vignette|278x278px|Un livreur de repas Uber Eats roule à vélo sur une route très fréquentée, Oxford Road, à Manchester. Un travailleur de plateformes est un travailleur indépendant ou salarié ou opérant sous un autre statut, voire sans statut, travaillant pour produire un service vendu par une plateforme numérique.

Les travailleurs de plateformes numériques bénéficient en théorie d’une forte autonomie et d’une maîtrise de leur travail. La position des sociétés bâties autour des plateformes est que ces travailleurs sont libres de se connecter à leur plateforme et d'accepter les conditions de travail proposées. Cependant, cette liberté masque souvent un lien de subordination entre le travailleur et la société détenant la plateforme numérique, ce qui a entraîné des requalifications en salariat devant les tribunaux dans la qualification de leur statut.

Les caractéristiques principales de ce type d'emploi sont entre autres :

L'organisation d'un travail rémunéré via une plateforme en ligne. L'implication de trois acteurs : la plateforme, le client et le travailleur. Les services sont fournis à la demande.

De plus, une spécificité de ce système est l'utilisation d'algorithmes pour l'affectation et la répartition des tâches entre les travailleurs, dénommé parfois management algorithmique...

Le statut légal de ces travailleurs et les protections dont ils peuvent bénéficier sont sujets à débat dans plusieurs pays et un projet de directive est actuellement à l’étude au niveau européen..

En droit français, la loi Travail du 8 août 2016 est venue encadrer le statut de ces travailleurs de plateformes. Par la suite, la loi du . a complété ce statut.

Historique

Les plateformes numériques ont émergé dans les années 2000 et se sont rapidement multipliées dans les années qui ont suivi. L’OCDE définit ces plateformes en ligne comme des “services digitaux qui facilitent les interactions entre deux ou plusieurs groupes d’utilisateurs distincts, mais interdépendants, qu’il s’agisse de firmes ou d’individus, qui interagissent via Internet”.

Dès la fin des années 2000, des plateformes payantes comme Uber vont apparaître. L’augmentation du nombre de ces plateformes va entraîner corrélativement l'augmentation du nombre des travailleurs de plateformes.

Dans les années 2010, les plateformes numériques ont fait l’objet davantage d’attention, mais également de critiques en raison de la transformation du marché du travail. Ces plateformes organisent et structurent l’activité des personnes en contournant les régulations.

Une distinction peut être faite entre les plateformes proposant du travail localisé (transports, livraisons, travail domestique) et les plateformes proposant du travail en ligne (traitement de données, traduction, reconnaissance d'images...).

Les plateformes se présentent comme de simples intermédiaires entre le client et le travailleur, ce qui est contesté par plusieurs études et organisations syndicales qui recommandent de les considérer comme des employeurs classiques.

De plus, le modèle économique de ces plateformes reposerait sur la vente à perte assimilable à de la concurrence déloyale.

La pandémie de Covid-19, le développement des achats en ligne et les bénéfices réalisés par les plateformes font craindre un déploiement accéléré de ce type d'emploi.

En 2019, les travailleurs de plateformes seraient estimés à. : 213 millions dans le monde environ réguliers et occasionnels en France. En 2018, l'OIT a publié une étude sur leurs conditions de travail. Digital labour platforms and the future of work, étude publiée sur le site de l'Organisation internationale du travail..

Importance actuelle Selon le sondage IPWS (Internet Platform Work Survey) publié par l’Institut syndical européen (ETUI) qui concerne 14 pays européens, on compterait 47,5 millions (soit 17 % de la population en âge de travailler) de "travailleurs de l’internet" au sens large au sein de l’Union européenne, dont 12 millions seraient des travailleurs de plateformes stricto sensu,  parmi lesquels 3 millions sont des travailleurs "intenses" pour qui les plateformes de travail représentent une "part significative" de leur temps de travail. D’autres chiffres, cette fois issus de la Commission européenneDe Groen W., Kilhoffer Z., Westhoff L., Postica D. et Shamsfakhr F. (2021) Digital Labour Platforms in the EU: Mapping and

Business Models. Disponible en ligne via https://ec.europa.eu/

social/main.jsp?catId=738& angId=en&pubId=8399&furtherPubs=yes estiment à 28 millions de personnes dans l'UE qui travaillent par l'intermédiaire de plateformes numériques, pour la plupart sous un statut de travailleur indépendant ou d’auto-entrepreneur. Si les livreurs à vélo sont les plus visibles médiatiquement, ils ne représentent pas la majorité.

D'après le Parlement européen, 5,5 millions de travailleurs sont erronément considérés comme des indépendantsAccord européen pour encadrer l’emploi des plateformes numériques, Vincenzo Genovese & Aida Sanchez Alonso, 13/12/2023 https://fr.euronews.com/my-europe/2023/12/13/accord-europeen-pour-encadrer-lemploi-des-plateformes-numeriques.

Logistique Le juste-à-temps et la supply chain permettant l'assemblage de produits finals à partir de constituants qui s'insèrent au centre d'une chaîne de valeur déployée à l'échelle planétaire placent la logistique encore plus au cœur du processus de productionQui travaille vraiment ? de Denis COLOMBI; éditions PAYOT, Paris 2024; pages 53-57 :

Mouvements contestataires

Motivations Des mouvements contestataires ont pris forme pour plusieurs raisons. Les travailleurs des plateformes évoluent dans une zone grise entre le travail indépendant et le travail salarié. Ainsi, la majorité des travailleurs de plateformes sont privés des droits, protections et garanties normalement liés au statut de salarié. S’ajoute à cette incertitude liée à leur statut, l’extrême dégradation des conditions de travail. Effectivement, le travail des plateformes est mal rémunéré, avec des horaires longs et instables. De plus, la protection sociale est faible, voire inexistante. Une revue de la littérature souligne en outre des risques psychosociaux encourus par ces travailleurs : l’isolement physique et social; la pénibilité d’un management algorithmique associé à une surveillance numérique permanente et la souffrance liée au caractère éphémère d’un travail qui apparaît en même temps comme dépourvu de limites.

