Le site archéologique de Verdes est un ensemble de vestiges antiques situés sur le territoire de la commune de Beauce la Romaine (Verdes jusqu'en 2015) dans le département français du Loir-et-Cher.
Des thermes et une vaste palestre, une basilique civile et un forum ou un constituent un centre monumental ; deux petits temples complètent ces aménagements, situés à proximité d'un carrefour de voies antiques et accompagnés de nombreux habitats regroupés en secteurs organisés. Tous ces vestiges et indices permettent de donner à Verdes le statut d'une agglomération secondaire antique active du . Toutefois, faute de fouilles récentes et à grande échelle, les caractéristiques et le rôle de cette ville antique restent mal connus. L'agriculture (production de céréales et élevage ovin pour la laine) tient certainement dès l'Antiquité une grande place dans l'économie de cette cité beauceronne.
Hormis la voie antique de Chartres à Blois, dite « voie de Jules César », qui traverse Verdes du nord au sud, aucune trace de l'agglomération antique n'est visible en élévation. Après des fouilles partielles des thermes en 1856-1857 puis dans les années 1960-1970, ces dernières s'accompagnant de campagnes de prospection aérienne et géophysique qui révèlent l'étendue du site archéologique ( environ), tous les vestiges sont enfouis. Un fragment de la « mosaïque au labyrinthe » qui pavait une salle des thermes est conservé au musée des Beaux-Arts de Blois.
Environnement géographique et archéologique L'agglomération antique de Verdes, dans la vallée de l'Aigre et à la limite entre le Loir-et-Cher, l'Eure-et-Loir et le Loiret, se développe sur une superficie estimée à . Elle se situe probablement en partie sous l'emprise du bourg contemporain, mais c'est au nord-est de ce dernier que les vestiges les plus significatifs sont mis en évidence sur le rebord du plateau. Les parcelles concernées appartiennent pour l'essentiel à des propriétaires privés, mais la commune a acquis les terrains d'une partie du centre monumental et y a constitué, avec le Service régional de l'archéologie, une réserve archéologique.
Un site de « carrefour » vignette|gauche|alt=Carte en couleurs représentant un territoire antique sur une trame départementale moderne.|Verdes dans la cité carnute. Le site gallo-romain se trouve au cœur du territoire carnute, à au sud d' (Chartres), chef-lieu de la sous le Haut-Empire, à au sud-est de Châteaudun, où une occupation gallo-romaine mal connue. succède à un gaulois attesté. et à moins de à l'ouest-nord-ouest de (Orléans) qui devient au Bas-Empire le chef-lieu de la (distances exprimées « à vol d'oiseau »).
vignette|alt=Carte en couleurs représentant la topographie d'une ville antique sur un fond de carte contemporain.|Localisation du site antique.
Verdes est implantée au carrefour de deux voies antiques importantes. La première, nord-sud, relie Chartres à Blois ; même si son tracé antique est légèrement différent de l'itinéraire moderne, elle est toujours partiellement visible dans le paysage sous le nom de « voie de Jules César » ou « chemin de Chartres ».. Au sud du bourg moderne de Verdes, elle prend l'aspect d'une chaussée-digue qui barre le cours de l'Aigre et forme au nord, de l'Antiquité jusqu'à son assèchement en 1851, le lac du Dunois d'une superficie d'environ . La seconde, du nord-ouest au sud-est, va de Châteaudun à Meung-sur-Loire ou Beaugency où elle traverse la Loire, puis se dirige vers Bourges ; elle traverse le marais de l'Aigre au sud-est de Verdes, au niveau de Tripleville.
Verdes se situe également sur la ligne de partage des eaux de la Loire au sud-est et du Loir au nord-ouest ; cette situation géographique, à la rencontre des deux bassins versants, est généralement un des facteurs favorables à l'implantation d'agglomérations antiques.
Des transports facilités et des matières premières accessibles Les voies de transport terrestre relient directement le site à l'Orléanais, au Perche, à l'ensemble de la Beauce et à la vallée moyenne de la Loire ; ces liaisons permettent en particulier d'approvisionner la Beauce en bois à partir de la forêt de Marchenoir. Le trafic fluvial est également actif : Verdes est traversée par l'Aigre qui est certainement, dans l'Antiquité, accessible à des barques à faible tirant d'eau permettant le transport de marchandises vers l'aval jusqu'au Loir pour gagner ensuite l'Anjou.
L'environnement géologique est lui aussi favorable, l'érosion du substrat composé de calcaire de Beauce (Aquitanien) par l'Aigre offrant, sur les flancs de la vallée, un accès facile à des carrières exploitées pour la construction locale voire pour le commerce de pierres de taille ou la préparation de chaux . La tourbe, présente au fond de la vallée, peut elle aussi être extraite.
Mentions historiques et études archéologiques vignette|alt=Dessin en noir et blanc représentant un fragment de mosaïque antique.|Décor de la piscine des thermes (Anatole du Faur de Pibrac, 1857). La cité antique de Verdes n'est mentionnée dans aucun texte antique ou médiéval et les ruines, encore visibles au moins jusqu'en 1870, n'ont alors fait l'objet que de traditions orales. La « voie de Jules César » figure sur la carte de Cassini sous le nom de « chemin de Blois ». Les premiers vestiges antiques, ceux des thermes, sont fortuitement mis au jour en 1856 par le propriétaire d'un terrain à la faveur d'un défrichement.. Des fouilles partielles de ces thermes ont lieu sous le Second Empire mais elles sont prématurément interrompues. Anatole du Faur de Pibrac publie toutefois un « Mémoire sur les ruines gallo-romaines de Verdes » agrémenté de nombreuses illustrations et, la même année, Arcisse de Caumont visite Verdes, stupéfait du nombre de vestiges visibles à quelques centimètres sous terre.. Par la suite toutefois et pendant un siècle, les vestiges ne suscitent plus l'intérêt. En 1960, Albert Grenier, surpris de trouver des thermes sur un site apparemment peu important. et pressentant que d'autres vestiges restent à découvrir, encourage la reprise des recherches.
