Le village martyr d'Oradour-sur-Glane est un village en ruine situé en France dans le département de la Haute-Vienne, en région Nouvelle-Aquitaine. Il s'agit de l'ancien bourg chef-lieu de la commune d'Oradour-sur-Glane laissé en l'état après que la localité a été encerclée, ses habitants exécutés et ses bâtiments incendiés le , au cours du massacre d'Oradour-sur-Glane, commis par la SS .

Le classement au titre de monument historique du concerne également l'ancienne église Saint-Martin, lieu où une partie des massacres se sont déroulés.

Le village est un lieu emblématique du tourisme mémoriel, l'accès se fait par le Centre de la mémoire d'Oradour-sur-Glane.

Histoire Contexte Le bourg d'Oradour-sur-Glane constitue le chef-lieu de la commune du même nom. Avant la guerre, et encore au début du , la morphologie urbaine de cette dernière est typique du Limousin, avec une population répartie entre un bourg et de nombreux « villages », aujourd'hui couramment appelés « hameaux », bien que ce terme soit traditionnellement impropre dans la région... C'est donc bien le bourg d'Oradour qui est détruit lors du massacre de 1944.

Ainsi, au recensement de 1936, la commune d'Oradour compte habitants, dont seuls habitent le bourg. Plusieurs villages de la commune concentrent alors une population de plusieurs dizaines de personnes, comme Les Bordes ( recensés), Le Repaire ( recensés) ou La Fauvette ( recensés)..

Le bourg présente une morphologie caractéristique de la région, comprenant une rue principale et quelques rues adjacentes. La commune compte un monument historique, la lanterne des morts du , inscrite par arrêté du et située dans le cimetière. Commune agricole, Oradour dispose également de nombreux commerces et services, comprenant des hôtels-restaurants. Les rives de la Glane sont fréquentées par les pêcheurs.

La destruction du bourg

Oradour-sur-Glane reste à l'écart des combats de la Seconde Guerre mondiale. Mais le samedi , une unité de la Waffen-SS, la blindée « », encercle le bourg, rassemble ses habitants sur le champ de Foire avant de les répartir dans les granges et l'église, et d'exécuter 643 d'entre-eux. L'ensemble du bourg est ensuite incendié. Le lendemain, des Nazis reviennent dans le village pour poursuivre le travail de destruction des lieux et des corps..

La présence de nombreux réfugiés de guerre (Espagnols ayant fui le franquisme, évacués d'Alsace et expulsés de Moselle, Juifs français et étrangers) et le dynamisme agricole de la bourgade, où la population urbaine vient trouver du ravitaillement, expliquent en partie le nombre de victimes, supérieur à la population officielle du bourg.

Une statistique détaillée produite après le massacre fait état de 328 constructions détruites, dont :

Dans le bourg, seules deux habitations sont épargnées ; l'une sur la route des Fauvettes vers le nord, l'autre sur la route des Bordes, à l'est.

En grand nombre, des habitants des hameaux sont raflés et tués au sein du bourg (on y trouve de nombreux enfants, de fait présents dans leur école), sans que ces hameaux soient nécessairement détruits : c'est le cas de Bellevue, situé à environ au sud d'Oradour. Mais certaines habitations proches du bourg subissent l'incendie ; c'est le cas du Puy Gaillard et du Chalet Saint-Vincent en rive gauche de la Glane, à moins de de l'entrée sud d'Oradour, ou de la ferme du Masset, à à l'est du bourg.. Les bâtiments en question, contrairement à ceux du bourg, ont ensuite été reconstruits et réinvestis par des occupants.

Plan du village martyr 500px|center|Plan du village martyr.

Galerie

Après le massacre Les opérations de secours et de déblaiement Les jours qui suivent le sont marqués par les premières opérations de « secours », de rassemblement et d'inhumation des corps des victimes. Celles-ci interviennent dès le lendemain dimanche après-midi, mais surtout à partir du mercredi . Prioritairement, procède au déblaiement des bâtiments où la présence de restes humains est la plus probable.

