La capture britannique de Tobrouk est une bataille livrée entre le 21 et le , dans le cadre de l'opération Compass, la première offensive de la Western Desert Force (WDF) dans la Guerre du désert occidental de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir vaincu les Italiens lors de la bataille de Bardia (3-), la division australienne et la division blindée poursuivent et prennent contact avec la garnison italienne à Tobrouk le .

Les Italiens avaient fortifié Tobrouk avant la guerre, qui était leur seule base navale en Cyrénaïque orientale, mais après avoir été mise en déroute lors de l'attaque de Nibeiwa, la bataille de Sidi Barrani et la bataille de Bardia la armée italienne avait perdu huit de ses neuf divisions et disposait seulement de la et des retardataires pour la défense du port de la ville.

La garnison de Tobrouk compta 2 048 pertes et 20 000 hommes furent faits prisonniers, contre seulement 400 pertes australiennes et britanniques. La WDF poursuivit leur avance vers l'ouest en direction de Derna et Mechili.

Contexte Opération Compass En , l'invasion italienne de l'Égypte s'arrêta 100 km après la frontière, dans la ville de Sidi Barrani où les Italiens décidèrent de se retrancher. Au début, les Britanniques se préparaient à résister à une avance italienne sur Mersa Matrouh, mais lorsque cela ne se produisit pas, un raid de la Western Desert Force, avec la possibilité d'exploiter le succès, fut planifié sur les positions italiennes autour de Sidi Barrani. Le raid, nommé opération Compass, débuta le avec l'attaque surprise de Nibeiwa où le groupe Maletti de la taille d'une brigade italienne (la seule formation blindée italienne en Égypte) fut anéanti. Le , la Western Desert Force engagea lors de la bataille de Sidi Barrani plusieurs divisions italo-libyennes et la , qui furent vaincues le .

vignette|Carte montrant l'avancée italienne en Égypte et l'opération Compass, du 13 septembre 1940 au 7 février 1941.

Avec la (la dernière division italienne sur le sol égyptien) se retirant vers la Libye, la division blindée britannique maintint la pression, coupant finalement la route entre Bardia et Tobrouk le . Dans la ville de Bardia, les Italiens avaient concentré le corps du Général Annibale Bergonzoli comprenant la , la , la et la division d'infanterie . Parmi d'autres unités figuraient quatre bataillons de chars légers, les restes de la division et le régiment d'artillerie du corps. Après une préparation minutieuse, les Britanniques passèrent à l'attaque en mettant hors de combat les défenseurs italiens du 3 au .

Le matin du , alors que les forces australiennes nettoyaient toujours la zone sud de Bardia, Wavell ordonna à la brigade blindée de la division blindée d'avancer vers l'ouest, de passer Tobrouk afin d'isoler la ville. Le , la brigade avait atteint El Adem (aujourd'hui l'aéroport de Tobrouk). Le , le gros des forces britanniques était arrivé et avait isolé Tobrouk. Le groupe de la brigade australienne se plaça en face des défenses orientales de Tobrouk tandis que le groupe de la brigade australienne prit le relais du côté ouest. La brigade blindée fut déployée vers l'ouest de la ville, le groupe de soutien bloqua les sorties ouest et la brigade blindée protégea la force des interférences de l'ouest.

Prélude Préparations italiennes Après l'encerclement de Tobrouk, Graziani informa Mussolini :

Graziani informa Mussolini que le long périmètre de défense de Tobrouk de 54 km n'était occupé que par 22 000 hommes avec 340 canons, un nombre totalement insuffisant pour cette tâche. Le , Graziani informa le commandant de garnison, le général Enrico Pitassi Mannella, qu'il n'y aurait aucune tentative de relève. Graziani ordonna à Tellera de se replier avec la division d'infanterie , sa dernière division, sur une ligne entre Derna et Berta, tout en dirigeant le groupe Babini (brigade blindée spéciale) vers Mechili. Après avoir été informé par Graziani qu'il était seul, Mannella fit détruire le pont de Sidi Daud sur la route de Bardia et le pont de Wadi es Sahel sur la route de Derna.

