vignette|Le cadre vide qui contenait Le Christ dans la tempête sur la mer de Galilée de Rembrandt (1633).|alt=Photo de l'intérieur d'un musée comprenant diverses statues, peintures et chaises. Au milieu se trouve un grand cadre vide, laissant apparaître la tapisserie verte-bleue du mur.

Le vol au musée Isabella-Stewart-Gardner de Boston concerne la disparition de treize œuvres d'art au musée Isabella-Stewart-Gardner de Boston, dans l'État du Massachusetts, aux États-Unis. Plus tôt dans la nuit, les agents de sécurité admettent deux hommes se faisant passer pour des policiers répondant à un appel pour tapage nocturne. En l'espace de moins d'une heure et demie, les voleurs attachent les gardes au sous-sol et s'emparent de plusieurs œuvres du musée. À ce jour, l'affaire reste irrésolue, aucune arrestation n'a été effectuée et aucune œuvre n'a été récupérée dans ce qui constitue le plus grand vol d'art aux États-Unis et l'un des plus importants vols de musée au monde. Le Federal Bureau of Investigation (FBI) évalue le butin à de dollars américains et le musée offre, depuis 2017, une récompense de dix millions de dollars pour toute information pouvant mener à la récupération des œuvres, constituant ainsi la plus grande récompense jamais offerte par une institution privée.

Les œuvres volées sont initialement achetées par la collectionneuse d'art Isabella Stewart Gardner (1840-1924) et sont destinées à être exposées en permanence au musée avec le reste de sa collection. Parmi elles se trouve Le Concert, l'un des trente-quatre tableaux connus de Johannes Vermeer, considéré comme le tableau volé le plus précieux au monde. Parmi les objets volés se trouve également Le Christ dans la tempête sur la mer de Galilée, le seul paysage marin de Rembrandt. D'autres peintures et croquis de Rembrandt, Edgar Degas, Édouard Manet et Govert Flinck se trouvent parmi les objets dérobés, ainsi qu'un fleuron de drapeau et un gu (vase) chinois, de moindre valeur. À la suite du vol, les experts sont intrigués par le choix des œuvres car certaines pièces du musée, parmi les plus précieuses, n'ont pas été touchées. La collection du musée étant permanente, les cadres vides restent suspendus à la fois en hommage aux œuvres disparues et dans l'espoir de leur retour.

Le FBI pense que le vol a été planifié par une organisation criminelle. Le dossier manque de preuves matérielles solides et les enquêteurs se sont largement appuyés sur des interrogatoires, des informateurs infiltrés et des agents sous couverture pour collecter des informations. L'enquête concentre principalement ses efforts sur la famille mafieuse Patriarca qui faisait face à une guerre interne à l'époque du vol. Une théorie est que le gangster Robert Donati, membre de l'organisation mafieuse, l'aurait organisé pour négocier la libération de l'un de ses proches. Toutefois, il est assassiné un an et demi après le vol, sans réelles preuves à son encontre. D'autres hypothèses suggèrent que le casse aurait été organisé par un gang à Dorchester, un quartier de Boston. Malgré une opération d'infiltration ayant permis l'arrestation de certains membres du gang, tous ont nié leur implication ou donné des pistes infructueuses, malgré des offres de récompenses, des réductions de peine et même la remise en liberté s'ils donnaient des informations menant à la récupération des œuvres.

Contexte vignette|Façade du bâtiment historique du musée Isabella-Stewart-Gardner à Boston (Massachusetts) en 2018.|alt=Photo, prise depuis une rue, d'un bâtiment carré en briques marron, avec de multiples fenêtres et cheminées sur le toit.

vignette|Cour intérieure du musée Isabella-Stewart-Gardner en 2016.|alt=Photo d'une cour intérieure carrée, parsemée d'arbres fins, de fleurs et comportant un parvis central blanc, entouré de quelques sculptures.