Actions En réaction, des initiatives de création de collectifs de défense des intérêts des travailleurs se mettent en place. Il peut s'agir de syndicats spécifiques aux livreurs comme le CLAP (Collectif des livreurs autonomes parisiens) ou de branches syndicales liées à des syndicats déjà existantsCommuniqué de Solidaires le 22 avril 2022 : .

Ces organisations syndicales et les travailleurs organisent des manifestations, pour attirer l'attention sur l'encadrement juridique insuffisant, voire absent de ce statut.

Par exemple, en France, en 2017, les travailleurs des plateformes se sont mobilisés. Des manifestations par les coursiers de la plateforme de livraison de repas à domicile Deliveroo ont eu lieu au sein de la capitale et dans plusieurs grandes villes (Bordeaux, Lille, Marseille et Nantes).. Ils contestent le changement du système de rémunération : les livreurs sont désormais rémunérés à la course alors qu’auparavant ils étaient soumis à une rémunération horaire. La difficulté étant que, les coursiers attendent de longs moments sans recevoir de commandes, entraînant une absence de rémunération.

Autre exemple, en France, en , les livreurs travaillant avec Deliveroo ont été appelés à cesser le travail pour protester contre la nouvelle grille tarifaire de la plateforme de livraison de repas, qui entraîne, selon eux, une baisse de leur rémunération. Le Collectif des livreurs autonomes parisiens (CLAP) dénonce la suppression du tarif minimum par course et la baisse du prix des courses courtes, qui sont les plus rémunératrices. Ce collectif a demandé aux consommateurs de boycotter l’application.

Les travailleurs des plateformes font des “ grèves-déconnexions ”, c’est-à-dire qu’ils arrêtent de travailler. Il s’agit du mode d’action principal des coursiers. Cependant, il en existe d'autres comme le blocage de restaurants. Dans tous les cas, quel que soit le type de grève envisagé, il s’agit bien d’allonger le temps d’attente ou d’empêcher la commande des clients pour faire pression sur l’employeur caché derrière l’algorithme.

Ces mouvements contestataires ont été très médiatisés. En France, « la manière dont les médias ont traité cette grève, ça a été un rouleau compresseur. Si Deliveroo a été obligé de recevoir le CLAP et les syndicats, c’est parce qu’il fallait à tout prix que cette entreprise se refasse une image ».

Ces mouvements se multiplient à partir de l’automne 2020.

Avec quelquefois des victoires : comme les livreurs indépendants de Saint-Étienne qui après avoir fait grève les 13 et obtiennent d'Uber Eats la garantie de gagner au minimum 10€ de l’heure le midi et 12€ de l’heure le soir..

Les livreurs de diverses enseignes se mobilisent ensemble : ainsi, du 22 au , les livreurs Deliveroo et Uber Eats de Reims ont cessé de travailler et manifesté devant l’entrée des restaurants rémois.

Face à ces mouvements les plateformes utilisent des moyens de dissuasion comme :

le blocage de comptes des grévistes, comme Nassim Hamidouche ou Arthur Hay du syndicat des livreurs CGT de Bordeaux, la géolocalisation via l'application de livraison pour identifier et ficher les livreurs qui ont manifesté, dans le cas de Deliverooselon l’émission Cash Investigation de septembre 2020.

Actions judiciaires En France, la contestation se place aussi sur le plan judiciaire :

Le , la cour de cassation a requalifié en contrat de travail la relation entre Take Eat Easy et l'un de ses livreurs., Le , la cour de cassation a requalifié en contrat de travail la relation entre Uber et l'un de ses chauffeurs.., Le , à la suite d'une enquête de l'inspection du travail. conduisant à l'ouverture d'un dossier au pénal, l'entreprise Deliveroo France est condamnée à une amende de euros, la peine maximale prévue ; par ailleurs des peines de prison ont été retenus contre trois ex-dirigeants de l'entreprise. Ce jugement crée une jurisprudence reconnaissant le lien de subordination entre les plateformes et les travailleurs. En 2026, plusieurs associations dénoncent les « conditions de travail indignes » et les « revenus de survie », elles déposent plainte en France contre Deliveroo et Uber Eats pour « traite d’êtres humains » envers leurs livreurs. On dénombre entre 70 000 et plus de 100 000 livreurs en France, selon les sources. Selon une enquête menée en 2025 par Médecins du monde (MdM) et plusieurs centres de recherche auprès d’un millier de livreurs, 98 % d’entre eux sont nés à l’étranger et 64 % sont sans titre de séjour. Ils travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour 1 480 euros brut mensuels..

La Confédération européenne des syndicats (CES) a recensé dans différents pays d’Europe de l’ordre de 200 actions en justice qui ont été initiées avec pour résultat que les travailleurs de plateformes ont été assez régulièrement requalifiés par les tribunaux comme des salariés. Les syndicats espèrent que la prochaine directive de la Commission inclut sa revendication de mise en place d’une présomption de relation de travail salariée pour les personnes travaillant via des plateformes numériques de travail, avec renversement de la charge de la preuve. i.e. l’obligation pour une plateforme d’apporter la preuve que ses contractants ne sont pas de fait dans une relation de travail typique du salariat.

Difficultés juridiques

Qualifications indéfinies