Ordre de bataille Garnison de Tobrouk : Détails tirés de Montanari (1990) sauf indication contraire

Quartier général du corps division d'infanterie régiment d’infanterie (3 × bataillons, 1 × batterie avec 13 canons de montagne mod. 65/17) régiment d’infanterie (3 × bataillons, 1 × batterie avec 13 canons de montagne mod. 65/17) régiment d'artillerie, 2 × groupes avec 11 canons de campagne mod. 75/27, 1 × groupe avec obusiers 100/17 mod. 1914 LXI bataillon de mitrailleuses LXI bataillon du génie Mixte LXI bataillon de remplacement compagnie de motos des Bersaglieri compagnie antichar, avec des canons antichars 47/32 mod. 1935 compagnie de mortier, avec des mortiers de 81 mm régiment d'infanterie de chars bataillon de chars moyens, avec des chars M11/39 LXIII bataillon de chars légers, avec des chenillette L3/35 régiment d'artillerie du corps d'armée régiment d'artillerie du corps d'armée régiment d'artillerie du corps d'armée régiment d'artillerie de division Bataillon de chemises noires (Volontaires libyens) CXL bataillon de chemises noires compagnie de motos des Bersaglieri compagnie antichar, canons antichars 47/32 mod. 1935 compagnie de mortier, mortiers de 81 mm compagnie de mortier, mortiers de 81 mm compagnie de transmissions Marine royale italienne : San Giorgio (croiseur)

Infanterie : 2 300 hommes Artillerie : 2 × groupes Service, quartier-maîtres et unités de ravitaillement

Bien que Pitassi Mannella disposait de 32 chenillettes L3/35 et de 39 chars M11/39, seuls 7 de ces derniers étaient opérationnels et en trois semaines de tentatives de réparation des M11/39, seuls 3 étaient suffisamment en état de fonctionner pour participer à un engagement. Le char L3/35 étant devenu obsolète à l'automne 1940 et que le M11/39 était mal conçu et susceptible de tomber en panne, le bataillon de chars légers et une partie du bataillon de chars moyens prirent la route pour Benghazi en vue d'un ré-équipement du nouveau char M13/40. Pitassi Mannella n'avait reçu ni pièces de rechange ni carburant pour les chars et disposait de L3/35 légèrement armés et légèrement blindés, ainsi que des M11/39 enterrés dans le sable comme points forts.

Fortifications Pitassi Mannella divisa le périmètre défensif en deux secteurs, cinq sous-secteurs et 16 points forts. Secteur Est (Brigadier Umberto Barberis) Sous-secteur A, de la mer à Bir Junes pour bloquer la route de Bardia, avec quatre points forts Sous-secteur B, pour bloquer la route d'El Adem, avec deux points forts

La première ligne du secteur Est était occupée par les troupes de la renforcé de quatre compagnies du régiment d'infanterie. Attendant l'attaque principale de cette direction, Pitassi Mannella établit une deuxième ligne de défense de 4–6 km derrière les points forts, basé sur une petite colline à la jonction des routes d'El Adem et de Bardia. Sur la deuxième ligne (sous le commandement du régiment d'infanterie de chars), chaque blindé disponible était retranché comme point d'appui. Entre cette position et le bord de mer, le bataillon du régiment s'était retranché. Secteur Ouest (Brigadier Vincenzo dalla Mura) Sous-secteur A, dans le désert au sud de Tobrouk avec quatre points forts Sous-secteur B, pour bloquer la route d'Acroma, avec trois points forts Sous-secteur C, pour bloquer la route de Derna, avec trois points forts

