Louis Richomme (en religion frère Marie-Bernard), né le à Vire (Calvados) et mort le à Soligny-la-Trappe (Orne), est un moine trappiste, prêtre et sculpteur français. Le Carmel de Lisieux le charge de la création de plusieurs œuvres plastiques représentant Thérèse Martin. Parmi ses statues les plus célèbres se trouvent sa Thérèse aux roses qu’il crée en 1922 ou encore Notre Dame de la Confiance datant de 1943.
Ferronier d'art de formation, il développe son don de la sculpture en autodidacte. Artiste et homme très habile, le frère Marie-Bernard est aussi photographe, dessinateur de vitraux, inventeur de machine, architecte pour son abbaye, poète, parolier et compositeur de cantiques.
Biographie
Des origines très modestes Louis Richomme est né à Vire (Calvados) en 1883 au sein d’une famille aimante, catholique et très pauvre. Il a trois frères et une sœur. Un de ses frères meurt en bas âge. Un autre devient prêtre à l’âge adulte.
Son père meurt quand il a treize ans. La même année, sa mère l’envoie chez M.Bouffaré, serrurier, pour apprendre la forge et la ferronnerie d’art. À dix-sept ans, il découvre un ouvrage de Monseigneur Charles-Louis Gay, De la vie et des vertus chrétiennes, prêté par un prêtre du patronage qu’il fréquente, l’abbé Langlois. Sa lecture développe chez lui une vie de prière et il souhaite alors devenir prêtre.
Le séminaire Louis Richomme entre au séminaire de Sommervieu en 1902, à l’aube de ses 20 ans.
En 1904, il lit Histoire d’une âme, écrit autobiographique de Thérèse de Lisieux, et en est bouleversé.
En 1907, à la suite de l’adoption des lois anticléricales, le séminaire ferme ses portes. Louis tente d’intégrer la congrégation des pères du Saint Esprit, mais après un essai de 2 mois, il se rend compte que ce n’est pas sa vocation.
Il décide alors d’entrer à la trappe de Soligny, ce qu’il fait en , à 24 ans et demi.
La Trappe de Soligny Le de cette même année, Louis Richomme prend l’habit sous le nom de frère Marie-Bernard.
D’un naturel sociable et jovial, il doit s’adapter à la rigueur des trappistes qui limitent leurs échanges verbaux et ne communiquent, quand c'est nécessaire, que par des gestes. Il se conforme progressivement à la vie monastique et est heureux de pouvoir abreuver sa spiritualité à la source de la tradition trappiste.
Dès 1908, il commence ses travaux d’artisan-artiste ferronnier pour l'abbaye de la Trappe en réalisant un autel en fer forgé pour le tombeau des pères abbés. Liturgiste, il commence aussi à composer des hymnes religieux. Il en composera trente-quatre.
En 1910, en disciple de la carmélite Thérèse de Lisieux, il fait l’offrande de lui-même à l’amour miséricordieux.
En 1911, après un épisode de tuberculose, on lui diagnostique une grave lésion au poumon et les médecins lui prédisent une vie relativement courteIl n'en mourra pas moins à quatre-vingt-treize ans. Cette lésion l’oblige désormais à vivre à l’infirmerie, un peu à l’écart du reste de la communauté, car celle-ci est alors la seule pièce chauffée de l’abbaye. Il y établit également son atelier. A cette même époque, il délaisse la ferronnerie pour la sculpture.
Le , il fait sa profession religieuse solennelle (engagement définitif) et est ordonné prêtre un an plus tard, le . Il devient le père Marie-Bernard.
Première sculpture en autodidacte : Reine et Mère de Miséricorde (1912-1917) alt=Reine et Mère de Miséricorde (copie)|vignette|Reine et Mère de Miséricorde (copie)|309x309px En 1912, l'abbé Langlois lui confie la restauration d'une statue de la Vierge du en bois. Celle-ci est affreusement mutilée. Tellement, que le père Marie-Bernard prend la décision de construire un reliquaire pour abriter la tête et de placer au-dessus une nouvelle statue qui sera sa création. C'est sa première sculpture, qui lui demande cinq ans de recherche et de tâtonnements. Une fois terminée, en 1917, la réussite esthétique est incontestable. Il intitule son œuvre Reine et Mère de Miséricorde, allusion au Salve Regina et à la spiritualité de Thérèse de Lisieux.
