thumb| Johan Joseph Zoffany, Charles Towneley dans sa galerie de sculpture, 1782.

Le néo-classicisme est à la fois un mouvement artistique, et une période stylistique qui émerge vers 1750 dans l'Europe des Lumières, contemporain et consécutif de la vogue du Grand Tour. Son apogée se situe vers 1780 jusqu'à 1800 et le déclin de son influence s'amorce vers 1810 avec la concurrence du romantisme. Le mouvement, né à Rome au moment où l'on redécouvre Pompéi et Herculanum, se diffuse en Europe et aux États-Unis par l'intermédiaire des écrits de théoriciens dont le principal représentant est l'archéologue et historien d'art Johann Joachim Winckelmann. Celui-ci préconise un retour à la « vertu », à la simplicité et au goût de l'épure de l'antique après le baroque et surtout ce que les promoteurs du retour à l'antique considèrent comme les excès foisonnants et frivoles du rococo de la période précédente. Cette expression nouvelle d'un style ancien souhaite rallier tous les arts à ce qu'on appela alors « le vrai style ».

Le néo-classicisme est caractérisé par la volonté d'un retour aux sources de l'art, que les théoriciens croyaient être d'origine antique, dans l'art grec, étrusque et romain. Il se diffuse d'abord en architecture avec un retour aux principes de Vitruve et l'imitation des monuments grecs et romains, ensuite en peinture, en sculpture, et dans les arts graphiques et les arts décoratifs. Les artistes les plus représentatifs de cette période, sont les architectes Robert Adam et le duo Percier et Fontaine, les peintres Anton Raphael Mengs et Jacques-Louis David, et les sculpteurs Antonio Canova et Bertel Thorvaldsen.

Ce mouvement est encouragé par les monarques sensibles à la philosophie des Lumières et à cette nouvelle esthétique, comme Catherine II en Russie, George III en Angleterre, ou Frédéric-Guillaume II de Prusse. Les nouvelles républiques issues des révolutions française et américaine en font le style officiel, car il représente symboliquement la démocratie de la Grèce antique et la République romaine. Napoléon impose le néo-classicisme sévère du style Empire en prenant comme modèle l'Empire romain.

En architecture et en décoration, plusieurs styles découlent du néo-classicisme, dont les principaux sont le style Adam, le style Directoire, le style Empire, le style fédéral et le biedermeier.

Contexte thumb|upright|Portrait du marquis de Marigny vers 1750, à l'époque où il effectue son Grand Tour. L'apparition du néo-classicisme s'inscrit d'abord dans un large rejet du style rococo qui marque l'Europe du siècle des lumières. Pour les Prussiens empreints de sentiments anti-français, parce qu'il représente le règne de et ses extravagances, pour les Anglais de tradition anglicane, qui prônent un retour à la simplicité, parce qu'il est le dernier représentant d'une esthétique caractéristique de la Contre-Réforme catholique.. Vers les années 1770, ce rejet touche aussi l'Italie et la France, pourtant promoteurs du rococo, mais chez eux il s'exprime contre le caractère jugé immoral de ce style, représentant le luxe, la frivolité, pour revenir à des considérations plus morales et vertueuses.

Au milieu du , la vogue du Grand Tour amène une communauté d'aristocrates voyageurs, venus d'Angleterre, de France ou de Prusse à se confronter directement aux vestiges antiques, lors de voyages d'éducation en Italie, en Grèce ou en Turquie. L'un de ces voyages, celui du marquis de Marigny en 1750-1751, a un important impact sur l'évolution du goût en France et en Europe. Frère cadet de la marquise de Pompadour, Abel-François Poisson de Vandières est envoyé en mission à Rome accompagné du graveur Charles Nicolas Cochin et de l'architecte Jacques-Germain Soufflot. De ce voyage les artistes prennent conscience de la particularité des œuvres antiques, sans passer par la réinterpétation stylistique issue de la Renaissance ou de la tradition classique.. Soufflot pousse son excursion plus au sud en découvrant le site de Paestum en Campanie, où la confrontation avec des temples grecs présentant un style archaïque avec des colonnes doriques sans bases est pour lui, une révélation. À la même période, les voyageurs anglais, profitant du relâchement de la pression turque en Grèce, peuvent faire le voyage qui permet la publication de recueils d'antiquité grecques dont celui de , Antiquities and views of Greece and Egypt, qui amène les amateurs d'antiquité, comme Caylus et Winckelmann à considérer l'esthétique grecque antique, supérieure à celle de l'antiquité romaine..

