L'abbaye de la Trinité de Beaulieu-lès-Loches est située à Beaulieu-lès-Loches.
Historique L'abbaye a été fondée par Foulque Nerra, comte d'Anjou à son retour d'un pèlerinage en Terre sainte fait pour expier ses crimes, vers 1003/1004. Deux chartes - notées A et B - ont été étudiées par Louis Halphen, Olivier Guillot et John Ottaway. La fondation de l'abbaye de la Trinité devrait dater de 1007 d'après l'étude de la charte A faite par John Ottaway, en 1986. L'évêque de Tours Hugues Ier de Châteaudun ayant refusé de consacrer l'abbatiale, c'est le légat Pierre, évêque de Piperno, qui a consacré l'église à la demande du pape Jean XVIIIHenri Martin, Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789, Furne libraire-éditeur, Paris, 1855, tome 3, (lire en ligne). Deux dates de consécration ont été discutées : l'année 1007 ou l'année 1012Louis Halphen a critiqué l'authenticité de la charte de fondation et des bulles de Jean XVIII et Serge IV. Les archives ancienne de l'abbaye ont disparu depuis longtemps car en 1689 Dom Billoüet, chargé de recueillir des notes pour la rédaction du « Monasticon Benedictum » écrivait ne « rien avoir d'asseuré de l'antiquité du monastère, les anciens n'ayant jamais tenu registre de rien et le chartrier ayant esté autrefois entièrement brulé ».. Gérard Fleury a proposé la date de 1007. L'église est alors à nef unique de 14 m de largeur. Un violent ouragan a fait s'effondrer la charpente de l'église d'après Raoul GlaberRaoul Glaber, Les cinq livres de ses histoires (900-1044), publiés par Maurice Prou, (lire en ligne). Gérard Fleury, suivant la proposition d'Éliane Vergnolle, admet que la nef de l'abbatiale construite par Foulque Nerra n'existe plusGérard Fleury, Nouvelles observations, 2002, .Éliane Vergnolle compare l'élévation des murs de l'abbatiale en moyen appareil à ceux de l'abbatiale de Jumièges élevés à partir de 1040 (Éliane Vergnolle, « La pierre de taille dans l'architecture religieuse de la première moitié du siècle », dans Bulletin monumental, 1996, tome 154, , )Charles Lelong met en doute la reconstruction de l'église à partir de 1012 avec une consécration en 1952, jugeant les documents disponibles peu fiablexes. L'église aurait alors été reconstruite en la dotant de voûtes de pierre ce qui a nécessité de diviser la nef en trois vaisseaux parallèles de dix travées portées par des piliers carrés, flanqués sur chaque côté d'une demi-colonne engagée.
L'abbaye qui était consacrée à la Sainte Trinité : Foulque Nerra ayant rapporté des reliques du Saint-Sépulcre de son pèlerinage, le saint Sépulcre était son second patron et se fêtait le . Foulque Nerra a fait don du bourg de Beaulieu avec tous les droits de justice et le droit de battre monnaie à l'abbaye. Ce droit de battre monnaie a été exercé par l'abbaye jusqu'au règne de Philippe le Bel.
Ce qui subsiste de l'église romane a été construit par le fils de Foulque Nerra, Geoffroy Martel, au milieu du siècle, pour abriter le tombeau de son père, mort en 1040. Cette seconde église, qui était une des plus grandes du siècle subsistant en FranceLa nef mesurait 40 m de longueur, 14 m de largeur et la charpente culminait à une hauteur de 24 m. Une tour-lanterne à la croisée du transept permettait d'éclairer l'église., a été probablement consacrée en 1052. La datation précise de la construction de l'édifice actuel fait encore l'objet de débat, en grande partie à cause de l’hétérogénéité de ses maçonneries, qui semblent indiquer des hésitations et des repentirs. Les modifications commencent peu après son achèvement, ce qui rend la datation de son architecture complexe. Ainsi les murs de la nef initialement prévus pour supporter une charpente, furent rapidement modifiés pour accueillir des voûtes maçonnéesCamus, 1997, p. 15..
Sa largeur (14 m dans la nef) et l'emploi de pierre de taille indiquent une construction prestigieuse et un patronage importantCamus, 1997, p. 16..
Un clocher de 61 m de hauteur a été construit contre la mur nord de la nef, dans l'alignement de la façade ouest. Les études d'éléments de charpentes faites à l'occasion de la restauration du clocher ont montré que les poutres proviennent d'arbres abattus entre 1163 et 1164. Le clocher de Beaulieu aurait donc été construit pendant la décennie 1160-1170.
