L'élection présidentielle italienne de 2022 a lieu du au afin d'élire au suffrage indirect le président de la République italienne pour un mandat de sept ans.

Éligible pour un second mandat, le président sortant Sergio Mattarella se prononce publiquement contre une éventuelle réélection, les présidents italiens n'effectuant traditionnellement qu'un seul mandat à l'exception notable de Giorgio Napolitano, qui avait été réélu en 2013.

Alors qu'il est pressenti pour briguer la présidence de la République avec le soutien du centre droit, l'ancien président du Conseil Silvio Berlusconi finit par renoncer à sa candidature compte tenu notamment des polémiques entourant sa personne et des réticences de ses alliés.

Grand favori du scrutin, le président du Conseil en exercice, Mario Draghi, fait part de sa disponibilité mais les craintes suscitées en Italie comme à l'étranger par son possible départ du gouvernement compliquent l'émergence de sa candidature.

Après plusieurs tours infructueux marqués par de vives tensions, les chefs des partis de la majorité parlementaire s'accordent sur la réélection de Sergio Mattarella, qui devient ainsi le deuxième président de la République italienne à être élu pour un second mandat.

Contexte vignette|120px|Le président sortant, Sergio Mattarella.

Institutionnel Le président de la République italienne, chef d'État d'un régime parlementaire, assume un rôle essentiellement honorifique., tout en étant considéré par la Constitution italienne comme le garant de l'unité nationale et des institutions. Le président de la République joue ainsi un rôle de premier plan à l'issue des élections générales ou lors des crises politiques, le chef de l’État ayant alors la main sur le processus des négociations en vue de la formation des gouvernements de coalition. Si le président du Conseil doit solliciter la confiance des deux chambres du Parlement, le président de la République dispose au préalable d'un droit de veto sur la composition du gouvernement qui lui est soumise....

Garant des institutions, le président se défait de son appartenance partisane avant sa prestation de serment conformément à la tradition. De même, sa charge étant incompatible avec toute autre fonction, il doit renoncer à siéger à la Cour constitutionnelle, au Parlement, au gouvernement ou au sein de toute autre institution d'État.

Élection présidentielle de 2015 vignette|Prestation de serment de Sergio Mattarella devant les chambres réunies au palais Montecitorio le 3 février 2015.

L'élection présidentielle de janvier 2015 voit la victoire du candidat indépendant Sergio Mattarella à l'issue du quatrième tour d'un scrutin convoqué de manière anticipée cinq ans avant la date prévue.

L'élection est en effet organisée à la suite de la démission du président Giorgio Napolitano, réélu en 2013 dans le contexte d'une incapacité du collège électoral à s'accorder sur le choix de son successeur. Il s'agit alors de la première réélection d'un président sortant depuis l'établissement de la République en 1948, les présidents n'effectuant traditionnellement qu'un seul mandat. Cette dérogation de Giorgio Napolitano à la règle tacite en vigueur donne alors lieu à des manifestations d'opposition soutenues par le Mouvement 5 étoiles.. Tout en ayant prévenu dès sa réélection qu'il ne comptait pas conduire ce second mandat jusqu'à son terme, il démissionne moins de deux ans plus tard, le ..

Élu à la majorité absolue des suffrages au quatrième tour, le juge constitutionnel Sergio Mattarella l'emporte sur son principal concurrent, l'ancien magistrat Ferdinando Imposimato, candidat du Mouvement 5 étoiles. La victoire de Mattarella, soutenu par une ample majorité de grands électeurs, est considérée comme un important succès pour le président du Conseil démocrate, Matteo Renzi, à l'origine de cette candidature.. Après l'échec de son projet de réforme de la Constitution soumis à référendum, Matteo Renzi quitte cependant le pouvoir le .. Le ministre sortant des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, est choisi par le président Mattarella pour le remplacer..

Révision constitutionnelle

Les élections parlementaires du 4 mars 2018 voient la défaite du Parti démocrate et la formation d'un gouvernement composé du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue du Nord, sous la direction de Giuseppe Conte, nommé président du Conseil. La coalition s'effondre cependant l'année suivante, en , avant d'être remplacée par un nouveau gouvernement qui maintient Giuseppe Conte à la présidence du Conseil, le Mouvement 5 étoiles et le Parti démocrate faisant alliance, au détriment de la Ligue qui passe dans l'opposition non sans avoir d'abord réclamé des élections parlementaires anticipées. Le nouveau gouvernement bénéficie par ailleurs de l'appui d'Italia Viva et de Libres et égaux. Quelques mois plus tard, en , un processus de révision constitutionnelle porté par le Mouvement 5 étoiles fait l'objet d'un référendum ; il est alors approuvé par une 70 % des électeurs..

La révision de la Constitution fait passer le nombre de parlementaires élus de 945 à 600, en réduisant le nombre de députés et de sénateurs respectivement de 630 à 400 et de 315 à 200. Cette réduction ne devient cependant effective que pour les prochaines élections générales prévues pour . Les membres du Parlement procédant à l'élection du président de la République au sein d'un collège électoral réunissant des membres des conseils régionaux, la réduction du nombre de ces derniers est également prévue afin de conserver l'équilibre existant au sein du collège. L'élection présidentielle de 2022 est ainsi la dernière à dépendre d'un collège composé d'un millier de grands électeurs, avant qu'il ne soit considérablement réduit conformément à la révision constitutionnelle de 2020..

