Sidérations (titre original : Le titre en anglais, Bewilderment, peut signifier en français « perplexité », « déconcertement », « égarement », « désorientation ». Mais ce mot peut aussi avoir un sens plus fort, comme lorsqu'on est totalement tétanisé, incapable de la moindre réaction, et se rapproche alors d'équivalents comme « ahurissement », trouble autistique profond, stupeur complète, abasourdissement et bien sûr : « sidération ».) est un roman de l'écrivain américain Richard Powers publié aux États-Unis le et paru en français le lendemain, le , chez Actes Sud. Bien qu'il n'y ait pas de continuité narrative stricte ni vraiment les mêmes personnages, sur le plan de ses thématiques en revanche ce roman constitue la suite de L'Arbre-monde, paru en 2018, qui avait remporté le Prix Pulitzer de la fiction l'année suivante (en 2019 donc). Sidérations, pour sa part, a été récompensé en France par le Prix des Libraires en 2023.

Selon son éditeur en français, l'axe central du roman est de . Ainsi que de nous proposer Ces éléments sont une synthèse des informations données par l'éditeur du roman : . Voir aussi, pour l'édition de poche en 10/18 : . .

Historique du roman

Lors de sa parution en français le roman est tiré par Actes Sud à Kerenn Elkaim, « Richard Powers, Sidérations (Actes Sud) : Étoiles filiales », Livres Hebdo, 16 septembre 2021..

Situation du roman dans l’œuvre et thématiques Avec L'Arbre-monde (2018) et Un jeu sans fin▶Édition originale aux États-Unis : . ▶Autre édition originale, en Angleterre : . ▶Traduction en français : . ▶Et en collection de poche : . ▶Article sur Wikipedia en anglais : ., roman paru après lui le en français (et en collection de poche en juin 2026), Sidérations (2021) constitue (avec ces deux autres romans) et pour la plupart des commentateurs une véritable trilogie, même si les personnages et les fils narratifs de chacun des romans sont différents.

En effet la communauté de ces trois romans est avant tout thématique. Ils sont proches d'abord par leur thématique principale commune insistant sur la nécessité d'un changement de paradigme dans la relation de l'homme avec son environnement et avec le vivant dans son ensemble pour affronter la crise climatique.

Puis par la thématique seconde en contrepoint de la précédente qui aborde dans chacun de ces trois romans l'usage bon ou mauvais des nouvelles technologies : le bon consistant à utiliser leurs potentialités accrues dans le sens de favoriser la résilience de la nature, en créant de nouvelles solutions pour réparer ou éviter les destructions écosystémiques que l'Humain provoque sur la Terre et sa biosphère. Et leur mauvais usage se soldant soit par une immersion dans le virtuel qui nous fait oublier notre relation essentielle et vitale à la merveille inépuisable du réelVoir notamment les livres d'Alain Damasio, et particulièrement : ; lequel est à la fois essai, nouvelle, auto-fiction ou témoignage de retour d’“expédition” dans l'univers de la « grande Tech », et dont l'éloquent sous-titre est . Voir aussi l'ouvrage de . ; soit par une délégation délétère de la créativité fondamentale de l'Humain aux machines, laquelle semble permise par les innovations accélérées de la .. Donc sur ce deuxième thème, chacun à sa façon, ces trois romans proposent à l'homme d'aujourd'hui un choix fondamental, comme le fait aussi un certain courant non pas technophobe mais technocritique de la philosophie contemporaineVoir par exemple, du même . Ainsi que, par exemple : ..

Ensuite, la parenté des trois romans se manifeste par l’écriture poétique de plusieurs passages de contemplation pure devant la beauté de la vie sous toutes ses formes.

