souverain. La , la Terre, est vue . Les valeurs centrales sont basées sur la réciprocité, la redistribution et le respect, et renient la croissance économique, l’accumulation de biens matériels et la richesse monétaire.
Elle explique que l’identité des Mapuches se construit à partir du territoire. En effet, . Ce retour à la terre nécessite de s'opposer à l'État argentin, car ce dernier peine à reconnaître aux communautés autochtones le droit à la propriété des terres leur appartenant. Moira Millán dénonce le mené par le gouvernement argentin et critique la construction d'une histoire argentine bâtie sur le dénigrement de ces communautés. Pour ces raisons, elle connait de nombreux ennuis judiciaires et est régulièrement victime de tentatives d’intimidation.
Moira Millán participe également au mouvement féministe Ni una menos, qui dénonce les féminicides et promeut une plus grande visibilité des violences vécues par les femmes autochtones. Elle-même victime de violences sexuelles dans sa jeunesse, elle est membre du mouvement , qui lutte contre les oppressions liées au genre et pour la préservation, par les femmes, des terres et cultures des peuples natifs.
Le documentaire , dont elle est co-scénariste et protagoniste, gagne, pour l'Argentine, la troisième édition du concours DocTV Amérique latine. Ce documentaire, diffusé en sur les chaînes de télévision publiques sud-américaines, aborde le problème de l'identité et la lutte pour le territoire des peuples autochtones, dans une perspective de genre. Dans ce film, Moira Millán part à la rencontre de femmes issues de différentes ethnies autochtones. Avec elles, elle aborde tous les sujets liés à la condition féminine autochtone : rapport aux savoirs ancestraux, difficulté de sauvegarder leur patrimoine, déplacements forcés et autres formes de discrimination. De ces rencontres émergent, en , la première (Marche des femmes indigènes pour le Bien-Vivre), réunissant au total trente-six nations autochtones du continent américain représentées. En , cette initiative est consolidée par la formation du (Mouvement des femmes indigènes pour le Bien-Vivre), qui se définit comme anti-patriarcal, dont Moira Millán est coordinatrice et référente.
En , Moira Millán participe activement aux mobilisations qui suivent le meurtre de Santiago Maldonado. Depuis, elle et sa famille font régulièrement l'objet de menaces de mort. En , elle est inculpée de « coercition aggravée » par le procureur fédéral d'Esquel, pour avoir participé aux différentes manifestations. Elle est innocentée l'année suivante, par la Cour fédérale de justice de Comodoro Rivadavia.
En , dans le cadre de la Rencontre nationale des femmes, elle coordonne un atelier intitulé (Les femmes et l'autodétermination des peuples), dans lequel le terme « » (plurinational) est proposé comme moyen d'expliquer la présence et la participation des femmes autochtones.
Publications
Moira Millán, Le train de l’oubli. Itinéraire d’une guerrière mapuche en Patagonie, coll. « Voix de la Terre », Actes Sud, avril 2026.
Filmographie 2012 : Pupila de mujer, mirada de la tierra
Références
Liens externes
El retorno de Don Luis, Deus, Sebastian. Ocellus documental. 2013.
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