Pierre Arnoul, né en 1651 et mort à Paris le , est un officier de plume français, intendant de marine pendant le règne de . Fils de l'intendant de marine Nicolas Arnoul, il est le compagnon d'études et l'ami de Seignelay, fils et successeur de Jean-Baptiste Colbert. Pierre Arnoul bénéficie de la protection de Seignelay, qui est son supérieur hiérarchique puisqu'il succède à son père comme secrétaire d'État de la marine.

La très longue carrière de Pierre Arnoul, près de cinquante ans, dont il doit le début à son père, manifeste à la fois sa compétence et ses liens avec les Colbert. Elle ne subit qu'une brève interruption en 1679-1680, quand il est limogé après le naufrage catastrophique de deux navires.

Après avoir observé les marines de pays étrangers, il occupe successivement une grande partie des postes d'intendant de marine en France, au Levant comme au Ponant. Il administre ainsi les ports de Marseille (1673-1674, 1710-1719), en particulier l'arsenal des galères, Toulon (1674-1679), Le Havre (1680-1681), Bayonne (1681), Rochefort (1683-1688). Il dirige aussi l'organisation des classes et le ravitaillement de la flotte espagnole pendant la guerre de Succession d'Espagne.

Dans les ports qu'il dirige, en plus de la gestion quotidienne, il est à l'origine de plusieurs aménagements majeurs. Il propose divers projets, assez peu mis en œuvre, aux ministres successifs chargés de la marine. Il est un des administrateurs de la marine les plus compétents du règne de .

Sa première femme, Françoise de Soissan de La Bédosse, manipule l'ensemble de la famille Arnoul. En effet, elle marie d'abord ses deux fils, l'un avec la mère de Pierre Arnoul et l'autre avec la sœur de Pierre Arnoul avant de l'épouser lui-même, alors qu'elle est nettement plus âgée que lui. Elle gère leurs biens avec habileté. Après sa mort, Pierre Arnoul se remarie avec Marie-Henriette Brodart, fille d'intendant.

Une famille sous emprise

Les Arnoul, une famille d'intendants de marine Pierre Arnoul est issu d'une famille d'intendants de marine. Il est le fils de l'intendant des galères à Marseille puis de Toulon Nicolas Arnoul (dont Colbert a fait la carrière), et de Geneviève Saulger, fille de Pierre Saulger, garde des rôles des offices. Nicolas Arnoul et Geneviève se sont mariés en 1643. Le frère de Pierre, Nicolas-François Arnoul de Vaucresson, après une carrière dans les îles d'Amérique, lui succèdera à l'intendance des galères de Marseille..

Pierre Arnoul est maintenu dans sa noblesse par arrêté du .. Il est seigneur de Vaucresson, La Tour-Ronde, Haute-Borne, Pierrebelle, Rochegude et Lagarde-Paréol..

Pierre Arnoul sous l'emprise de la dame de Rus Les parents de Pierre Arnoul, Nicolas Arnoul et sa femme Geneviève, rencontrent Françoise de Soissan de La Bédosse, dite la dame de Rus, à Digne en 1673 et ils sympathisent. Il semble qu'elle ait réussi à ce que le comte de Suze, son probable amant, fasse donation de tous ses biens aux Arnoul.. Leur fils Pierre Arnoul ne renonce à cette donation qu'en 1680. Nicolas Arnoul est frappé par une hémorragie cérébrale en 1674. La dame de Rus vient alors seconder Geneviève Saulger pour s'occuper du malade, paralysé, et parvient rapidement à diriger la maison des Arnoul..

vignette|redresse|gauche|Première page du contrat de mariage de Pierre Arnoul et de Françoise de Soissan (). BNF.|alt=Manuscrit : première page du contrat de mariage de Pierre Arnoul et de Françoise de Soissan

