L'histoire des juifs à Będzin (en yiddish: בענדין prononcé Bendin), remonte à la fin du . La population juive va croitre très rapidement au début du pour atteindre en 1835 près de la moitié de la population de la ville et à la fin du siècle plus de 80 % de la population totale. Lors de l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale, la communauté compte environ . Anéantie par les nazis, il ne restera que après la Shoah, principalement des personnes ayant réussi à se réfugier en URSS au début de la guerre. Dans les années qui suivent, la très grande majorité des survivants quittera la Pologne en raison de l'antisémitisme ambiant.
Będzin est une ville du sud de la Pologne, traversée par la rivière Przemsza. Située à au nord-est de Katowice dans le district de Będzin et la région de Silésie, elle compte actuellement un peu moins de .
Histoire de la communauté juive de Będzin
Le début de l'implantation des Juifs Les premières indications de la présence de Juifs à Będzin date de la fin du . Au début du , ils vivent du commerce et du prêt d'argent et habitent le long des remparts de la ville, où se situe actuellement la rue Zaułek. Plus tard, ils s'installent rue Zawała, autour de la rue Rybna et dans ce qui deviendra la rue Berka Joselewicza.
Il est fait mention aussi, que des Juifs résident à Będzin dans le quartier de Zakamarki en 1504: Wojciech Jaworski: Żydzi w Zagłębiu Dąbrowskim. Zarys dziejów (Les Juifs dans la région de Dabrowskie. Les grandes lignes de l’histoire); Sosnowiec; 2006; pages: 3 et 4. Le , le roi de Pologne Étienne Báthory promulgue un décret offrant aux Juifs de Będzin différents droits et libertés. Rapidement, à la suite de ce privilège, une communauté juive (Kehilla) est fondée, une synagogue en bois édifiée dans la rue actuelle Targowa et un cimetière juif établi dans les faubourgs de la ville. La communauté met en place une cour juive, comprenant un rabbin, un conseiller juridique et des jurés. Cette cour qui siège dans la synagogue, règle les différends entre Juifs et chrétiens, en présence du gouverneur local. Une prison, financée par la communauté juive est située à côté de la synagogue.
Au , la vie juive gravite autour de la synagogue. La communauté est dirigée par le rabbin aidé par quatre juges (Dayanim), dont la charge est de diriger les institutions sociales, comme la Hevra Kaddisha (Société du dernier devoir), le Talmud Torah (École religieuse), la caisse de l'hôpital juif et le Maoz Dal (Fond d'assistance pour les pauvres). La communauté offre une dot aux jeunes filles pauvres, des habits pour les pauvres et des prêts philanthropiques. Będzin étant situé près de la frontière nationale, les réfugiés juifs chassés de leur pays, affluent souvent en ville et sont pris en charge par les institutions de la communauté.
Deux heders (écoles élémentaires) et une yeshiva (centre d'étude de la Torah) se trouvent à proximité de la synagogue: Szymon Rotenberg: History of Jewish Będzin; traduit en anglais par: Lance Ackerfeld; site: A Memorial to the Jewish Community of Bendin (Będzin, Poland); éditeur: A. Sh. Stein, Association of Former Residents of Bedzin in Israel; Tel Aviv; 1959. En 1616, un important incendie détruit la ville. De nombreux Juifs perdent leur maison. On ignore le nombre exact de Juifs à Będzin au , car la communauté ne divulgue pas le vrai nombre afin d'éviter de payer trop de taxes qui s'établissent à 3 florins par personne.
Le , le roi Ladislas IV confirme les droits et privilèges offerts aux Juifs en 1583. En même temps, les marchands juifs obtiennent les mêmes droits que les marchands chrétiens. Les marchands juifs profitent rapidement de ce privilège et se lancent dans le négoce international, comme en témoigne la participation du marchand Moshe Bendiner de Będzin à la foire de Leipzig en 1695. Le , le roi Michel Wiśniowiecki reconfirme les droits et libertés des Juifs de Będzin. À cette époque le nombre de Juifs à Będzin est relativement faible. Les sources ne sont pas fiables. L'une d'elles indique en 1674, tandis qu'une autre mentionne en 1676: A. Kaźmierczyk: Materiały źródłowe do dziejów Żydów w księgach grodzkich dawnego województwa krakowskiego z lat 1674–1696 (Matériel source de l’histoire juive dans les livres de l’ancienne province de Cracovie de 1674 à 1696); éditeur: Ksiegarnia Akademicka; Cracovie; 1995; . En 1685, Jean III Sobieski reconfirme les droits et privilèges des Juifs de Będzin.