La décision de la conservation Dès le mois de juillet, alors que la région est encore officiellement sous l'autorité de l'État français vichyste, qui condamne le massacre par la voix du préfet Marc Freund-Valade, les responsables religieux et politiques locaux envisagent la reconstruction du village sur un nouveau site. Ces premiers gestes suscitent des réactions contrastées parmi les mouvements résistants. La fragilité des ruines et la persistance de restes humains, même après les opérations de « secours », rendent de toute façon difficile une reconstruction in situ.

Après la Libération de Limoges, effective à la fin du mois d', les autorités préfectorales provisoires décident de nommer un conservateur bénévole, Pierre Masfrand, érudit local. Ce choix est validé par arrêté du nouveau préfet Jean Chaintron, le . Le comité départemental de libération, dirigé par le pasteur Albert Chaudier, soutient la conservation des ruines.

En octobre, un Comité officiel du souvenir est mis en place et placé sous la responsabilité du ministère de l'Intérieur et du Commissaire de la République.. Cette instance formule des souhaits tant sur la préservation des ruines que sur la forme du bourg à reconstruire. Ses travaux sont marqués par l'affrontement qui se confirme entre socialistes et communistes issus de la Résistance, qui parallèlement cherchent à contrôler les instances politiques du département.

En parallèle, à Oradour, un Comité du souvenir, où siègent essentiellement des élus locaux et familles de victimes, se constitue pour soutenir la création d'un ossuaire, organiser des cérémonies et conserver la mémoire du massacre. Il est remplacé en 1945 par l'Association nationale des familles de martyrs (ANFM).

Le statut particulier des ruines d'Oradour est proclamé par le Gouvernement provisoire de la République française dès le . Le village martyr bénéficie dès lors d'une inscription à l'inventaire des sites au titre de la loi du 2 mai 1930, mais cette décision ne fait pas obligation de conservation des bâtiments.

Le , trois semaines après que le général de Gaulle a visité les ruines d'Oradour, l'architecte et inspecteur général des Monuments historiques Pierre Paquet présente un rapport par lequel il recommande de classer le village martyr d'Oradour et d'en faire une « nécropole » entourée d'un mur d'enceinte. Nommé à ce poste en début d'année, et probablement déjà pressenti à cette fonction par le préfet sous Vichy au début de l'été 1944, Pierre Paquet propose aussi d'édifier une chapelle souterraine pour accueillir les corps des victimes, de dévier la route principale et d'établir le nouveau bourg à distance.

Le , une loi est votée, sans débats, ce qui est exceptionnel. En plus de fixer le cadre de la reconstruction du bourg., par son article elle acte le transfert des terrains et ruines à l'État et permet le classement de l'ensemble au titre des Monuments historiques.. Par sa forme, cette procédure de classement est inédite car résultant d'une décision législative et non administrative et par la nature traumatique des lieux qu'elle qualifie, sans référence comparable. Elle suscite les réticences de certaines administrations centrales, qui pointent le coût important d'une telle mesure dans un contexte de reconstruction nationale.

La création d'un sanctuaire La préservation des vestiges, et même leur « pétrification », répond à une demande politique ; elle doit attester la réalité du massacre à ceux qui ne l'ont pas vécu, et permettre l'expérience de l'émotion que les autorités de l'époque jugent nécessaire chez chaque visiteur. À Oradour, c'est une « tonalité souffrante » qui s'impose dans la lecture du drame et qui préside à la patrimonialisation des vestiges jusqu'à ce que la création du Centre de la mémoire en 1999 n'y associe plus franchement la lecture politique..

