vignette|La rue Al-Mutanabbi à Bagdad en Irak La rue Al-Mutanabbi (en arabe : شارع المتنبي) est une rue de Bagdad, en Irak. Repère de patrimoine culturel bagdadien, elle est considérée comme l’une des plus célèbres rues de la capitale irakienne et le plus ancien des marchés de livres de la ville.
Une rue propre à Bagdad depuis sa création lors de l’époque abbaside sous le nom de (le marché des papetiers, warraq, en arabe: سوق الوراقين).. Elle est considérée jusqu’à nos jours comme un marché florissant de livres et qui regroupe des centaines de bibliothèques qui contiennent des milliers de titres et de publications et même de précieux manuscrits, sans compter les marchands de trottoirs qui exposent des publications rares et récentes, des imprimeries et de maisons de publications et de papetiers, des boutiques de réparation de stylos, d’outils de calligraphie et de dessin, contenant également dans ses cours et cafés des expositions d’art, des conseils et forums culturels et plateformes d'opinion destinés à une élite de cultivés comme au grand public.
Emplacement La rue s’étend sur 700 mètres, commençant près de la région d’Al -Midane (arabe:الميدان) et de la rue Al -Rachid (arabe: الرشيد) l’icône bagdadienne (ou Khalil pacha jadesi lors de l’époque ottomane), du côté du fleuve Tigre au milieu de Bagdad sur la rive Est d’el Roussafa, et finissant par la statue du grand poète de la sagesse et du courage, Al- Mutanabbi, faisant face au fleuve.
Survol historique La rue revient aux fins de l’époque Abbasside (132-656 de l’hégire, 1517-1750 AC), destinée à l’écriture des œuvres et à la traduction, que les Abbassides nommaient le marché des papetiers ou « Darbe Zakha ,» (en arabe: درب زاخا , Zakha :mot d’origine aramique désignant le papetier ou la personne dont le métier est l’écriture). Les Seldjoukides l’appelaient « la rue Al Mouafakya » relatant « l’école Al Mouafakya ,المدرسة الموفقية » dans ses alentours et qui fut construite par « Mouafak Al Khadim ».
Le nom a changé lors du règne des ottomans qui battirent à côté le bâtiment du (Qushla ou Qishla) en (1850) et en firent une caserne pour leur armée et la nommèrent « ekmek khane ,اكمك خانه» (la rue des boulangeries militaires) référant aux boulangeries qui fournissaient le pain à la caserne turque à l’époque.
Le marché vit le jour la première fois au sous le règne du wali ottoman de l’Iraq « Midhat Pacha ». Le nom changea de nouveau pour devenir « le sérail » lors de l’occupation anglaise au début du siècle dernier, et qui firent du « Qushla » le siège du gouverneur militaire.
Le nom de « Al- Moutanabbi » revient en 1932 à la suite de la formation par le roi « Fayçal 1er » du comité de nomination des places et des rues qui nomma cette rue par le nom du poète abbasside qui attira l’intérêt du monde, de la langue et des gens « AbouT̩ayeb Ah̩mad ibn al-H̩usayn al-Mutanabbī ».
La rue contenait un grand nombre de cliniques médicales, de super marchés et épiceries, mais en 1955, à la suite de l’épanouissement du commerce accompagné de l’activité du commerce des livres, le commerce des livres se déplaça du « sérail » vers « Al Moutanabbi ». Tous les bâtiments furent démolis pour construire à leur place des immeubles, des imprimeries et des boutiques de vente de livres qui furent négligés après l’instauration du système républicain en Juillet 1958. Après le renversement du régime de « Abdel Karim Kassem » en , et la prise du pouvoir du parti « Baath », un grand nombre de titres et de publications furent interdits. Ce marché fut rouvert sur tous les titres politiques, culturels, religieux et littéraires, après 2003, après de longues décennies de surveillance et de poursuite.