Enfin, la structure narrative de chacun d'eux (surtout celle de L'Arbre-monde et d'Un jeu sans fin) repose sur le parcours subjectif convergent de plusieurs personnages que l'on suit et dont les problématiques personnelles communes autour du désastre écologique à venir possible vont faire se croiser leurs destins dans un sursaut salutaire. Chacun de ces personnages vit dans son moi intime une souffrance en résonance avec celle du monde vivant confronté au réchauffement climatique et à la sixième extinction des espèces, celle qui est en cours.

Par ailleurs, avec son second personnage principal Sidérations fait écho à un autre roman de Richard Powers plus ancien : , publié d'abord en 1993 dans sa version originale en anglais , puis publié en français sous le titre Opération âme errante (roman) au Cherche midi en 2019, lequel mettait aussi en scène deux thérapeutes s'efforçant de soigner un groupe d'enfants certes malades mais semblant détenir un savoir mystérieux, une tribu d'enfants blessés mais, surtout, providentiels, et qui permettent à l'auteur d'explorer la mémoire de l'Amérique“” (« Opération âme errante ») est en effet aussi le nom de code d'une campagne de propagande de l'armée américaine et d'un épisode de guerre psychologique durant la Guerre du Vietnam qui visait à démoraliser les troupes du Viet Cong. comme les racines de la survie de l'humanité . .

Le titre

Le choix de Bewilderment (« perplexité », et même plus : « stupeur totale ») comme titre montre que l'auteur joue aussi avec les connotations liées à son étymologie, wilder étant le comparatif de l'anglais wild (« sauvage ») : il évoque alors la notion d'« ensauvagement » au sens de retour vers la forêt que les héros du livre (et son auteur) aiment tant, car le père emmène souvent pour l'apaiser son fils camper dans la nature ou visiter le cosmos . . .

Le choix par le traducteur Serge Chauvin pour Actes Sud du mot Sidérations comme équivalent en français du titre anglais semble dans ce contexte particulièrement pertinent, car il transpose la polysémie du titre original et propose aussi un jeu sur l'étymologie : en français ce mot en effet retient lui aussi quelque chose de son origine latine, sīdus signifiant « étoile », « constellation » et sideratio désignant en latin une profonde stupeur due à l'influence funeste des astres subie sans remède possible . . .

Or Theo Byrne est astrobiologiste et il invente chaque soir des exoplanètes extraordinaires et magnifiques pour émerveiller son fils. Donc le titre français traduit la double dimension psychologique et cosmique du roman : d'un côté, sur le versant psychologique du sens du mot et de l'état de sidération : la stupeur complète face au chaos du monde, le désarroi de la nouvelle génération face à la destruction de la nature, aux impasses politiques et au désastre climatique . . Ceux-ci peuvent aller jusqu'à provoquer un trouble neurologique et intime : c'est le cas de l'état de perturbation mentale du jeune Robin, un enfant hypersensible et neurodivergent en plein deuil de sa mère. La réponse proposée par le roman et choisie par son père Theo est l'expérience de thérapie par neurofeedback qui explore toutes les connexions de la conscience de l'enfant avec le psychisme rémanent de sa mère mais aussi avec la sensibilité générique du vivant dans son ensemble (y compris l'humanité en tant qu'une Voir notamment la préface que Richard Powers a écrite pour l'essai du philosophe (écosophe) français : . parmi d'autres) : cette reconnexion permet d'appréhender l'altérité irréductible de l'Autre car elle est tempérée par la découverte de notre commune sensibilité. De l'autre côté, sur le plan cosmique que suggère l'origine latine du mot, la « sidération » est ici prise métaphoriquement dans un sens actif et performatif comme l'envol vers les étoiles, l'invention d'autres mondes possibles.

