Le Dernier Vivant est un roman de Paul Féval, paru en feuilleton dans le journal Le Courrier de France du au . L’histoire se déroule dans la seconde moitié du en Normandie et à Paris.
Écrit peu après la défaite de 1870, il dénonce la corruption des fournisseurs d’équipement militaire qui, d’après Féval, sont responsables de la défaite française.
Ce roman se distingue du reste de l’œuvre de Féval par le mélange de plusieurs procédés littéraires : narration classique et épistolaire, focalisation interne mais utilisation du point de vue narratif de plusieurs personnages…
Résumé L’action, racontée par Geoffroy de Rœux peu de temps après la guerre franco-allemande de 1870, se déroule principalement à Paris et dans la campagne d’Yvetot, en Normandie ; elle commence en 1866 mais présente de nombreuses analepses.
Première partie : Les Ciseaux de l’accusée Le dossier de Lucien Thibault En le jeune diplomate Geoffroy de Rœux revient en France après avoir reçu une lettre de son ami d’enfance, le juge d’instruction Lucien Thibault, qui lui demande de le rejoindre au plus vite.
vignette|droite|La maison de Jacques Louaisot de Méricourt, rue Vivienne, donne sur le Passage Colbert. À Paris, Lucien est introuvable. Geoffroy finit par retrouver sa trace grâce à Jacques Louaisot de Méricourt, directeur d’une agence de renseignements : Lucien souffre d’un dédoublement de la personnalité et a été interné. Au cours d’une visite que lui rend Geoffroy, Lucien évoque son épouse, Jeanne, accusée de meurtre, et confie à son ami un dossier constitué de documents relatifs à la dernière affaire sur laquelle il a travaillé.
En se plongeant dans la lecture du dossier, Geoffroy découvre peu à peu la machination dont Lucien a été victime.
Au début des années 1860, Lucien quitte l’Université, où il a étudié le droit, et pour sa première affaire, plaide pour le baron Péry de Marannes contre l’épouse de celui-ci. Le baron, sexagénaire resté vert parce qu’incapable de mûrir, dépeint sa femme comme « une vieille femme avare et méchante qui le laiss[e] manquer du nécessaire » au jeune avocat naïf, qui réussit à lui obtenir l’administration des biens de celle-ci. Le baron meurt en 1864, ayant dilapidé sa fortune et celle de son épouse, ainsi qu’une somme d’argent que devait recevoir un enfant qu’il avait eu hors mariage. Le tribunal condamne alors à payer les dettes du baron.
Quelques semaines plus tard, Lucien rencontre la jeune veuve du baron et leur fille Jeanne, dont il tombe immédiatement amoureux. Très vite, leur idylle est assombrie par une série de lettres anonymes que reçoit Lucien, accusant Jeanne d’être une fille perdue qui collectionne les amants, dont son cousin éloigné Albert de Rochecotte, un ami de Lucien, et qui cherche à l’épouser pour sa situation confortable. Dans le même temps, la rumeur de l’amourette de Lucien vient aux oreille de la mère de celui-ci, , qui espère lui faire épouser un bon parti pour pouvoir marier ses deux filles encore célibataires, Célestine et Julie.
Bien que refusant de croire aux révélations des corbeaux, Lucien finit par écrire à Rochecotte pour lui demander s’il connaît ou non Jeanne. Rochecotte lui répond qu’il n’a jamais vu Jeanne mais qu’il a de son côté reçu une lettre anonyme l’avertissant que sa maîtresse, qu’il surnomme « Fanchette », serait sur le point d’épouser Lucien.
Au cours de sa lecture, Geoffroy constate, comme Lucien avant lui, une ressemblance entre l’écriture de certaines lettres anonymes et celle de la Marquise Olympe de Chambray, cousine éloignée d’Albert et de Jeanne, et amie d’enfance de Lucien dont celui-ci était amoureux quand il était adolescent.
En , l’oncle d’Albert de Rochecotte meurt. Celui-ci devient alors l’héritier d’un parent éloigné, le richissime Jean RochecotteLe personnage est indifféremment appelé Jean Rochecotte et Jean Rochecotte-Bocourt au cours du roman.. Dans une lettre adressée à Lucien, il lui révèle que s’il mourait, Jeanne deviendrait une héritière potentielle de la fortune des Rochecotte.