Le néo-classicisme va aussi être favorisé par la politique culturelle que défendent les monarques « éclairés ». Le futur Charles III d'Espagne, fait diffuser dans toute l'Europe le recueil gravé des Pitture antiche d'Ercolano e contorni., George III roi d'Angleterre, encourage le développement du nouveau style, en faisant de l'architecte Robert Adam, et du peintre Benjamin West, les artistes officiels du régime.. Le roi de France , met à la tête des Bâtiments du roi, le comte d'Angiviller, qui promeut le retour à la grandeur du siècle de Louis XIV, en encourageant des œuvres à destinations, vertueuses, morales et patriotiques. Dans ces directives s'inscrit la réalisation par David du Serment des Horaces..

Théoriciens et promoteurs du néo-classicisme thumb|upright|Johann Joachim Winckelmann, portrait peint par Anton Raphael Mengs (vers 1761). Le néo-classicisme comme courant artistique doit son développement à l'initiative d'érudits et d'archéologues qui vont, dans leurs recueils, promouvoir l'art de l'antiquité. Cet intérêt pour les vestiges antiques, autant romains que grecs ou étrusques ne date pas du . Depuis la Renaissance plusieurs amateurs d'art avaient publié des ouvrages destinés à faire découvrir les vestiges antiques. L'architecte Pirro Ligorio publie en 1553 le Libro delle antichità di Roma premier ouvrage qui ambitionne de couvrir l'antiquité selon ce que l'on savait à son époque.. L'ouvrage de trente volumes, est réalisé en réaction contre la destruction de monuments à Naples. Il ne s'agit pas d'un travail scientifique, les planches étant entachées de trucages et falsifications qui les rendent peu exploitables.. La première entreprise destinée à étudier les vestiges de l'antiquité dans un esprit scientifique, est due au moine bénédictin français, Bernard de Montfaucon qui publie en 1719 les dix volumes de L'Antiquité expliquée et représentée en figures (augmentée en 1724 par un supplément de cinq in-folios) qui fut une source d'inspiration pour les artistes néo-classiques qui copièrent ou s'inspirèrent des gravures de l'ouvrage, à commencer par Jacques-Louis David, plusieurs de ses élèves, Pierre-Narcisse Guérin, jusqu'à Théodore Géricault. thumb|upright|left|Anne Claude de Caylus, portrait peint par Alexandre Roslin (vers 1753).

Deux archéologues, le comte de Caylus et Johann Joachim Winckelmann vont étudier les vestiges de l'antiquité dans le sens de l'histoire de l'art, et non plus comme seuls témoignages d'une époque révolue. Les ouvrages de ces deux théoriciens, vont promouvoir le retour à l'antique, en portant leurs études sur les antiquités considérées en tant qu'œuvres d'art à part entière.. Les deux hommes auront, cependant, des visions antagonistes dans leurs approches, Caylus reprochant à Winckelmann son dogmatisme, là où son homologue allemand reproche au comte son empirisme et son pragmatisme..

Caylus est un aristocrate issu de la noblesse d'épée, qui commence une carrière militaire de vingt ans dans les mousquetaires du roi, où il prend part a la guerre de Succession d'Espagne. Après 1714, il quitte l'armée pour entreprendre plusieurs voyages en Italie, et en Turquie qui développent sa vocation pour l'archéologie. Il réunit à cette époque une importante collection d'antiquités, des statues, des bas reliefs et des fragments de toutes origines, qu'il étudie et fait examiner par des chimistes afin de retrouver : .. En 1757 il fait publier son recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines en sept volumes, dont la destination, tel qu'il l'exprime dans son avertissement au tome 1 : ..

