André Lebon, né le à Dieppe et mort le à Paris , est un professeur, ministre et homme d’affaires français.
Enseignant en histoire et sciences politiques renommé en son temps, il a fait de la politique, avant de faire carrière dans les affaires. Certaines de ses publications sont signées « André Daniel »Jean-Denis Bredin, L'Affaire, nouvelle édition refondue, Paris, Fayard/Julliard, 1993, p. 784, n. 10..
Biographie
Jeunesse et études Seul enfant du second mariage de Charles Lebon, fondateur de la Compagnie centrale d'éclairage par le gaz, franc-maçon et républicain, il doit se contenter d'un modeste héritage..
Il effectue ses études secondaires au lycée Louis-le-Grand.. Il suit ses études à l'École libre des sciences politiques.. Il suit le cours d'Albert Sorel en histoire diplomatique.. Son parcours au sein de l'établissement, exceptionnel, oblige son directeur Émile Boutmy à faire créer une nouvelle mention ()..
Parcours professoral
André Lebon est d'abord professeur de droit constitutionnel à l’École libre des sciences politiques, en 1884.. Il crée une conférence sur le fonctionnement du Parlement français au sein de l'école.. Il enseigne notamment à Austen Chamberlain.. Il est considéré comme un poulain de Boutmy.
Impliqué dans la vie de l'établissement, il est membre du comité de rédaction des Annales de l'École libre des sciences politiques, aux côtés d'Émile Boutmy, Léon Say, René Stourm et Alexandre Ribot..
Parcours politique vignette|gauche|Déjeuner offert à Lebon par la Chambre de Commerce de Valenciennes en 1895. En 1882, il est nommé chef de cabinet du président du Sénat. Il conserve ce poste jusqu'en 1893. Cette année-là, cet ardent partisan de la revanche, ce patriote républicain, devient député des Deux-Sèvres. Il conserve cette fonction jusqu'en 1898.
Durant cette période, il est nommé deux fois ministre. Il est d'abord ministre du Commerce, de l'Industrie, des Postes et Télégraphes du au dans le gouvernement Ribot III, puis ministre des Colonies du au dans le gouvernement Méline.
Alors qu’il est ministre des Colonies, en 1896, il se retrouve sur le devant de la scène et devient la cible des dreyfusards qui lui reprochent d'être le « bourreau » du capitaine Dreyfus par les renforcements successifs du régime appliqué à son plus célèbre prisonnier (palissade, mise aux fers, correspondance arrêtée, etc.)Philippe Oriol, L'Histoire de l'affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, Paris, les Belles Lettres, 2014, p. 169-170, 192-193, 248-263.. La dureté de son attitude envers le capitaine Dreyfus lui vaut d’être traité de tortionnaire.. De tous ceux qui l’avaient fait souffrir, Lebon était le seul auquel Dreyfus conservait tout son mépris.. L’inhumanité du traitement infligé au capitaine sera la cause de ses défaites électorales en 1898 et 1902.
Franc-maçon, André Lebon appartenait à la Loge « Cosmos » de Paris.
Dérive affairiste de la colonisation française Ministre des Colonies entre 1896 et 1898 et premier à y avoir effectué une visite, ce républicain ardent instaure en Afrique équatoriale, contre l'avis de son découvreur Brazza, un régime de concession qui se révèle sévère, rompant avec la tradition française d'administration directe. vignette|gauche|Détail du tableau Portrait d'André Lebon, ministre des colonies (1897) de Paul Merwart. En poste du au , juste avant l'affaire de Fachoda, ce ministre qui a été un des plus jeunes de la Troisième République confie en 1897 à une quarantaine de sociétés concessionnaires l'exploitation économique des du « Congo français », regroupant le Gabon, le Congo et l'Oubangui-Chari dont l'exploration et la conquête viennent d'être achevées.
Brazza s'oppose à sa décision, redoutant les conséquences pour les populations et, en , André Lebon l'écarte, le plaçant « dans la situation de mise en disponibilité », mais la suite va donner raison à l'explorateur : l'action des sociétés qui se partagent le territoire va décimer les populations, soumises au portage et aux travaux forcés, victimes de réquisitions violentes et de représailles à la moindre désobéissanceArmand Megglé, dans son ouvrage Afrique Équatoriale française, Société Française d'Éditions, 1931, professe un tel mépris à l'encontre de Lebon qu'il se refuse même à citer son nom :
« Dans le même temps [...], Brazza était rappelé en France et mis en disponibilité par un Ministre des Colonies que les hasards de la politique placèrent au Gouvernement de la France d'outre-mer. Quelques rares coloniaux seulement connaissent le nom de ce parlementaire qui a marqué son court passage au Pavillon de Flore, par la mesure odieuse qui plaçait en disponibilité à la date du 2 janvier 1898 cet homme admirable qui donna à la France l'immense empire centre-africain »..