En 1666, un envoyé spécial, le rabbin Israel ben Shmuel (Szmueliwicz, Szmuelowicz) est dépêché de Będzin à Cracovie pour représenter la communauté à l'assemblée générale des communautés juives organisée par le Va'ad Arba' Aratzot (Conseil des Quatre Pays).
Au début du , les Juifs les plus importants de Będzin sont: Herszl et Dawid Aharonowicz, Jakob Lewkowicz, Majer Szapira, Herszl Rubin, Jakob Erlich, Icchak Gitler, Szymon Londner, Lajb Zondlowicz, Wilk et Dawid Brauner. Dans la seconde moitié du , les juifs constituent la majorité des habitants de Będzin. Ils possèdent des abattoirs, des tavernes et la plupart des étals du marché de la ville.
De nombreux documents historiques donnent des informations sur les rabbins de la ville: en 1765, le rabbin est Mosche, en 1775 Meir et en 1783 Tuvie et son fils David. Pendant les trente années suivantes Moshe Hamburger occupe le poste de rabbin de Będzin. En 1765, la communauté juive de Będzin incorpore les habitants des villages voisins de Niwka, Zagórze et de Modrzejów: Bolesław Ciepiela et Małgorzata Sromek: Śladami Żydów z Zagłębia Dąbrowskiego. Wspomnienia (Sur les traces des Juifs de la région de Dabrowskie. Souvenirs), éditeur: Stow. Autorów Polskich Oddział Będzinski; Będzin; 2009; page: 17; .
Le , Stanislas Auguste Poniatowski reconfirme une nouvelle fois les privilèges et libertés des Juifs de Będzin. Un recensement effectué en 1789 dans la région de Cracovie, donne habitant Będzin dans . Des données de 1790 mentionnent un hôpital juif, une école (Shul peut signifier école ou maison de prière) et une maison séparée pour le rabbin. À cette époque un docteur juif réside en ville: Wojciech Jaworski: Żydzi w Zagłębiu Dąbrowskim. Zarys dziejów… page: 4 et 5. Le registre de la population juive en 1791, donne les noms des vivant en ville: Jaroslaw Krajniewski: Gmina żydowska w Będzinie na przełomie XVIII i XIX w (La communauté juive de Będzin au tournant des ). Jarosław Krajniewski note que ce recensement effectué par les autorités polonaise n'a peut-être pas inclus tous les Juifs de la communauté.
En 1795, Będzin passe sous domination prussienne. Les lois prussiennes autorisent les Juifs depuis 1791 à établir leurs propres guildes séparées, au grand dam des artisans et commerçants chrétiens qui jusqu'alors se protégeaient de la compétition juive. Le , les autorités prussiennes adoptent le General-Juden Reglement für Süd und Neu-Ostpreussen (Statut général des Juifs pour la Prusse-Méridionale et la Nouvelle-Prusse-Orientale), qui continue à reconnaitre les Juifs comme un groupe séparé, mais qui leur octroie une citoyenneté urbaine partielle. La division entre juifs protégés (Schutzjuden) et juifs tolérés est maintenue: Artur Eisenbach: Emancypacja Żydów na ziemiach polskich 1785–1870 (Émancipation des Juifs sur les terres polonaises 1785-1870); éditeur: Państwowy Instytut Wydawniczy; Varsovie; 1988; pages: 128 et 129; : Dariusz Walerjański: Z dziejów Żydów na Górnym Śląsku do 1812 roku (De l'histoire des Juifs en Haute-Silésie jusqu'en 1812); in: Orbis Interior; 2005; volume: V; page: 37. Le , un décret séparé sur les droits des Juifs est signé par le roi Frédéric-Guillaume III. Il introduit des restrictions significatives sur la possibilité d'installation des Juifs et des taxes plus élevées: Wojciech Jaworski: Żydzi w Zagłębiu Dąbrowskim do 1939 roku (Les Juifs de la région de Dabrowskie jusqu’en 1939); in; Zeszyty Zagłębiowskie (Carnets de Zagłębie); éditeur: Muzeum Zagłębia w Będzinie; 1989; no. 2; page: 33.
