La psychologie féministe est une forme de psychologie centrée sur le rapport entre genre et structures sociales. Cette psychologie critique la recherche historique en psychologie qui considère le masculin comme une norme et est centrée sur celui-ci.. La psychologie féministe se veut alignée avec les valeurs et les principes du féminisme.

Il existe de nombreuses questions liées au genre : l'identité de genre, avec, par exemple, le genre masculin ou féminin, la non-binarité, la transidentité ou la cisidentité ; la hiérarchie des genres, dont les rôles de genre stéréotypés ; etc.

L'objectif principal de ce domaine d'étude est de comprendre l'individu dans les aspects sociaux et politiques plus larges de la société. Alors que la psychanalyse est une méthode clinique ou thérapeutique, la psychologie féministe est une stratégie politique, notamment en termes de droit des femmes. Histoire Psychanalyse féministe La fondation d'un mouvement féministe en psychanalyse est attribuée à la psychiatre et psychanalyste Karen Horney.. Dans son livre, Feminine Psychology (recueil d'essais datant de 1922 à 1939), elle critique l'androcentrisme des travaux de recherche en psychologie et invite à documenter les comportements et attitudes des femmes, notamment au prisme des facteurs culturels .. En désaccord sur de nombreux points avec la psychanalyse de Sigmund Freud, elle considère que la discipline, fondée par des hommes, ne permet pas de comprendre la psychologie féminine.. La psychologie féminine néo-freudienne que Horney propose s'inscrit notamment en réaction au biologisme présent dans l'approche de Karl Abraham, un proche collaborateur de Freud..

Dans le contexte français, la psychanalyse est peu investie par les mouvements féministes, qui lui reprochent, entre autres, d'instaurer des normes hiérarchiques qui perpétuent la domination patriarcale.. À partir des années 1970, un mouvement féministe en psychanalyse émerge en France, avec pour figure majeure Antoinette Fouque, militante du Mouvement de libération des femmes (MLF). Lectrice de Freud et de Jacques Lacan, elle propose d'approfondir leurs lectures du développement féminin et d'évaluer la misogynie par des outils psychanalytiques. Dans Il y a deux sexes : essais de féminologie, elle renverse le motif freudien de l'envie du pénis, et elle développe l'idée selon laquelle la misogynie trouve son origine dans une "envie de l'utérus"Antoinette Fouque, Il y a deux sexes : essais de féminologie, Paris, Gallimard, 1995..

Sur le terrain de la pensée critique, les concepts issus de la psychanalyse sont employés par des critiques et penseuses comme Simone de Beauvoir, Luce Irigay, Julia Kristeva, Hélène Cixous ou Judith Butler.

Fonctionnalisme, darwinisme et psychologie des femmes La psychologie féminine est peu étudiée dans les débuts de la psychologie. D'après Ruck, dans son ouvrage de 2015, de nombreuses femmes ne se sont pas battues contre l'oppression, faute d'une conscience d'être opprimées. Une fois le mouvement fonctionnaliste apparu aux États-Unis, on observe le développement d'études universitaires en psychologie sur différence des genres, et une psychologie prototypique de la femme se développent..

Anti-féminisme après la Seconde Guerre mondiale Dans un discours de 1945, le psychiatre américain , président de l'Association américaine de psychiatrie de 1943 à 1944, engage la responsabilité des mères dans les troubles psychiques rencontrés par les militaires, avant de développer cette idée sous le nom de "momisme" (momism) dans son ouvrage Their mothers' sons en 1946.. Selon lui, le pays est menacé parce que les mères font preuve d'un amour excessif envers leurs fils, qui n'ont alors pas d'autres choix que de se réfugier dans la schizophrénie.. Cette théorie alimente un mouvement anti-féministe qui considère que les femmes ont besoin d'une psychothérapie pour soulager leur maladie mentale et prévenir davantage la propagation du maternalisme. Toujours d'après cette théorie, le fait, pour une femme, de choisir une carrière plutôt que le rôle traditionnel de mère et épouse au foyer constitue une menace pour la famille. Le bonheur des femmes n'est alors pas pris en compte. Les femmes indépendantes en pensée et en acte condamnent la nation et son avenir : les femmes masculines et hommes féminisés sont donc dangereux.

Recherche sur le genre dans les années 1960 et 1970 Esther Greenglass déclare qu'en 1972, ce sont les hommes qui dominent la psychologie, les femmes en étant exclues. L'emploi du terme femme en psychologie est prohibé, les hommes refusant d'être exclus du récit. L'article d'Unger, « Vers une redéfinition du sexe et du genre », indique que l'emploi du terme genre constitue une distinction entre sexe (de l'ordre du biologique) et genre (de l'ordre du psychologique) . D'après Esther Greenglass, la psychologie des femmes est féministe car les femmes sont différentes des hommes et le comportement des femmes ne peut être compris en dehors de son contexte..

Les féministes obligèrent les psychanalystes à considérer les implications de l'une des propositions les plus intransigeantes de Freud : « que les êtres humains se composent d'hommes et de femmes et que cette distinction est la plus significative qui existe ».. Dans Liberating Minds: Consciousness-Raising as a Bridge Between Feminism and Psychology in 1970s Canada, Nora Ruck et . Le Canada est alors un des rares pays à avoir un cursus universitaire en psychologie féministe. Se fondant sur des groupes de sensibilisation, Consciousness Raising (CR) pour construire ce mouvement, Ruck estime que le processus tient à « combler les tensions » entre le personnel et le politique. Le développement de la CR en tant que méthode politique à part entière est largement attribuée à des collectifs féministes radicaux de New York, notamment le New York Radical Women et son successeur, , sous l'influence de .. La CR est également liée au féminisme radical, qui vise à éliminer la discrimination et la ségrégation fondées sur le genre. Un mouvement populaire comme le féminisme socialiste maintient que l'oppression des femmes n'est pas un sous-produit de l'oppression capitaliste mais une « cause principale » (Koedt, 1968).

