vignette|Flacon d'encre noire. Une encre est une substance liquide ou pâteuse fortement teintée qui sert à marquer le papier ou d'autres matériaux imprimables.

Les encres peuvent être constituées de colorants dissous qui imprègnent ou mordent le support comme les teintures, ou de dispersions de pigments dans un liant comme les peintures, dont elles ne se distinguent que par leur usage..

On distingue les encres à écrire ou à dessiner des encres d'imprimerie, de propriétés et de composition très différentes..

Depuis les années 2000-2010, des encres conductrices, fluorescentes, phosphorescentes ou thermochromiques, chargées d'ions métalliques, pour certaines « réchauffantes » ou « refroidissantes », arrivent sur le marché.

Encres à écrire et dessiner vignette|Trois encriers et une plume en verre. vignette|Dessins avec des encres faites main.

L'encre répond au besoin de laisser sur un support une trace distincte et pérenne, suffisamment précise et contrastée pour qu'on y discerne des signes sans ambiguïté. L'encre contient au moins un colorant, et presque toujours de l'eau, ou plus rarement un autre solvant, véhicule qui permet de déposer le colorant sur le support. Trois moyens peuvent assurer que la trace ne s'efface pas. Soit, comme pour les teintures, un mordant lie le colorant au support, soit un liant, comme pour les peintures, le colle à la surface. Enfin, un support suffisamment poreux comme le papier peut protéger, dans sa propre matière fibreuse, le colorant de l'encre.

Les encres à écrire ou à dessiner s'appliquent manuellement au moyen d'un instrument, calame, plume, pinceau, tire-ligne, sur un support qui fut autrefois un ostracon et du papyrus, ensuite du parchemin, puis enfin du papier.

Retracer l’histoire de la composition des encres noires dans l'Antiquité est difficile par manque de littérature technique. Les chercheurs trouvent des informations souvent fragmentaires dans des ouvrages d'architecture, de médecine ou d'autres domaines éloignés de l'objet de leur recherche. Des moyens scientifiques nouveaux utilisés à la fin du et au permettent d'affiner la connaissance – analyses physico-chimiques, usage de l'accélérateur Grand Louvre d'analyse élémentaire, spectrométrie de fluorescence des rayons X..

Selon Denis Guthleben, l'invention de l’encre s'est produite sur les bords du Nil, en Égypte, il y a et non en Chine comme on l'affirme souvent..

Les encres les plus anciennes connues sont l'encre au carbone, correspondant probablement à celle utilisée sur un ostracon vers , et l'encre métallo-gallique dont la première « recette » complète date du Des encres mixtes sont cependant attestées au , qui étaient de l'encre au carbone à laquelle on ajoutait au sel métallique ou de l'encre métallo-gallique à laquelle on joignait un composé de carbone.

Une encre s'apprécie par sa commodité, sa fluidité et sa fixité. Elle doit sécher rapidement à la surface du support. La solidité de l'encre, permettant la conservation sur une longue durée, a été d'une importance considérable tant pour les beaux-arts que pour les documents légaux et notariaux.

Elle est conditionnée, assez rarement au , sous forme sèche en pastilles ou en bâton à diluer dans l'eau ou, couramment, sous forme liquide en petits flacons, qui peuvent parfois servir d’encrier, ou en bouteilles ; le conditionnement en cartouches est apparu au milieu du .

