La ville historique de Grand-Bassam est un exemple urbain colonial de la fin du XIX siècle et de la première partie du XX siècle, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Elle suit une planification par quartiers spécialisés dans le commerce, l’administration, l’habitat européen et l’habitat autochtone.
Le site comprend, également, le village de pêcheurs africains des N’zima et des exemples d’architecture coloniale, comme des maisons fonctionnelles dotées de galeries, de vérandas et de nombreux jardins. Ancienne capitale portuaire, économique et juridique de la Côte d'Ivoire, elle témoigne des relations sociales complexes entre les Européens et les Africains, puis du mouvement en faveur de l’indépendance. Grand-Bassam comprend aussi le plus grand village artisanal de l'Afrique de l'Ouest.
Histoire
Selon la tradition, Bassam tire son nom de l'expression nzima Bazouam, ce qui signifie "aide moi à porter ma charge". Cette expression était la phrase que l'on entendait quotidiennement sur le littoral de Grand-Bassam.
XVII siècle vignette|Jean-Baptiste du Casse Les premiers contacts des Français avec Grand-Bassam et la Côte de l'Or ont lieu au XVII siècle. En , le chevalier Damon et l'officier des Armées navales françaises, Jean-Baptiste du Casse sont reçus à Aboisso par le roi Zéna (ou Kyena) de Krindjabo, capitale du royaume du SanwiUn « roitelet nègre » à la cour de Louis XIV. Le roi Kyena leur remet deux jeunes noirs assiniens : Banga et Aniaba qui vivront à la cour de Louis XIV. Le , le Souverain Nzema Amoissy signe un traité d'amitié et d'alliance avec Jean-Baptiste du Casse.
Mais, durant près de cent quarante ans environ (1701-1838), les Français, Anglais et Hollandais désertent la Côte Est. Néanmoins, les N'Zima de Grand-Bassam et d'Assinie gardaient un souvenir des premiers contacts noués : le passé avec Ducasse, le chevalier Damon, Loyer, Tibierge était encore vivace. C'est sous le règne de Louis-Philippe que les relations se renouvèlent.
XIX siècle
1838-1843 : explorations et contacts avec les N'Zima En 1838, le capitaine de corvette Édouard Bouët-Willaumez entreprend un voyage d'exploration dans le Golfe de Guinée à la demande des négociants bordelais en vue d'y implanter le commerce français en même temps qu'il était chargé de mettre fin à la traite négrière.
vignette|Charles Marie Philippe de Kerhallet Édouard Bouët-Willaumez avait suggéré malgré les réticences du Ministère de la Marine, des créations de forts pour garantir le commerce français sur la côte à Garraway, Grand-Bassam et Assinie. Il suivait les recommandations du chevalier Damon annonçant la richesse d'Assinie et de Grand-Bassam en or et en ivoire en 1687. Le nom "Côte d'Ivoire" que Bouët attribue à ce pays provient de cette évidence.
L'établissement des Français intervient à partir de 1842. Bouët envoie le vaisseau La Malouine sous les ordres du lieutenant de vaisseau Charles Marie Philippes de Kerhallet et deux autres canonnières L'Aigle et L'Alouette sous le commandement d'Alphonse Fleuriot de Langle sur la côte de Guinée. Ils quittent l'île de Gorée le à bord de l'Alouette et arrivent le au large de Grand-Bassam.
1843-1886 : première capitale de la Côte de l'Or française
De 1843 à 1886, la capitale des possessions françaises de la Côte d'Or est Grand-Bassam, situé à l'embouchure du fleuve Comoé, débouché naturel des caravanes venant des régions forestières et savanicoles et où vivent les Abouré et les Nzema qui jouent le rôle d'intermédiaires et d'interlocuteurs entre les populations de l'intérieur et les capitaines des navires européens. C'est à partir de Grand-Bassam que la France a entrepris la conquête du bassin occidental de la lagune Ébrié et des régions du fleuve Comoé.
