La famille Lanfranchi est une famille subsistante de la noblesse corse, ancienne famille de Sgiò de Corse du Sud établie dans l’Alta Rocca et la Rocca, principalement à Lévie, Aullène et Viggianello.

Histoire La tradition fait descendre les Lanfranchi corses fixés à Lévie, Viggianello et Aullène / Monacia-d’Aullène des Lanfranchi de Pise dont ils portent les armes. La république de Pise conquiert la Corse en 1051 et le pape Urbain II lui reconnaît la suzeraineté sur l’île en 1092. Le , Innocent III confirme au cardinal Ubaldo Lanfranchi sa primauté sur le diocèse corse traditionnellement liée à son siège depuis l'époque du pape Urbain II. Cette domination pendant laquelle Pise développe la religion chrétienne sur l'île connaît une période de tranquillité avant que la gouvernance effective revienne aux seigneurs féodaux corses dont Giudice di Cinarca. vignette|TOUR LANFRANCHI, U Castidacciu, demeure de Lanfranco dalle Vie, puis

d' Orazio Lanfranchi, dans le quartier de Castaldaccia à Lévie, construite au XVIème siècle. Une transformation au XXème siècle a retiré les échaugettes et les meurtrières pour laisser place à de malheureux rajouts de confort extérieurs sur les terrasses. La tour a trois niveaux en plus de l'étage au sol qui comporte une entrée triomphale couverte par une voute de pierres et de gigantesques caves. En 1284, la république de Gênes écrase celle de Pise à la bataille de la Meloria. Dès son implantation, elle est impopulaire, les Corses lui mènent une rébellion quasi-permanenteLa victoire définitive de Gênes contre les seigneurs insulaires et les nations rivales sonne le glas des prétentions des féodaux. Durant cette période de domination directe de l'île, Gênes tente progressivement d’éliminer les féodaux.. Giovanni della Grossa, dans sa Chronique médiévale de la Corse considérée par Antoine Casanova comme « la plus ancienne des histoires de l'île », relate ces luttes des seigneurs féodaux contre la république de Gênes et cite à plusieurs reprises Lanfranco et sa famille: "La guerre sévissait et il rendit son château à Lanfranco et ses frères qui en étaient les seigneurs naturels". À l'instar de nombreuses familles corses, les Lanfranchi adoptent une attitude ambivalente avec les génois. Parfois, ils collaborent comme le Capitano Lanfranco dalle Vie, fils de Susino, il piovano dalle Vie, gentilhuomo principale di là di Monti, qui bénéficie d'une reconnaissance de noblesse le 25/05/1592Armorial des familles de Corse. Son fils Orazio, ancêtre de la branche corse des Lanfranchi, noble sixL'institution des Nobles XII et Nobles VI, réservée aux insulaires est le critère pour définir la noblesse corse à l'époque génoise., qui épouse Giacominetta, fille du Seigneur de Bozzi, obtient en 1585 confirmation de la benemerenzaRécompense génoise qui peut être assimilée à une marque de noblesse, étant donné que ses receveurs reçoivent les privilèges du port d'arme et d'exemption de la taille, faveurs caractéristiques de la noblesse partout ailleurs en Europe. familiale pour lui et ses filsUne partie de la descendance des fils d’Orazio, en particulier celle de Lanfranco, se fixe à Aullène à la fin du . Environ un siècle plus tard, des Lanfranchi s’installent à Viggianello et Monacia d’Aullène jusqu’où s’étendent les propriétés de la famille. Monacia d’Aullène change de statut en 1864: le hameau d’Aullène devient par décret impérial une commune à part entière. Au , on observe dans les registres communaux et paroissiaux des déplacements entre Aullène, Viggianello et Monacia d’Aullène. Des Lanfranchi naissent à Aullène, puis s’installent et décèdent à Viggianello ou Monacia d’Aullène.: Lanfranco, Cesare, Troiano, Giovan Loviso, Simon Francesco et Aurelio; d’autres fois, à l'instar d’autres seigneurs et du peuple qui se révoltent, les Lanfranchi entrent en conflit avec Gênes. Orazio, en sa qualité d’orateur de l’Au delà des Monts, interpelle en 1590 le Sénat de Gênes contre le tarif des remboursements des dettes contractées par les agriculteurs fixé par le commissaire d'Ajaccio; en 1633, Simon Francesco Lanfranchi veut repeupler et exploiter la région de Valle di Prunu près de Porto Vecchio, Gênes lui refuse la concession du lieu.

