Le massacre de Turin en est une répression exercée par certains membres de l'armée royale (principalement des carabiniers étudiants) lors des journées du 21 et du sur des manifestants civils. Les affrontements surviennent lors de manifestations populaires en raison du transfert de la capitale du royaume d'Italie de la ville piémontaise à Florence.

Dans l'après-midi du , après une matinée émaillée d'affrontements entre des manifestants et les forces de l'ordre Piazza San Carlo, une foule de civils armés de bâtons se dirigent vers le siège du ministère de l'intérieur à piazza Castello. Le bâtiment est alors défendu par des élèves carabiniers qui tirent sur les civils faisant victimes. La soirée suivante, le , de nouveaux troubles ont lieu où des carabiniers apprentis, prenant part au maintien de l'ordre tirent indistinctement sur les civils, touchant par la même occasion un bataillon d'infanterie présent sur la place qui, se croyant pris pour cible, riposte. Les échanges de coups de feu font victimes civiles et militaires.

Ces événements provoquent la chute du gouvernement Minghetti et de nombreuses enquêtes de la part des commissions parlementaires. Toutefois, les personnes arrêtées bénéficient d'une amnistie générale en février .

Prémisses : le transfert de la capitale vignette|Napoléon III En juin , profitant d'une rumeur sur la santé du pape Pie IX et sur de possibles soulèvements dans les États pontificaux, le président du conseil Marco Minghetti envoya à Paris pour rencontrer l'ambassadeur alors en poste dans la capitale française afin de trouver un accord pour le retrait des troupes françaises auprès du Saint-Siège. Pour conclure l'accord, Napoléon III demanda une garantie de la part du royaume italien pour ne pas attaquer Rome, ville perçue comme capitale idéale par une partie des politiciens de la péninsule depuis . Pepoli demanda alors le transfert de la capitale italienne dans une autre ville pour donner une garantie à la France. Louis-Napoléon était alors favorable à la mise en place d'un accord avec une telle décision de la part de Turin. Victor-Emmanuel fut informé au retour de Pepoli en août.

Minghetti communiqua à Menabrea le que le roi acceptait le traité, transférant la capitale à Florence pour des raisons essentiellement stratégiques.

La convention de septembre fut officiellement signée le . À la demande du monarque, cette décision devait rester secrète au moins pour les six prochains mois. En effet, il fallait pour le roi que cette décision ne paraisse pas avoir été le .

Diffusion de la nouvelle à Turin vignette|Victor-Emmanuel II

Malgré la réserve ministérielle sur le traité, les détails de l’accord commencèrent à se diffuser depuis le de la même année. Les journaux de la capitale piémontaise assumèrent selon leurs affinités politiques différentes positions à propos de l’accord. Le gouvernement pouvait compter sur la , porte-voix du ministère, et sur l’, dirigé par . Aussi, des journaux comme la , dirigé par , lié à et à , ou encore la , liée à . Enfin, il y avait les journaux la du sénateur , la lié à rattaché au centre-gauche et le positionné à gauche tout comme le journal de .

Au , le lendemain de la signature de la convention, l’ publia ledit document, sans faire mention du protocole secret concernant l’information. Au , la publia un article sur la fausse nouvelle diffusée la veille selon laquelle le transfert de la capitale à Florence fut une condition imposée par la France.. La diffusion de nouvelles éparses et changeantes apportèrent leur lot d’hypothèses et d’accusations envers le gouvernement. À cela s’ajoutent des rumeurs de cessions territoriales d’une partie du Piémont à la France.

Au , une manifestation de cinq à six mille personnes traversa les rues turinoises aux cris de .. Le déplacement de la capitale était principalement vécu comme une menace pour la croissance économique de la ville.

Par la suite, une centaine de personnes se regroupèrent pour protester avec ardeur au siège de la sans pour autant provoquer de heurts. Le regroupement se dispersa par la suite sans incidents. Le journal ce jour-là avait publié un article qui, favorable à la convention, aurait dû apaiser les TurinoisL'article est reproduit intégralement in .. En effet, l'article fut .En 1884 l'article fut attribué au roi dans l'article ..

