thumb|Découverte éducative, dans une école Baniwa au bord du Rio Içana, en forêt amazonienne.

Les Baniwa-Curripaco-Wakuenai sont un groupe ethnique amérindien du Nord de l'Amérique du Sud, vivant aujourd'hui essentiellement éclaté dans trois pays : Venezuela, Colombie et Brésil. Leur histoire, notamment étudiée par deux ethnologues (Hill et Wright), présente la particularité d'avoir été marquée par deux périodes de forts mouvements millénaristes et messianiques (au moins depuis la seconde moitié du , induite par les missionnaires évangéliques, et facilitée par la cosmogonie et le chamanisme Wakuenai.

Localisation

À l'époque aborigène et jusqu'à nos jours, les Wakuenai (ou Wakuénai) sont présents dans le nord-ouest de l'Amazonie (entre environ 0° et 3° N et 66°50′ et 69°50′ W) près du tripoint entre le Brésil (Estado de Amazonas), le Venezuela (Territorio Amazonas fédérales) et la Colombie (Comissarías del Guainía/Vaupés).

Ils sont répartis le long de l'Içana et de ses affluents, le long du haut Negro-Guarnía et de ses affluents, et le long des fleuves inférieurs Xié et Uaupés, Inírida, Casiquiare et moyen-Orénoque.

Sémantique Baniwa est un mot de la Língua geral amazônica (« langue générale » ou « nheengatu »), une ancienne langue imposée par les missionnaires jésuites qui fut un temps parlée dans presque tout le nord-ouest de l'Amazonie. Depuis l'époque coloniale le mot Baniwa désigne les locuteurs arawak du rio Içana et de ses affluents dans le nord-ouest de l'Amazonie ; ce mot est utilisé à tort car Baniwa désigne en réalité un groupe distinct d'amérindiens Arawakiens du Nord vivant au Venezuela, qui ne se marient pas avec les Wakuenai et dont la langue n'est pas mutuellement intelligible avec les Wakuenai. ; Curripaco fait au Brésil référence à l'un des cinq groupes dialectaux, incluant les Baniwa du Brésil, des rivières Içana et du río Guainía supérieures du Brésil, du Venezuela et de la Colombie ; et en Colombie et au Venezuela ce nom désigne tous les groupes Wakuenai, à tort car en réalité Curripaco désigne un dialecte de Wdku de la phratrie Adzaneni de la rivière Guainia ; ce n'est donc pas un mot ethnologiquement juste pour désigner tous les Wakuenai. ; Wakuenai est un mot qui signifie « gens de notre langue » ou « personnes avec qui nous parlons ». Cet ethnonyme désigne surtout les cinq groupes dialectaux de la haute Guainía du Venezuela : les peuples Dzawinai, Wariperidakena, Adzanhi, Kljmadamnainai et Hohodeni qui vivent dans les bassins fluviaux de Kana et Guainia.

Population Aucune donnée démographique ancienne n'est disponible.

En 1985, la population Wakuenai brésilienne et du Venezuela était estimée à réparties en ; la Colombie en compte moins ( environ). Un grand nombre, inconnu, vivent à Manaus ou Puerto Ayacucho, aux environs ou ailleurs hors de la forêt.

Langues

Ressources Ce sont principalement la pêche : elle est pratiquée au moyen de nasses, filets, hameçons, arcs et flèches, lances, et poison barbasco, en expéditions collectives, surtout les mois secs de l'été. L'orpaillage illégal est source d'une pollution diffuse par le mercure, qui est méthylé et biomagnifié dans la chaine alimentaire et retrouvé dans les poissons carnivores ; l'agriculture sur brûlis : on cultive jusqu'à cinquante variétés de manioc dans certaines communautés ; une chasse, saisonnière, utilisant encore la sarbacane et l'arc dans certaines zones, mais généralement remplacé par le fusil de chasse, dont les cartouches au plomb sont une source de saturnisme< ; une cueillette de produits forestiers non ligneux. Les temps de pêche et d'agriculture sont décidés en lien avec des indices observés dans la nature et un calendriers mythologique, en lien avec des rituels traditionnels.

