Joseph Campbell, né le à White Plains (New York) et mort le à Honolulu (Hawaï), est un mythologue américain, professeur, écrivain et conférencier, connu pour ses ouvrages portant sur la mythologie comparée et la religion comparée. Son apport principal est sa théorie du monomythe qui postule que les mythes, légendes et contes du monde entier, à de nombreuses époques, sont des expressions d'un schéma narratif unique, lui-même lié aux structures de la psyché humaine. Les théories de Campbell s'inscrivent en partie dans la lignée de celles du psychologue analytique Carl Gustav Jung. Peu influent et souvent critiqué dans le domaine des études mythologiques elles-mêmes, Campbell devient cependant populaire grâce à ses ouvrages, conférences et émissions, et ses ouvrages sont employés par la suite comme guides d'écriture par les scénaristes.
Biographie Joseph Campbell naît le et grandit dans la ville de New York, dans une famille catholique de classe moyenne aisée Présentation de Joseph Campbell sur le site de la Joseph Campbell Foundation.. Enfant, Campbell se découvre une passion pour la culture amérindienne grâce à son père qui l’emmène visiter le muséum d'histoire naturelle américain de New York. Il devient un expert dans de nombreux aspects de la société amérindienne, et plus spécifiquement dans sa mythologie. Cela façonne la passion de Campbell pour les mythes et apparentés (contes, légendes…). Il remarque ainsi qu'ils possèdent apparemment tous des traits communs et cela quelle que soit la culture à laquelle ils appartiennent. À l’université de Dartmouth, il étudie la biologie et les mathématiques, avant d'aller étudier les sciences humaines à l’université Columbia, où il obtient une licence en littérature anglaise et une maîtrise en littérature médiévale, respectivement en 1925 et 1927. Il est également athlète et remporte plusieurs courses d'athlétisme.
Il étudie ensuite l'ancien français et le sanskrit à l’université de Paris ainsi qu'à celle de Munich. Il apprend le français, l’allemand, le japonais et le sanskrit en plus de sa langue natale. Après avoir achevé sa maîtrise, Campbell décide à son retour aux États-Unis d’abandonner l'idée d’obtenir un doctorat ; à la place, il préfère s'isoler dans les bois situés aux alentours de New York, se consacrant principalement à la lecture durant les cinq ans qui suivent. D'après le poète et écrivain Robert Bly, un de ses amis, Campbell avait développé un programme systématique lui permettant de lire pendant neuf heures chaque jour. Campbell considère que c'est durant cette période qu'il a reçu sa véritable éducation, et c'est à ce moment qu'il a commencé à développer sa vision unique sur la nature de la vie.
Campbell entame sa carrière littéraire en éditant des articles posthumes du spécialiste de la culture indienne, Heinrich Zimmer. Puis il coécrit avec Henry Morton Robinson, , pour permettre aux lecteurs de l'œuvre de James Joyce de la comprendre.
Campbell étudie également les idées du psychiatre suisse Carl Gustav Jung. Le travail de Campbell sur la mythologie cherche à relier les postures apparemment disparates de Jung et de Freud ainsi que leur débat pivot sur l’inconscient collectif. Campbell édite la première retranscription d'une conférence du cercle d'Eranos, un groupe de réflexion étudiant la spiritualité, et aide à fonder les éditions Bollingen de Princeton, reprenant l'œuvre de la fondation Bollingen, une organisation de mécénat littéraire. Un autre membre dissident du cercle de Freud qui influença Campbell fut Wilhelm Stekel, qui fut le premier à appliquer les conceptions de Freud sur les rêves, les fantaisies de l’esprit humain, et l'inconscient à de nombreux domaines comme l’anthropologie ou la littérature.
Campbell fut professeur au Sarah Lawrence College, une université d'arts libéraux de 1934 à 1972. Il se marie en 1938 avec son élève, Jean Erdman, une danseuse. Il meurt le , à Honolulu.
Travaux Méthode Campbell s'inspire des textes de Jung expliquant les phénomènes psychologiques, ceux-ci faisant appel aux archétypes. Mais Campbell ne suit pas Jung sur tous les points, et possède ses propres convictions. À la différence de Jung, Campbell ne croit ni à l’astrologie, ni à la synchronicité. L'originalité de la théorie et de l'interprétation de Campbell réside dans la fusion entre les . . En effet, Joseph Campbell pense que toutes les religions du monde, que tous les rituels et les déités, ne sont que les d'une seule et même vérité transcendante qui serait (inconnaissable). Il décrit le christianisme et le bouddhisme, que l’objet en soit ou , comme étant un niveau de perception au-dessus des telles que le bien et le mal.
, est une phrase tirée des Vedas qu'il aime citerPar exemple dans Le Héros aux mille et un visages, Paris, J'ai Lu, 2013, p. 9.. Campbell est fasciné par ce qu’il voit comme des sentiments et des vérités universels, s'exprimer sous différentes formes à travers les cultures. Il cherche à démontrer que les religions orientales et occidentales sont identiques sur un plan de base, et que personne n’est dans le vrai, mais que tout le monde recherche une même réponse inconnue, qui semble être insaisissable. Il s'intéresse aux différents codes moraux, les considérant paradoxalement comme à la fois incorrects et nécessaires. Comme les relativistes postmodernes, il voit le bien et le mal comme des notions hautement subjectives, mais comme eux, il comprend aussi qu'un système moral est nécessaire à quelqu'un étudiant la mythologie et la psychologie. De cette façon, il s'efforce de fusionner les concepts du modernisme et du postmodernisme, bien que certaines de ses interprétations ont fait qu'il fut considéré comme un postmoderniste avant l'heure.
