, dit « le Bon », né le au Mans (Comté du Maine) et mort le à Londres, fils du roi , est roi de France de 1350 à sa mort, le deuxième de la dynastie des Valois. Il est particulièrement connu pour avoir été vaincu et fait prisonnier par le Prince Noir, fils d', à la bataille de Poitiers en 1356, au début de la guerre de Cent Ans.
La dynastie des Valois, qui règne sur la France à partir de 1328, à la suite des Capétiens directs, est confrontée à une crise de la féodalité, à la Peste noire de 1348 et aux défaites du début de la guerre de Cent Ans, due aux prétentions du roi d'Angleterre , petit-fils (par sa mère) de , qui conteste l'attribution de la couronne à un cousin, Philippe de Valois, petit-fils de . Les deux premiers Valois, incapables de faire rentrer les impôts, recourent à des mutations monétaires pour renflouer le trésor, ce qui entraine des dévaluations extrêmement impopulaires.
Jean le Bon, confronté de surcroît aux intrigues de Charles le Mauvais, roi de Navarre, autre prétendant à la couronne, gouverne dans le secret avec des hommes de confiance. Profitant de ces difficultés, et son fils le Prince Noir relancent la guerre en 1355. Le , Jean le Bon est fait prisonnier à la bataille de Poitiers.
Le pays sombre alors dans le chaos. Les états généraux menés par Étienne Marcel et Robert Le Coq prennent le pouvoir à Paris et tentent d'installer Charles de Navarre à la tête du royaume. En 1358, les paysans se soulèvent et s'allient avec Étienne Marcel. Le dauphin Charles (futur ) se fait nommer régent et retourne la situation.
Jean le Bon peut rentrer en France en 1360, après la signature du traité de Brétigny, qui lui rend la liberté et cède un tiers du pays à . Il faut encore payer son énorme rançon alors que les finances du royaume de France sont au plus bas (il stabilise cependant la monnaie, grâce à la création du franc). Les grandes compagnies de soldats démobilisés pillent les campagnes et bloquent le commerce. Il tente de mettre fin à leurs agissements, mais l'armée royale est vaincue à Brignais (). Il tente d'en débarrasser le pays en les emmenant en croisade contre les Turcs avec l'argent du pape, mais essuie un nouvel échec : meurt quinze jours avant son arrivée en Avignon, remplacé par . qui n'est pas favorable au projet.
Personnalité gauche|vignette|Sacre de Jean le Bon. Enluminure des Grandes Chroniques de France de , vers 1370-1379. BnF, département des manuscrits, ms. Français 2813, .
Il est d’une personnalité sensible, et laisse facilement cours à son émotivité, jusqu'à devenir violent, ce qui lui vaut quelques déboires diplomatiques.. Il aime les livres, protège peintres et musiciens..
Son image de roi chevalier provient de sa conduite héroïque à la bataille de Poitiers, de la création de l’ordre de l'Étoile, ou encore de la création du franc, sur lequel il figure en armure et à cheval, brandissant une épée. Le règne de Jean le Bon est marqué, comme celui de son père, par la contestation de Charles de Navarre et d', lesquels n'acceptent pas l'accession des Valois au trône de France. Les actions de Jean le Bon sont donc guidées par la nécessité politique de prouver avant tout la légitimité de sa couronne.
Dès son plus jeune âge (il est duc de Normandie à ), il doit lutter contre la puissance économique anglaise et les tentatives de réformateurs pressés. Environné de périls, il développe une méfiance qui peut confiner à la paranoïa. Désireux d'en imposer à tous ceux qui remettent en question sa légitimité, il cherche comme son père avant lui à donner un aspect fastueux aux cérémonies royales, ce qui correspond à la conception médiévale de la noblesse. Cependant, les temps ont changé et les contribuables voient d'un mauvais œil ces dépenses somptuaires.
Jeunesse et formation (1319-1332)
Naissance
Jean de Valois naît au château de Gué-de-Maulny près du Mans, le .
Origines familiales Il est le fils aîné de Philippe de Valois (1293-1350), qui est le fils du comte Charles de Valois (1270-1325), le frère de Philippe le Bel (1268-1314) et le cousin des derniers Capétiens , et .
