Philipp Schwartz, né le à Versec, province du Banat (Empire Austro-Hongrois) et décédé le à Fort Lauderdale, en Floride (États-Unis), est un neuropathologiste.
Il a été professeur de pathologie à l'Université de Francfort. Issu d'une famille juive, il est destitué de son poste par la Loi allemande sur la restauration de la fonction publique du 7 avril 1933. Il parvient à fuir l'Allemagne nazie avec sa famille et s'installe un temps à Zurich, d'où il organise un réseau d'évacuation de scientifiques juifs allemands vers des pays étrangers prêts à les accueillir dans leurs universités.
Il est ensuite titulaire de la Chaire du Département de Pathologie de l'Université d'Istanbul durant près de 20 ans, avant d'émigrer aux États-Unis au début des années 50.
Philipp Schwartz consacre principalement sa carrière scientifique à l'étude du traumatisme cérébral d'origine obstétrical. Au milieu des années 1920, les travaux scientifiques qu'il mène en Allemagne sur les hémorragies cérébrales chez les nouveau-nés causées par un traumatisme à la naissance attirent l'attention de la société médicale allemande et font de lui un pionnier de la médecine périnatale.
Biographie
Jeunesse Son père, Samuel Schwartz, né en 1854 et mort en 1940, est commerçant. Il épouse Régina, née en 1858 et morte en 1935. Le couple donne naissance à cinq enfants : Victor, Julia, Philipp, Desiderius et Lajos. La famille Schwartz est de confession juive et vit à Versec, petite ville du Banat alors intégrée à l'Empire Austro-Hongrois (de nos jours Versec se situe en Serbie).
Formation Après avoir obtenu le diplôme de fin d'études secondaires à Versec, Philipp Schwartz commence à étudier la médecine en 1912 à l'Université Royale d’Hongrie des Sciences, à Budapest (actuelle Université Semmelweis).
Durant la Première Guerre mondiale, il sert l'Armée Royale Hongroise en tant qu'officier d'infanterie de réserve sur le front Galicien.
Il obtient son doctorat en 1919 et il se destine à une carrière de chirurgien. Il décide d'émigrer à Paris.
Début de carrière 1919-1933 Sur le chemin de Paris, il s'arrête à Francfort-sur-le-Main pour rendre visite à des membres de sa famille. Durant son séjour, il rencontre le professeur de pathologie Bernhard Fischer-Wasels. Ce dernier lui propose un poste d'assistant à l'Institut de Pathologie Senckenberg (rattaché à l'Université de Francfort) qu'il dirige. Philipp Schwartz accepte le poste malgré le fait qu'en tant qu'étranger, il ne pourra pas obtenir de rémunération. vignette|Institut de Pathologie Senckenberg, Francfort-sur-le-Main.
Premiers travaux sur le traumatisme cérébral d'origine obstétrical Les premiers travaux scientifiques de Philipp Schwartz se portent exclusivement sur le traumatisme cérébral d'origine obstétrical, notamment sur la pathogénie de la compression de la tête du fœtus durant l'accouchement, des différences de pressions cérébrales et leurs lésions neurologiques associées.
Durant plusieurs années, il pratique de nombreuses séries d'autopsies de mort-nés, de nouveau-nés décédés lors d'accouchements et d'enfants décédés en bas âge de causes naturelles. Il procède notamment à des analyses histologiques de leurs cerveaux.
En mars et en aout 1921, il publie ses premières observations dans deux articles. Il parvient à la conclusion que les lésions cérébrales du nouveau-né dues au traumatisme de la naissance sont un phénomène courant, et que la pathologie du nouveau-né est un problème dont l'importance ne se limite pas aux premiers jours de la vie. Il indique la recherche sur les conséquences des hémorragies dans le cerveau des nouveau-nés pourrait fournir une explication de nombreuses maladie telles que l'idiotie, la paralysie, les convulsions, la surdité et la cécité.
En , il publie ses travaux sur les lésions traumatiques du cerveau à la naissance dans la revue médicale hebdomadaire de Munich.