Candidatures pressenties Mario Draghi vignette|120px|Mario Draghi Mario Draghi apparaît comme le grand favori de l'élection présidentielle... Banquier et économiste de profession, sans appartenance politique, très familier des institutions italiennes au sein desquelles il a effectué une longue carrière, Draghi s'est fait remarquer pour son efficacité lors de son passage à la présidence de la Banque centrale européenne en pleine crise de la dette dans la zone euro. Cette expérience et le soutien fort probable d'une très large partie des forces parlementaires à sa candidature confortent sa position de dauphin présumé du président sortant Mattarella..

Le , cependant, une crise politique éclate avec le départ d'Italia Viva du gouvernement, Matteo Renzi s'opposant aux projets de réforme électorale et du procès pénal alors en discussion au Parlement ainsi que sur la gestion par le président du Conseil des fonds européens destinés à la reprise économique post-pandémie de Covid-19. Mis en minorité au Sénat, Giuseppe Conte donne sa démission deux semaines plus tard. Le président Mattarella confie alors à Mario Draghi la formation d'un gouvernement de technocrates bénéficiant d'un large soutien d'unité nationale, avec pour principale mission la mise en œuvre du plan de relance de d'euros...

Cette tâche étant toujours en cours fin 2021, la candidature de Draghi au scrutin présidentiel fait l'objet d'une grande incertitude, une réélection de Mattarella pour quelques années dans une répétition de la transition assurée par Napolitano étant même évoquée. Le , cependant, Mario Draghi annonce être disposé à accéder à la présidence de la République lors d'une conférence de presse. Le président du Conseil estime le travail effectué par son gouvernement lors des dix derniers mois suffisant pour mettre en œuvre le plan de relance européen .. Il se présente à cette occasion comme un ..

Le , Enrico Letta et Roberto Speranza se retrouvent chez Giuseppe Conte pour trouver un accord entre le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles. La candidature de Draghi, proposée par Letta, n'est cependant pas approuvée par Conte. Le soir même, les trois dirigeants politiques communiquent sur leur coopération... Pour sa part, le chef léguiste Matteo Salvini s'oppose à la candidature du président du Conseil tout en rejetant l'éventualité d'un accord avec le parti d'Enrico Letta..

Avec le retrait de Silvio Berlusconi le , Mario Draghi voit s'effacer la candidature de son principal concurrent. Le président du Conseil fait cependant toujours face à la réticence d'une partie de la coalition gouvernementale, plusieurs partis craignant que son élection à la présidence de la République ne conduise à l'ouverture d'une nouvelle crise politique qui rendrait nécessaire la convocation d'élections générales anticipées..

Silvio Berlusconi vignette|120px|Silvio Berlusconi Au sein de la Coalition de centre-droit, réunissant différents partis de droite et d'extrême droite dont , la Ligue et , la candidature de l'ex-président du Conseil Silvio Berlusconi est évoquée à de multiples reprises début .... De nombreuses figures de cette partie de l'échiquier politique, parmi lesquelles Matteo Salvini, Giorgia Meloni ou encore le président de la région Vénétie Luca Zaia.., se positionnent en faveur d'une telle opportunité si le président de Forza Italia devait être investi comme candidat. Selon des estimations faites quelques semaines avant l'ouverture du scrutin, sa victoire paraît pourtant inconcevable lors des trois premiers tours requérant une majorité de ..

L'éventuelle candidature de l'homme d'affaires soulève toutefois des oppositions dont celle du secrétaire du Parti démocrate (PD), Enrico Letta, qui fait savoir qu’aucun des douze présidents précédents n’était chef de parti.. À un autre niveau, le journal de gauche lance une pétition à l'attention des parlementaires pour empêcher un tel scénario qui représenterait selon lui une menace pour la liberté de la presse, la justice et la protection de la Constitution.. Le réalisateur Nanni Moretti, connu pour être un contempteur de Berlusconi, déclare pour sa part qu'un que l'ancien chef du gouvernement ne peut prétendre à la magistrature suprême..

À l'issue d'une rencontre au domicile de l'ex-président du Conseil, la candidature de ce dernier est proposée par le secrétaire de la Ligue, Matteo Salvini et la dirigeante de Frères d'Italie, Giorgia Meloni. Le maire de Venise, Luigi Brugnaro (représentant du parti Corraggio Italia), le chef de l'Union de centre, Lorenzo Cesa, et le président de , Maurizio Lupi, confirment dans la foulée leur participation à cette réunion.. Peu de temps auparavant, Silvio Berlusconi et quelques-uns de ses proches auraient contacté de nombreux parlementaires comme ceux du Parti démocrate pour obtenir leur appui.. Même si la candidature du ne fait pas consensus au sein de la droite, Salvini prône une unité de la coalition. Quelques jours plus tard, le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles rejettent à nouveau la proposition d'une candidature de Berlusconi.

Le , deux jours avant le début du scrutin, Berlusconi annonce son retrait de la course au Quirinal, invoquant un , tout en exprimant son souhait de voir Mario Draghi demeurer à la présidence du Conseil jusqu'à la fin de la législature en 2023...

Mode de scrutin vignette|Le palais Montecitorio, où se réunissent les grands électeurs. Le président de la République italienne est élu pour un mandat de sept ans au suffrage indirect et secret par un collège électoral composé des membres des deux chambres du Parlement , auxquels s'ajoutent 58 délégués régionaux en provenance des vingt régions d'Italie. Ces derniers sont choisis par les conseils régionaux à raison de trois délégués par région, à l'exception de celle du Val d'Aoste qui n'en dispose que d'un... Le collège totalise ainsi en ... Un siège est cependant vacant lors du premier tour de scrutin, le député FI Vincenzo Fasano étant mort la veille des suites d'une longue maladie, ramenant le total à grands électeurs.. Sa remplaçante, Maria Rosa Sessa, est installée dans ses fonctions le lendemain, juste avant le deuxième tour..