Les contacts avec les blancs ont conduit les Wakuenai à récolter la fibre de piaçaba, le latex de l'hévéa, le chicle, la sorva (Couma utilis), la noix du Brésil et plus récemment l'or en se déplaçant saisonnièrement en tant que main d'œuvre.

Les Wakuenai répondent aussi à une demande croissante d'œuvres d'art et d'artisanat (ornements en plumes, paniers, râpes à manioc, hamacs) et de manioc mis sur le marché par les marchands, missions et le gouvernement. Ces activités empiètent fortement sur les activités de traditionnelles (pêche, culture, chasse, cueillette…) amplifiant la déculturation induite par l'évangélisation protestante qui a notamment remplacé les rituels d'échange traditionnels par des fêtes chrétiennes. Des aides gouvernementales ou de coopératives ont permis à certains groupes de redevenir plus autonomes, en cultivant à nouveau le manioc.

Vie sociale thumb|Coiffe traditionnelle (Musée ethnographique de Stockholm).

Les règles traditionnelles qui régissaient le chant cérémoniel ou rituel, la musique (ex : des flûtes caractéristiques en forme de poissons étaient utilisées par les Wakuenai pour la fête du Surubi, surubi étant le nom d'un poisson), la narration des mythes, l'ornementation et la peinture corporels, l'éducation des enfants, le mariage et la vie de couple, les cérémonies rituelles, l'initiation des adolescents, etc ont souvent été proscrites par les missionnaires, et la fragmentation du territoire par les frontières crées par les arrivants européens ont fortement perturbé les relations entre clans de groupe ethnique dispersés de part et d'autre des frontières. Ce contexte a souvent conduit à l'abandon des traditions et à des mariages interethniques avec d'autres groupes (souvent amérindiens) dans chacun des trois pays concernés.

Les chamans sont des personnages clés, ils sont hiérarchisés selon leurs connaissances et capacités (des « voyants », les plus puissants aux chamans inférieurs, en passant par les chaman prophétiques, parfois messianiques. Il existe aussi des « propriétaires de sorts » (également plus ou moins puissants) qui exécutent et soufflent des sorts de guérison, chantent lors des cérémonies de rites de passage. Certains sont chef de danse rituelle. Grâce à la poudre sacrée (parika, hallucinogène) ils ont accès et peuvent donner accès au monde antique de Yaperikuli et de Kuwai et des esprits de la cosmogonie wakuenai.

La famille nucléaires est un autre pivot de la vie du groupe (parfois en incluant des parents âgés), même dans les maisons communes d'autrefois chaque famille disposait d'un endroit lui étant propre. Aujourd'hui les villages sont faits de maisons et souvent par des familles élargies patrilocales de plusieurs générations. Traditionnellement la vie sociale était régie par les positions de parents ou d'alliés, par le mariage et les relations politiques et rituelles, par le rang (basé sur l'âge relatif), l'échange et la réciprocité, par le système de croyances, et enfin par le rôle attribué aux ancêtres. Les rôles masculins/féminins qui existent, mais sans distinction rigide entre sexes, hormis pour le chamanisme et la fabrication d'objets rituels, plutôt pratiqué par des hommes. Sinon Pêche et agriculture, chasse et cueillette occupent tant les hommes que les femmes : les parcelles sont défrichées et plantées par les hommes et femmes, mais les femmes récoltent, replantent et transforment le manioc et d'autres plantes. Hommes et femmes pêchent à la ligne et à l'hameçon, partent en expédition de pêche collective, mais les hommes utilisent une palette de techniques plus étendue, et les femmes s'occupent plus souvent des prises. Les hommes chassent et cueillent, construisent et entretiennent les maisons, les pirogues, produisent les armes, tissent des paniers et des râpes à manioc. Les femmes transforment les aliments en plats, fabriquent l'adobe des maisons, la céramique et la pose de pierres dans des râpes à manioc.