Après la mort de Nicolas Arnoul le , Pierre Arnoul et sa mère confient la direction des affaires familiales à Françoise de Soissan.. Cette dernière n'oublie pas de s'enrichir personnellement. Comme la veuve Arnoul, quinquagénaire, semble développer un certain goût pour les hommes plus jeunes qu'elle., Françoise la convainc en 1676 de se remarier avec son fils aîné, Joseph-Horace de Rafelis, seigneur de Saint-Sauveur, âgé de vingt-six ans. Quatre ans plus tard, en 1680, c'est à Geneviève Arnoul, fille de Genevière Saulger et Nicolas Arnoul, que Françoise marie son second fils, Pierre-Dominique de Rafélis. Quand Françoise de Soissan devient veuve de son premier mari, en 1686, elle épouse Pierre Arnoul lui-même. Elle a cinquante-cinq ans et le marié trente-cinq.. Ces mariages ont lieu malgré les mises en garde du ministre Seignelay, supérieur de Pierre Arnoul..

Par ces trois mariages, Pierre Arnoul est le beau-père des fils de Françoise, mais aussi beau-fils de l'aîné et beau-frère du cadet. Françoise de Soissan est la belle-fille de son fils aîné et la belle-sœur de son fils cadet. Son fils aîné, Joseph-Horace de Rafélis est le beau-père de sa propre mère et de son beau-père. Le fils cadet de Françoise, Pierre-Dominique de Rafélis, est le beau-frère de sa propre mère, le beau-fils de son frère et le gendre de sa belle-sœur. Geneviève Saulger, mère de Pierre Arnoul, meurt le et son jeune veuf se remarie ensuite avec Catherine des Isnard.

Françoise de Soissan meurt le , après une agonie de deux semaines. Par testament, elle confie à des religieux capucins des missions à Rochegude, Saint-Sauveur et Beaumes. Dans la seigneurie de Ruth (à Lagarde-Paréol, près d'Orange), qu'elle a héritée de son premier mari, elle fonde avec Pierre Arnoul une institution à la fois pieuse et charitable : ils financent l'installation de « solitaires », autrement dit d'ermites, qui accueillent des enfants qu'ils forment au travail manuel.. C'est Pierre Arnoul lui-même, qui, après la mort de sa femme, décrit, dans un mémoire composé pour un procès contre sa sœur Geneviève, l'emprise exercée par Françoise de Soissan sur toute la famille. Il va même jusqu'à évoquer l'influence du diable. Mais il fait aussi état des qualités d'excellente gestionnaire de la dame de Rus et reconnaît en avoir bénéficié.

En secondes noces, Pierre Arnoul épouse le Marie-Henriette Brodart, fille de Jean-Baptiste Brodart, intendant des galères à Toulon en 1675 après Arnoul. Par cette alliance, il reste dans son milieu.. Il est à ce moment un homme riche. Il possède à Marseille un ensemble immobilier mis en location qui comporte de grands entrepôts sur le port, près de l'arsenal, appelé le Marquisat de Villeneuve et que son père Nicolas Arnoul a créé.. Il salarie plus d'une dizaine de domestiques à Paris. Sa seconde femme lui apporte une dot non négligeable. Ils ont cinq enfants..

Expliquer l'emprise En 1707, dans ses Lettres historiques et galantes, la journaliste Anne-Marguerite Petit du Noyer, évoque Françoise de Soissan, qu'elle qualifie d'. Elle souligne qu'il est exceptionnel . Et elle fournit une explication toute simple : ..

Dans la première moitié du , Françoise de Soissan est vue comme une aventurière habile et sans scrupule. Louis Delavaud la présente comme une intrigante qui profite de la grande crédulité et de l'entêtement de la famille Arnoul., sans nier son pouvoir de séduction et sa volonté.. Pour Gaston Rambert, elle est rusée et cupide, mais sait convaincre sans drame.. Selon Paul-Marie Bondois, la famille Arnoul est une proie pour la dame de Rus, qui accapare ses richesses..

En 2021, l'historien Lucien Bély voit en Françoise de Soissan une femme d'affaires ambitieuse et capable. Elle sait obtenir la confiance des autres, s'essaye au trafic d'influence et parvient à mettre sous sa coupe toute une famille. Elle prête de l'argent, intervient dans plus de trois cents actes notariés et se montre particulièrement habile à user de procédures judiciaires pour augmenter sa fortune.. Elle gère les affaires de Pierre Arnoul, qui la laisse faire parce qu'il est accaparé par ses fonctions d'intendant de marine. Elle est une excellente gestionnaire et s'emploie à acheter des seigneuries comme Saint-Sauveur et Rochegude..