L'église est pillée par les armées anglaises au cours de la guerre de Cent Ans, en 1359. Dans un acte du , les religieux réclamant au sujet du marché rappellent que l'abbaye et la ville ont été incendiées « excepté l'église, tant seulement laquelle ils avaient empierrée, fortifiée et diligemment gardée »Jean Hardion, Louis Bossebœuf, L'abbaye de Beaulieu-lès-Loches et quelques monuments de sa dépendance, .. L'église est incendiée et détruite en 1412 pendant le siège de Loches par l'armée du duc de Clarence et l'abbé André Bernard emmené captif en Angleterre. Jean Bernard lui a succédé en 1427 avant de devenir archevêque de Tours en 1441L. Archambault, Revue de l'Anjou, volume, .. Cet abbé a obtenu du pape Eugène IV des lettres confirmant les privilèges de l'abbaye de Beaulieu. thumb|left|300px|Veüe de l'abbaye de la S.te Trinité de beaulieu prez la Ville de Loches, de l'ordre de St Benoist, congregation de St Maur,Fondé par Foulque de Néra Louis Boudan, dessinateur, 1699Collection Gaignières. L'église abbatiale a été partiellement reconstruite sous l'abbatiat de Guillaume III Moreau de Beauregard (1442-1458), puis de l'abbé Hugues III de Fumée (1485-1494) et de son neveu et successeur Hardouin de Fumée (1494-1521). Seules quatre travées de la nef ont été reconstruites. La tour-lanterne barlongue de la croisée du transept renversée par un ouragan en 1451 est reconstruite à partir de 1452, aux frais de Jean de Cignory, curé de Saint-André de Beaulieu d'après le livre rédigé par dom Galland en 1741, cité par J. HardionOn trouve les armoiries de Guillaume de Beauregard, « fascé d'azur et de gueules de huit pièces avec une barre d'or », dans le chœur qu'il a dû faire reconstruire, de Jean de Cignory, curé de l'église Saint-André, « au griffon d'or avec une étoile de même au franc canton de l'écu » qui a fait voûter le collatéral nord et fonder la chapelle Sainte-Barbe en 1475, de Jean III, mort en 1485, « d'azur à trois losanges d'argent », sur la travée barlongue du transept nord, d'Hugues III de Fumée, « d'azur à deux fasces d'or accompagnées de six besants d'argent », qui a voûté la nef et le chœur, de Jean IV de Bourdeilles, mort en 1534, à « deux pattes de griffon », sur le collatéral sud (André Montoux, Loches et Beaulieu-lès-Loches, C.L.D., Chambray, 1985, ).
Louis XI a concédé plusieurs droits à l'abbaye de Beaulieu en 1463Comte de Pastoret, Ordonnance des Roys de France de la troisième race, recueillies par ordre chronologique, Imprimerie royale, Paris, 1814, tome 16, (lire en ligne). L'abbé de Beaulieu obtient en 1480 le titre de seigneur baron de la ville avec basse, moyenne et haute justice.
Aux débuts des guerres de Religion, une bande de protestants chassée d'Orléans par le maréchal de Saint-André, le , est venu piller ⁸la ville et l'abbaye de Beaulieu. Seules les reliques ont été sauvées du pillage.
Le toit de l'église abbatiale est emporté deux fois par des ouragans. Le procès-verbal du second ouragan mentionne que le jeudi , à onze heures du matin, s'est élevé un ouragan qui a fait de nombreux dommages, renversant le faix de la nef sur une longueur de 16 toises et la charpente du chœur mais laissant intact les murs.
Louis Voyer d'Argenson, abbé de Beaulieu, a introduit à l'abbaye la réforme de Saint-Maur en 1662L. Archambault, Revue de l'Anjou, volume, .. En 1679, les biens de l'abbaye sont partagés. En , le clocher du Saint-Sépulcre qui menaçait ruine est abattu.
Il ne reste plus que cinq moines en 1789. Le mur sud de la nef située à l'ouest de la façade reconstruite au début du est abattue pour agrandir l'actuelle place de la mairie ainsi que la pyramide du toit de la fontaine du cloître. Après la Révolution, l'église est devenue paroissiale sous la dédicace à Saint-Pierre-Saint-Paul.