Le traité signé par le régent Attekeble, appelé aussi le "roi Peter" consacre la protection de la France, qui ne prend possession de ce village que le . Elle bénéficie de l'octroi d'un terrain pour y bâtir un fort - le futur Fort Nemours - en échange de l'acquittement du versement d'une coutume annuelle en guise de dédommagement. Sur la Côte de l'Or, La France ne contrôle que 2000 mètres carrés de terrain, soit 1000 mètres carrés à Assinie et 1000 autres mètres carrés à Grand-Bassam. La souveraineté de la France ne s'étend donc pas sur toute la Côte de l'Or, mais sur des portions de terre, pour ériger des blockhaus pour le commerce.
Les blockhaus de la Côte d'Or sont édifiés sur un cordon sablonneux qui sépare la lagune Ébrié et l'Océan Atlantique. Les commerçants français sont intéressés par le commerce de l'huile de palme. Ce produit est prisé parce qu'il sert à la confection de savons, de bougies et au graissage des machines. Ils bénéficient du soutien de leur gouvernement pour le débarquement des marchandises, qui sont exonérées d'impôts, de patentes et de taxes de douane. Les premières maisons de commerce à s'installer en Côte d'Or ont été Victor Régis en 1844, Renard et L'Heureux, en 1856.
De 1847 à jusqu'à la mort du roi Peter en 1854, de nombreux conflits ont émaillé les relations entre les Bassamois et les Français . Les autorités françaises nourrissent le projet de faire de Grand-Bassam le principal centre commercial de la France en Côte d'Ivoire.
1886-1893 : la capitale économique En 1886, lors de la réorganisation des possessions françaises dans le golfe de Guinée, Assinie fut choisie pour abriter la capitale de la Côte d'Or. Grand-Bassam conserve néanmoins son rôle de capitale économique.
Au début des années 1890, la ville était ainsi décrite en ces termes par le père Joseph Gorju dans l'ouvrage ''La Côte d'Ivoire chrétienne (1915):
L'aménagement de Grand-Bassam est confié alors aux meilleurs architectes, urbanistes et ingénieurs français du XIX siècle.
Louis Gustave Binger, alors gouverneur, entreprend des travaux d'aménagement spéciaux afin d'adapter le site à la nouvelle fonction qu'elle va occuper au sein de la colonie.
1893-1900 : la capitale de la colonie de Côte d'Ivoire vignette|gauche|Indigènes venant souhaiter la bonne année à l'Administrateur vignette|Vestiges d'architecture coloniale. Par le décret de et sur rapport du ministre du Commerce, de l'Industrie et des Colonies, la Côte d'Ivoire jusque-là rattachée à la Guinée française devient colonie autonome. Grand-Bassam est de nouveau choisie comme capitale de la nouvelle colonie. Elle remplit cette fonction de à .
Les premiers aménagements des colons ont été opérés sur la base du premier plan de lotissement de 1905 au quartier France. Les premiers plans de lotissement furent réalisés par l'officier du génie Nubut. Ce plan était un plan de génie militaire car pour le colonisateur il fallait se protéger, vu les conditions d'hygiènes défavorables et les risques de conflits avec les indigènes du quartier N'Zima. Cette époque marque le début de l'urbanisme en Côte d'Ivoire.
Elle perd le statut de la capitale de la Côte d'Ivoire à la suite de l'épidémie de fièvre jaune de 1899 qui a fait de nombreuses victimes parmi les Africains et les Européens.
À partir de 1900, avec la délocalisation de la capitale à Bingerville pour cause d'épidémie de fièvre jaune, les investissements en vue de l'aménagement du site de Grand-Bassam ont pris un énorme coup d'arrêt au profit de Bingerville, puis Abidjan. Cette tendance va freiner les projets de planification dans la ville jusqu'en 1987. Toutefois, la fonction économique du site demeurait et était par ailleurs en plein essor.
XX siècle
Wharf de Grand-Bassam
Avec le début de la construction du premier wharf en 1897, cette période est également celle de l'installation des grandes maisons de commerce comme la CFAO, CFCI, Woodin, etc.