"": les journées de répressions

21 septembre

Après-midi vignette|Piazza San Carlo lors des échauffourées de l'après-midi. Le conseil communal extraordinaire fut convoqué à avec pour ordre du jour le transfert de la capitale. Sous les fenêtres du conseil se rassemblèrent un nombre important de personnes venues pour avoir des nouvelles. Parmi eux, certains manifestants étaient aussi présents et brulaient des exemplaires de .

Alors qu'aucune nouvelles ne s'échappaient du conseil communal, les manifestants se dispersèrent rapidement alors qu'un groupe se dirigea vers la pour se diriger une nouvelle fois vers le siège de avec quelques drapeaux italiens. Le propriétaire du journal fit appel à la préfecture de police pour avoir de l'aide. Alors que certains manifestants tentèrent de rentrer dans les locaux du journal, l'ordre de disperser les rassemblements, de saisir les drapeaux et d'arrêter les personnes qui les portaient fut émis de la préfecture turinoise. De nombreux gardes de la sécurité publique (principalement des élèves) se rendirent sur les lieux du soulèvement sabre au clair contre les civils qui, pris de surprise, réagirent en lançant des pierres contre les forces de l'ordre. Ces derniers allèrent au contact de la foule et suivirent les manifestants dans les rues adjacentes, touchant et jetant à terre tous les passant aux alentours, parfois même les personnes qui étaient chargé de la défense des locaux du journal.

Vingt-neuf personnes furent transférées à la préfecture de police, parmi lesquels quelques blessés. Un nouveau groupe se forma au pied de l'immeuble et les gardes ressortirent avec toujours les armes à la main mais furent arrêtés par leurs supérieurs. Le groupe à l’extérieur, devenu conséquent, demanda la libération des personnes arrêté considérant l'action des garde disproportionnées. Ils lancèrent alors des pierres contre les fenêtres du bâtiment.

La préfecture fut alors assiégée et une délégation de la junte communale composée de et tentèrent de calmer la foule et conseilla au préfet de relâcher les personnes arrêtées et de rendre les drapeaux saisis afin d'obtenir un retour au calme sur la place.

Soirée vignette|, le 21 septembre à . Divers rassemblements se formèrent en ville à partir de , d'abord sous les fenêtres de la mairie puis près de la résidence du maire. Ce dernier chercha à convaincre les manifestants de respecter la loi.

Sur la une foule se forma pour protester contre la et contre la préfecture de police. Des carabiniers armés de fusils furent déployés sur place. Ils furent suivis par de nombreux autres corps de l'armée dont les Bersagliers, la cavalerie et l'infanterie alors que la garde nationale parcourait les rues adjacentes. Le but était de vider la place et de la maintenir en l'état. Malgré quelques jets de pierres de la part des manifestants, ces derniers se firent plus rare.

Sur la furent disposés deux escadrons (dont un d'élèves carabiniers) qui dispersèrent un premier groupe qui se dirigeait vers le ministère de l'intérieur. Un autre groupe de manifestants, armé de bâtons, entra sur la place et se dirigea vers le ministère et par conséquent vers les élèves carabiniers. Après quelques heurts, deux coups de feu furent tirés, suivis d'un tir nourri dirigé contre la population. Après un premier moment d'incompréhension, la place se vida et il ne resta plus que des blessés et des morts.

Les secours vinrent en aide aux victimes. Il se forma un nouveau rassemblement qui lança des pierres vers les carabiniers qui se retirèrent vers le ministère. Dans la nuit, les bersagliers arrêtèrent huit personnes qui avaient volé des armes dans une armurerie.

22 septembre

Réactions aux événements de la veille

Un changement de communication entre le roi et intervint le matin suivant la première répression.