Encres au noir de carbone vignette|upright|Bâton et pierre à encre. Les encres fabriquées à partir de produits de combustion imparfaite de bois sont donc les plus anciennes dont on ait conservé la trace. Vitruve, Dioscoride et Pline en donnent des recettes, le premier indiquant qu'on part de la suie obtenue par le brulage d'une résine, de sarments de vigne, de copeaux de pin ou même de lie de vin séchée à mélanger avec de la gomme arabique, le second ajoute à la gomme de la colle de taureau ainsi qu’un sel métallique et le troisième ajoute à la recette de Vitruve du vinaigre qui rend l’encre plus tenace, et même de l’absinthe pour éloigner les rongeurs. Le produit séché est ensuite broyé pour l'usage. Les anciens s'en servent comme pigment et, dilué dans un liquide, comme encre. Celle-ci fraiche pouvait être effacée d'un coup de pinceau ou d'éponge humide ; séchée et adhérant au support, elle devait être grattée avec des bâtons de grès pour disparaitre.. Les Romains appelaient toute substance colorante noire qui servait à l'écriture, à la teinture ou à la peinture.

L'encre de Chine en est un autre exemple, qui se conserve sous la forme d'un bâton d'encre constitué de noir de fumée et d'un liant protéïque, gélatine ou colle de peau, formant un bâton que l'on frotte au moment de l'usage sur une pierre avec de l'eau. Sa préparation réalisée avec davantage de soin donnant un grain de noir de fumée très fin lié avec de la colle donnait une meilleure pénétration du produit dans les fibres du support. Cette encre, dite encre sumi au Japon, sèche, a l'avantage d'être indélébile ; mais pour cette même raison elle encrasse les plumes.

L'encre pour Sefer Torah a une composition similaire à celle de l'encre de Chine ; sa préparation fait l'objet de prescriptions rituelles précises sans lesquelles le document n'aurait plus de valeur spirituelle. L’ de la Rome antique est aussi basée sur le noir de carbone.

Le bistre, produit brun de la combustion imparfaite du bois dans les cheminées, est utilisé surtout en dessin, simplement mélangé à de l'eau ou à une solution de gomme arabique.

Les encres noires prêtes à l'emploi, vendues en flacon dès le début du , sont le plus souvent composées d'un pigment noir de carbone produit industriellement, plus pur, dont la taille des particules est mieux contrôlée et d'un véhicule aqueux, avec quelquefois une petite proportion d'alcool éthylique. La taille des particules de carbone varie. Elle doit être faible, afin de s'infiltrer entre les fibres du papier, sans atteindre la taille nanoparticulaire, afin de conserver une bonne opacité. À ces composants essentiels peut s'ajouter un liant qui peut être une gomme, une colle protéïque ou une résine. Le liant favorise la solidité mécanique, mais rend le nettoyage des instruments plus difficile, et change l'aspect. Enfin, les encres liquides contiennent des émulsifiants pour que les particules de pigment ne se déposent pas, des conservateurs et autres additifs. Les fabricants ont ajusté leur composition pour la plus grande fixité, l'aspect mat ou brillant, très noir en vue de la reproduction photographique au trait, c'est-à-dire sans nuances entre le blanc et le noir, la meilleure adhérence au support, afin de pouvoir gommer les esquisses au crayon.

Encres mixtes Des formules d'encres historiques peuvent réunir tout ou partie des éléments des encres de noir de carbone et des encres métallo-galliques.

« (…) dès le , l’encre noire semble correspondre à une encre mixte, c’est-à-dire un noir de carbone dans lequel on a ajouté des éléments métalliques, essentiellement du cuivre et du plomb, plus rarement du fer et du zinc. Les auteurs ne savent cependant pas si cet ajout d’éléments métalliques est volontaire ou s’il vient d’une contamination via un outil ou un encrier. En revanche, ces études semblent confirmer les écrits de Philon de Byzance qui, dès le , disent déjà qu’il faut ajouter des sels métalliques pour améliorer les propriétés de l’encre ». Dioscoride donne une recette qui inclut un sel métallique dans son De materia medica (au Livre V, 6). On possède aussi le Papyrus V de Leyde qui l'indique au .

Encre métallo-gallique

À partir du changement de support, le rédacteur passant du papyrus ou de l’ostracon au parchemin, l'encre comportant des sels métalliques va être privilégiée alors que l’ocre rouge reste utilisé pour les encres rouges.