La façade actuelle de la nef n'a été construite qu'en 1902-1905 en remplacement de la façade qui est représentée sur le dessin de GaignièresJean Vallery-Radot, L'ancienne église abbatiale de Beaulieu-lès-Loches, dans Congrès archéologique de France. session. Tours. 1948, Société française d'archéologie, 1949, La façade moderne a été élevée par Eugène Bruneau, architecte en chef des monuments historiques (ACMH : Eugène Bruneau), à la suite d'un legs d'un habitant de Beaulieu, M. Meusnier (Congrès archéologique de France, 1910, , note 3) et la travée adjacente terminée en 1908. à l'occasion de l'ajout d'une travée supplémentaire à la nef.
Le clocher qui menaçait ruine a été restauré depuis , jusqu'en , sous la direction de l'architecte en chef des monuments historiques Arnaud de Saint-JouanACMH : Arnaud de Saint-Jouan. La restauration a commencé par la dépose de de pierres de la flèche. Une partie des pierres d'origine a été réutilisée. Les cloches ont pu de nouveau sonner le Restauration du patrimoine : Layher déploie un échafaudage de 64 m de hauteur.
Liste des abbés Cette liste d'abbés tirée de l'article de L. Archambault, volume 11, n'est pas complète. Le Gallia Christiana, tome 14, permet de la compléter : Odon, abbé de Saint-Genou, premier abbé de Beaulieu, venu avec quelques moines. Il gouverne l'abbaye pendant 50 ans. Laurent, au temps du comte Geoffroy Martel qui place la collégiale Saint-Ours sous sa dépendance, Étienne, en 1068, Pierre Bertrand, Fulco, en 1105 Hamelin, en 1124 témoin d'une charte Gotefredus ou Geoffridus, en 1124 Gérald, obtient en du pape Alexandre III une lettre de confirmation des biens de l'abbaye. Il meurt le . Maurice, élu le . Il meurt le . Il est présent à la signature l'acte de cession du lieu-dit du Liget aux ChartreuxJean Vallery-Radot, op. cité, . Michel , auparavant prieur claustral, élu en , Matthieu , élu en 1208, Hugues , en 1224, Jean , élu le , Réginald, né à Beaulieu, élu le , Matthieu II, en 1290, Michel II de Valory, en 1313, Pierre II, en 1335, mort en 1363, Jean II, obtient sa confirmation du pape Urbain V en , Guillaume I de Vallériis, en 1369, mort le , André (de) Bernard, en 1402, fait prisonnier par les Anglais en 1412, mort le , Guillaume II Bernard, cousin du précédent et neveu de Jean Bernard, archevêque de Tours, en 1427, mort le , Guillaume III Moreau de Beauregard, proclamé abbé le , Hugues II de Fumée dit de Poissy, en 1458, Jean III, en 1482, mort le , Hugues III de Fumée, élu le , jusqu'au , Hardouin de Fumée, élu le .Abbés commendatairesL. Archambault, vol. 11, . : Jean IV de Bourdeilles, en 1502, mort le , Guillaume IV de Meyne, en 1534, mort le , Nicolas de Tiercelin d'Apelvoisin, en 1564, Nicolas Fumée de la Touche, en 1584, Guy Fumée des Roches Saint-Quentin, en 1593, François de Saint-Pastour de Salern, en 1623, Louis de Nogaret, cardinal de La Valette, en 1630, Louis II de Voyer d'Argenson, en 1639. Il introduit dans l'abbaye la réforme de Saint-Maur, Nicolas III Le Roi de Moré, en 1671, Charles Boileau, en 1693, membre de l'Académie française. Il a demandé l'autorisation de démolir la pyramide au-dessus de la fontaine du cloître construite par Foulque Nerra ce qui lui a été refusé car considéré comme un des plus beaux monuments du royaume, Joseph Jean-Baptiste Quinot, en 1705, Simon-Nicolas de Frison de Blamont, en 1722, Nicolas Parchappe de Vinay, en 1757, Pierre-Esprit de Chazal, en 1767, Joseph Nicolas Micolon de Blanval, en 1769. et dernier abbé de Beaulieu, en 1790.
Elle fait l’objet d’un inscription au titre des monuments historiques par arrêté du .
Références
Voir aussi Bibliographie
Par ordre chronologique de publication : Gallia Christiana, Firmin Didot et frères, Paris, 1856, tome 14, (lire en ligne) M. Bouet, « L'église de Germigny et celle de Beaulieu-sous-Loches », dans Bulletin monumental, volume, 1868, ,