1900-1930 : premier port de la colonie vignette|Flottille de commerce sur la lagune En 1899, le site de Grand Bassam compte environ habitants, mais en 1903. Quelques années plus tard, soit en 1909, l'on dénombre 3110 habitants. Ce site enregistre une croissance urbaine de 111 habitants par an sur les cinq premières années après son érection chef-lieu de colonie. L'accélération du processus démographique a un impact sur l'urbanisation et le développement des activités économiques dans la région. La construction du fait urbain se poursuit avec l'introduction de l'électricité en 1910.
En 1902, 1920, 1924 et 1928, ce sont successivement , , et tonnes de marchandises qui sont exportées, faisant de la ville historique le premier port de la colonie jusqu'en 1930.
1930-1987 : déclin de la ville Avec la présence de forts et des grandes maisons de commerce, la ville de Grand-Bassam, a longtemps vécu du commerce qui était la principale source de revenus des colons. Deux faits majeurs vont accélérer le déclin de la ville : La construction du wharf de Port-Bouët en 1931 L'ouverture d'un nouveau port en eau profonde, celui d'Abidjan avec le percement du canal de Vridi. Ces nouvelles infrastructures ont pour conséquence le déplacement du poumon de l'économie de traite et des grandes maisons de commerce de Grand-Bassam à Abidjan, tête de ligne du chemin de fer Abidjan-Niger. Dès lors, la ville sombre dans une longue léthargie. Les nombreux bâtiments, témoins de la grandeur passée de Grand-Bassam et dont l'architecture est caractéristique de la période coloniale, tombent alors en ruine.
L'acte final de ce déclin est le transfert, en 1934 de la capitale à Abidjan, suivi du palais de justice en 1954 qui faisait de Grand-Bassam la capitale judiciaire de la colonie. L'indépendance, puis l'avènement de la communalisation en 1980 n'ont pas permis de rattraper le tir. Pire, les disparités se sont accentuées entre quartier commerçant, village N'Zima et quartier résidentiel.
Quartiers de la ville historique Quartier Petit-Paris Le quartier avait la réputation d'être un haut-lieu de la prostitution durant la période coloniale.
Phare de Grand-Bassam vignette|Phare de Grand-Bassam
En 1901, débute la construction du phare qui est inauguré en , en remplacement du feu fixe qui avait été installé au bout du wharf au sommet d'une tour métallique.
La construction de ce phare en 1915 a pour conséquence une multiplication des échanges entre la colonie et la puissance coloniale.
Pont de la Victoire Le pont qui relie le quartier France au quartier Petit-Paris a été ouvert en 1928. Il s'agit d'un ouvrage métallique de 150 mètres de long et 10 mètres de large.
Quartier France Le quartier France montre une association remarquable de styles architecturaux militaires administratifs, commerciaux et civils. L'ensemble s'incruste dans quatre zones distinctes réalisées avec une diversité de matériaux : le secteur commercial, les quartiers administratif et résidentiel. Cette disposition a fait de Grand-Bassam un pôle de la réussite de la mission colonisatrice de la France en Afrique de l'Ouest et une ville de premier plan dans la colonie de Côte d'Ivoire. Zone résidentielle
Maison Diaw
Zone administrative
L'importance de la ville de Grand-Bassam dans le tissu urbain de la colonie est due à la fonction administrative occupée par celle-ci. Le renforcement de cette fonction est consécutif à la création en 1909 d'une commission consultative constituée de cinq membres, chargée d'étudier les questions d'intérêt local et travaillant sous la supervision de l'administrateur général. À la suite de l'installation des grandes firmes commerciales, l'administration s'affirme un peu plus avec un accent sur le développement des activités économiques. Cet état de fait renforce le rôle dominant de Grand-Bassam dans l'armature urbaine qui constitue donc à cette époque un point de contact privilégié entre le commerce intérieur et celui de la côte. Le renforcement de l'administration se poursuit avec la construction du palais du gouverneur en 1893 et de plusieurs bâtiments administratifs comme la douane, les impôts, le palais de justice en 1911 et autres services publics de la colonie.