L’artiste au service de Thérèse (1917-1945) Un premier contact entre le Carmel de Lisieux et le père Marie-Bernard est établi en 1910.
Néanmoins, c'est seulement en 1917 que Richomme est mis en contact avec mère Agnès, sœur de sang et supérieure de Thérèse de Lisieux, par dom Bernard Chevalier, père abbé de la Grande TrappeGuise Casternuovo Antoinette, Thérèse de Lisieux et ses miracles : Les compositions du surnaturel (1898 - 1928), p. 271, 2017 (consulté le 5 avril 2024). En effet, mère Agnès recherche un artiste capable de réaliser des statues de sa « sainte petite sœur. » Le frère Marie-Bernard accepte d'autant plus volontiers de devenir le sculpteur attitré de Thérèse qu'il éprouve une grande vénération pour elle. Déjà en 1914, il avait réalisé un médaillon du buste de la future sainte. alt=Le Frère Marie Bernard dans son atelier à côté de l'ébauche du gisant de la châsse|vignette|Le Frère Marie-Bernard dans son atelier à côté de l'ébauche du gisant de la châsse, en 1918. À la demande du Carmel, au fur et à mesure des années, il réalise environ dix-huit œuvres (cf. liste dans la section Œuvres). Pour ce travail, il se rend à de nombreuses reprises au Carmel de Lisieux. Ses visites sont pour lui des moments de joie et de ressourcement spirituel. Il s'y lie d'amitié avec sœur Geneviève, de son vrai nom Céline Martin, autre sœur de Thérèse. Artiste comme lui, elle lui communique sa vision personnelle de Thérèse qu'il traduira telle quelle en sculpture.
Les rapports entre lui et le Carmel, en les personnes des sœurs de la future sainte, ne sont pas toujours faciles. En effet, les sœurs sont très directives et ont leur vision des œuvres, tandis que le père Marie-Bernard a un goût esthétique qui n'y correspond pas toujours.
Thérèse aux Roses (1922) L'œuvre majeure de cette collaboration avec le Carmel qui s'étend de 1919 à 1944 est la Thérèse aux Roses achevée en 1922.
Bien qu'inspirée d'un tableau de sœur Geneviève, elle lui demande beaucoup de travail. Il s'y attèle dès 1919 mais il doit détruire des épreuves d'argile à plusieurs reprises notamment en car la version présentée déplait aux sœurs du Carmel. La statue est finalement terminée en 1922. Elle représente Thérèse en religieuse couvrant de roses son crucifix qu'elle tient contre sa poitrine.
Une version en marbre blanc est placée devant le Carmel de Lisieux en 1923.
La sculpture est alors reproduite en un grand nombre d'exemplaires dans les ateliers Saint Joseph de l'Office Central de Lisieux. Les reproductions sont ensuite vendues aux clients via plusieurs statuaires (Maison Rouillard à Angers, Ruicaud à Bordeaux, F.B.M. à Lyon, Marron à Orléans, Giscard à Toulouse...). En plâtre, elles sont disponibles dans toutes les tailles et tous les décors. Il est à noter que la maison Barbedienne en édite une version de petites dimensions en bronze.
La statue orne aujourd'hui un nombre considérable d'églises. En 2000, on estimait qu'elle avait été reproduite à plus de . Le goût pour la reproduction en série est une des caractéristiques du frère Marie-Bernard.
Rapidement, ce goût de la reproduction et le sentimentalisme évident de ses œuvres lui sont reprochés.
Le maître des frères convers (1927-1929) et Thérèse tendant une rose (1928) Le , il est nommé maître des frères convers par le père abbé. Cela ne l’enchante pas car c’est une activité particulièrement chronophage. Sa mission consiste à former à la vie spirituelle les frères convers, y compris les novices et les postulants. C’est l’occasion pour lui d’approfondir ses lectures sur son ordre et surtout de mettre en pratique et de communiquer la spiritualité thérésienne. Durant cette période, il réalise une nouvelle sculpture de Thérèse la représentant tendant une rose. En 1930, à sa demande, il est déchargé de cette mission de formation.