Alors que Lucien commence à présenter les premiers signes de troubles de la personnalité, , qui a elle aussi reçu des lettres anonymes, se décide en à quitter Yvetot pour Paris avec Jeanne après avoir reçu deux lettres de et de , président du tribunal de première instance d’Yvetot et supérieur hiérarchique de Lucien, leur demandant de cesser toutes relations avec Lucien. En apprenant les raisons de leur départ, Lucien fait une première crise de démence dont il ne garde aucun souvenir. Olympe de Chambray se rend à son chevet, ce qui convainc immédiatement que la riche veuve pourrait être prête à épouser son fils.
En , Lucien reçoit une lettre du l’informant que est mourante et souhaite le voir. Lucien se rend immédiatement à Paris. En apprenant la nouvelle, Olympe écrit à , qu’elle charge de retrouver Lucien au plus vite. Celui-ci lui apprend que Lucien a rendu visite , qui vient de mourir. Olympe s’arrange aussitôt pour que Jeanne soit emmenée dans un couvent, avec ordre de ne la laisser voir aucun homme.
vignette|droite|Jeanne est emmenée chez Nadar pour se faire photographier. Le , Jeanne reçoit une lettre signée Lucien lui demandant de le rejoindre aux Batignolles. Sur place, elle rencontre Pélagie Bochon, la domestique de Louaisot de Méricourt, qui lui fait croire que a accepté le mariage et souhaite avoir une photographie de sa future bru. Peu après, Jeanne est droguée et séquestrée dans une maison qui n’est autre que celle de Louaisot de Méricourt, donnant sur le Passage Colbert.
De son côté, Louaisot envoie à Lucien deux lettres : la première, anonyme, évoque la disparition de Jeanne et lui conseille d’avertir Rochecotte qu’il doit se méfier de « Fanchonnette » ; la seconde, signée, lui demande de lui accorder un rendez-vous pour parler affaires.
Lucien se rend chez Louaisot et découvre une photographie de Jeanne. Louaisot lui apprend l’assassinat de Rochecotte (l’« affaire des ciseaux »), dont le principal suspect est Fanchette, et lui laisse entendre à mots couverts qu’Olympe de Chambray cache un lourd secret et que Lucien pourrait l’obliger à l’aider à épouser Jeanne en la menaçant d’un simple mot : le codicille.
Lucien, persuadé que Louaisot est responsable de la disparition de Jeanne, demande qu’une perquisition soit effectuée chez lui mais celui-ci a déjà envoyé Jeanne et Pélagie en lieu sûr à la campagne.
Alors que Geoffroy interrompt sa lecture pour aller dîner, il rencontre Louaisot, qui a déjà pris connaissance du dossier du Lucien et l’avertit que plus il avancera dans sa lecture, moins il comprendra de quoi il ressort. Peu après, Geoffroy découvre avec stupéfaction que la femme avec laquelle Louaisot avait rendez-vous à la sortie de l’Opéra n’est autre que Jeanne, dont il a vu une photographie chez Lucien et qu’il croyait disparue.
Geoffroy reprend sa lecture du dossier : alors que Lucien rentre à Yvetot, Olympe demande à Louaisot de garder Jeanne cachée encore quelques jours, alors que celui-ci souhaite mettre la police sur la piste de l’assassin de Rochecotte. Peu après son retour, Lucien rencontre Pélagie, qui lui amène Jeanne. Lucien cache la jeune fille pendant quelques jours puis se résout à supplier Olympe de l’aider à convaincre sa mère d’accepter Jeanne pour bru. Mais rendu furieux par le mépris qu’Olympe affiche pour la jeune fille, il finit par mentionner le codicille. Olympe comprend rapidement que Lucien ne sait en réalité rien de plus et le renvoie. Les jours suivants, elle tente de se réconcilier avec lui mais Lucien refuse de la voir.
Olympe, soupçonnant Louaisot d’avoir parlé à Lucien, lui demande si l’un de ses anciens employés, dénommé Martroy, est de retour en France. Elle finit par accueillir Jeanne chez elle. De son côté, Louaisot récupère une boîte à ouvrage que Jeanne avait vendu à la mort de sa mère mais qui pourrait devenir un élément à charge dans l’« affaire des ciseaux ».