Selon Jonathan D. Hill (ethnologue à l'Université de Georgie, qui a beaucoup étudié cette ethnie), au sein de chaque phratrie, cette société se structure à la fois sur un principe d'égalité entre tous et sur un principe de hiérarchie rituelle, qui lui permet notamment de s'adapter à un cycle saisonnier d'abondance variable des ressources alimentaires dans une région où les sols sont très acides et très pauvres et où le poisson abondant en saison sèche devient rare en saison humide (de mars-avril à juillet-août)..

Artisanat

Histoire

L'arrivée d'un nombre croissant d'orpailleurs et de sociétés minières, ainsi que les efforts militaires de contrôle des frontières ont ensuite divisé les groupes Wakuenai, tout en faisant naitre de nouvelles formes d'organisation de défense de leurs terres, de leurs ressources et de leur culture, avec notamment l'émergence de José Gregorio Diaz Mirabal, membre du peuple Wakuenai Kurripaco. (né au Venezuela), élu pour deux ans coordonnateur du Congrès des organisations autochtones du bassin amazonien (COICA, basée à Quito en Équateur, congrès qui représentait (en 2012) 511 communautés de peuples autochtones amazoniens, dont 66 tribus isolées (volontairement pour certaines)., vivant dans neuf pays amazoniens, soit 3 à 4 millions de personnes selon les sources.. Mirabal est devenu à la fin des années 2010 l'un des porte-parole amérindiens les plus écoutés, invité par exemple par l'UICN, l'ONU ou le Vatican.

Cosmogonie des Wakuenai Pour les Wakuenai, le cosmos se compose d'environ dix niveaux de ciel, de terre et de milieu souterrain, chacun habité par une catégorie d'esprits, et le monde actuel résulte d'une série de transformations cataclysmiques, faites par des divinités, qui sont notamment : Inapirrikuli (ou Yaperikuli), un dieu-filou, un être transformateur, créateur et puissant Shaman, apparu dans le monde primordial mythique qui était peuplé d'animaux féroces qui mangeaient la plupart des humains. Inapirrikuli vit encore dans le plus haut des 10 niveau du cosmos. Né de l'os d'un homme démembré et dévoré par des jaguars et d'autres animaux anthropophages des temps primordiaux. Il a créé l'alternance jour/nuit, la terre et sa fertilité, le tabac sacré ainsi que le feu de cuisine. C'est lui qui a donné une identité à toutes choses, au fur et à mesure qu'elles sortaient d'un trou dans le sol ; Kuwai (aussi dénommé Wamundana, un mot composé de wamu (le paresseux noir) et ndana (ombre, intérieur obscur, invisible), le fils que Inapirrikuli a eu avec sa première femme (Amaru). Kuwai est selon les chamans , comme le paresseux noir. Il a la propriété d'être à la fois humain, animal et esprit, et l'ensemble des choses matérielles forment son corps ; c'est lui qui a offert la connaissance sacrée (transmise lors des rituels d'initiation) à l'humanité ; ses bourdonnement et ses chants ont produit toutes les espèces d'animaux et créé la forme actuelle du monde. ; Selon Wright, . Il est finalement tué et brulé par son père dans un feu qui consumera le monde, mais la vie renaitra des cendres de Kuwai. il est le « patron des chamans » et propriétaire de la terre et initié la culture des jardins ; l'Anaconda, Seigneur des Eaux ; un grand nombre d'esprits inférieurs de l'eau, de la terre et de l'air ; tantôt ils aident les hommes, tantôt ils leur nuisent. les Tonnerres (eenunai) ; ils sont, dans le monde primordial, les tribus qui habitent les arbres, et les maîtres du poison, mais dans notre monde, ils sont devenus les animaux arboricoles (paresseux, singes…). Dans les mythes, leur chef, ennemi de Yaperikuli, prend diverses formes et noms.

Ces croyances ont été repoussées ou utilisées par les missionnaires, aboutissant notamment à deux reprises au millénarisme et à une déculturation.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Jonathan D. Hill (1983). Music, myth and communication in Wakuenai society. Indiana: Indiana University (PhD Anthropology). Jonathan D. Hill (1983). « Wakuenai Society: A Processual-Structural Analysis of Indigenous Cultural Life in the Upper Río Negro Basin, Venezuela. » Ph.D. dissertation, Indiana University.

.