Le souhait des instances de sanctuariser un lieu associé à la mort« Le respect dû aux malheureux martyrs ne saurait tolérer la construction et l'ouverture d'auberges et autres lieux de plaisirs ou de beuveries sur le lieu même de leur supplice » (lettre de P. Masfrand au Préfet de la Haute-Vienne, 10 octobre 1944). plaide aussi en faveur de la reconstruction du bourg sur un autre site. Le classement aux Monuments historiques doit aussi contribuer à éloigner les activités commerciales jugées peu conformes au caractère sacré conféré au site.

Dans les premiers mois qui suivent le , le conservateur Pierre Masfrand plaide en faveur de dispositifs visant à suggérer au mieux l'ampleur de l'horreur : scènes reconstituées de certains intérieurs de maisons à l'aide d'objets restitués par la police, préservation des impacts de balle et traces de sang, entretien d'une flamme et d'une fumée chaque semaine dans le clocher de l'église…

Oradour-sur-Glane constitue l'un des quatre villages détruits durant la Seconde Guerre mondiale à avoir été intégralement conservé, avec Lidice (Tchéquie), San Pietro Infine (Italie) et (Croatie). La patrimonialisation du village martyr dès la fin de la guerre constitue un cas inédit en France, alors que ce processus s'enclenche plus généralement à partir des années 1970 dans les autres cas. La sanctuarisation du village, et son abandon par les habitants, correspond au cas le plus radical, dans la typologie des stratégies de gestion d'un lieu de catastrophe proposée par Gaëlle Clavandier..

L'entretien du site La question de la pérennité des ruines est posée dès la décision de la conservation.

Dans les premiers mois suivant le drame, les ruines bougent beaucoup : des effondrements ont lieu, des éléments sont prélevés par les visiteurs et les ayants-droit, lesquels continuent d'exploiter des jardins, en dépit du fait que l'État est désormais propriétaire des terrains. Dès l'hiver 1944-1945, des travaux de consolidation sont menés, prioritairement sur l'église, dont on envisage puis abandonne la couverture. Ailleurs, certains murs sont abaissés et épaulés de contreforts, d'autres supprimés, des linteaux de bois sont remplacés par du ciment.

Pour l'essentiel, les préconisations de Pierre Masfrand sont abandonnées par Pierre Paquet, au nom de la « dignité » du lieu. Cet affrontement de vues s'inscrit aussi dans la dégradation des relations entre les locaux et l'État, marquée par l'amnistie des Malgré-nous initialement condamnés lors du procès de Bordeaux en 1953.

En 1961, l'architecte Jean-Pierre Paquet, fils de Pierre Paquet, présente un nouveau rapport qui interroge la qualité des consolidations, questionne la capacité de financement des travaux et prône l'abandon progressif de certains vestiges. À partir des années 1970, les éboulements se multiplient et les interventions deviennent plus fréquentes, plus massives et plus coûteuses. En 1972, le conservateur des Bâtiments de France s'inquiète de travaux devenus trop visibles.

Avec les années et la dégradation des vestiges, une conciliation entre conservation, sécurisation et travail d'information auprès des visiteurs est nécessaire. L'authenticité des ruines est altérée : certains murs sont démontés puis reconstruits avant tout affaissement et des ouvertures sont condamnées pour éviter les circulations au sein des édifices. Avec le temps, cette artificialité croissante de l'état des vestiges fait que la ruine « est de moins en moins un indice, de plus en plus un symbole »..

Dans les années 1980, une nouvelle politique de conservation menée par l'architecte Gabor Mester de Parajd s'incarne dans la priorité donnée à la sécurisation des façades de la rue principale. On remplace aussi les isolateurs en porcelaine des caténaires du tramway. Certains immeubles situés à l'écart du parcours de visite sont volontairement abandonnés. Dans les années 1990, le conservateur suivant, Jean-Jacques Sill, propose un temps d'intervenir sur les espaces délaissés, avant de consentir à l'accompagnement de « l'inéluctable mort du site ».

Aménagements postérieurs au massacre