Le Théâtre de Vevey, aussi connu sous le nom Théâtre Le Reflet, est un théâtre de 700 places, datant du situé à Vevey, dans le canton de Vaud, en Suisse.

Historique

Genèse du projet Dans le courant du , plusieurs projets de construction d'une salle de spectacles moderne sont lancés sans jamais aboutir. Finalement, une société composée de 183 personnes souscrivent 367 actions de 100 francs, ce qui aboutit à la formation d'un comité de cinq actionnaires le à Vevey. Les statuts de la Société de la Salle de concerts et de spectacles sont adoptés lors de l'assemblée générale du .

Après cinq années d'échecs dans la recherche d'un terrain pouvant accueillir le futur théâtre, le premier comité laisse la place à de nouvelles têtes en 1866, comme le prévoient les statuts. Un terrain est acquis pour une forte somme par la Société auprès de Jean-François Girard-Monod le avec une forte participation financière de la part de la Ville de Vevey, qui souscrit des actions.

Construction du bâtiment La volonté architecturale initiale était de proposer une construction semblable à celle du théâtre de Lausanne. Un concours d'architecture est ouvert la même année et cinq projets sont proposés au comité. C'est finalement celui de l'architecte veveysan Samuel Késer-Doret qui est choisi.

Après avoir étudié les devis de huit entreprises entre les 9 et , les travaux d'excavation du site . Le comité ouvre parallèlement les offres de devis pour les différents éléments de la construction du au .

Fin mars, les travaux d'excavation piétinent, les terrassiers ayant pris du retard. Ceux-ci sont finalisés le après une extraction de de gravats. Les travaux de maçonnerie débutent le et durent jusqu'en septembre de la même année. La solidité des colonnes en fonte est quant à elle reconnue par l'architecte le .

La scène est acquise entre et auprès de la Banque Générale Suisse, propriétaire du Théâtre des Variétés à Genève, qui souhaite reconvertir ce dernier en immeuble locatif afin d'en tirer un meilleur rendement. Une grande partie de la machinerie et du mobilier de ce dernier sont également récupérés pour l'usage de Vevey.

En , le sous-sol du théâtre est recreusé afin d'aménager un magasin de matériel. Celui-ci, après avoir été pensé bétonné, sera finalement pavé de briques afin de limiter les coûts. Le gaz est installé dans tout le bâtiment en se servant pour partie du matériel (becs, candélabres, appareils de distribution) récupéré des Variétés.

Bien qu'ayant subi de menus retards et un dépassement de budget d'environ , les travaux arrivent à leur fin et le comité entame les démarches nécessaires à l'engagement du futur personnel en . Le , les actionnaires sont convoqués pour l'assemblée générale qui se déroule pour la première fois dans le bâtiment. Cette visite est effectuée en présence du syndic Edouard Couvreu.

Inauguration À la suite de l'assemblée générale, une commission est nommée afin d'organiser les festivités liées à l'inauguration imminente du théâtre. Le , le comité décide que les festivités comprendront quatre évènements.

Concert Le concert inaugural a lieu le mercredi à 19 h 30. La commission chargée de l'organisation compte parmi ses membres les musiciens Charles-César Dénéréaz et Henri Plumhof. Ce dernier est chargé de la direction musicale de l'évènement et compose la musique inédite du chant d'ouverture de la célébration.

Le concert est un succès et fait salle comble. La presse locale relate la réussite de cette soirée, dont le bénéfice net s'élève à .

Représentation théâtrale Le , deux comédies comiques, Le Chalet d'Adolphe Adam et Les Petits Oiseaux d'Eugène Labiche, sont proposées au public. Celles-ci sont interprétées par la troupe de comédiens du Théâtre de Genève dirigée par Louis Defrenne et accompagnées par un orchestre d'une vingtaine de musiciens.

Une fois encore, l'évènement fait salle comble et dégage un bénéfice de .

À la suite de ce succès, le comité réitère à plusieurs reprises la collaboration avec Louis Defrenne et sa troupe, celle-ci étant l'une des deux seules troupes professionnelles francophones en activité dans la région à cette époque. L'autre est celle de Neuchâtel, dirigée par Ferdinand Lejeune. Ce dernier proposera également ses services pour plusieurs représentations.

Banquet Le troisième évènement prévu par la commission d'organisation des festivités inaugurales a lieu le samedi . Dans un souci de place, seuls peuvent s'inscrire les actionnaires et les membres de divers sociétés musicales veveysannes, ainsi que leurs invités.

La soirée ne suscite pas l'engouement espéré et seules 178 personnes sont présentes. Il faut même organiser une collecte durant le banquet afin de payer le service.

Bal La déconvenue et l'évidente baisse d'intérêt du public amènent le comité à ne pas concrétiser le bal, quatrième acte projeté des festivités inaugurales du théâtre.

Cette annulation pousse certaines sociétés et quelques particuliers à demander la location des locaux pour l'organisation de bals. Le , le comité convoque une Assemblée générale des actionnaires afin de délibérer de l'acceptation de ces différentes demandes. Après vote à bulletins secrets, la location du théâtre pour l'organisation de bals est acceptée. Les bals masqués sont quant à eux interdits.

Premières années et fin de la Société de la Salle de concerts et de spectacles Les années qui suivent l'inauguration du théâtre sont fluctuantes. Une certaine instabilité du comité, dont les membres ne cessent de changer, fragilise les activités de la Société de la Salle de concerts et de spectacles. Celle-ci, pourtant, fait de son mieux pour organiser des saisons de spectacles diversifiées, multipliant les collaborations et contrats avec des troupes de comédiens et poursuivant les locations de la salle.