Les encres métallo-galliques sont préparées à partir d'extraits végétaux (généralement des tanins) obtenus par décoction (dans de l'eau ou du vin) ou par macération. Après filtration, on ajoute un sel métallique, sulfate de cuivre ou de fer ce qui donne un produit noir auquel on ajoute un liant (souvent de la gomme arabique).

La noix de galle étant la plus souvent recensée dans les recettes comme tanin, cette encre qu'on pourrait appeler métallo-tannique, ferro-gallique ou cupro-gallique par exemple, en fonction du type de sulfate utilisé, porte le nom générique de métallo-gallique.

Fluide, cette encre à base de noix de galle convient mieux que les encres au noir de carbone pour l'écriture à la plume. Son principe repose sur l'action de l'acide gallique extrait du végétal sur un acétate ou un . Un liant, généralement glucidique, homogénéise le mélange. Le gallate ferreux incolore, en s'oxydant à l'air, devient noir. Elle pâlit et rougit avec le temps. Pour permettre la visibilité immédiate de l'encre, on lui mélange une matière colorante bleue, guède ou indigo. Quand on a employé un sulfate de fer, l'encre contient de l'acide sulfurique, pouvant causer des dommages au papier avec le temps.

On employait pour l'écriture des plumes d'oiseau taillées, pour lesquelles l'acidité de l'encre n'avait pas d'inconvénient.

Sépia On appelle « encre » une substance produite par les céphalopodes, la seiche, le calamar, le poulpe, qu'ils projettent dans l'eau sous forme d'un nuage qui surprend l'agresseur et masque sa fuite en cas d'agression.

Sous son nom italien de sépia, cette substance a été utilisée comme encre, principalement dans les ports où elle était récoltée, puis plus largement au . Employée en lavis, elle donne une teinte brune plus terne et froide que le bistre. Sa mauvaise tenue à la lumière et la rareté de la ressource ont fait régresser son usage devenu rare, tandis que des fabricants proposent des encres de couleur proche, sans ces inconvénients.

Encres à l'aniline Au milieu du , la fabrication industrielle de la plume d'acier permet la diffusion massive de ce produit, que l'acidité de l'encre classique corrodait. L'encre violette préparée avec l'aniline introduite dans le dernier quart du siècle n'avait pas cet inconvénient et est devenue la plus courante, notamment dans l'enseignementDictionnaire Ferdinand Buisson, 1911 (lire en ligne)..

Actuellement, les encres pour l'écriture sont presque toutes basées sur des colorants chimiques, principalement nigrosine ou noir d'aniline. Seules certaines encres destinées à des usages particuliers comme la calligraphie utilisent des pigments.

Encres modernes L'encre de stylo à bille est à l'origine une encre d'imprimerie typographique, insoluble dans l'eau.

Le stylo-feutre utilise un colorant dissous dans un solvant non aqueux, comme les encres d'imprimerie héliogravure.

Les encres de couleur sont utilisées pour l'écriture, dans l’illustration de livres ou dans le dessin décoratif. La plupart des encres de couleur sont constituées d'une teinture dissoute dans l'eau. Les encres de couleur sont rarement indélébiles. Dans ce cas, elles sont basées sur un liant à base de gomme laque solubilisée, avec un aspect brillant caractéristique..

L'encre invisible, ou encre sympathique, est une substance incolore qui ne devient visible que par une action ultérieure sur le support d'écriture (chauffage ou vaporisation d'un produit chimique).

Précautions et santé vignette|Label de non-toxicité de l'ACMI. L'encre de Chine était réputée avoir des vertus médicinales. Elle contenait, outre le noir de fumée et la colle de peau qui sont ses constituant principaux, un certain nombre de parfums éventuellement antiseptiques, participant à son vieillissement. La médecine chinoise la considérait comme un produit pharmaceutique, à n'utiliser qu'à bon escient.