Sur la même période, les travaux d'Anne Constantinople. et de Sandra Bem. sur les stéréotypes et rôles de genre conviennent tous deux qu'hommes comme femmes possèdent des caractéristiques masculines et féminines. Dans cette perspective, pour Bem, l' (psychological androgyny) ne constitue pas un trouble mais une propriété positive, associée à de meilleures performances dans divers contextes sociaux et une meilleure santé mentale..

Femmes et marché du travail Évolution générale La capacité d'aimer et de travailler, facteurs de bien-être psychique selon Freud, est déniée aux femmes : celles qui veulent travailler sont dites atteintes d'un complexe de masculinité ou d'un désir masculin.

Entre 1970 et 1980, le pourcentage de femmes travaillant à l'extérieur du foyer passe de 43 à 51, aux États-Unis. En dépit des difficultés d'être à la fois mères et travailleuses, les femmes peuvent s'épanouir sans enfants. On compte en 2013, sur le marché du travail pour un homme, changement radical par rapport au temps de Freud.

Dans le domaine psychologique Les femmes continuent de représenter un grand pourcentage de la main-d'œuvre dans les emplois du domaine psychologique. C'est ainsi qu'en 2005, 58,2 pour cent des postes en psychologie aux États-Unis d'Amérique sont occupés par des femmes, et en 2013, 68,3 pour cent.

Sont aussi considérés comme main-d’œuvre les psychologues semi-retraités ; cependant, les femmes dépassent toujours les hommes lorsqu'on compare les psychologues actifs et ont un pourcentage inférieur à celui des hommes pour les psychologues semi-retraités et retraités. Le Comité des femmes en psychologie (CWP) est fondé en 1973, ayant pour mission en veillant à ce que les femmes dans toute leur diversité atteignent l'égalité au sein de la communauté psychologique et dans la société en général. Il existe également des revues qui se concentrent sur les femmes en psychologie, comme SAGE, qui est reconnue par l'APA. La revue SAGE publie des articles sur la santé mentale des femmes sur le marché du travail et sur la situation des mères célibataires dans le pays, qui sont tous des sujets courants dans le féminisme. Ces mouvements qui se sont produits au fil du temps montrent un changement de culture clair par rapport aux conceptions du temps de Freud, où les femmes sont non seulement incluses, mais font aussi partie de tous les aspects de la main-d'œuvre de la psychologie.

Organisations

L'Association pour les femmes en psychologie () est créée en 1969 en réaction au manque visible d'implication de l' dans le mouvement de libération des femmes.. L'association se donne pour objectif de lutter pour l'avancement des droits des femmes, et de sensibiliser le domaine de la psychologie aux enjeux féministes.

La est créée en 1973., afin d'offrir informations et ressources dans le domaine de la psychologie des femmes. Elle cherche ainsi à introduire des problématiques féministes dans l'enseignement et la pratique de la psychologie.

La Société canadienne de psychologie a une section spécialisée sur les femmes en psychologie, (SWAP), qui vise .. SWAP soutient des projets tels que .. Le indique que les femmes psychologues sont souvent considérées comme inefficaces en raison de leur faible contribution à la productivité scientifique. Par conséquent, les femmes ont tendance à être cantonnées à des postes inférieurs à leurs homologues masculins, même si elles sont titulaires d'un doctorat..

La section Psychologie et égalité des femmes. de la (BPS) est créée en 1988 pour rassembler toutes les personnes qui s'intéressent à la psychologie des femmes, pour fournir un forum pour soutenir la recherche, l'enseignement et la pratique professionnelle, et pour une prise de conscience des inégalités. Cette section est ouverte à tous les membres de la BPS.

Recherches

Émotions Les différences au sujet des émotions en fonction du genre constitue un sujet majeur en psychologie féministe. De manière générale, les psychologues féministes considèrent les émotions comme étant culturellement déterminées, et affirment que les différences se situent dans l'expression des émotions plutôt que dans l'expérience individuelleBrannon, L. (2005). .. Les normes d'expressions émotionnelles, dotées d'une valeur sociale, déterminent l'acceptabilité des comportements et attitudes en société.

D'après les stéréotypes sociaux, les femmes sont plus émotives que les hommes. Cependant, les psychologues féministes soulignent que seules des émotions dites "passives", comme la tristesse, la joie, la peur et la surprise sont attribuées aux femmes. À l'inverse, les hommes sont considérés comme les plus susceptibles d'exprimer des émotions de nature plus dominante, comme la colèreShibley Hyde. J. (2007). Half the human experience: The psychology of women ( ed.). Boston MA: Houghton Mifflin Company.. Les psychologues féministes estiment que la socialisation des hommes et des femmes les détermine à exprimer leurs émotions différemment. A titre d'exemple, dès la petite enfance, les mères utilisent plus d'expressions faciales lorsqu'elles parlent aux bébés de sexe féminin et utilisent un vocabulaire plus émotionnel dans les échanges avec elles à mesure qu'elles vieillissent.