Le traité commercial luso-anglais de , signé par le roi alors que démarre à peine la première révolution anglaise, qui va le contester, est une des conséquences de l'indépendance du Portugal, proclamée en pour mettre fin à l'Union ibérique avec l'Espagne. Il intervient six mois après la prise par les Hollandais du port de Luanda, en Angola, principale source d'approvisionnement en esclaves des Portugais et va favoriser un trafic illégal vers les Antilles anglaises alors que la route maritime du Brésil est très surveillée.

Contexte et histoire Le Portugal bloqué au Brésil et en Angola Le traité précédent entre les deux pays datait du traité de Windsor de . Deux siècles et demi plus tard, celui de 1642 est signé sur fond de guerre néerlando-portugaise qui a épuisé et déstabilisé le commerce au Brésil, que se disputent ces deux puissances maritimes, et qui s'étend à l'Afrique : à partir de l'été 1641, l'occupation hollandaise des ports de l'Angola a stoppé les importations d'esclaves noirs des plantations du sud du Brésil, resté portugais ; la rupture de la traite négrière a dans les zones portugaises du Brésil et "Le versant brésilien de l'Atlantique-Sud : 1550-1850" par Luiz Felipe de Alencastro, dans la revue Annales en 2006 , qui se sont déroulées en 1643 et 1644.

La fin de l'Union ibérique La Restauration portugaise de Noël 1640 met par ailleurs fin à l'Union ibérique associant depuis 1580 ce petit royaume à son grand voisin espagnol. Le roi remplace le précédent.

À la recherche d'alliés, le Portugal signe dès une trêve avec les Néerlandais et les marchands anglais réclament immédiatement les mêmes privilèges. Le Portugal se réconcilie alors même avec l'ex-ennemi historique qu'était l'Angleterre« Why the Portuguese Restoration of 1640 Matters to the History of American Slavery » par Jason Opal, professeur agrégé au Département d'histoire et d'études classiques de l'Université McGill, responsable du projet « Most Noble Island: Three Ages of Barbados in the Early America », le 15 mai 2019 .

Les prémices de la première révolution anglaise Par ailleurs, côté anglais, la fin de l'année , la petite île anglaise de la Barbade, aux Antilles, a déjà accueilli le premier navire négrier de son histoire, le Seerobbe, avec à bord sur les 330 pris en Afrique. La Guinea Company de Nicholas Crispe, un très proche ami du roi d'Angleterre , avait été dénoncée dès 1640 par le Parlement britannique en raison de son monopole sur les forts d'Afrique pris par les Anglais aux Portugais pour tenter d'y collecter de l'or.

Le sucre avait été introduit dans l'île en 1637 par Peter Blower, un Hollandais venu du Brésil mais l'expérience des Portugais peut être utile aux Anglais, car ils , les gestes adaptés pour couper la canne et les dimensions exactes des laminoirs et chaudrons, comme y fait référence le planteur brésilien Gaspar Dias Ferreira en 1645: « les Noirs et les sucres doivent passer par les mains des Portugais ».

Également juste avant la signature du traité, en , la révolte en Irlande et de supposés complots papistes dénoncés par des pamphlets alarmistes dans tout l'Angleterre protestante ; ; . ont poussé le roi , père de , à se réfugier le au château de Windsor, au début de la guerre civile anglaise qui mènera à sa décapitation.

Signature Le roi d'Angleterre était en pleine préparation de ce traité d'alliance et de commerce avec le Portugal"Guide des agents consulaires", par J. Bursotti, Editions Cataneo, 1833, qu'il signe le malgré l'opposition du Parlement anglais, et qui permet aux Anglais de tenter d'acheter des esclaves en Angola, à moitié envahi par les Hollandais, pour tenter d'en revendre aux planteurs anglais de la Barbade.

Clauses et contenu Ce traité ouvre .

Comme pour le distinguer du petit troc, il autorise à « transporter des marchandises, des chargements ou des calèches sur des wagons, des chevaux ou des navires » des terres portugaises à « tout autre endroit »"Lorraine White, “Strategic Geography and the Spanish Hapsburg Monarchy’s Failure to Recover Portugal, 1640–1668,” Journal of Military History, 71 (April 2007), 379–409, citée par Jason Opal, professeur agrégé au Département d'histoire et d'études classiques de l'Université McGill . Le texte appelle également à de futurs accords commerciaux avec le Brésil, dont une partie est restée portugaise"Articles of Peace and Commerce between the High and Potent Charles I….and John IV, King of Portugal [29 January 1642]” signé à Londres et retrouvés dans "A Collection of Treaties between Great Britain and Other Powers, éditions. George Chalmers (2 vols., London, 1790) II, 264, 259, and 257–67, cité par Jason Opal, professeur agrégé au Département d'histoire et d'études classiques de l'Université McGill . Suites immédiates Opposés avec virulence au roi d'Angleterre dont ils dénoncent les abus de pouvoir, les compromissions et les favoris, les parlementaires menés par Oliver Cromwell obtiennent en 1643 la fin du monopole de la Guinea Company. La Royal Navy lui réclame dès l'année 1642 et le Parlement place sous séquestre, en 1644, les biens de Nicholas Crispe, proche ami et conseiller du souverain, notamment la moitié du capital de la Guinea Company. Il est aussi question de saisir la moitié de la cargaison du navire The Star, qui ramène d'or africain" Mastering the Worst of Trades England’s Early Africa Companies and Their Traders, 1618–1672" par Julie M. Svalastog · 2021 ÉditionsBrill .