Né en 1711, fils d'un cordonnier de Stendhal en Prusse, Johann Joachim Winckelmann va successivement faire des études de théologie, de médecine et de mathématique à Halle et Iéna, et commence sa carrière comme assistant du recteur de Seehausen. En 1748, il est bibliothécaire auprès du comte de Büneau à près de Dresde, et rencontre le cardinal Passionei, nonce du pape auprès de l'électeur de Saxe, qui devient son protecteur. Winckelmann trouve sa vocation d'archéologue en découvrant la vaste collection d'antiques d'Auguste III l'électeur de Saxe, provenant des fouilles d'Herculanum. En 1755 il rédige et publie son premier ouvrage Réflexions sur l'imitation des œuvres grecques dans la sculpture et la peinture (), court essai où il impose sa vision d'un modèle idéal de l'art grec antique qu'il faut suivre dans la peinture et la sculpture, et qui jette les bases théoriques du néo-classicisme. L'ouvrage immédiatement traduit et réédité, permet de faire connaitre son auteur, et lui offre l'oportunité de se rendre en Italie. Son ouvrage a un important impact en Europe, l'auteur préconisant d'abandonner les fantaisies du rococo pour prendre modèle sur l'art de l'antiquité, représentant un idéal formel qui a traversé toutes les époques, et ayant inspiré les artistes de la Renaissance.. L'ouvrage devient une source pour les peintres et sculpteurs, et trouve son application pratique avec la fresque du Parnasse d'Anton Raphael Mengs, peintre et ami de Winckelmann, qui traduit dans ce plafond destiné à la villa Albani, l'idéal de naturel qui caractérise l'art de l'antiquité selon ce que défendait l'archéologie prussien.. Faisant sienne la réflexion du peintre Raphaël : , Winckelmann instaure dans ses écrits, la théorie du « beau idéal », destinée à la représentation du corps humain. Pour l'archéologue, l'artiste se doit d'écarter tout élément trivial, pour ne retenir dans différents modèles observés de l'antique, les seules parties exprimant la perfection, et de ces différentes parties, doit résulter une vision idéalisée du corps humain..

Architecture

thumb| William Thornton, Benjamin Henry Latrobe, et Charles Bulfinch, vue du Capitole des États-Unis. En architecture le néo-classicisme s'exprime dans une diversité de style, allant du palladianisme inspiré de la Renaissance elle-même se basant sur les principes de Vitruve, qui apparait en Angleterre et influence l'architecture américaine, jusqu'au style Empire qui marque une normalisation vers l'austérité et la monumentalité de l'architecture impériale romaine, en passant par la prééminence du style grec en Allemagne et en Angleterre.

Palladianisme en Angleterre

L'ouvrage du théoricien Marc-Antoine Laugier Essai sur l'architecture de 1753, a une grande influence sur les architectes du . Basé sur les principes de Vitruve, il propose comme base de toute architecture la « cabane primitive », une construction reposant sur des poutres et des troncs qui forment la construction fondamentale.. Le premier style d'architecture néo-classique est le palladianisme qui apparait en Angleterre et rompt avec le baroque en proposant un retour à l'architecture classique inspirée des idées d'Andrea Palladio et du modèle de sa villa Rotonda, sous l'impulsion des architectes Colen Campbell et Richard Boyle.. Robert Adam marque l'apparition du style « Renouveau classique » en dérivant du palladianisme, par l'inspiration directe du modèle de la Rome antique dont il s'inspire après avoir effectué le voyage à Rome et avoir été en contact avec l'architecte Charles-Louis Clérisseau et le dessinateur et graveur Piranèse. Il publie Ruins of the palace of the emperor Diocletian at Spalatro in Dalmatia qui est à la base du style Adam représentatif des intérieurs néo-classique en vogue en 1760..

Renouveau grec