La procession du Christ-Mort, aussi connue sous le nom dEnterrement du Christ, ou bien de Santo Entierro, est une procession religieuse nocturne qui se déroule chaque année à l'occasion du Vendredi Saint en mémoire de la mise au tombeau de Jésus-Christ.

Fondement évangélique : la mise au tombeau du Christ

La procession du Christ-Mort se fonde sur les récits de la mort du Christ dans les évangiles de Jean (19, 38-42), Luc (23, 50-55), Marc (15, 43.49) et Matthieu (27, 55-61), ainsi que dans les évangiles apocryphes.

Histoire Origine: entre la procession eucharistique et les mystères de la Passion vignette|L'epitataphios est le tombeau symbolique du Christ-Mort dans la tradition byzantine. La procession du Christ-Mort est la version latine de lÉpitaphios du rite byzantin, suggérant ainsi son origine antique du premier millénaire avant le Grand Schisme. À la différence des orthodoxes qui vénèrent une icône, l'Église latine vénère une statue sculptée du Christ-Mort.

La plus ancienne trace écrite d'une coutume des funérailles du Christ provient de l'Angleterre anglo-saxonne, dans le Regularis Concordia datant d'environ 973, bien qu'il semble que l'origine de ce rite sur le continent soit d'une date plutôt antérieure.

Au siècle, Rupert de Deutz décrit le rite de la Depositio célébré dans certains diocèses. Commémorant la sépulture du Christ, les saintes espèces de l'Eucharistie, ou un crucifix, ou une statue du Christ-Mort, était dans un sépulcre symbolique dans l'attente de la Résurrection. En symétrique de la procession eucharistique du Jeudi Saint, la procession raccompagne les saintes espèces du reposoir à l'autel, avec non pas un mais deux prêtres, représentant Joseph d'Arimathie et Nicodème, qui mirent le corps du Christ au tombeau après sa mort en croix avec l'accord de Ponce Pilate. La dimension symbolique de cette procession est décrite en 1494 dans les Hores de la setmana sancta de Valence en Espagne.

En parallèle de ce développement liturgique, un développement plus théâtral donne lieu à de plus nombreuses représentations des Mystères de la Passion. La Mise au tombeau est un thème particulièrement populaire dans les Mystères de la Passion du Christ et la sculpture religieuse européenne des et siècles. vignette|Selon l'antique tradition antérieure aux réformes du Concile de Trente, l'archevêque de Braga, S.E. Monseigneur Jorge Ortiga, revêtu de la chape noire et du voile huméral blanc, porte le Saint-Sacrement dans la Procession de l'Enterrement du Christ. L'édition de 1518 du Missel de Braga au Portugal témoigne de l'existence de la procession eucharistique du Vendredi Saint et d'une procession de la dépouille du Christ. Le changement qui a conduit à la substitution du Saint-Sacrement par une image du Christ-Mort peut s'expliquer comme le maintien d'une dévotion déjà profondément enracinée des fidèles à cette procession du Vendredi Saint, alors qu'elle a été confrontée à l'interdiction par la Sacrée Congrégation des Rites voulue par le Concile de Trente de toute exposition et procession du Saint-Sacrement ce jour-là, ce qu'elle confirme par un décret du 6 août 1591.

La Procession du Vendredi Saint pour l'enterrement du Christ a survécu dans le rite de Braga au Portugal, même après l'adoption générale du rite romain et les diverses interdictions tridentines concernant ces drames fleuris de la Passion du Moyen Âge. La cérémonie a également survécu au Saint-Sépulcre.

Les franciscains du Saint-Sépulcre ont fidèlement adopté les réformes tridentines, mais ont conservé les funérailles du Christ (Processio funebris Feria IV in Parasceve) en les transférant de la liturgie des Présanctifiés au soir du Vendredi Saint.

Diffusion d'une procession missionnaire dans l'Empire des Habsbourg d'Espagne à la suite du Concile de Trente La procession du Christ-Mort, par son caractère aliturgique et théâtral, se situe à la rencontre de cette interdiction de la procession eucharistique du Vendredi saint et du succès des mystères de la Passion.

