vignette|redresse=1.35|alt=Tableau montrant un homme en uniforme debout en haut d'escaliers, la foule à gauche, à droite et en bas le regarde|Étude pour « La prestation de serment du roi », par Gustave Wappers (1831).

La prestation de serment des rois des Belges est la cérémonie au cours de laquelle le prince héritier de Belgique prête le serment qui lui permet de devenir roi des Belges. Prévue par l'article 91 de la Constitution belge, cette cérémonie se déroule au palais de la Nation, siège du Parlement belge, dans les dix jours suivant la mort ou l'abdication du monarque précédent. Le même serment est prêté s'il y a lieu par le régent désigné par les Chambres en cas d'incapacité de régnerLes mots incapacité de régner sont l'expression utilisée sans autre précision dans la constitution belge, et ont été interprétés comme une incapacité mentale, physique voire morale. du Roi durant plus de dix joursConstitution belge, art. 92 à 95..

Geste extrêmement symbolique et fondamental dans le système belge de la monarchie constitutionnelle, la prestation de serment le distingue fondamentalement des successions automatiques des monarchies d'Ancien Régime car elle conditionne l'accession du souverain au trône. Par cet acte d'acceptation de son mandat constitutionnel, le roi devient le délégué de la Nation et se rend capable d'exercer les prérogatives qui lui sont dévolues dans la Constitution.

La date anniversaire de la première prestation de serment, effectuée par le , est, depuis une loi du ., le jour de la fête nationale..

Histoire

Surlet de Chokier (régent) Bien qu'il ne s'agisse pas réellement d'un serment royal, il est opportun de mentionner la prestation de serment du régent Érasme-Louis Surlet de Chokier le . Se déroulant au Palais de la Nation, la cérémonie se déroule dans un décor fastueux et en présence d'un large public entassé dans les tribunes.. Vêtu d'un simple habit noir, le Régent est accueilli par une haie de gardes civiques qui lui présente les armes. Debout sur une estrade à côté d'un trône de velours cramoisi sur lequel il refuse modestement mais fermement de s'asseoir., il prête le serment constitutionnel avant de prononcer un bref discours et d'être ovationné très vivement.

Après ce précédent, la toute première prestation de serment royal de l'histoire de la Belgique se déroule le selon un cérémonial très différent, et qui ne sera pas répété pour les investitures ultérieures. En effet, Léopold de Saxe-Cobourg et Gotha, élu roi sous le nom de , arrive dans un pays inconnu où tout a déjà été préparé par le régent du royaume et les autres membres du Congrès national. Pour cet événement important pour le jeune royaume, les instances politiques prennent comme modèles tant les Joyeuses Entrées des anciens ducs de Brabant que les investitures des Pays-Bas (celle de l'ancien roi s'étant d'ailleurs déroulée à Bruxelles) et de l'ancienne principauté de Liège. C'est pour cela que cette cérémonie, contrairement aux prestations de serment ultérieures, se déroule en place publique. Citation tirée de ..

vignette|alt=Tableau montrant une foule de personnes regardant une tribune en haut d'escaliers où des hommes sont réunis|La prestation de serment de , par Gustave Wappers (1831).

Arrivé à Bruxelles à l'aube par la porte Guillaume où Nicolas Rouppe, bourgmestre de Bruxelles, lui présente les clés de la ville (que le roi refuse d'ailleurs de prendre en disant .), Léopold se rend sur la place Royale devant l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg où la suite de la cérémonie va se dérouler.. Une estrade surélevée et un dais portant les noms des victoires de la Révolution ont été construits. La galerie est tendue de draperies pourpres, devant lesquelles sont groupés les membres du Congrès et une foule nombreuse poussant des vivats enthousiastes. La cérémonie débute à . par la remise des pouvoirs du régent à Étienne de Gerlache, président de la Chambre des représentants, puis par la lecture de 139 articles de la Constitution par le vicomte .. Enfin, le roi prononce le serment et un petit discours en français, à la suite duquel Étienne de Gerlache lui dit .

vignette|alt=Tableau montrant des hommes assis dans des gradins regardant un homme en uniforme debout|Prestation de serment de , gouache sur photographie à l'albumine par Louis-Joseph Ghémar (1865).

Sept jours après la mort de , c'est son fils aîné le prince Léopold qui prête serment le afin de devenir . Arrivé à cheval avec son frère Philippe au palais de la Nation sous les acclamations massives de la population, il entre dans un hémicycle décoré sobrement. Selon le souhait du souverain, un trône aux accoudoirs décorés de lions et dont le dossier est tendu de velours rouge marqué de la devise nationale est disposé sous un dais royal (cet équipement n'a cependant aucun rôle réel et a plutôt un simple rôle d'apparat).. Dans l'assistance, en plus du corps parlementaire, les ministres, la magistrature, les hauts-fonctionnaires, l'épiscopat et le corps diplomatique sont réunis dans l'hémicycle. Habillée en tenue de deuil., la famille royale est installée dans une tribune à part (selon la volonté du souverain). Citation tirée de . et accompagnée d'un grand nombre de membres de l'aristocratieSont ainsi entre autres présents le roi , le prince de Galles, le duc de Connaught, le prince George de Saxe, le prince royal de Prusse, le prince Auguste de Saxe-Cobourg, le prince Louis de Hesse, l'archiduc Joseph, le prince de Bade, le prince Nicolas de Nassau, le duc de Cambridge et le prince Léopold de Hohenzollern. Liste comprise dans .. Après la prestation de serment et le discours qu'il a rédigé personnellement., le roi et son fils Léopold, duc de Brabant, apparaissent sur le balcon du Palais royal pour assister à une parade militaire sur la Place des Palais. La cérémonie se déroule dans une ambiance joyeuse et un .

vignette|alt=Tableau montrant une foule de personnes assises regardant au centre un homme debout en uniforme saluant de la main|Prestation de serment du roi , par Jules Cran (1909).

