L'Histoire de Curaçao commence avec les premiers peuplements du territoire par des peuples amérindiens (Amérindiens des Antilles), notamment les Arawaks et les Kali'nas et laisse des traces écrites dans cette région en 1499, lors de la première expédition d'Alonso de Ojeda, venue d'Espagne par le fleuve Essequibo, et qui longe les côtes des environs, annexées avec les îles proches par les Espagnols. L'Empire colonial espagnol et l'Empire colonial néerlandais, mais aussi l'Empire colonial français et l'Empire britannique vont s'intéresser à cette région mais ce sont les deux premiers qui vont d'abord l'emporter dans ce petit territoire situé non loin des côtes de l'Amérique du Sud. L'île sert à partir de 1634 de base navale aux Hollandais, pour ses salines permettant de conserver le poisson et approvisionner les expéditions militaires.

La disparition de l'"Asiento" portugais en 1640 puis la guerre néerlando-portugaise en Angola (1641-1648) ayant généré une contrebande portugaise et hollandaise d'esclaves angolais vers l'Empire espagnol, Curaçao s'est offerte comme son centre, vers la fin des années 1650, en raison de sa proximité avec le Venezuela, le poisson salé avec le sel de l'île nourrissant les d'esclaves en transit. Curaçao est alors au des .

Des marchands hollandais utilisent ensuite la petite île antillaise vers la fin du pour le commerce avec les Amérindiens acceptant de vendre du cacao contre des textiles européens, le long du río Yaracuy jusqu'au comptoir de Tucacas tout proche de Curaçao.

Au début du , l'île abrite une des plus importantes communautés juives du Nouveau Monde, avec 126 familles juives en 1702"Diasporas marranes et empires maritimes ()" par Nathan Wachtel, dans la revue Annales en 2006.

Curaçao est un État autonome au sein du royaume des Pays-Bas, depuis la dissolution de la fédération des Antilles néerlandaises le . Le pays compte (2019) pour une superficie de .

Histoire

Les Amérindiens et les Espagnols Les premiers habitants de Curaçao sont les Amérindiens Arawaks qui arrivent du Venezuela...

En 1499, l'île est découverte par Alonso de Ojeda qui prend possession de l'île au nom de l'Espagne et décime les Arawaks. Il appelle l'île Isla de los Gigantes. Au début du , après avoir dépeuplé l'île par de fréquents raids pour fournir Hispaniola en esclaves, les Espagnols veillent à ce que l'île soit repeuplée d'Amérindiens. Curaçao est rattachée administrativement au gouverneur du Venezuela (Coro), excepté lors de la concession Welser.

Le projet de colonisation néerlandaise Au début des années 1630, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, subit la perte définitive des salines de la Punta de Araya, les Espagnols ayant fortifié ce lagon proche de la côte vénézuélienne, puis en 1633 celle de Saint-Martin. Ce qui pousse les Hollandais à se procurer une nouvelle saline pour un relais local de l'industrie halieutique, afin de conserver le poisson qui approvisionne les expéditions militaires. Ils consultent Jan Janszoon Otzen, un ex-prisonnier des Espagnols, d'abord détenu à Tortuga (Venezuela) quelques années puis transféré à Curaçao pour lui faire couper du bois et pris par les Hollandais. Le cartographe Johannes Van Walbeeck, premier gouverneur Le premier gouverneur de Curaçao fut le célèbre cartographe Johannes Van Walbeeck qui a rédigé en 1626 l’essentiel du récit du tour du monde de trois ans que venait de réaliser la flotte de l'amiral Jacques l'Hermite avant d’être l’un des cerveaux de l’attaque du Brésil portugais par la Hollande en 1630.

En 1633, Van Walbeeck et le gouverneur du Brésil hollandais, Dierick van Waerdenburgh vont à Amsterdam évoquer la stratégie de la WIC qui venait de perdre sa capitale aux Amériques, une flotte espagnole ayant ravagé Saint-Martin au cours de l’été. Il fut décidé de faire de Curaçao et Bonaire la nouvelle capitale, en raison des grandes quantités de sel, indispensables pour conserver le poisson, de l’excellent port naturel de la Baie Sainte-Anne, stratégiquement situé à proximité du continent sud-américain et cible des corsaires hollandais.

