Adélaïde Charlotte Louise Éléonore dite Adèle d'Osmond, par son mariage comtesse de Boigne, est née le à Versailles et morte le à Paris. Elle est connue pour son travail de mémorialiste et son ouvrage Mémoires fut publié intégralement en 5 tomes entre 1921 et 1923 à la suite d'une procédure en justice qui dura plus de 10 ans.

Biographie Fille de René Eustache, d'Osmond (1751-1838) et d'Éléonore Dillon (1753-1831), elle fut la compagne de jeux du premier dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François de France (1781-1789) à Versailles, sa mère étant dame d'honneur de Madame Adélaïde.

Esprit éclairé et ouvert aux réformes, le marquis s'occupe avec un soin tout particulier de l'éducation de sa fille. Il l'initie très tôt aux subtilités de la politique et de l'économie. À treize ans, celle-ci lit les œuvres d'Adam Smith et en particulier les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, publiée en 1776. Les liens qui unissent la famille Dillon et les Osmond aux Orléans contribuent à entretenir dans son esprit un attrait pour le libéralisme à l'anglaise.

Passée par l'Italie alors qu'elle a dix ans dans la suite des tantes de Louis XVI, sa famille gagne rapidement l'Angleterre. Adèle d'Osmond épousa durant l'émigration, à Londres, le , l'aventurier Benoît de Boigne, (1751-1830), de son vrai nom Le Borgne. Ils n'eurent pas d'enfant. D'un commun accord, les époux ne tardèrent pas à se séparer et M. de Boigne retourna vivre en Savoie en 1802, laissant à sa femme sa liberté et une pension considérable.

Adèle revint en France en 1804 et fit partie, jusqu’à la chute de l'Empire, des cercles royalistes que Napoléon tolérait. Elle se lia avec madame de Staël et madame Récamier.

Avec le retour des Bourbons en 1814, elle accéda à une position mondaine de premier plan. Elle suivit d'abord son père, nommé ambassadeur à Turin puis à Londres, avant de se fixer définitivement à Paris, avec, à la belle saison, quelques séjours dans ses maisons de Châtenay-Malabry et de Trouville. Elle régnait sur un salon très brillant et assez mélangé, où la haute aristocratie se mêlait au monde de la politique, de la diplomatie et de la littérature.

La monarchie de Juillet devait être le zénith de sa gloire. La famille d'Osmond était en effet très liée à la famille d'Orléans, et Adèle était elle-même une amie intime de la reine des Français, Marie-Amélie de Bourbon qu'elle avait connue en émigration en Italie. Son salon prit un caractère plus nettement politique. Charles de Rémusat s'y rend en 1832 :

C'est alors qu'elle rédigea ses célèbres Mémoires, publiés en 1907-1908 (dans une version expurgée) et en 1921-1923 (en texte intégral) sous le titre : Récits d'une tante, mémoires de la comtesse de Boigne née d'Osmond. C'est un document utile sur la monarchie de Juillet. Marcel Proust en fut un lecteur enthousiaste et s'inspira de leur auteur pour forger le personnage de madame de Villeparisis dans La Recherche.

Jugement sur les Mémoires de la comtesse de Boigne Madame de Boigne passe pour avoir manifesté dans ces Mémoires publiés longtemps après sa mort alors qu'ils n'étaient pas destinés initialement à la publication, un esprit acerbe confinant à la malveillance dans la reproduction de "on-dit" et de potins sur des faits dont elle ne pouvait pas avoir été le témoin. Les jugements exprimés, parfois péremptoirement, dans ses Mémoires doivent donc être pondérés par ce trait de caractère de leur auteur, autant que par sa proximité avec la Monarchie de Juillet à partir de 1830.

La publication de ces Mémoires provoqua donc un petit scandale dans le monde de l'aristocratie et dans celui de l'édition. Certaines familles, dont les ancêtres n'étaient pas ménagés, réclamèrent le retrait de la vente des volumes.

Elle fut la maîtresse du chancelier Pasquier : « C'était une croyance assez répandue aux Tuileries et au Luxembourg, écrit Montalivet, qu'après la mort de Pasquier, le chancelier avait épousé en Angleterre de Boigne […] Je suis de ceux qui ont cru au mariage secret. Quoi qu'il en soit, pendant la dernière partie de sa vie, le duc Pasquier vécut avec la comtesse de Boigne dans la plus douce et la plus constante intimité. »

Elle fut aussi l'amie du comte Pozzo di Borgo, ambassadeur de Russie à Paris, et du comte de Nesselrode, ministre des Affaires étrangères du tsar.

Elle est également l'auteur de deux romans, publiés à titre posthume : La Maréchale d'Aubemer, nouvelle du (1866) et Une passion dans le grand monde (1867).

Œuvres Romans et nouvelles

La Maréchale d'Aubemer, nouvelle du XVIII siècle, Paris, J. Claye, 1866. Une Passion dans le grand monde, 2 volumes, Paris, Michel Lévy Frères, 1867.

Mémoires

Récits d'une tante, mémoires de la comtesse de Boigne, née d'Osmond, 4 volumes, Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1907-1908. Récits d'une tante, mémoires de la comtesse de Boigne, née d'Osmond publiés intégralement d'après le manuscrit original, 5 volumes, Paris, Émile-Paul Frères, 1921-1923. Éditions récentes Mémoires, édition établie, commentée et annotée par Henri Rossi (Collection « Bibliothèques des correspondances, mémoires et journaux », 36), Paris, H. Champion, 2007, 1 vol., 1529 p.

Notes et références

Bibliographie

Françoise Wagener, La comtesse de Boigne : 1781-1866, Paris, Flammarion, 1997, 480 p., ill.

Liens externes

Mémoires de la comtesse de Boigne

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