Le , six jours après la mort de , son neveu le prince Albert se rend lui aussi au palais de la Nation à cheval. Dans le même décor que pour son oncle, il rejoint la famille royale déjà installée sous son dais. Pour la première fois, le monarque prête aussi serment en néerlandais pour bien marquer le bilinguisme du royaume sanctionné par la loi d'Égalité. Après avoir été ovationné des parlementaires, des représentants du Parti ouvrier tentent d'interrompre la cérémonie par un pour clamer leurs revendications. Cependant, dès le premier mot prononcé, l'assemblée s'exclame et étouffe la voix des perturbateurs. Dans son discours qu'il a écrit personnellement, le nouveau roi fait aussi mention d'une volonté d'améliorer la politique coloniale en voulant appliquer au Congo . Le lendemain, un Te Deum est chanté à la cathédrale Saint-Michel-et-Gudule en présence du couple royal.

Le prince Léopold prête serment le , six jours après l'accident d'alpinisme d'. Se déplaçant à cheval avec son frère Charles, il est acclamé par la foule tout au long de son trajet du château de Laeken jusqu'au palais de la Nation.. Il prononce son serment sans hésitation., bien que son visage semble marqué par la tristesse de son deuil.. Une fois devenu roi, se rend à la colonne du Congrès pour rendre hommage au Soldat inconnu.

Charles (régent) En 1944, après la Libération, le roi est prisonnier du Troisième Reich et est donc dans l'impossibilité de régner. Malgré les règles constitutionnelles prévoyant une régence au-delà de dix jours d'interrègne, les partis républicains tentent d'instaurer une république. Finalement, après deux tours de scrutins, le comte de Flandre, frère cadet du roi, est choisi comme régent. Le lendemain, , dans un décor très simple mais garni des drapeaux des pays alliés., il prête serment dans la précipitation pour, selon son expression, . Il s'agit aussi du premier serment prêté sans bras tendu (rappelant trop le salut romain des rituels fascistes).

Baudouin vignette|redresse|alt=Photo en noir et blanc montrant un jeune homme habillé de blanc marchant à côté d'un homme habillé en militaire|Le régent Charles accompagné du jeune prince Baudouin.

Le roi Baudouin a prêté deux fois serment. Le premier serment a lieu le , quand pour résoudre la Question royale, décide de déléguer ses pouvoirs à son fils qui devient alors « prince royal » (ce titre particulier, équivalent à une régence de fait., est attribué car Léopold voulait retarder au maximum son abdication). C'est lors de cette cérémonie et face à un prince visiblement mal à l'aise. qu'est lancé le tonitruant par les parlementaires communistes dont Julien Lahaut était le chefLe premier cri « Vive la République ! » entendu lors de la prestation de serment a longtemps été attribué à Julien Lahaut, mais il semble en fait qu'il ait été poussé par Georges Glineur, voir par exemple Biographie de Georges Glineur dans le Maitron, mais qui sont vite étouffés par des acclamations pour le prince. Baudouin prête son serment sans vouloir montrer la moindre attention aux poussées républicaines.. Le deuxième serment se déroule le , lendemain de l'abdication du roi Léopold. Moins somptueux que les cérémonies de ses prédécesseurs, ils se déroulent en l'absence de représentants de monarchies étrangères et de la famille royale, les événements étant peu propices aux grandes joies familiales. Une fois devenu roi, Baudouin va rendre un hommage au Soldat inconnu puis apparaît, seul et avec un visage grave, au balcon du palais royal.

Le , deux jours après les funérailles du roi Baudouin, son frère Albert, prince de Liège, arrive à au palais de la Nation. Dans un décor volontairement épuré et sans dais, mais toujours avec la présence du fauteuil royal (qui était d'ailleurs trop grand pour lui)., le souverain prête pour la première fois serment dans les trois langues officielles : en néerlandais, en français puis en allemand. Cette action marque aussi le premier serment royal prêté par le roi d'une Belgique fédérale. Le prince, visiblement très ému, tremble de la tête et des mains.. Avant sa prestation, le parlementaire anarchiste Jean-Pierre Van Rossem clame mais le reste de l'assistance lui répond aussitôt . Après avoir prononcé un discours très réussi selon le monde politique, une voiture ramène le couple royal jusqu'au palais royal pour la traditionnelle apparition au balcon.

Philippe

vignette|redresse|alt=Photographie de profil d'un homme aux cheveux blancs assis sur un fauteuil aux accoudoirs dorés|Le roi Philippe assis sur le trône lors de sa prestation de serment. Le , jour de fête nationale, le roi abdique. Le prince Philippe, présent lors de la cérémonie d'abdication de son père qui se déroule au palais royal, se rend ensuite au palais de la Nation. Vers midi, il prête serment et devient ainsi le septième roi des Belges. Il est alors applaudi longuement par les parlementaires et la famille royale avant de déclamer son discours d'une voix assurée. Pour une fois, personne n'a interrompu la cérémonie par une quelconque proclamation.

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