En 1923, Philipp Schwartz obtient son habilitation avec sa thèse sur les lésions cérébrales traumatiques du cerveau du nouveau-né à la naissance, qui est publiée dans Zeitschrift für die gesamte Neurologie und Psychiatrie, revue médicale allemande de neurologie et de psychiatrie.
Les 26 et , Philipp Schwartz et son collaborateur le docteur Joseph Berberich participent à la Conférence des Pathologistes Allemands du Sud-Ouest, qui se tent à Mannheim. Ils y présentent leurs travaux sur le traumatisme de la naissance.
Bien que l'université reconnait ses titres académiques et ses travaux, en tant que non citoyen allemand, Philipp Schwartz ne peut pas percevoir de salaire. Il vit dans des conditions précaires, "à la limite de la famine" et doit financer lui-même une partie de ses travaux. Il parvient néanmoins à obtenir une bourse du Ministère prussien des Sciences, ainsi qu'une aide de Kurt Steiner, directeur de l'Institut de Neurologie de Francfort. En , il présente ses travaux à Düsseldorf lors de la Assemblée de la Société Allemande de Pédiatrie, présidée par le professeur de pédiatrie .
En , il travaille à l'Institut de Neurologie de Francfort en tant qu'assistant du professeur de neurologie Kurt Goldstein.
En , il est nommé professeur agrégé de pathologie générale et d'anatomie pathologique. Il publie sa deuxième monographie consacrée aux lésions traumatiques du système nerveux central à la naissance dans la prestigieuse revue allemande Ergebnisse der inneren medizin und kinderheilkunde, éditée par Springer-Verlag.
En , Philip Schwartz participe à la Conférence des médecins sur la lutte contre la mortalité prématurée, qui se tient à Hambourg. Il y présente ses travaux sur l'évolution de la mortalité au cours de la première année de vie et sa relation avec les lésions traumatiques du système nerveux à la naissance.
En , il est invité par , professeur de médecine légale et sociale à l'Université de Francfort, à présenter ses travaux lors de la réunion de la .
Philipp Schwartz devient citoyen allemand en 1930.
Travaux sur la neurologie et la tuberculose À partir des années 1930, Philipp Schwartz focalise ses travaux scientifiques sur la neurologie. Il publie une importante monographie sur les types d'accidents vasculaires cérébraux et leurs origines.Il publie avec son collaborateur H.Cohn un article sur les caractéristiques de l'extension des maladies anatomiques du système nerveux central. En 1932, il publie sur l'anatomie du gliome cérébral.
Il commence également à s'intéresser à la tuberculose et publie sur le sujet avec le professeur .
Exil sous le national-socialisme Le , Adolf Hitler est nommé Chancelier du Reich. Le , le Troisième Reich existe officiellement, et les persécutions contre les personnes de confession juive ont lieu.
Le , soit quelques jours avant la promulgation officielle de la Loi allemande sur la restauration de la fonction publique du 7 avril 1933 qui avait pour but de destituer tous les fonctionnaires juifs de leurs postes, Philipp Schwartz est averti par des collègues de son arrestation imminente. Quelques jours auparavant, la police a perquisitionné son domicile au prétexte qu'une arme à feu s'y serait trouvée. Il est également accusé de communisme.
Il parvient à fuir le soir même avec son jeune fils Andrew, et tous deux prennent le train de nuit à destination de Zurich, où ils trouvent refuge chez son beau-père Sinai Tschulok, professeur de biologie exilé de la révolution russe de 1905. Vera, son épouse, et leur fille Susan les rejoignent quelques jours plus tard.
En , constatant le grand nombre de scientifiques allemands réfugiés à l'étranger et condamnés à l'inactivité, Philipp Schwartz décide d'agir en fondant la Notgemeinschaft Deutscher Wissenschaftler im Ausland, une organisation d'aide d'urgence destinée aux scientifiques allemands juifs persécutés afin de les aider à trouver un poste dans des pays prêts à les accueillir.