Dans la journée, quelques brèves échauffourées eurent lieu contre la mais les manifestants furent facilement évacués.

Le soir vignette|Les heurts sous le monument à Emmanuel-Philibert. vignette|, le 22 septembre à . Dans la soirée, plusieurs rassemblements se formèrent et se rejoignirent, tout en insultant les carabiniers et les forces de l'ordre présentes dans les rues, . Pour défendre la préfecture de police, les carabiniers, l'infanterie et les agents de la sécurité publique furent mobilisés sans pour autant que ces divers corps militaires ne soient coordonnés. La place avait alors une activité normale avec le passage réguliers de voitures. La présence des carabiniers fut la cause de la montée des tensions étant donné qu'ils étaient jugés responsables d'avoir ouvert le feu la veille sur des citoyens sans défense. La proposition de retirer lesdits carabiniers, qui fut émise par les officiers pour éviter tout débordement ne fut pas approuvée par le préfet.

Par la suite, de nouveaux manifestants arrivèrent et provoquèrent un rassemblement plus bruyant. Décrit comme étant composé d', ce mouvement commença à lancer des pierres contre la préfecture et à insulter derechef les carabiniers. Le préfet ordonna alors la sortie de nouvelles troupes, composées essentiellement de carabiniers élèves, pour éloigner les manifestants. Alors que la procédure de dispersement commença, des coups de feu se firent entendre. C'est alors que les carabiniers firent feu vers le centre de la place, touchant un bataillon d'infanterie qui traversa la place. Les agents de la sécurité publique firent à leur tour feu depuis la porte de la préfecture. Dans la confusion qui s'ensuivit, de nombreux échanges de tirs eurent lieu de part et d'autre de la place. Une fois le calme revenu et lorsque les armes à feu se turent, de nombreux corps inanimés parsemaient la place parmi les nombreux blessés.

De nombreux éclats de balles sont encore aujourd'hui visible aux pieds du monument à Emmanuel-Philibert de Savoie.

Les victimes vignette|Tombes des victimes des 21 et 22 septembre 1864 à Turin. vignette|Proclame du maire (23 septembre 1864) Les renseignements sur les victimes des deux journées de manifestations sont recueillies par le docteur . La publication de ses rapports furent au nombre de trois : la première fut éditée avec les renseignements actualisés le , la seconde version parut trois jours plus tard tandis que la troisième et dernière mise à jour fut publiée en novembreRelazione pubblicata dalla stamperia della Gazzetta del Popolo..

Dans la troisième version, le nombre de victimes s'élevait à pour la journée du septembre sur la et pour la journée du septembre sur la . Au total, Rizzetti rapporta le nombre de blessés tout en estimant que ce chiffre était sous-évalué étant donné que certains blessés ont choisi de se soigner par eux-mêmes .

On compte parmi les victimes du quatre militaires ; plusieurs d'entre eux furent blessés pendant les deux journées. Les victimes furent enterrées au cimetière monumental de Turin ..

Morts sur la piazza Castello

Ernesto Ceresito (18 ans), d'Acqui, commis commerçant, célibataire. Giovanni Constantin (23 ans), de Prarostino (Pignerol), commerçant, mort de ses blessures le . Giulio Dalla Lana (17 ans), de Trente, typographe, célibataire. Vittorio Gandiglio (17 ans), de Turin, commis banquier, célibataire. Vincenzo Gauthier (50 ans), de Vercelli, secrétaire, marié. Serafino Genovese (18 ans), de Montiglio, boulanger, célibataire. Alessandro Gianoglio (22 ans), de Pinerolo, vendeur de liqueurs, mort de ses blessures le . Mattia Guerra (23 ans), de Vicence, boulanger, mort de ses blessures le . Giuseppe Longo (22 ans), de Verzuolo, tailleur, célibataire. Giuseppina Mayer épouse Bertino (20 ans), de Tronzano, demeurant à Vercelli, morte de ses blessures le .