Ainsi, en s'installant dans la région mixtèque de Oaxaca au Mexique à partir de 1541, les frères dominicains établissent une coutume qui deviendra si populaire qu'elle sera également adoptée par les Franciscains. C'est la procession de l'enterrement du Vendredi Saint, ou Procesión del Santo Entierro. Le dominicain Fray Agustín Dávila Padilla décrit, à la fin du siècle, en quoi consistait cette procession.

Le franciscain Francisco de Gamboa poursuit ce travail d'inculturation de la foi par la pastorale des processions du Vendredi Saint. Ce théâtre rudimentaire devient ainsi la première expérience d'une représentation théâtrale d'une scène de la Passion dans la tradition mexicaine. La publication d'une histoire ecclésiastique par Gerónimo de Mendieta et en 1615 la publication de son livre Monarquia Indiana à Séville par Juan de Torquemada tous deux décrivant ces nouvelles processions contribuent à leur diffusion rapide en Europe. À ce jour, la Procesión del Santo Entierro qui défile pour la première fois en 1615 à Salamanque est la plus ancienne de la ville.

La procession du Christ-Mort se développe en Italie en s'enrichissant des tableaux de la Via Crucis développé par les frères franciscains. Sous l'égide de l'évêque réformateur de Milan le Cardinal Charles Borromée, la ville de Milan dévient une véritable "città rituale" cette procession funéraire, particulièrement après l'épidémie de 1576.

S'il est vrai que les pères barnabites de Milan revendiquent depuis 1587 l'organisation d'une procession du Vendredi-Saint et des mystères de la Passion se terminant en l'église du Saint-Sépulcre de la ville, des processions similaires étaient également organisées dans les années 1600 à Milan et à Côme par les Jésuites. Au sein de l'Empire espagnol, la forme plus théâtrale promue par les Dominicains, caractérisée par l'importance des figurants et des costumes et la présence des instruments de la Passion, aura tendance à s'imposer. L'utilisation de l'appellation entierro témoigne à ce jour de cette influence espagnole en Italie; ainsi, la procession du Christ-Mort est d'origine espagnole, moins dans son contenu, que dans son style processionnel.

La procession du Christ-Mort devient une expression du spectaculaire baroque et de la dévotion religieuse de l'Ancien Régime. La procession s'enrichit de pompe et de circonstances et de décorum au fil des siècles, comme l'a noté Giovanni Francesco Gemelli Carreri qui a visité le Mexique en 1697.

En 1715, l'empereur Charles VI soutient la ferveur de cette procession et signe une ordonnance prévoyant que la procession du Christ Mort à l'église San Fedele de Milan se déroule avec un culte qui soit aussi grand que possible.

Une procession menacée : les interdictions de Joseph II d'Autriche et les suppressions de la Révolution française La situation bascule complètement avec le renforcement du contrôle de l'Église par les autorités politiques imposé par Joseph II. À la suite de sa conquête du Nord de l'Italie, lorsqu'en 1786, l'empereur autrichien Joseph II réforme le culte et les manifestations religieuses publiques, la procession du Christ-Mort est interdite en même temps que toutes les confréries sont dissoutes dans la région de Milan.

Interdite par la Révolution française, la Procession du Christ-Mort est rapidement rétablie; ainsi En 1802, la procession est rétablie à Lessines en Belgique. L’année suivante, l’office est annoncé à 7 heures tandis « [qu’] à 4 heures ont lieu les matines suivies de la procession parmi la ville ». La procession est donc transférée au matin avant de retrouver place, dès 1810, en fin d’après-midi.

La procession survit dans certaines villes d'Italie loin du pouvoir impérial autrichien et des troubles révolutionnaires. Elle est rétablie dans de nombreux lieux au début du siècle et elle est ainsi de nouveau promue à Pavie ou encore à Monza, et encore à ce jour, comme dans la ville de Cagli dans les Marches.