Le 4 mai 1634, 4 navires, transportant 180 marins et 250 soldats, dirigés par le mercenaire huguenot français Pierre Le Grand, qui avait auparavant servi les Hollandais au Brésil, partent de la Hollande pour Curaçao, prise aux Espagnols fin juillet grâce à l’arrivée d’un cinquième navire, les 32 habitants espagnols fuyant après avoir empoisonné les puits.

Jan Janszoon Otzen avait brossé un portrait idyllique de la géographie de Curaçao, mais les Néerlandais s'aperçurent que les marais salants naturels n'étaient pas à la hauteur de son récit. Sur fond de rivalités au sein de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (WIC), les états de Hollande et les états généraux néerlandais valident la nouvelle colonie et ses petites dépendances d'Aruba et Bonaire, qui complètent plus ou moins ses insuffisances, car la chambre amstellodamoise de la WIC en a pris la direction et fourni rapidement renforts et provisions.

Côté espagnol, en 1635, Gaspar de Guzmán réunit à Madrid un conseil spécial pour la reconquête de Curaçao, mais les Espagnols attendirent l'année suivante puis renoncèrent, faute de détachement naval suffisant.

De 1638 à 1642, les gouverneurs de combat Quatre ans après la conquête hollandaise, Van Walbeeck et Pierre Le Grand sont envoyés au Brésil, où le premier intègrera la Cour suprême jusqu'en 1642, tout en restant directeur politique de Curaçao, chapeautant le gouverneur que lui a succédé Jacob Pietersz Tolck.

Ce dernier unifie les commandement militaire et politique de l’île, simple base de combat contre l’Espagne. Tolck est remplacé en 1641 par Jan Claeszoon van Campen, ex-directeur de Saint-Martin avant sa prise par les Espagnols en 1633, nommé à cause de son expertise dans la production de sel. Il poursuit la politique agressive de Tolck contre les Espagnols en attaquant Maracaibo. Peter Stuyvesant attaque Saint-Martin en 1644 Peter Stuyvesant a joué un rôle important dans l'histoire de Curaçao"The Curaçao papers", New Netherland Research Center , dont il a été gouverneur de 1642 à 1647, après avoir été agent commercial à Fernando de Noronha (petite île située au nord-est du Brésil, où l'on débarquait les esclaves trouvés sur des navires portugais par les pirates hollandais), puis en 1639 directeur des entrepôts à Curaçao (où il fut probablement à l’origine de la proposition d’y centraliser les esclaves jusque là débarqués à Fernando de Noronha, effectuée en 1641 après la prise de Luanda en Angola). C'est le décès subit du gouverneur précédent, début 1642, qui lui a ouvert la place de gouverneur.

Les Espagnols ayant pris l’île de Bonaire en octobre 1642, Peter Stuyvesant a riposté par une attaque contre Puerto Cabello sur la côte du Venezuela. A la fin de l'hiver 1644, malgré la famine qui sévit dans les îles, il est envoyé attaquer le fort espagnol de Saint-Martin. Au cours du siège, il est amputé de la jambe droite à la suite d'un coup de feu et devient un héros, même si les Hollandais doivent lever le siège après quatre semaines et retourner à Curaçao. Les réfugiés du Maranhao, de Curaçao à New-York A son retour durant la première semaine d'avril 1644, il découvre qu’environ 450 employés de la Compagnie des Indes occidentales au Brésil se sont réfugiés à Curaçao, en raison de la révolte des planteurs Portugais dans la région de Maranhao. La révolte avait commencé en septembre 1642 et n'a cessé de grossir: ils se sont emparés de Sao Luis, la principale ville, le 28 février 1644. La plupart de ces 450 réfugiés étaient dirigés par David Adam Wiltschut, l’ancien commandant militaire de Curaçao. Leur arrivée à Curaçao créé un problème de nourritures car l’île est à court de provisions en raison de l’expédition ratée à Saint-Martin . Peter Stuyvesant décide alors d'envoyer la majorité de ces réfugiés chez Willem Kieft, directeur de la WIC à la Nouvelle-Amsterdam (la future New-York) , qui a besoin d’aide dans sa guerre débutée en 1643 contre les Amérindiens .