C'est-à-dire que le roman invoque l'interconnexion des consciences, l'empathie universelle et l'exploration intersidérale comme pistes de résilience de notre monde, soient les deux facettes de la sidération. C'est aussi probablement la raison pour laquelle le mot est au pluriel dans ce titre. Et c'est ainsi que les jeux de mots contenus dans les titres anglais et français du roman, pointant vers leurs étymologies respectives, proposent comme un “retour aux sources” dans la longue (chère à Littré) de chacun d'euxLa « filiation des sens » d'un mot est une expression consacrée par Paul Émile Littré dans la préface de son Dictionnaire de la langue française (1863) pour désigner l’« arbre généalogique » des significations d'un mot, soit la façon dont un mot est passé de son sens d'origine (souvent concret et au plus près de son étymologie) à ses différents sens figurés, dérivés ou modernes. Voir : . Ainsi que : . .

Enfin, au sens propre du mot sidération cette fois, pour le personnage du jeune Robin Byrne, Richard Powers a indiqué dans un entretien accordé au magazine Les Inrockuptibles qu'il a été très inspiré par la vie et l'action de la militante Greta Thunberg : cette dernière est comme Robin atteinte d'un trouble du spectre de l'autisme, plus précisément un syndrome d'Asperger avec troubles associés lui donnant à la fois une intelligence hors norme, une hypersensibilité aux souffrances de la planète et une révolte contre l'inaction et le déni des autorités comme de tout un chacun devant l'urgence écologique. Comme lui, elle a connu un épisode dépressif et solastalgique important, comme un état de « sidération », justement, lié à l'écoanxiété. Et comme pour lui, son travail sur soi et son action sont un chemin de résilience, à la fois personnelle et planétaire.

Résumé Le protagoniste,Théo Byrne s’occupe seul de son fils Robin, dont la mère, Alyssa, vient de décéder dans un accident de voiture. Inspiré par l'activisme écologique et les fortes convictions de sa femme qui se battait contre la souffrance animale et la disparition des espèces, Théo est astrobiologiste : il recherche des traces de vie dans l’univers et crée des modèles de mondes où la vie est possible. Il embarque régulièrement Robin dans l’imaginaire astronomique et il l'invite à explorer les exoplanètes répertoriées dans son guide. Ces voyages virtuels de toute beauté engagent le lecteur à la contemplation. Ces voyages permettent à Théo et Robin de nouer une vibrante et puissante relation père/fils. Ils permettent en outre à Robin d’oublier pour un temps le mal que les hommes font à la Terre et de se protéger.

Robin étant d'une sensibilité particulière, il est sujet à des crises de rages handicapantes à l'encontre des personnes non respectueuses de la planète. Par l’intermédiaire d’un neurologue vers qui Théo se tourne, Robin est traité par une technique expérimentale proche du neurofeedback, une technique d’intelligence artificielle permettant de mieux décrypter le cerveau, de le cartographier, de contrôler les émotions et de le mettre en relation avec le cerveau de sa Maman. Grâce à cette technique Robin arrive aussi à développer son empathie pour les animaux, les végétaux, et même les personnes qui n’ont pas encore compris combien leurs comportements et leur vision du monde inappropriés peuvent être néfastes à l’environnement et à notre propre survie.

La dénonciation par Richard Powers de ce monde au bord du chaos politique et climatique est susceptible d'interroger la vision globale du lecteur sur le monde qui l'entoure. Et de nous amener à revoir drastiquement les liens délétères et réifiants que l'Humanité a construits, dans les siècles passés, avec l'ensemble du vivant qu'elle entend dominer sans compter, mais au sein duquel elle est en fait indissolublement insérée.

Accueil de la critique

À sa parution dans l'espace anglophone, le livre reçoit une critique mitigée du New York Times qui qualifie le roman de « salut écologique » à la « sentimentalité âpre » mais « trop doux, sucré et démesuré dans sa piété envers la nature » Dwight Garner, « In ‘Bewilderment’, Richard Powers Smothers Nature With Piety », The New York Times, 15 septembre 2021. et plus positive du Guardian qui y voit une « tendre romance familiale de science-fiction » Rob Doyle, « Bewilderment by Richard Powers review – stars in their eyes », The Guardian, 13 septembre 2021..

Éditions