Au début des années 1970, après quelques sondages pratiqués sur le site, une autre campagne de fouilles des thermes démarre, interrompue elle aussi. À la même époque, la prospection électrique et les photographies aériennes dévoilent l'étendue de cette agglomération secondaire et permettent de compléter le plan du site.. C'est surtout la sécheresse de 1976 en Europe qui révèle, au printemps et à l'été, de nombreuses traces dans les cultures ; elles appartiennent à une palestre jouxtant les thermes au nord et dont Albert Grenier suspectait l'existence sans pouvoir la localiser, à une basilique civile à l'ouest de la palestre, à un vaste forum au sud de la basilique et à d'autres bâtiments non encore identifiés ; certains d'entre eux, en bordure de la voie de Jules César, pourraient être des entrepôts ; un autre, de forme allongée, est pourvu de deux absides. Trois secteurs résidentiels distincts, disposant chacun de son propre embryon de réseau de voies, sont également mis en évidence. Jusque dans les années 1980, de nombreuses monnaies romaines sont retrouvées sur le site, isolées ou sous forme de deux trésors ; la plupart d'entre elles sont disséminées dans des collections particulières.
Le site ne fait l'objet d'aucune campagne de fouille programmée. mais en 2016, un diagnostic archéologique préalable à une opération d'urbanisation est réalisé à l'est de la voie de Jules César.
Outre le fragment de mosaïque conservé au musée des Beaux-Arts de Blois, divers objets issus des fouilles sont présentés à l'écomusée de la vallée de l'Aigre (Cloyes-les-Trois-Rivières, Eure-et-Loir). ou figurent dans les collections de musées : hôtel Cabu - musée d'histoire et d'archéologie à Orléans. ou musée des Beaux-Arts et d'Histoire Naturelle de Châteaudun.. Des publications de la fin du font cependant état de pièces de mobilier archéologique vendues et revendues et dont la trace s'est semble-t-il perdue..
Histoire En l'absence de fouilles archéologiques complètes et de sources écrites, l'histoire du site est très mal documentée et l'origine du toponyme « Verdes » reste indéterminée ; aucun équivalent antique n'est connu. Certains évoquent, sans conviction, la vallée de l'Aigre verdoyante () .
Des outils, un galet percé comme un bijou ou une amulette. retrouvés sur place et remontant au Néolithique, une enceinte datant peut-être de la même époque (type « enceinte Michelsberg ») sur la rive gauche de l'Aigre, des traces d'activité artisanale de l'âge du fer témoignent d'une longue occupation du site.
vignette|alt=Photographie en couleurs d'une monnaie romaine représentant une tête couronnée.|Monnaie à l'effigie de Tetricus .
Même si l'activité agricole est attestée dans le secteur à l'époque laténienne et a joué un rôle dans la pérennité du site, le développement de Verdes dans l'Antiquité est plus probablement lié à sa situation géographique, à la croisée de voies de circulation. Les thermes, monument le mieux connu du site, peuvent avoir été en fonction du avec de probables réaménagements au cours de cette période. Certains habitats sont datables de la même époque. L'orientation différente du centre monumental et de certains quartiers résidentiels ou artisanaux suggère un développement de la ville par étapes, la fonction commerciale semblant être le moteur du développement de la ville, bien plus que sa fonction religieuse, qui reste à apprécier.
Un bloc de quatre kilos de pièces de monnaie (), dont des monnaies de Tetricus , ainsi qu'un autre ensemble de monnaies dont les plus tardives sont de Maximin et de son épouse Caecilia Paulina, découverts à Verdes, sont peut-être des trésors cachés après 270, dans une période d'instabilité. Les édifices publics comme les thermes paraissent avoir été restaurés dans le dernier quart du , peut-être à la suite de destructions liées à des « invasions barbares ».
La ville ne semble pas totalement abandonnée ; le site de la palestre et des thermes désaffectés servent en effet de cimetière à la fin du Bas-Empire ou au haut Moyen Âge , ce qui témoigne sans doute de la présence, dans les environs, d'habitats restant à localiser. Il est possible que la place de Châteaudun ait attiré les activités marchandes de Verdes pour lesquelles aucun témoignage remontant à cette époque n'est identifié. La présence du lac et de ses abords marécageux, ayant des conséquences possibles sur la santé des habitants, n'est peut-être pas étrangère à la désaffection de Verdes.
Ces différents éléments posent l'hypothèse d'une chronologie fréquemment rencontrée dans les agglomérations gallo-romaines même si les explications, sans doute multiples, peuvent varier d'un site à l'autre : activité importante sous le Haut-Empire romain, abandon ou occupation moins soutenue lors de la crise du troisième siècle, reprise d'activité temporaire et/ou partielle sous le Bas-Empire. Cette dernière phase est peut-être à mettre plus spécifiquement en relation, à Verdes, avec une influence croissante d'Orléans au détriment de Chartres..
Description À l'exception des thermes, partiellement fouillés il y a , ainsi que d'un diagnostic archéologique réalisé en 2016, toutes les descriptions des édifices et aménagements de Verdes reposent sur l'interprétation parfois fragile de photographies aériennes et de résultats de prospections géophysiques ; à partir des mêmes éléments de base, les propositions de restitution sont susceptibles de varier selon les auteurs et leur analyse.
Centre monumental vignette|redresse=1.2|alt=Plan en couleurs de monuments antique mitoyens.|Plan schématique du centre monumental.