Du royaume du Congrès à l'Empire tsariste Pendant la période du royaume du Congrès, les autorités tsaristes introduisent des restrictions à l'installation des Juifs dans les zones frontalières. Comme Będzin se trouve alors à des frontières autrichienne et allemande, les Juifs ont l'interdiction de s'installer en ville sans un permis spécial délivré par les autorités tsaristes. Les Juifs s'installent donc dans les villages ruraux alentour comme Sielec, Modrzejów, Łagisza, Siewierz, Strzemieszyce, Sławków et d'autres. Après l'épidémie de choléra de 1831, pendant laquelle plus de moururent en moins de deux semaines, un terrain est acheté sur la rue Podzamcze pour en faire un nouveau cimetière juif. Le rabbin Hirsch Rozanis y sera enterré en 1846. Un ohel est érigé sur sa tombe.
Au , la population juive de la ville croit fortement. En 1835, on compte vivant en ville et constituant 49 % de la population totale. Le gaon et fondateur de la dynastie de Sochaczew, le rabbin Avremele Borenstein ou Avrohom Bornsztain (1839–1910) nait à Będzin. Sa mère est la fille du rabbin Mordechai Hirsch Erlich qui habite Będzin. En 1850, le rabbin Langfus est recruté comme rabbin de la ville avec un salaire de . Pendant son affectation, un scandale va éclater concernant la Hevra Kaddisha (société funéraire). En , le Juif Jakob Reichman se noie dans une rivière. Quand le corps est ramené à Będzin, la Hevra Kaddisha, contrairement à tout usage, demande un paiement à la famille avant de s'occuper du corps du défunt. Son gendre Hendel Erlich paye la somme, et c'est seulement alors que les funérailles purent avoir lieu. Les membres de la société funéraires furent jugés lors d'un procès retentissant en 1854-1855 .
En 1855, il y a qui habitent Będzin, soit 68 % de la population de la ville. Dans les années 1857-1862, une nouvelle synagogue en bois est construite au pied du château pour un montant de . Pour couvrir ces dépenses, un emprunt de est pris auprès du prêtre de la paroisse de Grodziec: Leopold Szweblik et Bolesław Ciepiela: Dzieje parafii Grodziec (Histoire de la paroisse de Grodziec); éditeur: Księg. Św. Jacka; Katowice; 1992; page: 67; : Bolesław Ciepiela et Małgorzata Sromek: Śladami Żydów z Zagłębia Dąbrowskiego. Wspomnienia… page: 18. Quand le rabbin Langfus décède en 1864, la communauté n'a pas assez d'argent pour employer un nouveau rabbin. Pour cette raison elle recrute un dayan, Dawid Shlesinger, qui enseignait à Będzin depuis 1849. Mais les autorités tsaristes refusent sa nomination et demandent qu'un rabbin qualifié, parlant le russe, soit embauché. En 1865, Majer Englradem se voit proposer le poste, mais meurt soudainement. En 1866, Iczele Kimelman de Piotrków devient le nouveau rabbin. thumb|upright|right|La nouvelle synagogue en briques (photo de 1930)
Durant cette période, Będzin se développe rapidement, principalement en raison des mines de charbon et de la production d'acier. La communauté juive bénéficie aussi de cette croissance économique. En 1875, est prise la décision de construire une nouvelle synagogue en briques. La construction a lieu de 1892 à 1894, à l'emplacement de la synagogue en bois. Quand le rabbin Kimelman meurt en 1893, il est temporairement remplacé par son ancien adjoint, le rabbin Joszuale Telner. Le , Berisz Graubart est désigné nouveau rabbin. Il perçoit un salaire de par an. À cette époque, la communauté juive de Będzin couvre une importante région et le rabbin Graubart inaugure de nombreuses maisons de prière afin de permettre l'accès aux pratiques religieuses à tous les membres de la communauté. Des maisons de prière ouvrent à Strzemieszyce Wielkie en 1899, à Niwka en 1900, à Porąbka en 1900 et à Czeladź vers 1905. En 1897, il y a à Będzin, représentant 80 % de la population totale.