En 1851 à Murcie en Espagne, des étudiants parodient la procession du Santo Entierro en organisant l'Enterrement de la Sardine qui singe le cortège funèbre solennel du Vendredi Saint. Au fil des années, cette procession s'intégrera au célébration du Mardi Gras de Carnaval dans une forme de préparation au Carême.

L'affirmation d'une identité populaire religieuse au risque du tourisme de masse Après plus de quatre siècles d'implataton, parfois contestée, de la procession, celle-ci devient dans de nombreuses régions du monde un marqueur de l'identité locale du point de vue religieux mais aussi politique. Ainsi lors du conflit entre les Philippines et les États-Unis d'Amérique, le 27 septembre 1901, avant le massacre de Balangiga, l'image d'un Christ gisant dit Santo Entierro est portée en procession autour de la paroisse par les fidèles philippins Plus tard en 1928, l'attachement populaire au Santo Entierro est tel aux Philippines qu'il occasionne un différend juridique avec les autorités ecclésiastiques locales qui remonte jusqu'à la Cour suprême des Philippines.

La réforme de la Semaine Sainte en 1955 n'affecte pas directement la procession du Christ-Mort qui n'est pas dictée par le Missel mais par les traditions locales. La couleur liturgique du Vendredi Saint passant d'une noir au rouge, certains lieux adaptent alors la procession du Christ-Mort à cette réforme. En revanche, dans l'élan du Second Concile du Vatican, certains évêques progressistes s'opposent plus directement à la procession du Christ-Mort, dans une volonté de donner plus d'importance à la célébration de Pâques. Ainsi, par exemple, l'évêque de Gozo, Monseigneur Joseph Pace, va jusqu'à supprimer la procession du Santo Entierro en la Basilique Saint-Georges de Rabat à partir de 1968.

Au même titre que nombre de rituels publics européens, la procession du Christ-Mort, après un fort déclin au début du siècle, a largement augmenté dans les années 1970. Depuis les années 1980, les processions du Santo Entierro se sont considérablement développées, comme en témoignent des lieux comme Malte où la dévotion a été revitalisée, ou encore à Tende dans les Alpes-Maritimes où la procession du Christ-Mort réapparaît grâce à un « usage revendicatif de la tradition religieuse ». Cependant, depuis l'an 2000, diverses voix se sont élevées concernant les conséquences du tourisme de masse sur l'authenticité du cortège, aussi bien dans des lieux qui attirent un tourisme international comme à Séville en Espagne, qu'en des lieux plus éloignés comme en Colombie où des appels pour un tourisme durable et respectueux se font entendre.

Diffusion Amérique latine Asie Terre Sainte : la procession du tombeau du Christ, le Saint-Sépulchre Le soir du Vendredi Saint au Saint-Sépulcre à Jérusalem, les funérailles du Christ ont lieu selon une ancienne coutume qui remonte au début de la présence franciscaine à Jérusalem. Sa forme actuelle n'a pas changé depuis 1750.

Le cortège funèbre débute dans la chapelle du Saint-Sacrement, et est ponctué de lectures de l'Évangile. Après un moment de prière silencieuse, les franciscains élèvent progressivement la voix au crépuscule du Saint-Sépulcre pour entonner le Psaume 51 (50) "Miserere". La procession des fidèles se dirige lentement vers le Calvaire, portant le crucifix sur lequel une statue du Christ a été clouée. Les vêtements des ministres sont un riche ensemble espagnol du siècle en velours noir avec broderies d'or et d'argent, orné des instruments de la Passion, fabriqué à Valence spécialement pour le Saint-Sépulcre. À chaque étape de la procession, le Custode revêt l'un des six prêtres d'une étole noire.

Lorsque l'effigie du Christ arrive au Calvaire, deux diacres enlèvent leurs dalmatiques et enlèvent la couronne d'épines avec des tenailles et les clous dans ses mains et ses pieds avec un marteau, les plaçant sur quatre plaques données par Charles II d'Espagne.