Le musée Isabella-Stewart-Gardner est construit sous la direction de la collectionneuse d'art Isabella Stewart Gardner (1840-1924) pour abriter sa collection d'art personnelle.. Le musée ouvre au public au début de l'année 1903 et Gardner continue d'élargir sa collection et de l'organiser jusqu'à sa mort en 1924. Son testament stipule alors que la disposition des œuvres ne doit pas être modifiée et qu'aucun objet ne doit être vendu ou acheté dans la collection.

Au milieu des , le musée se trouve dans une situation financière difficile, ce qui le laisse dans un mauvais état. Il manque d'un système de climatisation et d'une police d'assurance... De plus, un entretien de base du bâtiment est nécessaire. En 1982, après que la police découvre un projet porté par des criminels de Boston pour cambrioler le musée, ce dernier alloue des fonds pour améliorer sa sécurité. Parmi ces améliorations figurent l'installation de soixante détecteurs de mouvements infrarouges dans les galeries et d'un système de vidéosurveillance composé de quatre caméras placées autour du périmètre du bâtiment. Cependant, aucune caméra n'est installée dans les galeries, le conseil d'administration pensant que l'installation d'un tel équipement dans le bâtiment historique serait trop coûteuse. Dans le même temps, de nouveaux agents de sécurité sont embauchés. Malgré ces améliorations en matière de sécurité, la seule façon d'appeler la police à l'intérieur du musée est d'appuyer sur un bouton dans le bureau de sécurité.. Pourtant, à l'époque, d'autres musées disposent de systèmes qui obligent les veilleurs de nuit à appeler la police toutes les heures pour indiquer que tout se passe bien.

En 1988, un consultant indépendant en sécurité examine les dispositions du musée et détermine qu'elles sont équivalentes à la plupart des autres musées, mais recommande tout de même des améliorations. En raison des difficultés financières et des souhaits de Gardner contre toute rénovation majeure, le conseil d'administration n'approuve pas ces améliorations de sécurité. Il rejette également une demande du directeur de la sécurité pour des salaires plus élevés censés permettre d'attirer des candidats plus qualifiés. Les agents de sécurité sont alors payés légèrement au-dessus du salaire minimum, et les failles de sécurité du musée sont un secret de polichinelle parmi eux.

Déroulement du vol Prélude

Le cambriolage a lieu aux premières heures du dimanche . Au cours de la soirée, les voleurs sont aperçus pour la première fois vers par plusieurs personnes quittant une fête près du musée, la Saint-Patrick s'étant tenue la veille. Les deux hommes sont déguisés en policiers et attendent dans une voiture garée sur , à une trentaine de mètres de l'entrée latérale du musée où rentrent les employés.

Les agents de sécurité en service ce soir-là sont Richard « Rick » Abath, , veilleur de nuit régulier, et Randy Hestand, , engagé une année plus tôt mais qui effectue sa première affectation dans l'équipe de nuit. La politique de sécurité stipule alors qu'un veilleur doit patrouiller dans les galeries avec une lampe torche et un talkie-walkie, tandis que l'autre doit rester assis au bureau de sécurité. Au cours de la première patrouille de Richard Abath, des alarmes incendie se déclenchent dans différentes salles, mais il ne parvient pas à localiser ni feu ni fumée. Il retourne alors au bureau de sécurité, où le panneau de commande des alarmes indique la présence de fumée dans plusieurs pièces. Dès lors, il suppose un dysfonctionnement et ferme le panneau. Il retourne en patrouille, mais, avant d'avoir terminé sa ronde, il fait un rapide arrêt à l'entrée latérale du musée, ouvre brièvement la porte puis la referme, sans informer plus tard son collègue d'avoir effectué cette action. Il termine sa tournée et retourne au bureau de sécurité vers , heure à laquelle Randy Hestand commence sa ronde.