Dans sa série en quatre livres, Les Masques de Dieu (), Campbell essaie de résumer les principales histoires spirituelles du monde, afin d'étayer ses idées sur . Cette théorie inclut l'idée que la plupart des systèmes de croyances du monde ont un ancêtre géographique commun, partant des prairies fertiles d’Europe durant l'âge du bronze puis allant jusqu'au Levant et jusqu'au croissant fertile de la Mésopotamie avant de revenir en Europe (et en Extrême-Orient), où ils se mélangèrent avec la culture émergente Indo-européenne (Aryens).
Joseph Campbell croit que toutes les formes de spiritualité ne sont que la recherche d'une même force inconnue, qu'il qualifie de , qui serait en même temps intérieure et extérieure, et de laquelle tout proviendrait, dans laquelle tout existe, et à laquelle tout retourneraLe Héros aux mille et un visages, Paris, J'ai Lu, 2013, p. 70.. .
La mythologie du héros et le monomythe
Dans son essai de 1949, Le Héros aux mille et un visages (), initialement paru en français en 1978 puis en 1987 sous le nouveau titre Les héros sont éternels, Campbell expose sa théorie du monomythe, affirmant que tous les mythes suivent les mêmes schémas archétypaux.
Selon Campbell, tous les héros mythiques débuteraient leur périple à la suite d'un « appel à l'aventure » . Il devra ensuite faire face au « gardien du seuil », premier obstacle dans son voyage qui, une fois franchi (la plupart du temps avec l'aide d'un mentor ou d'un guide spirituel), lui permettra de pénétrer dans un monde plus spirituel . Il va y subir une série d'épreuves lui permettant de dépasser son mentor et d'accomplir enfin l'objet de sa quête (le plus souvent une réconciliation avec le père, une union sacrée ou une apothéose) représentant symboliquement l'émancipation. Il retournera ensuite chez lui complètement transfiguré par l'expérience de son voyage initiatique.
Campbell soutient que quasiment tous les héros mythiques, quelles que soient l'époque et la culture dans lesquelles ils vivent, suivent un parcours contenant au moins une partie de ce schéma. On peut noter que des œuvres plus contemporaines, les trilogies Star Wars, Matrix, et Le Seigneur des anneaux collent de près à ce schéma archétypal. La série télévisée Lost aussi par l'intermédiaire de Jack, de même que Breaking Bad.
Selon Campbell, les héros ont une fonction très importante dans la société car ils permettent de véhiculer des moyens universels pour s'émanciper et pour s'épanouir.
Autres travaux Le Héros aux mille et un visages () (1949) est un de ses livres les plus connus : il y décrit le cycle monomythique du voyage du héros, un modèle que l'on retrouve dans de nombreuses cultures selon lui. Dans un autre de ses ouvrages, Les Masques de Dieu (), il couvre le monde de la mythologie sur quatre volumes (chacun traitant d'une période : primitive, orientale, occidentale, et moderne). Il est disponible en français aux éditions Oxus, 2009.
Ce qui fait connaître Campbell au grand public en 1988 est sa collaboration avec le journaliste Bill Moyers, dont naît une série documentaire diffusée sur PBS : Joseph Campbell et le pouvoir du mythe, diffusée en 1988, l’année suivant la mort de Campbell. Cette série expose ses idées sur les archétypes au plus grand nombre et est régulièrement rediffusée sur PBS. Un livre accompagnateur, Puissance du mythe (), contenant une retranscription partielle de leurs entretiens, est édité peu après et traduit en français aux éditions Oxus en 2010.
Un livre posthume édité en 2001, intitulé , propose une compilation d'essais non publiés du vivant de Campbell, traitant principalement des religions judéo-chrétiennes. Il y explique que religion et mythologie ne sont en fait qu'une seule et même chose et replace les symboles religieux dans un contexte mythologique. Il explique qu'en interprétant les symboles religieux non pas comme des faits historiques mais plutôt comme des images mythologiques, ces symboles peuvent prendre des significations beaucoup plus profondes et crédibles pour beaucoup de gens.
Influences Campbell a déclaré que James Joyce et Thomas Mann étaient ses gourousLa Puissance du mythe, cassette n°3.. Mais ses mentors intellectuels sont le spécialiste de mythologie orientale Heinrich Zimmer et le psychiatre Carl Gustav JungAn Open Life, conversations publiées en anglais avec Joseph Campbell..
La philosophie du (« ») de Campbell s'inspire de Babbitt, personnage éponyme du roman de Sinclair Lewis, qui dans la dernière page du livre se lamente ainsi : De toute ma vie, jamais je n’ai fait une seule chose que j’ai réellement voulue ! Je ne crois pas avoir accompli quoi que ce soit si ce n'est d'avoir réussi à subsister. Je me rends compte que je n’ai pas fait la moitié du quart des choses qu'il m'ait été possible de faire. Eh bien, peut-être accomplirez-vous plus de choses. Je n'en sais rien. Mais j'éprouve une sorte de plaisir honteux de savoir que vous saviez ce que vous vouliez faire et que vous l’avez réalisé. Bien, ces gens ici essayeront de vous intimider, et de vous rabaisser. Dites-leur d’aller au diable ! Je vous soutiendrai. Prenez ce travail à l’usine, si c'est ce que vous désirez. Ne soyez pas effrayé par votre famille. Non, ni par les habitants de Zénith. Ni par vous-même, comme je l'ai été. Avancez, vieil homme ! Le monde est à vous !
Campbell se réfère également au concept sanskrit de (Sat, « Être » ; Chit, « pleine conscience » ; Ananda, « béatitude »). Il déclare :
Postérité