Toutefois, l'instabilité financière de la société se fait de plus en plus pesante et les différents frais engendrés par des travaux de remise aux normes (celles-ci évoluant rapidement en cette fin de  s.), finissent par avoir raison d'elle. Constatant l'incapacité de la société d'honorer les retours sur investissement des actionnaires ou de rembourser les divers emprunts contractés, y compris auprès de la commune de Vevey, la Municipalité prend la décision de ne plus accorder de subside.

La Municipalité soumet au Conseil communal une proposition de reprise du théâtre. La Société de la Salle de concert et de spectacles est liquidée après saisie du bâtiment par voie d'otage au moyen d'une lettre de rente de .

Après s'être acquittée des dernières tâches lui incombant et avoir assumé la fin de la saison en cours, la Société se réunit pour sa dernière assemblée générale des actionnaires le .

À peine plus de dix ans après son ouverture, le Théâtre de Vevey devient propriété communale.

Relance Devenue propriétaire, la Ville de Vevey décide de reprendre le modèle de gestion préexistant et forme un nouveau comité composé, comme précédemment, de cinq personnes. Le premier comité est composé de deux municipaux et de trois membres de la dernière direction de la Société. Le terme de comité est très rapidement remplacé par celui de « commission », plus couramment usité dans l'administration.

Chargé de relancer le théâtre en s'assurant de la bonne marche de celui-ci et de la mise en place une gestion plus adéquate et financièrement viable, la commission multiplie les collaborations et encourage les associations et sociétés veveysannes à louer la salle pour leurs différentes manifestations.

Au printemps 1881, la commission, inquiète de l'ouverture du Kursaal de Montreux et ses 450 places, décide de passer une convention avec la toute nouvelle Société pour le développement de Vevey. La section Musiques et Beaux-Arts de cette dernière entreprend de faire donner au moins douze représentation au Théâtre de Vevey pour la saison 1881-1882.

Le choix de céder gratuitement la salle à la troupe de de Lausanne dirigée par Laclaindière (de peur qu'il quitte Vevey) et la garantie lui ayant été faite d'un payement de par représentation font que la saison 81-82 se termine sur un déficit. Les pertes financières sont cependant prise en charge par Louis Roussy, directeur de la Société de développement.

Louis Roussy fait alors la proposition à la Commission du théâtre de louer lui-même la salle de spectacles à l'année pour un montant de et d'investir dans des rénovation. La Ville de Vevey accepte de signer un bail de trois ans avec lui. Sous la houlette de Roussy, le Théâtre de Vevey reprend de l'essor, l'homme multipliant les propositions auprès de diverses troupes et mettant ainsi en place des saisons de spectacles de plus en plus étoffées qui permettent d'attirer un public plus nombreux.

À l'échéance du bail, celui-ci est renouvelé et Louis Roussy poursuit son travail. Lassé dans le courant de 1887 et souhaitant dénoncer son bail pour la fin de l'année, il se voit demandé par la Municipalité d'honorer ce dernier jusqu'à la fin de la saison 87-88. Celle-ci est marquée par une suite de déconvenues. Dans un premier temps, le nouveau directeur du Casino-Théâtre de Lausanne ne souhaite pas faire voyager sa troupe, préférant inciter le public à venir les voir jouer à domicile, ce qui force Roussy à composer avec des tourneurs parisiens et des représentations de petites troupes et d'école de spectacles.

Au moment de son départ, un dernier coup dur lui est porté par une partie des commerçants et hôteliers veveysans. Ceux-ci, voyant le succès du Kursaal de Montreux et appâtés par le retombées économiques qu'il engendre, souhaitent l'ouverture d'une salle de spectacle de ce type à Vevey. Ils vont jusqu'à déposer une pétition à la Municipalité signées par trente-neuf Veveysans, dont certains influents, demandant que le legs de Fanny Jenisch pour la construction d'un musée des Beaux-Arts serve à la transformation du théâtre en un tel musée et l'aménagement d'un Kursaal dans le bâtiment de la Douane. Le projet sera rejeté, l'exécuteur testamentaire de Mme Jenisch n'entrant pas en matière.

Louis Roussy passe la main au printemps 1888.

Électrification L'électrification du théâtre commence sous l'ère Roussy avec la pose de deux compteurs électriques en 1887, l'un relevant la consommation du café-restaurant (faisant partie des locaux du théâtre), l'autre celui des parties destinées au service public. On remplace le grand lustre ainsi que toutes les sources lumineuses alimentées jusque-là au gaz par des lampes à incandescence. Les travaux d'électrification de l'ensemble du bâtiment se poursuivent les années suivantes.

Le a lieu la première représentation « dans le noir » au Théâtre de Vevey, l'éclairage électrique permettant d'éteindre et rallumer à volonté la lumière dans la salle de spectacles, là où la même manœuvre demandait une logistique plus onéreuse et longue avec l'éclairage au gaz. Bien que surprenantes pour le public de l'époque, les représentations plongées dans le noir rentrent rapidement dans les habitudes.

Rénovation de 1888-1890 Après le départ de Louis Roussy, des travaux sont envisagés face à l'état de dégradation évident du bâtiment et notamment de la décoration intérieure. Les tapisseries sont défraîchies, les peintures se sont estompées et le plafond menace de s'écrouler. Un projet est demandé à l'architecte Henri Shobinger en 1888, mais il est jugé trop cher et rejeté.

Certains travaux urgents sont toutefois rapidement exécutés, comme la gypserie et la réfection de la menuiserie et de la maçonnerie, ainsi que le remplacement du chauffage de la grande salle.

Tout projet de rénovation est par la suite mis en suspens durant la première partie de l'année 1889, la salle du théâtre étant sous-louée à la commission centrale de la Fête des Vignerons pour leurs réunions. Les travaux sont remis en route à partir de et un concert est donné en décembre de la même année pour fêter la réouverture du bâtiment.