Il fait connaitre l'organisation via le journal quotidien Neue Zürcher Zeitung. Peu de temps après la parution de l'article, Philipp Schwartz contacte l'homme politique et professeur genevois Albert Malche. Ce dernier est missionné par Mustafa Kemal Atatürk, fondateur et premier Président de la République Moderne de Turquie, d'organiser une vaste réforme universitaire. Des scientifiques hautement qualifiés sont nécessaires, et les compétences des professeurs universitaires destitués de leurs fonctions par l'Allemagne nazie intéressent la Turquie.
La liste de Philipp Schwartz Emportant avec lui une liste de noms de professeurs juifs ayant rejoint la Notgemeinschaft, Philipp Schwartz prend l'Orient Express pour se rendre à Ankara afin d'assister à une réunion avec le Ministre de l'Éducation turc. La rencontre dure sept heures et se déroule intégralement en français, langue de la diplomatie et de la science en Turquie.
Trente professeurs sont retenus pour intégrer l'Université d'Istanbul. Chacun d'entre eux peut faire venir avec lui sa famille ainsi que ses assistants. Le Ministre de l'Éducation demande ensuite à Philipp Schwartz de lui fournir une autre liste deux semaines plus tard, suivie d'une demande similaire venant du Ministre de la Santé.
Le , Philipp Schwartz se rend à Istanbul accompagné du professeur de chirurgie allemand Rudolf Nissen pour assister à une deuxième réunion avec le Ministre de l'Éducation turc. Les salaires, les conditions de travail, l'organisation des locaux universitaires et les logements sont définis.
Parallèlement Albert Einstein, alors président de l'Union des sociétés pour la protection de la santé des populations juives (OSE), écrit le une lettre au Président du Cabinet des Affaires Étrangères de la République Turque lui demandant d'accueillir les médecins allemands juifs ne pouvant plus exercer en Allemagne.
Le , les contrats entre les professeurs juifs de la Notgemeinschaft et l'ambassadeur de Turquie en Suisse, son Excellence Cemal Hüsnü, sont signés à Genève. 42 universitaires allemands commencent ainsi à travailler à l'Université d'Istanbul, avec des contrats de cinq ans.
Finalement, environ sont sauvées des persécutions nazies grâce à l'initiative de Philipp Schwartz.
Milieu de carrière 1933-1964
L'Université d'Istanbul Après un passage éclair à Paris à l'occasion de la Réunion Plénière de la Société anatomique de Paris durant laquelle il présente ses travaux sur l'hémorragie cérébrale, Philipp Schwartz s'installe en Turquie avec sa famille. Le , il est nommé titulaire de la Chaire du Département de Pathologie de l'Université d'Istanbul, poste qu'il occupe durant près de deux décennies. À son arrivée, il fait rénover une ancienne prison militaire située non loin de l'Université d'Istanbul pour y installer le Département de Pathologie, qu'il fait équiper de tables d'autopsies, de microscopes et de macroscopes. Ses travaux scientifiques se concentrent essentiellement sur la pathologie tumorale, la tuberculose et les techniques d'autopsie. De 1936 à 1944, Philipp Schwartz dirige trois conférences. La première, intitulée Le chercheur et son temps, a lieu durant l'hiver 1936/37. La deuxième, intitulée La naissance de l'homme, a lieu durant l'hiver 1938/39. La troisième, intitulée Sigmund Freud et la psychanalyse, a lieu durant l'hiver 1943/44.
En 1939, Herbert Scurla, conseiller principal du Ministère Allemand des Affaires Etrangères se rend en Turquie et y rencontre Hasan Âli Yücel, vice-ministre de l’Éducation. Il lui remet une demande d'échange des professeurs allemands réfugiés en Turquie contre des professeurs aryens. La Turquie ne cède pas aux pressions et les professeurs restent à leurs postes universitaires. A son retour en Allemagne, Scurla rend un rapport sur la position turque à Adolf Hitler. La même année, Philipp Schwartz demande la naturalisation turque, qu'il obtient le .
En , il publie dans la revue médicale israélienne une étude sur les kystes sous-épendymaires du noyau caudé et leur relation à la naissance.
Émigration aux États-Unis