Les médecins de Peter Stuyvesant lui recommandent qu’il retourne se soigner sous le climat tempéré des Pays-Bas, ce qu’il fait fin août 1644 , après avoir nommé Lucas van Rodenburgh directeur intérimaire de Curaçao. Puis en 1646, Stuyvesant est promu directeur d’un ensemble de petites colonies, qui regroupe la Nouvelle-Néerlande, Curaçao, Bonaire, Aruba et leurs dépendances. Nommé par la même occasion directeur général de Nouvelle-Néerlande, il débarque à Manhattan le 11 mai 1647, en remplacement de William Kieft. Une de ses premières décisions est de bannir de la colonie deux hommes qui accusaient son prédécesseur, William Kieft, d'être corrompu et d'avoir déclenché une guerre contre les Indiens.

Peter Stuyvesant dirige l’île, de son poste de New-York Stuyvesant a réclamé sans l’obtenir que soient placées les îles des Caraïbes sous la juridiction de la Nouvelle-Néerlande . Le vice-directeur de Curaçao relève en fait directement d’Amsterdam. Mais même si Curaçao n’apparaitra jamais dans le procès-verbal du conseil de la Nouvelle-Néerlande, tout au long du mandat de Rodenburgh, Peter Stuyvesant conserve le pouvoir de fait sur cette île où, en tant que directeur intérimaire, il est finalement nommé vice-directeur puis remplacé en 1655 par un proche de Peter Stuyvesant qui a servi au Brésil pendant environ 19 ans, Matthias Beck, et qui était depuis 1651 directeur des mines d’argent à Siara, avant de fuir en 1654 sur l’île anglaise de la Barbade, où il a rencontré l’année suivante Stuyvesant, qui l’a nommé vice-directeur de Curaçao. Premiers peuplements civils, sans suite L’un des agents de la WIC à Amsterdam, Joseph Frances João de Yllan organisa l’établissement de colons à Curaçao vers 1651 mais sur les 50 familles prévues, seules 15 à 20 sont arrivées. En 1652, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, contactée par David Cohen Nassi (1612-1685), autorise un petit groupe de Juifs à cultiver la terre à Curaçao, mais leur refuse l'entière liberté religieuse ainsi que l'autorisation de se livrer au commerce. Matthias Beck, nommé gouverneur en 1655, ne donna pas suite à ces premiers peuplements civils, s’intéressant plutôt au négociateur Abraham Drago en lien avec le Brésil et la nouvelle colonie anglaise créée en 1650 au Suriname anglais, toute proche.

La WIC, d’abord réticente aux projets de peuplement de Curaçao, a finalement donné son feu vert dans le seul but d’empêcher l’émigration de Hollandais vers cette colonie anglaise, qui a alors édicté la liberté religieuse, pour les juifs mais aussi pour les quakers , en conflit avec différents pouvoirs en Angleterre , l’accès libre et illimité à la terre et le droit d’achat de plus de deux esclaves, ainsi que l’exemption d’impôt pour 10 ans. Ces réformes seront abandonnées en 1667 après que cette colonie ait atteint en 1663 le seuil d’une cinquantaine de plantations de canne à sucre, employant 3 000 esclaves « Brève histoire du suriname » . L’ère Peter Stuyvesant- Mathias Beck et le trafic d’esclaves À Curaçao, le gouverneur néerlandais Matthias Beck mentionne à plusieurs reprises à la direction de la WIC aux Pays-Bas qu'il existe , mais il n'est, dans un premier temps, pas entendu et l'île n'en accueille aucun avant 1658..

Curaçao deviendra plus tard la plaque tournante des navires de la traite négrière vers les colonies françaises et anglaises des Îles du Vent, et surtout celles de la terre ferme espagnole..

À partir de là, le papiamento, un créole à base de créole cap-verdien, néerlandais, d'espagnol, de portugais et de langues africaines, va s'imposer chez les esclaves.

Sous la direction conjointe vers la fin des années 1650, Curaçao va devenir pour les esclaves, bien que l’Espagne ait interdit de commercer avec les Pays-Bas selon le traité de 1648.