Les Lanfranchi établis sur l’Alta Rocca et la Rocca sont issus de la même souche (Lévie). Ce sont les Lanfranchi rucchisgiani et benemeriti. Une partie de la descendance de Lanfranco, fils d'Orazio, par le concours de mariages, quitte Lévie pour Aullène : Cesare à la fin du . Entre le milieu du , certains quittent Aullène pour s’installer à Viggianello ou Monacia d’Aullène, entre autres une partie des descendants de Giovan Battista, Camillo, Gio Tommaso et Antonio Francesco. Leur position dominante au en Corse du Sud, Terra dei Signori«Terre des Seigneurs», en opposition à la «Terre du Commun» (Terra di u Cumunu en langue corse), expressions qui font référence à une représentation de la Corse à la fin du Moyen-âge. L’île aurait été divisée entre un Nord, où les communautés rurales maîtrisaient le foncier avec une mise en commun des terres, et une Corse du Sud, domaine des grands féodaux insulaires (Sgiò)., laisse présumer qu’ils se rattachent à la Maison de la Rocca, famille aux nombreuses ramifications, dont Istria, puis Colonna d’Istria ou Galloni d’Istria. Leurs liens avec Gênes et cette proximité avec la Maison de la Rocca est parfois délicate. Afin de mettre un terme à l’excès de puissance de Rinuccio della Rocca au début du , Gênes scinde le pouvoir et s'appuie sur quatre "principali"Pour maintenir l'ordre et assurer la défense des côtes, Gênes, qui avait peu de troupes en Corse, se tourne vers des principali corses, notables souvent désignés par les historiens sous le nom de gentilshommes., choisis en raison de la notabilité des familles, dont un LanfranchiVoir chapitre «histoire depuis le XIV» de l’article sur la famille de Rocca Serra: à Serra, Giovan Paolo, ancêtre des familles Pandolfi, Rocca Serra, Susini et Vincentelli; à Zonza, Prosperin, ancêtre de la famille Giudicelli; à Quenza, Giacomo, ancêtre de la famille Ettori; à Levie, Orazio, ancêtre de la famille Lanfranchi, obtient le quitus du Sénat de Gênes le 12.9.1592 pour son action d'orateur de l’Au-Delà-des-MontsRépartition historique datant de la République de Gênes, correspond à l’actuelle Corse du Sud. L'Au-Delà-des-Monts comprend entre autres les juridictions / micro régions de l’Alta Rocca, de la Rocca, Sartène, le Taravo et le fief d'Istria..

Depuis sa naissance, le patronyme n'a presque pas changé. Une partie seulement des Lanfranchi de Lévie, les descendants de Simon Francesco, à l'instar de certains Peretti ou Roccaserra, font précéder leur nom d'une particule, sans doute pour se conformer aux usages français de la noblesse à la suite de l'annexion de la Corse par la France. D’autres ne changent rien à leur nom comme la plupart des Lanfranchi, certains Peretti, les Abattucci, Durazzo, Pietri, Carabelli ou Pianelli. Outre l’ajout d’une particule, certaines familles dès 1770 font des demandes et obtiennent des reconnaissances de noblesse du Conseil supérieur (Peretti, Pietri, Durazzo, Roccaserra, Carabelli, Ortoli, Pianelli), d'autres, "toutes aussi titrées que les précédentes comme les Lanfranchi, Pandolfi, Giudicelli (…) négligent de postuler et semblent avoir fait un faux calcul, persuadées que, comme les fois précédentes, le roi de France, après avoir pacifié la Corse, la restituera à Gênes. Ceux qui ne le font pas, «s'accrochant à leurs titres traditionnels», se souvenaient que les Génois avaient vu d'un mauvais œil la tentative de Cursay en 1750 de constituer dans l'île une noblesse sous les auspices de la France”. En 1739, un groupe s'intitulant antichi privilegiati dénoncent à la Caméra les prétentions de certains imposteurs qui, avec la complicité du lieutenant de Sartène, tentent de se faire reconnaître comme nobles. L'adresse est signée par Rocco Peretti et Giovan Battista Lanfranchi. L'absence des Rocca Serra, Durazzo et Ortoli, pourtant leurs parents, parmi les signataires laisse deviner les contours de deux partis qui s'affrontent, l'un plus attaché à Gênes, l'autre plus ouvert à la France. Il est étonnant que les Lanfranchi n'aient pas fait cette demande, car ils avaient été une des quatre familles à effectuer une telle demande auprès de l'Office de Saint-Georges de Gênes. vignette|Lanfranco Lanfranchi d’Aullène, marié en 1821 avec Maria Nicoletta Carabelli de Fozzano.