Sa mère est la première épouse de Philippe de Valois, Jeanne de Bourgogne (1293-1349), fille du duc de Bourgogne .
Jean est baptisé le à la cathédrale Saint-Julien du MansAnselme_de_Sainte-Marie, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, , La Compagnie des Libraires, Paris, 1725, . Guillaume_Odart, évêque d'Angers, préside à cette cérémonie. En mémoire de cet évènement, Philippe de Valois fonde, en 1329, au gué de Maulny, une chapelle royale..
Héritier présomptif du trône de France 300px|thumb|Les rois de la guerre de Cent Ans. 300px|thumb|Royaume de France en 1328
Son père monte sur le trône de France en 1328. Cet avènement résulte d'un choix fait par la haute noblesse française après la mort des trois fils de Philippe le Bel, en 1316, en 1322, et en 1328 : refuser la couronne à la fille de Philippe le Bel, Isabelle de France, épouse du roi d'Angleterre et mère du roi , afin d'éviter que la couronne de France échoie à un prince étranger. La couronne est donc attribuée au cousin (aîné) le plus proche du dernier roi : Philippe de Valois (par la suite, cette exclusion des filles de la succession sera légitimée par un recours à la « loi salique », la loi des Francs saliens, la tribu de Clovis).
Le nouveau roi doit asseoir la légitimité de la nouvelle dynastie. En 1328, Jean, âgé de neuf ans, est son seul fils vivant (un autre fils vient un peu plus tard, Philippe, 1336-1375).
En 1332, naît un fils de la fille de , (1312-1349), Charles (1332-1387), qui, si on admet les filles à la succession de France, est mieux placé qu'.
décide alors de marier son fils âgé de treize ans afin de nouer une alliance matrimoniale aussi prestigieuse que possible et de lui remettre un apanage (la Normandie). Il envisage un temps de l'unir à Aliénor, sœur du roi d'Angleterre.
Influence française dans le Saint-Empire Depuis , les villes et seigneurs du Saint-Empire proches du royaume de France recourent à la justice royale pour régler certains litiges. Par exemple, le bailli de Mâcon intervient à Lyon pour régler des différends, de même que le sénéchal de Beaucaire intervient à Viviers ou à Valence..
D'autre part, beaucoup de seigneurs comme le connétable de Brienne ont des possessions dans le royaume et dans l'Empire. Les rois de France élargissent leur influence en attirant à la cour la noblesse de ces régions en lui allouant des subsides et en se livrant à une habile politique matrimoniale. Ainsi, les comtes de Savoie prêtent hommage au roi de France en contrepartie de l'octroi de pensions.
Alliance de avec Jean de Luxembourg Parmi les princes du Saint-Empire, Jean de Luxembourg (1296-1346), roi de Bohême, fils de l'empereur , est un habitué de la cour de France (sa sœur Marie (1305-1324) a été l'épouse du roi ), tout comme son fils Venceslas (Charles) (1316-1378), futur empereur .. Jean de Luxembourg est un des princes les plus puissants de l'époque : le chroniqueur Pierre de Zittau écrit à son sujet que R. Cazelles, Jean l'aveugle, comte de Luxembourg, roi de Bohème, Bourges, 1947, ..
l'invite à Fontainebleau et lui propose un traité d'alliance cimenté par un mariage. Le roi de Bohême, qui a des visées sur la Lombardie et a besoin du soutien diplomatique français, accepte. Les clauses militaires du traité de Fontainebleau stipulent que : en cas de guerre, le roi de Bohême se joindra à l'armée du roi de France avec quatre cents hommes d'armes si le conflit se déroule en Champagne ou dans l'Amiénois ; avec trois cents hommes, si le théâtre des opérations est plus éloigné ; la couronne de Lombardie ne sera pas contestée au roi de Bohême s'il parvient à la conquérir ;
.
Pour le mariage de son fils, le roi de France a le choix entre deux filles du roi de Bohême (qui a une fille aînée déjà mariée, Marguerite, 1313-1341) comme épouse de son fils, Bonne (1315-1349) et Anne (1323-1338). Il choisit Bonne car elle est déjà en âge de procréer. La dot est fixée à cent vingt mille florins.