Thérèse Docteur (1938) alt=Statue de Sainte Thérèse Docteur par Louis Richomme|vignette|Statue de Sainte Thérèse Docteur par Louis Richomme. À l'opposé total de la Thérèse aux Roses, il réalise en 1938, une statue pour le parvis de la basilique de Lisieux. Accueillant les pèlerins, elle représente Thérèse en théologienne présentant au monde le livre de sa doctrine, sculpture prémonitoire. En effet, Thérèse sera proclamée docteur de l'Église en 1997 par le pape Jean-Paul II.
La genèse de cette sculpture est plutôt chaotique. Dès 1932, les sœurs du Carmel souhaitent un groupe sculpté représentant Thérèse à genoux devant le Christ, heureuse de lui offrir des gerbes de roses, pour qu'il puisse les faire retomber sur le monde. Monsieur l'abbé Germain, recteur du sanctuaire, souhaite quant à lui une statue de Thérèse seule. En 1934, sœur Geneviève veut un groupe avec la Vierge et des anges. L'architecte de la basilique, Louis Marie Cordonnier, désire quant à lui une statue de au sommet d'une colonne de dix mètres. A de multiples reprises, face à ces demandes parfois fantaisistes et ces divergences d'opinions, le frère Marie-Bernard se dérobe.
Finalement, il se met au travail mais décide de suivre son instinct. Il écrit « La semeuse de roses doit céder le pas au docteur » car « le plus grand bienfait apporté au monde par sœur Thérèse, c'est avant tout celui de sa doctrine. » L'œuvre finale, placée sur le parvis et non dans la basilique comme il était prévu, est dépourvue du sentimentalisme plutôt habituel du frère Marie-Bernard. Elle regarde avec force l'horizon, accueille les pèlerins avec sa main droite et présente au monde de sa main gauche un livre sur lequel il est écrit « Omen Novum (Message Nouveau) ». Ce message nouveau, c'est celui de l'Amour miséricordieux.
La sculpture ne semble pas avoir été reproduite à de multiples exemplaires.
Notre Dame de la Confiance (1940 à 1943 puis 1947) En 1939, plusieurs moines de l'abbaye de Sept-Fons, celle de l'ordre cistercien, sont mobilisés. Le père abbé fait le vœu que si ses moines reviennent sains et saufs de la guerre, il fera édifier une statue de la Vierge dans la cour de son abbaye. Il demande alors au père Marie-Bernard de réaliser une statue de Notre Dame en prière. Il lui laisse une liberté quasi-totale. Le frère Richomme décide qu'elle s'appellera Notre Dame de la Confiance. Il commence par une première maquette de pour validation. Marie est représentée debout les mains jointes. La statue est approuvée par l'abbé de Sept-Fons et par la communauté. Il réalise ensuite une seconde maquette de en cire molle. Il a alors l'idée de représenter les mains de la Vierge de manière particulière. Ces dernières semblent prises dans un mouvement pour se joindre, les doigts ne sont croisés qu'à moitié. L'explication en est donnée par Marie-Bernard lui-même dans son « cantique à Notre Dame de la Confiance » qu'il compose lors de la création de la statue :Votre doux regard s'élève
Et vos doigts vont s'enlacer
Mais avant qu'il ne s'achève
Votre geste est exaucé. alt=Notre Dame de la Confiance|vignette|Notre Dame de la Confiance. La statue de cire de est pour un temps stockée à l'abbaye de Bellefontaine où l'on l'installe au milieu du salon de l'hôtellerie et des réfugiés. On réalise également là-bas la création des éléments du moule en plâtre. Puis le moule et la statue sont ramenés à Soligny où la statue est enfin coulée. Le père Marie-Bernard en réalise des clichés qui seront ensuite commercialisés. La statue ne pouvant être installée dans la cour de l'abbaye de Sept Fons occupée par les allemands, elle est installée dans l'église de l'abbaye elle-même. Marie-Bernard conçoit la niche de nuages au-dessus du maître autel qui doit accueillir la statue. Elle est finalement bénie le .