Alors que l'Afrique-Occidentale française est soumise à l'administration directe des autorités officielles françaises, la décision d'André Lebon inaugure pour l'Afrique-Équatoriale française un régime de concession, proche de celui en vigueur au Congo belge voisin. Livrées aux appétits des sociétés capitalistes, véritables maîtresses de ces territoires, ces contrées et leurs populations connaîtront .
En , il lance également la mission « Mission Afrique Centrale-Tchad », confiée aux capitaines Paul Voulet et Julien Chanoine (mission Voulet-Chanoine) dont la dérive tragique, jusqu'en 1899, au moment où la France multipliait les conquêtes coloniales, cause un des premiers scandales coloniaux.
Administrateur de sociétés Revenu en 1898 à la vie prive, Lebon entame une nouvelle carrière comme administrateur de diverses sociétés importantes, devenant un des premiers politiques à s'investir dans le monde de l'entreprise privée et un des dirigeants majeurs du capitalisme français. Il met son sens de l'organisation et des relations à étendre et développer l'influence des entreprises qu'il dirige.
Il est d'abord président du conseil d'administration du Crédit foncier d'Algérie et de Tunisie (qu'il préside pendant plus de trente ans) et des Messageries maritimes, de 1902 à 1914. Les Messageries Maritimes honoreront leur président en baptisant André Lebon un paquebot (lancé en 1913) qui aura une carrière aussi longue que mouvementée, (transport de troupe en 14-18, coulé puis renfloué à Singapour en 1919, réchappant au tremblement de terre de Yokohama en 1923, en sauvant 1500 réfugiés, réquisitionné par les Allemands en 39-45, coulé par l'aviation américaine puis renfloué en 1944, échoué en 1948 et remis à flot, et finalement démoli en 1952 .
Il administre d'autres établissements bancaires : le Crédit foncier de France, le Crédit foncier d'Orient, le Crédit foncier de Syrie, la Banque française de Syrie (vice-président). Il siège aussi au conseil d'administration d'autres entreprises dans le domaine des transports : la prestigieuse Compagnie du canal de Suez à partir de 1906 (vice-président en 1928), la Compagnie du PLM, qu'il préside à partir de 1934, Air France, à partir de 1933Joël Dubos et Hervé Joly, « Famille Lebon », dans le Dictionnaire historique des patrons français, Flammarion, 2010, .. Il est également administrateur de la Compagnie générale des colonies et de L'Industrielle foncièrehttp://www.scriponet.com/societe.php?idP=2148&idR=840001.. Soucieux des intérêts économiques de son pays, il s'emploie cette fois à en développer l'influence en particulier dans la zone méditerranéenne. Il démissionne de la plupart de ses mandats en 1937.
Parallèlement, il entreprend une œuvre d’écrivain abondante et solide, dans laquelle les problèmes de politique extérieure occupent un rôle de premier plan. De nombreuses collaborations à des revues ont été ainsi appuyées par des ouvrages très différents..
André Lebon est un précurseur du syndicalisme patronal : il fonde en 1902 le Comité central des armateurs de France et en 1903 la Fédération des industriels et des commerçants français (FICF), première organisation visant à regrouper l'ensemble du patronat français. Il préside la FICF jusqu'en 1932.
Membre éminent du parti colonial, il préside à partir de 1932 l'Union coloniale française.
Il possédait le domaine du prieuré du Bois-d'Allonne.
thumb|285px|La tombe d'André Lebon au cimetière de Clairefontaine-en-Yvelines (Yvelines).
Mort d’une congestion cérébrale., il a laissé à ses cinq enfants un portefeuille mobilier d'une vingtaine de millions de francs. Il repose au cimetière de Clairefontaine-en-Yvelines, avec son épouse, née Zoe (« Zinka ») Paléologue (1857-1924), épousée en 1885, sœur de l'ambassadeur Maurice Paléologue, issue d'une famille fortunée de grands propriétaires roumains et d'industriels belges.
Le musée municipal Georges-Turpin de Parthenay conserve une reproduction en bronze du célèbre groupe sculpté Gloria Victis d'Antonin Mercié, offert à Lebon .
Publications (Sous le pseudonyme d'André Daniel) L'Année politique, 33 vol., Paris, Charpentier, 1875-1906. Recueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France depuis les traités de Westphalie jusqu’à la Révolution (1648-1789), vol. VII Bavière, Palatinat, Deux-Ponts, 1889. . Problèmes économiques nés de la guerre, Paris, Librairie Payot & Cie, 1918, 274 p.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie Joël Dubos, André Lebon : un homme d’affaires en République (1859-1938), Presses universitaires de Rennes, coll. « Carnot », 2001, 400 p. , . Joël Dubos et Hervé Joly, « Famille Lebon », dans le Dictionnaire historique des patrons français, Flammarion, 2010, p. 410-412.
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