Suites à moyen terme L'activité des négriers anglais C'est seulement au milieu des que d'autres négriers anglais trouveront une petite place dans la colonie africaine de l'Angola, principale source d'approvisionnement en esclaves des Portugais, où la guerre de ceux-ci contre les Hollandais fait rage.

Mais quand les Portugais reprennent l'Angola en 1648, les premiers négriers anglais sont déjà au Nigéria: pour tenter d'enlever des esclaves, ils remontent les rivières du royaume d'Arda où les Portugais en avaient pris quelques-uns dès 1575"Les côtes d'Afrique occidentale entre «Rio Volta » « et Rio Lagos » (1535-1773)" par P. Verger, dans le Journal des Africanistes en 1968 , et la Calabar (rivière), d'où ils en avaient déporté en Amérique espagnole en 1620 et 1625 et vers sur la plantation de sucre brésilienne de « Santana » à Bahia dès 1616.

La rivière Calabar, navigable grâce à un tirant d'eau de six mètres, se jette dans le fleuve Cross à une cinquantaine de kilomètres de son estuaire. Au moins trois navires anglais y ont acheté des esclaves en 1644-45, selon une sourceAfrican Merchants, Notables and the Slave Trade at Old Calabar, 1720: Evidence from the National Archives of Scotland " par Stephen D. Behrendt et Eric J. Graham en 2003 . Selon une autre, le Calabar fut visité à la même époque par pas moins de seize voyages négriers, en 1645-1647"The Diary of Antera Duke, an Eighteenth-Century African Slave Trader" par Stephen D. Behrendt, Antera Duke, A.J.H. Latham, et, David Northrup en 2010 , dirigés vers la Barbade principalement, les traces de , via des barres de cuivre et de fer échangées, n'apparaissant qu'en 1668.

Alors qu'à la même époque, sur la Gold Coast, les esclaves ne représentent qu'une part minoritaire de la valeur des navires anglais, au Calabar c'est la totalité et le seul motif de voyages qui en moyenne prennent six mois et déportent 250 personnes. Huit navires hollandais étaient auparavant venus entre 1638 et 1645, mais étaient restés dans l'estuaire.

De 1644 à 1646, au moins anglais ont transporté des esclaves dans l’Atlantique. La Barbade, sûre et stable, où quelques grands planteurs avaient tiré solvabilité des exportations précédentes de coton et de tabac, était la destination logique, surtout depuis la perte de l’île de Providence, prise par les Espagnols en 1641. Saint-Christophe et les Bermudes étaient d'autres possibilités.

Les années 1650 et 1660 Après l'expulsion en 1654 des derniers ressortissants Hollandais de la partie de la capitainerie du Pernambouc qu'ils contrôlèrent, la production sucrière redémarra"Marronnage et pouvoir colonial. Palmares, Cucaú et les frontières de la liberté au Pernambouc à la fin du XVIIe siècle" par Silvia Hunold Lara, dans la revue Annales en 2007 et les Brésiliens purent affronter réellement la nouvelle concurrence des nouveaux producteurs de sucre des Antilles. Dans la première moitié du siècle, cette capitainerie avait reçu environ déportés d'Afrique centrale (Congo-Angola) et dans la seconde elle récoltait un demi-million d'arrobes de sucre par an, presque autant que celle de Bahia, mais les communautés d'esclaves fugitifs fortifiées, à proximité du village de Porto Calvo, dont celle de Cerca Real, centre politique de Palmares avec ses plus de , s’étaient beaucoup développées pendant la période hollandaise. Entre 1654 et le milieu de la décennie 1670, vingt-cinq opérations militaires furent menées contre elles.

Ce traité est signé entre deux périodes de « famine monétaire » causée par la baisse en plusieurs vagues des arrivages d'argent-métal d'Amérique, qui subissent deux crises, la première aux environs de 1625-1630, la seconde aux environs de 1670-1680. Le Portugal, malgré ce traité, va subir ensuite un isolement commercial en raison de la politique commerciale française de Colbert aux environs de 1670, quand les produits portugais se voient expulsés des marchés français, anglais et hollandais. Ces pays importent alors encore du sucre et du tabac à Lisbonne, mais pour les revendre vers d'autres ports et ont fermé leurs marchés nationaux aux Portugais, ce qui cause une chute des prix, l'offre augmentant beaucoup plus rapidement que la demande. En 1650, l'arrobe de sucre se vendait à Lisbonne puis tombe en 1659 à et en 1668 à , perdant un tiers en . Concernant le tabac, il valait par arratel en 1650 puis en 1668 environ , et en 1688 seulement , perdant lui deux tiers de sa valeur"Problèmes d'économie atlantique. Le Portugal, flottes du sucre et flottes de l'or (1670-1770)" par Magalhaes Godinho, dans la revue des Annales en 1950 .

Le Portugal commence alors à être concurrencé sur ses propres monopoles, notamment celui du sucre, tandis qu'il n'est plus le seul fournisseur d'esclaves venus d'Angola, même s'il reste le seul à pouvoir y faire la . Il subit un mouvement de tenaille entre la baisse des prix sur les débouchés, due à la concurrence antillaise et la hausse ou le maintien de ses coûts sur le marché des esclaves.

Voir aussi Articles connexes Trêve luso-néerlandaise du 12 juin 1641 Guerre néerlando-portugaise en Angola (1641-1648) Nouvelle-Hollande (Brésil) Notes et références

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