Une carrière de presque cinquante ans

Formation et premiers postes (1670-1674) La relation entre Jean-Baptiste Colbert et Pierre Arnoul, déterminante pour le début de sa carrière, est une relation patron-client, comme on en trouve beaucoup d'autres dans la société d'Ancien Régime. Colbert promeut le fils, Pierre, par égard pour le père, Nicolas, et n'hésite pas à admonester son jeune protégé quand il le juge nécessaire..

En 1670-1671, Pierre Arnoul est envoyé en mission en Italie, en Flandre, en Angleterre et en Hollande. Il se forme à la construction navale, à l'organisation des fournitures, au radoub, aux tactiques.. Il est ainsi capable de décrire à Colbert les techniques de construction des Néerlandais et leurs avantages, notamment l'utilisation de chevilles de bois à la place des fers utilisés par les Français..

À son retour en 1671, il est nommé commissaire de la marine à Toulon. Comme tel, il est embarqué sur la flotte française qui, avec ses alliés anglais, livre la bataille de Solebay face aux Hollandais. Ce combat, aux pertes sévères, a un résultat indécis et les deux camps affirment avoir gagné. Pierre Arnoul rend sur cet épisode un rapport détaillé, qui ne charge pas celui qu'on rend souvent responsable de ce manque de succès, l'amiral d'Estrées..

Arnoul devient en 1672 contrôleur général en Ponant. Il revient en Provence comme intendant des galères à Marseille en 1673, alors qu'il a une vingtaine d'années, succédant ainsi à son père Nicolas Arnoul. Il n'y reste qu'un an, devenant en 1674 intendant de marine à Toulon. Là aussi, il succède à son père.

Intendant de marine à Toulon (1674-1679) thumb|upright=1.3|Le port de Toulon, de la flotte du Levant, ses deux darses et son arsenal en 1700. BNF.|alt=Plan du port de Toulon vers 1700

Pierre Arnoul est intendant de marine à Toulon de 1674 à 1679. Dans l'arsenal, l'intendant de marine a un rôle essentiel : il supervise la construction navale, recrute les marins, gère les armements, etc. Ses pouvoirs s'étendent à la gestion du port, de la ville et de toute la région côtière. Il collabore avec l'intendant de la province, les compétences de chacun étant délimitées. Il correspond très régulièrement avec le secrétaire d'État de la marine, de qui il reçoit ses ordres et à qui il rend compte.. Seignelay reproche d'ailleurs à Pierre Arnoul de ne pas exposer assez clairement par écrit les projets qu'il lui soumet.. Il lui réclame des dessins des pièces nécessaires pour la construction des bateaux, en demandant des échelles et des dimensions précises, y compris pour les pièces d'ornementation..

Alors qu'il est encore très jeune, Pierre Arnoul est chargé des armements de la flotte du Levant. La tâche est difficile.. Pierre Arnoul crée une nouvelle darse dans le port de Toulon. En 1676, il propose l'installation de moulins à scier, qu'il a vu fonctionner aux Provinces-Unies.. Il doit notamment faire face aux difficultés d'approvisionnement en bois de construction : entre le moment où il commande les bois nécessaires et celui où ils arrivent à Toulon, transportés par flottage depuis les forêts de Bourgogne et de France-Comté, plus d'un an s'écoule.. Il donne aussi l'ordre de faire venir du bois des Hautes-Alpes.. À la fin des années 1670, il visite Saint-Étienne, Saint-Gervais et le Nivernais pour y examiner les ressources disponibles, en bois surtout..

De plus, il propose en , dans un long mémoire, un projet d'aménagement des bras du Rhône afin d'améliorer la navigabilité dans son delta. Il y insiste sur la nécessité et l'urgence des travaux à accomplir, la profondeur des bras du Rhône étant trop faible pour y naviguer efficacement. Ce projet ne sera pas exécuté..