Phare culturel de Bagdad L’ouverture irakienne sur les livres a contribué à l’élargissement de leur commerce et l’intérêt de la lecture comme on disait « les livres sont écrits au Caire, imprimés à Beyrouth et lus à Bagdad »… Neuf siècles à côtoyer le Tigre, la rue Al-Mutanabbi n’est pas seulement considérée comme la plus ancienne pionnière exposition du livre au monde, elle assiste à des séminaires et des activités culturelles, littéraires, artistiques et théâtrales, tous les vendredis, elle se transforme en un lieu de rencontre où se regroupent ses visiteurs intéressés par la culture et la littérature en des conversations culturelles concernant les livres et les nouvelles éditions, elle ouvre grand les bras aux artistes qui cherchent à présenter leurs talents en peinture, calligraphie et artisanat, au point d’être considérée.À l’heure actuelle, la rue est la cinquième plus importante rue culturelle du monde selon la classification des Nations unies.
La rue des fanatiques de livres a unifié les gens de tous les composants pour respirer l’odeur du livre et pour faire revenir l’Iraq à l’époque dans laquelle les historiens en disaient qu’il est le paradis sur terre et le centre des beautés et des bontés.
Les repères et bâtiments les plus importants Bagdad abonde de repères de patrimoines et de traits orientaux authentiques: bâtiments, ornements, moucharabieh « shanashils » (en arabe: شناشيل او مشربيات), en plus de la présence des plus importants centres historiques et de civilisation islamique et non islamiques et un patrimoine hérité de plusieurs grandes époques. La rue Al-Mutanabbi avait une grande part de cet héritage, elle représente la pierre de base de l’évolution de la pensée et de la vraie culture irakienne avec ses authentiques aspects bagdadiens qui caractérisent ce qui reste de ces vieux bâtiments et qui portent l’identité de l’Iraq des années 1920 et 1930.
La majorité des importants projets de l’époque voyaient le jour dans cette rue qui représentait le profil moderne et brillant de Bagdad que l’on nommait « la charmante de l’Est ». Le plus important repère qui s’y dresse est l’école « Al-Mouafakya », aujourd’hui « Al Qushla, القشلة », terme turc : قاشلاغ qui désigne la caserne des soldats, en langue arabe le terme désigne la résidence d’hiver, l’un des Bâtiments patrimoniaux de Bagdadiens dont la date de construction revient au dix-neuvième siècle, à l’époque où Bagdad était une wilaya de l’empire ottoman, construite par « Al-Mouafak Ben Abdullah Al-khatouni » servant de « Khatoune Melekchahya » épouse du calife « Al-Moustadhir ». Cette école occupait la place de « Al-Qushla » aujourd’hui dont la date revient à 1861 sous le règne du wali « Namik Pacha » dont le règne ne dura qu’un an et quelques mois (1861-1863) et la construction prit fin par le wali ottomane « Medhat Pacha » (1868-1871) qui différait des autres walis par sa grande admiration du progrès accompli par les pays européens dans tous les domaines de la vie, en plus de sa passion pour la réforme et le progrès. Les références et les documents historiques signalent que le wali ottomane se chargea des affaires de Bagdad, il ne s’est pas contenté de finir la construction de « Al-Qushla », mais il a ajouté à son plan architectural un deuxième étage, se basant sur les ruines de l’ancienne muraille Est de Bagdad, dont il utilisé les briques pour renforcer le bâtiment du sérail et bâtir une tour qui s’élève à 22 mètres surplombée par une grande horloge au milieu d’un jardin intérieur, conçue à sonner le matin pour réveiller les soldats et les informer des horaires d’entrainement militaire, c’était une institution civile-militaire sous la direction du Pacha groupant à son intérieur des milliers de soldats, leurs responsables et leurs entrepôts. La « Qushla » n’était pas dans une seule place mais presque chaque wilaya avait sa propre « Qushla », de là on nommait cette « Qushla » à l’Est du Tigre la « Qushla de Bagdad ».