Mariage de Jean de Valois avec Bonne de Luxembourg (juillet 1332) Jean de Valois est déclaré majeur et émancipé le . Il reçoit en apanage le duché de Normandie, ainsi que les comtés d'Anjou et du Maine (trois anciennes possessions des Plantagenêt).
Le mariage a lieu le en l'église Notre-Dame de Melun, en présence de six mille invitésJean Deviosse, Jean le Bon, Fayard ..
Deux mois plus tard, Jean de Normandie est adoubé chevalier à la cathédrale Notre-Dame de Paris devant une assistance prestigieuse réunissant les rois de Bohême et de Navarre () ainsi que les ducs de Bourgogne, de Lorraine et de BrabantJean Deviosse, Jean le Bon, Fayard ..
Duc de Normandie (à partir de 1332) Le duché de Normandie dans les années 1330 vignette|redresse=1.2|Octroi de la Charte aux Normands par Louis le Hutin, manuscrit du (BNF). La Charte aux Normands de 1315 confirmée en 1339 par garantit une large autonomie à la Normandie. Geoffroy d'Harcourt en est l'un de ses plus fervents défenseurs et est le meneur naturel des rebelles normands au pouvoir royal.
En 1332, Jean le Bon reçoit la Normandie en apanage et constate qu'une grande partie de la noblesse normande est attirée par le camp anglais. En effet, économiquement, la Normandie dépend des échanges maritimes à travers la Manche autant que des échanges par le transport fluvial sur la Seine. Bien que la Normandie et l'Angleterre ne soient plus associées depuis 1204, nombre de seigneurs fonciers ont des possessions de part et d'autre de la Manche..
La noblesse normande est divisée entre deux factions, celle des Tancarville et celle des Harcourt qui se livrent à une guerre sans merci depuis plusieurs générations..
Rébellion de Geoffroy d'Harcourt (1343-1344) Leur rivalité est relancée lorsque, en 1341, les Tancarville, soutiens habituels du roi de France, (?-1356). Le roi, soucieux d'éviter que la plus riche région du royaume soit mise à feu et à sang, donne l'ordre aux baillis de Bayeux et du Cotentin d'empêcher cette guerre..
Geoffroy d'Harcourt entre cependant en guerre (1343), ralliant une partie de la noblesse normande, qui souhaiterait voir Geoffroy d'Harcourt devenir duc de Normandie, ce qui garantirait la large autonomie octroyée par les chartes..
Le roi ordonne alors la saisie de ses biens. Son château de Saint-Sauveur-le-Vicomte est occupé par les troupes royales et Geoffroy se réfugie sur les terres qu'il détient dans le duché de Brabant, pays d'origine de sa mère, Alix de Brabant.
Trois de ses compagnons, Guillaume Bacon, sire de Blay et oncle de Jeanne Bacon, Jean de la Roche Tesson et Richard de Percy, accusés de complot, sont décapités à Paris le . Leurs têtes sont envoyées à Saint-Lô pour être exposées sur une roue en plein marchéFroissard, Chroniques Normandes, traduction Siméon Luce..
vignette|redresse=1.2|gauche|Salle de l'échiquier de Caen (), L'échiquier de Normandie rend la justice. La seconde charte aux Normands de 1339 leur garantit le droit de ne jamais être cités devant une autre juridiction.
Ralliement de Geoffroy à et bataille de Crécy (1345-1347) Au Brabant, Geoffroy est informé que les menés par le Gantois Jacob van Artevelde ont reconnu comme roi (le comté de Flandre fait partie du royaume de France, alors que le duché de Brabant est dans le Saint-Empire). En effet, , fils d'Isabelle de France, revendique, en tant que petit-fils de Philippe le Bel, la couronne de France à la place de Philippe de Valois, neveu de Philippe le BelGeorges Bordonove, La Guerre de , Laffont, 1971, ..
Au début de 1345, Geoffroy décide de franchir lui-même le pas et se rend en Angleterre, où le prend sous sa protection. Il le nomme maréchal et lui donne un commandement.