Alors que Jeanne est introduite en société par Olympe, accepte que Lucien l’épouse. Celui-ci reçoit une lettre d’un certain J.-B. Martroy, qui lui promet d’importants renseignements contre paiement, mais Lucien n’y répond pas.
À Paris, deux lettres anonymes adressées au juge Cressonneau aîné et au procureur impérial révèlent que Fanchette Hulot, l’assassin de Rochecotte, se trouve à Yvetot depuis le mois de juillet sous un nom d’emprunt et sera présente au mariage de Lucien Thibault, le . Cressonneau charge Amyntas Pivert, substitut du procureur, de l’arrestation.
La tontine des cinq fournisseurs Le , Lucien épouse Jeanne mais à la sortie de la mairie, Pivert reconnaît en celle-ci l’original de la photographie représentant Fanchette. Jeanne est arrêtée et incarcérée à la Conciergerie.
À Paris, Geoffroy interrompt sa lecture et découvre un exemplaire du journal Le Pirate, qui publie un roman intitulé La Tontine des cinq fournisseurs. En 1811, alors que se prépare la campagne de Russie, le gentilhomme ruiné Jean Rochecotte-Bocourt, le bedeau Jean-Pierre Martin, le maquignon Vincent Malouais et le déserteur Simon Roux, dit Duchesne, bientôt rejoints par le mendiant Joseph Huroux, décident de devenir fournisseurs de l’armée impériale française.
Très vite, ils parviennent à s’enrichir considérablement en vendant à l’État toutes sortes de fournitures de mauvaise qualité. Mais, incapables de partager équitablement le million de francs qu’ils ont gagné, les cinq associés se laissent convaincre par un notaire, , de créer une tontine : jusqu’à la mort de Huroux, l’avant-dernier fournisseur, le , le capital de la tontine atteint rapidement plusieurs millions. Jean Rochecotte étant le dernier vivant des cinq fournisseurs, son héritier direct était Albert de Rochecotte, suivi par Jeanne Péry de Marannes, alias Fanchette Hulot, puis une autre femme, dont l’auteur ne précise pas le nom mais qui reste seule héritière à la suite de l’assassinat d’Albert et la condamnation à mort par contumace de Jeanne.
En reprenant le dossier de Lucien, Geoffroy découvre que celui-ci, après avoir tenté en vain de convaincre Cressonneau de l’innocence de Jeanne a demandé à Louaisot de Méricourt de retrouver la mystérieuse Fanchette. Ce dernier découvre que J.-B. Martroy a de nouveau contacté Lucien mais que le jeune homme, souffrant d’une pleuropneumonie, n’a pas lu sa lettre. Une fois rétabli, Lucien, qui a quitté la fonction de juge pour devenir avocat, devient officiellement le défenseur de Jeanne.
Deuxième partie : Le Défenseur de sa femme Geoffroy interrompt sa lecture du dossier de Lucien et apprend que la mère d’Albert, la baronne de Frénoy, lui demande de retrouver Jeanne afin qu’elle soit exécutée pour le meurtre de son fils. Il obtient une entrevue avec Olympe. Celle-ci lui donne une lettre qu’Albert lui a écrite quelques jours avant sa mort et dans laquelle il lui révèle que « Fanchette n’est pas Fanchette » et qu’il soupçonne une machination des Péry de Marannes, héritiers après lui de Jean Rochecotte. Bien que l’écriture de la lettre soit semblable à celle d’Albert et que Geoffroy ait parfois soupçonné Jeanne et Fanchette d’être une seule et même personne, ce dernier conserve quelques soupçons quant à son authenticité en voyant Olympe la brûler.
Celle-ci lui annonce ensuite que Jeanne est morte et lui donne pour preuve une lettre « d’un médecin ou [du] curé » dont l’authenticité est indubitable. Malgré tout, Geoffroy soupçonne l’auteur de la lettre d’avoir été lui-même trompé quant au décès de Jeanne. Quand il demande à la marquise si elle croit à la culpabilité de Jeanne, celle-ci lui répond que personne n’est coupable mais que tous ces crimes sont l’œuvre d’un « démon ».