Entrée des voleurs À , les voleurs conduisent jusqu'à l'entrée latérale du musée, se garent et se dirigent vers la porte réservée aux employés. Ils sonnent à l'interphone, qui les connecte à Richard Abath à l'intérieur, puis expliquent qu'ils sont des policiers enquêtant sur un appel de tapage nocturne et qu'ils doivent entrer dans le musée. Richard Abath peut les voir sur la vidéosurveillance portant ce qui semble être de vrais uniformes de police. Ce dernier n'est au courant d'aucune perturbation, mais il émet l'hypothèse qu'un fêtard de la Saint-Patrick a peut-être escaladé la clôture et que quelqu'un l'a vu et signalé. À , il laisse les deux hommes pénétrer dans le musée.

Les voleurs se retrouvent alors dans un hall sécurisé qui sépare la porte latérale de l'intérieur du musée. Ils se rapprochent de l'agent, assis au bureau de sécurité, demandent si quelqu'un d'autre se trouve dans le musée et exigent que le deuxième agent les rejoigne. Richard Abath appelle alors son collègue par radio. Pendant ce temps, il remarque que la moustache de l'un des hommes, le plus grand des deux, semble fausse. L'autre homme, le plus petit, rétorque à Richard Abath qu'il lui a l'air familier, qu'il pourrait y avoir un mandat d'arrêt contre lui et qu'il doit se lever et fournir une pièce d'identité. Il s'exécute, s'éloignant ainsi du bureau où se trouve le seul bouton pour alerter la police. L'homme le force à se mettre contre un mur, lui écarte les jambes, le menotte, mais ne le fouille pas, ce qui inquiète l'agent de sécurité. Son collègue, Randy Hestand, entrant dans la pièce à ce moment-là, est retourné puis menotté à son tour par le deuxième homme. Une fois les deux hommes menottés, les cambrioleurs révèlent leurs intentions et demandent aux agents de ne pas leur poser de problèmes.

Par la suite, les voleurs enroulent du ruban adhésif autour de leur tête en leur bandant les yeux. Ils les conduisent au sous-sol, où ils sont menottés à un tuyau et à un plan de travail. Avant de remonter, les voleurs examinent les portefeuilles des gardes et leur expliquent qu'ils savent désormais où ils habitent. Afin de les dissuader de parler aux autorités, ils leur promettent également . Il aura fallu aux voleurs moins de quinze minutes pour maîtriser les agents de sécurité, ces derniers remontants du sous-sol vers .

Vol des œuvres Première pièce Les mouvements des voleurs dans le musée sont enregistrés par des détecteurs de mouvements infrarouges. Les pas dans la première pièce dans laquelle ils entrent, la « salle hollandaise » (.) au deuxième étage, ne sont enregistrés qu'à , soit treize minutes après avoir fini de maîtriser les agents de sécurité, peut-être le temps de s'assurer que personne n'a été alerté.

Alors qu'ils s'approchent des peintures dans la salle hollandaise, un appareil commence à émettre un son fort qui se déclenche normalement lorsqu'un visiteur se trouve trop proche d'une peinture. Après avoir localisé le détecteur, ils le brisent, ce qui éteint brusquement le son. Ils prennent alors Le Christ dans la tempête sur la mer de Galilée et Une dame et un gentilhomme en noir de Rembrandt et les jettent sur le sol en marbre, brisant leurs cadres de verre. À l'aide d'une lame, ils découpent les toiles de leurs châssis en bois. Ils retirent également du mur une grande peinture à l'huile d'un autoportrait de Rembrandt, mais peut-être trop encombrante pour le transport car peinte sur du bois et non une toile, la laissent appuyée contre un meuble . Au lieu de cela, ils dérobent une petite gravure d'autoportrait de Rembrandt de la taille d'un timbre postal exposée sous le plus grand portrait. Sur le côté droit de la pièce, ils retirent Paysage avec un obélisque de Govert Flinck et Le Concert de Johannes Vermeer de leurs cadres. La dernière œuvre prise dans la pièce est un ancien gu (vase) chinois datant du .

Progression dans le musée