Après la compagne de la Mésopotamie et la chute de Bagdad en 1917, le drapeau britannique fut hissé sur la tour de l’horloge, puis le bâtiment fut utilisé comme siège du commandement britannique, le logement des officiers et de leurs familles, et fut ainsi nommé « le sérail ». En 1921, le bâtiment fut le théâtre du couronnement de Fayçal 1er gouverneur de l’Irak, et qui forma cinq ministères : la justice, l’intérieur, de maarif (actuellement ministère de l’Éducation), des travaux et des transports, puis forma le conseil des ministres. La rue devint le centre du premier gouvernement royal irakien jusqu’à la chute du régime royal en , les bâtiments furent négligés sous le régime républicain.
En face de l’école « Al -Mouafakya » se trouve le centre culturel bagdadien, qui changea de nom à plusieurs reprises: pendant l’époque des mameluks ottomane on l’appelait « defterkhane » (siège des registres officiel, surtout les registres cadastraux), puis le wali Medhat Pacha le fit « l’école militaire rachidienneen »(en arabe: المدرسة الرشيدية), en 1869, après l’avoir reconstruite à sa forme actuelle, pour être la première école militaire moderne.
Cette école a gradué un grand nombre d’officiers qui ont occupé d’importants postes dans l’État irakien après la formation du gouvernement. Les plus célèbres sont: Yassin al-Hachimi, Nouri Saïd, Jafar al-Askari, Abdul Muhsin Al-Saadoune, Jamil al-Midfai, Mouloud Moukhlis, Jamil Al-Rawi, Rachid Al-Khoja, l’historien Mohammed Raouf l’auteur du lexique géographique de l’ancienne ville de Bagdad.
L’école s’est transformée en hôpital lors de la première guerre mondiale, et les anglais en firent le siège des tribunaux civils en 1917 après l’occupation pendant la guerre.
Après l’établissement du royaume irakien, elle demeura le siège des tribunaux civils et pénaux jusqu’en 1978. Le premier carénage a eu lieu en 1992 et a duré 3 ans de la part du département des antiquités pour subir après les événements de 2003 des actions de vandalisme et négligée jusqu’en 2011, quand la préfecture de Bagdad a pris l’initiative de maintenance et de réouverture en tant que centre culturel. Ce centre contient plusieurs salles qui portent les noms de scientifiques, poètes et artistes irakiens, parmi lesquels : Ali Al-Wardi, Mustafa Jawad, Nazik al-Mala'ika, Jawad Salim, Hussein Ali Mahfoud. Elle renferme aussi des salles consacrées aux expositions d’art plastique portant le nom du sculpteur irakien Mohammad Ghani Hikmat et la salle « mille et une nuits » pour le cinéma, les salles « Shanashil » pour le maquam irakien et la salle « Sami Abdul Hamid » pour les festivals.
Le centre culturel s’est procuré aussi des bibliothèques de personnes scientifiques, parmi lesquelles: bibliothèques et musée du docteur Ahmed Soussa, de l’érudit Mikhaïl Awad, de l’érudit Abdul Hamid Al-Rachoudi, du docteur Imad Abdul Salam, du peneur Azziz Sayed Jassim, du docteur et artiste d’art plastique Alaa Bachir. Ces bibliothèques contiennent des manuscrits, des raretés et d’importants documents et d’objets personnels.
Le centre comprend également des musées d’importantes personnalités: le musée « Ard Al-Rafidain » de l’archiviste Sabah Al-Saadi, lu musée « Dar Assalam » de l’archiviste Mohamed Sayed Alwan, ainsi que le musée ‘le guide de la république Iraquienne de l’archiviste Hadi Al-Taii.
Au rez de chaussée, on trouve « le centre du petit Mutanabbi » consacré aux activités d’enfants, la cour du centre accueil des expositions de livres, des bazars, des travaux d’artisanats, tous les vendredis on y assiste à des colloques et des rencontres littéraires, scientifiques et artistiques de toutes spécialités.