Les sous-secteurs A et B étaient défendus par un bataillon du régiment d'infanterie, tandis que le bataillon des chemises noires (Volontaires libyens) occupait le sous-secteur C. Derrière la première ligne de défense se trouvaient cinq points d'appui occupés par le bataillon du régiment d'infanterie qui servait également d'unité de réserve pour les trois bataillons de la première ligne. Le commandant du régiment d'infanterie reçut les réserves que Pitassi Mannella pouvait rassembler, une compagnie de chars en sous-effectif avec sept M11/39 et deux formations ad hoc, composées chacune d'une compagnie de motos des , une compagnie d'infanterie, un peloton de mitrailleuses, un peloton antichar et une section antiaérienne. Devant les points forts, 18 km de fossé antichar fut creusé, 7 000 mines à dispositif piège et 16 000 mines à pression posées. Pour pallier le manque de mines antichars, Pitassi Mannella disposait de 2 200 bombes de 26 livres (12 kg) et 800 bombes de 33 livres (15 kg), laissées par la Regia Aeronautica, enterrées verticalement dans le désert, dans l'espoir qu'un char britannique roulant dessus déclencherait le mécanisme à impact.

Artillerie Pitassi Mannella organisa l'artillerie en trois groupes, deux pour le secteur Est avec 123 canons et un pour le secteur Ouest avec 97 canons. En supposant (à juste titre) que les troupes du Commonwealth attaqueraient par le sud, Pitassi Mannella déploya dans cette zone les groupes II/ et III/ avec 11 canons de campagne mod. 75/27, les groupes CV/ et CXXX/ avec des obusiers de campagne lourds 149/13 mod. 14 et la batterie du groupe XV avec des canons antiaériens 75/46 mod. 34 (utilisés comme canons antichars). Pour les tirs d'artillerie à longue portée, Pitassi Mannella s'appuya sur le croiseur San Giorgio dans le port de Tobrouk qui disposait de deux canons doubles de 254 mm/45 et quatre canons doubles de 190 mm/45. Deux batteries côtières de la Regia Marina étaient équipées de deux canons navals de 120 mm/40 et de deux canons lourds mobiles 149/35 de la Guardia alla Frontiera.

Sans reconnaissance aérienne, Pitassi Mannella n'était pas au courant des positions de l'artillerie britannique. Celle-ci disposait d'une meilleur portée que l'artillerie italienne (qui datait principalement de la Première Guerre mondiale), et ne pouvait donc pas compter sur un tir de contre-batterie efficace. Pitassi Mannella décida d'employer chaque canon capable de tir direct comme artillerie antichar et parvint à assembler 110 canons antichars ; 32 canons de 37 mm dans les M11/39 enterrés, 43 canons antichars 47/32 mod. 1935, 13 canons de montagne 65/17 mod. 13, 11 canons de campagne 75/27 mod. 11, 10 canons de campagne 77/28 mod. 5 et un canons naval 76/40 mod. 16 (trouvés dans les magasins de la marine) ; les munitions perforantes n'étaient disponibles que pour les canons antichars de 37 mm et 47 mm.

Préparatifs britanniques gauche|vignette|Char d'infanterie britannique Matilda II pendant l'opération Compass. Après avoir encerclé Tobrouk, la Western Desert Force (WDF) avait épuisé les abondantes réserves italiennes capturées à Capuzzo et Sollum ; O'Connor ordonna que les approvisionnements transitant par le port de Sollum (356 tonnes par jour début janvier et 508 tonnes tous les jours à la fin du mois) rejoignent les et dépôts de campagne qu'il avait établis jusqu'à environ 70 km à l'est de Tobrouk. Préoccupé principalement de ne pas avoir assez de carburant et de fournitures pour l'offensive après la chute de Tobrouk, O'Connor retarda l'attaque pour accumuler le plus de provisions.

La division blindée ayant subi plus de pertes que la division australienne, les Australiens mèneront l'attaque sur ordre d'O'Connor. Les deux unités les plus épuisées, le King's Royal Irish Hussars et le Royal Tank Regiment, sont retirées et leur équipement distribué aux quatre autres régiments des brigades blindées. La première vague de l'attaque devra être menée par la brigade australienne et le Royal Tank Regiment, suivis de la brigade australienne et de la brigade australienne. La division blindée attaquera le long de l'ouest et du périmètre pour coincer les défenseurs. Le , la Royal Air Force (RAF) largua des tracts appelant les Italiens à se rendre, mais Pitassi Mannella n'en tint pas compte.

L'attaque Nuit du 20/21 janvier vignette|Situation à Tobrouk le 21 janvier 1940 (en bulgare).